‹ Étude sur les idées religieuses et morales d'EschyleChapitre 9 sur 32 · AS · texte numérisé non relu

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porel, le monde de l'intelligence du monde dela matière (1). IIS recherchent l'essence invisible des choses, mais ils ne séparent pas ce principe de la matière ; ils ne sauraient concevoir l'existence indépendante de l'esprit. Grâce à cette confusion, les systèmes physiques des Pythagoriciens et des Eléates ont un caractère très abstrait. Ne peuton pas en dire autant de la conception cosmique de notre auteur ? Les lois universelles ne sont-elles pas de grandes abstractions ? Les distingue-t-il de l'univers dont elles sont le code? Ou puisque un esprit religieux ne se meut pas dans le domaine purement rationnel, distingue-t-il la loi morale des lois de l'univers? Aucunement. Sa morale est, comme nous le disions, cosmologique. Les mêmes Jois régissent la conscience de l’homme et la nature inconsciente. Nous ne faisons qu'indiquer ces traits communs à Eschyle et aux philosophes. Comparé à Pindare, son contemporain, Eschyle a le génie plus abstrait, plus philosophique. On sent mieux, à cette comparaison des deux poètes, qu’'Eschyle, plus que le Thébain, a des affinités d'esprit avec les grands penseurs de son temps.

Mais s’il ne faut pas exagérer l’influence de l’ésprit philosophique de la première période sur la forme des idées religieuses d’Eschyle, il est bien plus facile de constater la parenté qui existe entre lui et les moralistes du VIe siècle. Les sentences des Pittacus, des Bias, ou les vers de poètes, comme Simonide, Solon, TFhéognis, jouissaient d’une grande popularité en Grèce. Il est impossible qu'Eschyle ne les ait pas lus et médités. Il est vrai que son esprit théorique et son imagination grandiose l’éloignaient de l'observation pratique de la vie. On retrouve pourtant

(1) Zeller, Philos. des Grecs, vol. I, p. 187, étc.

même chez lui, des traces de ce tour sentencieux commun aux fragments qui nous restent de ces sages et de ces poètes. Ainsi le chœur des Erinnyes dit : Dieu accorde la préférence à la modération (1). Les choéphores s’écrient : Le bien-être, la bonne chance, c’est pour les hommes Dieu et plus que Dieu (2). Mais ce ne sont là que des traits épars. C’est dans sa conception de Zeus que se trahit le mieux l'influence des gnomiques sur notre poète. Dès Solon, on accorde, de plus en plus, la prééminence à Zeus; on en élève la conception au dessus de l’ancienne idée anthropomorphique (3). Or, rien n’est plus distinctif de la théologie de notre auteur que sa conception presque monothéiste de Zeus. N'est-ce pas la poésie morale et surtout celle de Théognis qui a mis Eschyle en présence du problème du mal? Il n’a pas l’étonnement presque impie du poète de Mégare lorsque celui-ci voit les fils punis pour les crimes des pères (4). Au contraire, Eschyle reconnait, même dans ce fait mystérieux, la justice divine, mais enfin n'est-il pas, lui aussi, de cette génération de moralistes aux préoccupations si graves et parfois si douloureuses ?

Telles furent les tendances dominantes de cet étonnant vie siècle. Des aspirations religieuses travaillant les cœurs, un profond besoin de purification liturgique et morale, la conscience éveillée épurant les conceptions religieuses ; la pensée interrogeant l'univers, curieuse de connaître le

(1) Eum, 529 sq.

(2) Choeph., 60. Voyez encore ce qu'il dit des femmes, Choéph., 595-601; Agam. 485, de la richesse, Agam., 1331-1334.

(3) Zeller, Philos. des Grecs, vol. I, p. 112.

(4) Ménard, Morale avant les philosophes, p. 931.

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