OS RES
Zeus plutôt que les lois éternelles. Pour que la lutte cesse, il faut nécessairement une réconciliation entre Zeus etle Titan, mais qui soit une soumission du père des dieux, non à celui-ci, mais aux lois éternelles. fl faut que Zeus arrive à la maturité ; il faut qu’il renonce à son humeur despotique, supévwror spéror ; il faut qu’il comprenne qu'il doit identifier sa volonté avec la loi. A cette seule condition est l’affermissement de sa domination, l’apaisement des luttes, l'harmonie dans le monde des dieux. Qu'est-ce à dire? Il faut que Zeus se transforme. Assurément si Eschyle était monothéiste, il n’imaginerait jamais un dieu qui change. Mais la conception d’une divinité immuable, éternellement identique à elle-même, lui est complètement étrangère. Nous avons des preuves nombreuses, et dans le Prométhée et autre part, qu’il acceptait la succession légendaire d'Uranus, de Gronus et de Zeus. Il lui restait encore assez d’antropomorphisme, malgré son idée si élevée de dieu, pour concevoir son dieu changeant de sentiment et de caractère.
Zeus revient à résipiscence, de même que Phomme sage et avisé s’empresse d’obéir aux lois de la justice. Nous avons ainsi dans le Prométhée ce que l’on peut appeler le premier moment du développement de Zeus. IT est encore en lutte avec la Moera. Dans les autres drames du poète, c’est Zeus tel qui doit être, tel qu'il demeurera ; il gouverne maintenant selon les anciennes lois; plus de choc entre lui et la Moera. Tel est, croyons-nous, explication historique du Prométhée; c’est la conception de la loi qui en est la clef.
= On le voit, la notion des lois éternelles, de la Moera, occupe la place centrale dans les conceptions religieuses
CNE ER
d'Eschyle. Notre auteur est au fond {rès idéaliste. Dans sa pensée, l'ordre doit régner aussi bien dans le monde physique que dans le monde moral, chezles dieux aussi bien que chez les hommes. L'harmonie, réalisée par Papplication des lois éternelles, est le but de Punivers. I ne doute pas que cet idéal ne devienne une réalité. Cest chez lui, une foi réfléchie. Il voit, dans le passé, la loi reconnue, après une longue période de luttes, souveraine par les dieux et ceux-ci comprenant leur rôle et appliquant désormais la loi dans toute sa rigueur; dans l’avenir, 11 voit ces mêmes lois s'imposant à l’homme, et ceux-ci, comme il le dit, apprenant la modération par la souffrance. La Moera souveraine et les dieux l’exécutant, telles sont les deux no-
tions fondamentales des conceptions religieuses d’'Eschyle.