INTRODUCTION IX
christianisme, son influence ecclésiastique, tout cela a été mis en lumière, non seulement, dans les nombreux ouvrages des patrologistes et des panégyristes chrétiens, mais encore dans les travaux plus spéciaux d'Holstein, de Woog, de Clausen, de Druon et de Zeller. Les problèmes historiques et religieux que soulèvent l'élévation de Synésius à la charge épiscopale de Ptolémaïs, son adhésion vacillante aux dogmes nouveaux, et l'incertitude même de son baptême, semblent désormais éclaircis.
Synésius philosophe, disciple d'Hypatie, dernier champion du néo-platonisme expirant, tout pénétré de la métaphysique païenne, ce Synésius nourri des doctrines alexandrines, et s'inspirant, jusque dans ses dernières œuvres, des enseignements de Plotin, a été fortement dessiné dans l'étude de Clausen, dans V Histoire de r École d'Alexandrie (1) de Vacherot, et dans celle de Jules Simon. Plus récemment, un écrivain grec, M. Baphidès, a consacré un long et minutieux travail à l'influence de Plotin sur Synésius (2).
Synésius orateur, avec tous les défauts de son temps, mais aussi avec tout l'orgueil, toute la hautaine sévérité de son génie, Yillemain l'a montré dans d'admirables pages, où les traits essentiels de cette éloquence vibrante et sobre sont vigoureusement mis en relief.
Les lettres de Synésius sont la plus riche partie de son œuvre. Elles restent une des sources les plus fécondes pour l'histoire du iv*" siècle. Dans les mille détails de cette littérature familière, on retrouve à chaque pas des indications historiques d'un prix infini. C'est là que la plupart des historiens et des critiques sont venus chercher la véritable expression de cet esprit confiant, mélancolique et charmant. Une première étude leur avait été consacrée, en 1863, par M. Kraus, Le travail le plus
(Il Tome III, p. 19 sq. — Les quelques pages que Vacherot a consacrées à Synésius résument, avec une précision remarquable, la philosophie alexandrine du poète.
(2) '0 Suviatoç Tr>vWTLvîî^wv, etc.
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récent sur colle paiiie de son œuvre esl Téliide de M. Frilz.
Il y a aussi dans Synésius un savant passionné, inlaligal)le, toujours tourné vers les problèmes de la pfiysique et de l'astronomie; et ce n'est pas là le caractère le moins intéressant de ce vaste génie. Déjà, en iS.'iO, Kolhe l'a étudié sous cet aspect nouveau, et, plus récemment, M. Berlhelot s'est attaché à lui donner la place scientifique à laquelle il a droit (Ij.
Mais cette diversité de labeur ne sulïit pas encore à révéler toute la physionomie de Synésius. Les Hymnes occupent, dans cette œuvre variée, une place considérable : c'est là seulement qu'on voit se dessiner un trait nouveau du grand évêque, un Synésius poète, avec toutes les ressources, et toutes les hautes qualités de son esprit. On lui a souvent décerné de pompeuses louanges, on Ta comparé à Pindare (2), et on a voulu voir en lui le dernier des grands lyriques. iVucun de ces éloges ne peut tenir lieu d'une étude minutieuse, laborieuse et juste. Ils consistent trop souvent en des opinions courantes, acceptées, et qu'on n'ose point passer au crible d'une analyse attentive. Ces vagues jugements, sans consistance et sans portée, ne peuvent suffire. Il faut délibérément écarter celle critique superficielle et impuissante, qui procède plus par impression que par une rigoureuse méthode. Synésius n'est point un poète négligeable; ce n'est point non plus un poète d'un incomparable éclat. Mais son œuvre poétique a, pour bien des motifs, un intérêt particulier et profond, et cela suffit sans doute pour qu'on s'y arrête sans regret.
Elle a d'ailleurs tenté plus d'un critique. Elle offre,
(!) Oii consultera surtout Vlnh-oduction à réliide de la Chimie des Anciens, Paris, 1889.
(2) Synésius... piarum Musarum delicium (Casaubon, Fraf/m. in Syn.); — liymni Synesii uL lepore ac nitore non cedunl Orphei aut Pindari hymnis, sic ulrumqne superant qiiod summa pielale spirant spivitum Dei (Possevin, Apparaiiis s(tcer). Mcuic rlogc dans le père Caussin, qui compare Synésius à Platon, à Déiuoslhùne et à Pititlare.