‹ Etude sur les hymnes de Synésius de CyrèneChapitre 6 sur 13 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Idniques se consommait peu à peu sous le poids de l'invasion.

Dans la confusion et les ténèbres de cet âge, Synésius lui-môme s'eflace et s'oublie. On ne connaît ni la date ni les circonstances de sa mort. Survécut-il à l'atroce martyre d'Hypatie ? Mourut-il en 413, comme le supposent certains historiens, en 430, à en croire d'autres biographes? Une lettre dictée à Hypatie semble avoir été sa dernière pensée, et une sorte de testament et d'adieu. Dévoré de mille maux, il n'oubliait les souffrances du corps que pour endurer toute l'amertume d'une destinée implacable: il avait vu mourir successivement ses trois fils ; il demeurait seul, brisé, grande et noble victime, sans consolation et sans joie. La pensée d'Hypatie est la seule lumière qui brille encore à son morne horizon ; c'est vers elle qu'il revient obstinément :

« C'est du lit où me retient la maladie que j'ai dicté pour toi cette lettre. Puisse-t-elle te trouver en bonne santé, ô ma mère, ma sœur, ma maîtresse, toi à qui je dois tant de bienfaits et qui mérites de ma part tous les titres d'honneur... La pensée de mes enfants morts m'accable de douleur. Synésius n'aurait dû prolonger son existence que jusqu'au jour où il a connu ralfliction. Gomme un torrent longtemps contenu, le malheur est venu subitement fondre sur moi, et toute ma joie s'est évanouie. Plaise à Dieu que je cesse de vivre ou de me rappeler la perte de mes enfants (1) ! »

Tout fait supposer que Synésius ne prolongea pas sa vie bien au-delà de 413. La mort d'Hypatie, s'il l'eut connue, eut produit en lui un ébranlement dont son œuvre nous eut transmis l'écho. Cette dernière douleur lui fut sans doute épargnée, et c'est vraisemblablement entre 413 et 415 qu'il faut placer la disparition de ce noble esprit.

(1) Lettre 137.

Page 1