DUO
Et encore si c'était là un dialogue isolé, mais celui d’Etéocle et du chœur des Sept chefs est identique. Même désir du côté du prince de se disculper en accusant la divinité. « Les dieux nous ont abandonnés », dit-il. Du côté du chœur, c’est le même soin de rappeler la responsabilité humaine. Écoutez ces paroles remarquables : « La divinité, lorsqu'on change à lemps de disposition, change aussi et souffle un vent plus doux (1).» En un mot, Clytemnestre meurt, autant à cause de ses crimes personnels que par suite de la malédiction héréditaire. Oreste la frappe parce qu’elle est adultère. Egiste a beau dire qu'il venge, en Justicier, le crime d’Atrée. Il meurt parce qu'il a séduit la reine. Agamemnon à sacrifié Iphigénie à son ambition. Il expie son crime. Le dieu n’a cessé de poursuivre la race d’'(Edipe que lorsqu'il est devenu maître de Polynice et d’Etéocle (2), parce qu’ils ont ajouté aux crimes de Laïus leur impiété et leur Hybris. Tout autre est le sort d'Oreste. Lui aussi est l'instrument du châtiment divin de sa famille. Mais combien différent! Que d’hésitation avant de frapper sa mère ! Seul le commandement catégorique d’Apollon le décide. Il ne souille pas sa fonction terrible d’un péché personnel. Voilà pourquoi il sort acquitté de PAréopage. En lui finit la série des crimes. Le Vengeur dort désormais d’un profond sommeil. N’avonsnous pas le droit de demander qu’en présence des textes que nous venons de citer, l’on ne se hâte pas de taxer d'immoralité, la conception de notre auteur, et de ne voir dans ses idées religieuses qu'un vague fatalisme ?
(1) Sept Th., 705-708.
(2) Ibid., 960.