‹ Étude sur les idées religieuses et morales d'EschyleChapitre 7 sur 32 · INTRODUCTION HISTORIQUE · texte numérisé non relu

INTRODUCTION HISTORIQUE

Au vie siècle avant notre ère, une réforme religieuse s’est produite en Grèce. Ce ne fut pas seulement une réforme du culte, une innovation dans le rituel, ce fut aussi, à en juger d’après certains faits, une épuration des conceptions religieuses et morales des Hellènes. On s’efforça de donner aux antiques légendes un caractère plus moral en voilant certains côtés qui blessaient des consciences plus religieuses. Eschyle clôt cette période si intéressante, qu’on à appelée le moyen-âge grec. Une comparaison, même superficielle, des idées religieuses et morales de ce poète avec celles des temps homériques fait ressortir des différences assez considérables pour qu’il ne nous reste plus de doute sur le progrès accompli. Assurément ce n’est pas à son seul génie qu'Eschyle doit la supériorilé de ses conceptions. Il est fils de son siècle. Pouvons-nous reconstituer le milieu où il s’est formé?

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Cela nous est bien difficile. Nous pouvons constater d’une manière générale qu’il est un des produits du mouvement religieux du vie siècle. Mais il nous est peut-être impossible de déterminer avec quelque précision comment se forma cet esprit, quelle fut la genèse de ses idées, quelles influences intellectuelles et morales il a subies. Il a dû se rattacher aux grands lyriques du vire et du vie siècle. Que doit-il par exemple à Stésichore, ce poète qui semble avoir formé la transition de l’épopée à la tragédie? (1). est là une question que nous ne pouvons pas éclaircir avec quelque précision. De courts fragments ne suffisent pas pour établir nettement les conceptions religieuses de ces poètes ni la filiation d'idées d’un Terpandre à un Eschyle. Mais si nous ne pouvons replacer Eschyle dans la tradition poétique, nous ne sommes pas autorisés à supposer qu’un esprit aussi religieux que le sien, avec des préoccupations qui dépassent le seul domaine de l’art, ait été complétement étranger aux courants religieux et intellectuels de son époque.

Les mystères, surtout les mystères orphiques, introduisent de nouveaux éléments dans le culte national et éveillent de profonds besoins religieux. Pythagore, prophète à sa façon, constitue des associations religieuses qui ont exercé une incontestable influence sur le monde hellénique. La pensée prend conscience d'elle-même. Les cosmologues ont préparé les philosophes. Ceux-ci nous montrent dans quelle direction les bons esprits dirigeaient leur pensée, de quelle manière ils envisageaient les choses. Les moralistes enfin ne laissent pas d’épurer à bien des égards les idées de leur temps. Pouvons-nous

(1) Girard, Sentiment religieux d'Homère à Eschyle, p. 142.

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