CHAPITRE V Le Péché et ses suites
l^our le Grec la loi morale est extérieui*e, en d'autres termes, c'est par Fintelligence qu'il en prend connaissance. S'il y a perturbation mentale chez lui, il ne j)eut plus distinguer le bien du mal, il pèche. Ea conception grec(]ue de la loi implique donc ces deux conséquences, que la vertu provient de la santé de l'esprit, le mal moral, d'une lacune ou d'une maladie de l'intelligence. C'est Socrate qui les a mises pleinement en lumière. C'est lui qui nous dit, dans un passage bien connu des Mémorables, que la vertu c'est le savoir et le vice l'ignorance, et par conséquent que celui qui connaît le bien le pratique, et que si l'on fait le mal, c'est parcequ'on ignore le bien (1). Platon, dans les dialogues où il s'est le plus inspiré de Socrate, soutient le même point de vue que son maître. Il faut avouer ({u'il est d'une logique irréprochable; que c'est bien là la conclusion impliquée dans la conception grecque de la loi moiale. Mais rien ne serait plus erroné que de jugei' des idées morales des Grecs en se tenant uni(|uement au point de vue qui semble dominer à la (in du \^ siècle. Que fait-on, j)ar exemple, de ce passage d'Euripide où Phèdre déclare, qu'après de longues réllexions elle est arrivée à cette conclusion, c'est que beaucoup de })ersorines lui paraisseid faire le mal non pas, parce que leur intelligence est ainsi faite (*/aTà7vcW,ç<)>;(7tv) mais sous
(1) Xen. Mem., IH, 9, 4.
Tempire» des passions? Elle dit: « Souvent nous savons le l)ien et nous ne nous elVonons pas de le faire (1). » Tl y avait donc des Grecs qui ne se contentaient pas d'attribuer le péché à riî^norance, mais qui cherchaient sa cause autre part. î.a morale religieuse du vF siècle nous révèle un sentiment plus vif et plus vrai du mal moral, de la coulpe (2). Les réformes pythagoriciennes et orphiques suffisent à elles seules pour nous le prouver. ( iela ne veut pas dire qu'il n'y ait pas eu^ même au vi^ siècle , une tendance à considérer le péché comme une simple aberration de l'esprit. La conception grecque de la loi morale impliquait dès l'origine, dans une certaine mesure, l'intellectualisme de Socrate. La langue, même celle d'un Eschyle ou d'un Pindare, en porte les traces évident(^s. Ainsi Eschyle appelle l'orgueil et rand)ition de Polynice, une aberration de l'esprit, cùv cpoîTw ©osvwv (3). Les Suppliantes pai'lent de l'esprit insensé des lits d'Egyptus, ^txvoiav fzaivôXiv (i). L'orgucilleux Titau a « perdu l'intelligence », y.TroTaa/sl; ^psvwv (5).
(1) Hippol.,3lb-3Sï.
(2) Les idées momies (rEschyle no (liffèreiit pns do colles do ses contoiTiporains Théo«;nis et Pindnre. Voyez les olinpitros do Nu'gelsbacli, Nachhom théol.^ sur le péché. Nous parlons du fond inonio de ses idées et non do celles qui sont relatives à rAlastoi'. Nous croyons (fue roriginalité d'Eschyle, quant aux conceptions essentielles de la religion nationale, est d'avoir ou une idée do la loi plus claire et du mémo coup, une idée de Dieu plus morale que ses prédécesseurs et morne que ses contemporains. Aussi à partir de ce moment, Eschyle n'est plus pour nous qu'un document histoi'iquo.
(3) Sept Th., mi.
(4) Suppl, 107.
i5) Prom., 473 cf. Sept Th., 750, Ag., -1GG4, ihid., I4t>8, ihid., 995, Eum.j 535, v-^^ieia vpvwv.
Mais ce ne sont pas ces expressions plus ou moins signilicatives qui nous donnentla vi'aie pensée de l'auteur. Nous la trouvons dans des passages comme celui-ci, où notre auteur compare les passions des hommes à celle des
])ruteS imi)UreS <>*? -/^t f/y.Tai'ov àvoaïorj zi /vwîà/ojv èyfj'jryç6çj'^y.çi\\
cet autre où le chœur des Choépljoi^es se plaint des hommes qui ne domptent pas leurs passions, plus violentes que les monstres marins, plus formidables que les météores eiïrayants, et même que les vents déchahiés : « Mais qui dirait le tempérament audacieux de l'homme et les passions irrésistibles des femmes, passions qui enliaînent des malheurs pour les mortels ('2). » 11 s'agit bien là d'iidellifjences obscuicies, d'ignorance ! Il s'agit de puissants entraînements au mal. Mais c'est surtout la notion de l'OSùfç^ qui nous livre toute la pensée de notre auteur. L'û^otç^ c'est le contraire de Yyi^^^>i. L'Hybris nous excite à sortir de notre spère, soit (jue nous voulions dominer sur les autres, soit que nous nous efforcions follement de nous hausser jusqu'à la divinité; c'est le sentiment qui nous pousse à mépriser et à violer les lois éternelles. C'est dans le terme lV-^'-I.k que les Grecs ont déposé leur sent'ment moral le plus pur. C'est dans celui de ^V'^^I^i'i^^ ont exprimé leur sentiment le plus profond du mal moral, leur révélation la plus claire du péclié. Eschyle appelle ces puissantes sollicitations de l'Hybris, « des passions de brutes (,]). » Pindare nous parle de la liybris des monstres, Ooptv /vwJz/^v (4). Comme le dit très bien M.
(1) SuppL, 702. Voyez Na'golsbach, Nach. Theol,\l 2, sur le sens de axraio; et sa parenté avec û6pt;.
(2) Choéph., 595-00-1.
(3) Siippl. 702, -/vwrK).wv opY^c'ç.
(4) Nem. I, 50.
< Il
Schiiiidt, rilyhiis, c'est la lévolte «lu moi ; c'esl rc'^oïsiiie oiivahissanl (1). Un passade des Euménides fail liùs clairement eomprendr'e ce qu'était pour un Grec du vj^^ siècle l'Ilvhris dans son essence. Le; clioMn' des Miimnes
s eciie
.le dis ((ne le ti'ansgi'esseur audacieux (jui conlbnd tous les di'oits et ne tient aucun compte de la justice, linii'a, mal<4i'é lui, |)ai' haisser sa voile ('2). » Kn un mot, rilyhi'is c'est le désir de sortii'des limites de nott'e humanité.
On le voit, notre terme d'ori^neil est beaucoup ti'O]) restreint pom' rendi'e exactement 1(^ mot mec -^^ûi;. [/jlvbris c'est le mépris den'importe quelle loi du code éternel. (Test l'insoleidf; impi('t{' d'un GafKUK'c. Etéocle dit d(^ lui : « riapanée, multipliant à [)laisir les mots, dans sa superhe insensée, lui un mortel, ose faire montei' vers les cieux des i)aroles injurieuses qu'entend Zens (..). (l'est le désir imj)ur des (ils (rKj4yj)tus. c( Prends connaissance crient les lilles de Danaiis, ^( de la lubricité de ces boniines (4). » De même (pie Vy.'<or:,ç se coid'ond avec It r-i^;>'? est assimilée à la «îv^î^^c'z. « L'Ilvbi'is », dit notre auteui', « est l'enfant de rinq)iété (5). »
Nous concluons des textes ((ue nous venons de citer, (jucla conception du mal moral cbex notie auteur est plus cosmi(pie ou l'elij^ieuse ([ue ])sycliolo^i;i(pie. Le mal moral
(I) Etii. (1er AU (iricch., p. ^oi-, .lu Ijjis do. In j);i<,^o. iî) E}im., 5r)3 cf .s-.svy.
(3) Sept 77«.,440 Puni- le Grec, l'orj^uoil est une révolte eonticî les lois ; voici un vers (jui c;iractéris«Mn''s-ljien le poiiitde vue (li'ec: i /r'jfxnrj;
(i) Suj>pl.,H):i.. cf. Ihid, A'iil
^ fjî'j'yc.
>ir
est avant tout une infraction aux lois éternelles (1). C'est encore au point de vue de ces mêmes lois, qu'Eschyle envisage les suites du mal moral. Nous avonseude nombreuses occasions de constater (|u'au fond de toutes les concei)tions de notre auteur, tout poète qu'il soit, il y en a une qui prime toutes les autres, celle de la loi. Elle domine toute sa pensée et lui donne, pour anisi dire, sa forme. De là une cohésion remaiMiuable dans les idées de iiotreauteur. Consciemmentou inconsciemment il ramène tout aux lois éternelles et transforme ainsi les laits et les croyances les plus ordinales. C'est ce qu'il importe de ne pas oublier si l'on veut comprendi^^ sa manière d'envisa-er le châtiment divin. Quel est l'eiYet inévital)le de l'Hybris^C'est qu'elle augmentechez celui quis'enest rendu
coupable. Les actes de révolte se succèdent rapidement les uns aux autres. Il y a une floraison du mal. Le chœur des Choéphores parle du coupable (( qui se couvre d'une maladie qui s'empare de toute sa personne (2). Un passage de l'A^amemnon nous trace à grands traits l'évolution du mal nï^oral chez le coupable (3). D'abord c'est l'Hybris ;
(I) On peut envi.sui,-erl"Hyl)iis à uu double point de vue. D'abord en elle-même, dans ses sources ; le mal moral provient des passions, de la nature m(jme de l'homme ; celle-ci est mauvaise. Voyez les textes déjà cités, SuppL.Wl, Cfioéph., 585 et Nae-elsbach, nac/J/. theol. VI, 3, où se trouvent des exemples tr(:'s-curieux. C'est à peu pr(is la notion chrétienne du péché. On i^eut encore envisager le mal moral à un point de vue plus objectif C'est l'orgueilleuse lévolte de l'homme contre les lois. C'est là, à propi-ement dire, la conception cschyléenne du péché. De là ces termes qui reviennent si souvent : TTapat«^-/T»3--, 7:ac6a(7fa, àvot^ia, arzytoc, uSpcr?-;, TràvroVo: Tous ils désignent Tinfraction des lois
('l)Clioéph., 70. Nous préférons la leçon de Paley : rôv attrov TravaYtiraç
(3) Aif. 111-11 \. Passage très obscur.
relle-(*i se propage; elleenl*aMtt\ conirnt' dit notre auteur, eneore de rHyl)ris. I.e péclieur devient alors l)i'ntal; il eoinmet erimes sur crinries. Mais ee n'est pas tout. Voilà un homme ('orrom()u, disposé à violer toutes les lois de Tmiivei-s. Sa constitution morale est atteinte d'une véritable maladie. Le mal empire. Survient Taveuglement de son intelli^ience. Il devient incapable de distinguer le bien et le mal ; à chaque instaid il outrepasse les limites de son humanité. Enfin la folie s'empare de lui. Il est au fond de l'abime. Celte folie du mal, c'est l'Até. Darius nous dit : l'Hvbris, en lleurissant, a pro luit les fruits d'Até (I).
pr i.e chœur de l'Annamemnon dit à Clvtemneslre : a
Le
meurtre l'end fou (2). Tels sont les faits qu'Eschyle a o serves, (le sont les étapes successives dans la décadence morale et intellectuelle du criminel. Commeid interprète-til ces ph(Miomèiu'S?f.esétudie-t-il en })sychologue, comme Euripide l'a fait (tans son Oreste? Pas du tout, il y voit une loi, la [)unition du crime \)[\v lui-même.
<( A celui qui a connnis un ci'ime d'en soiHTrir », s'éci'iet-il, ^rA':y'J-^^:y.OibJ, Aius! c'cst de par la loi <pie les aciions mauvaises s'enchaînent les un» s aux autres. Mais alors, derrièrv' la loi, il y a la divinité. Dans la pensée d'Eschyle, ne l'oublions ])as, la loi n'existe (jue lorscpie la divinité l'applique. Aussi ces deux idt»es, celle de la loi et celle i\o Dieu, surgissent en même tenq)s dans son esprit. Il y a donc une divinité, un 'jy.'[^orj quelconque, qui l'éalise cette elTrayante progression du mal chez le coupable. (Jue ce soit Zens, l'Erinnye ou l'Alastor, peu im-
l'te. dette divinité est la uai-intie de la réalisation de
po
(I) Perses, 8^21 Ci) Ag., 1427.
vJ
fil
celle loi do reimeiKlrenienl .lu crime par lui-même. Elle hâte réclosion'du mul chez le coupable. Elle l'aveu-le; elle lui ohscuicil le sens moial. tl'est Xo.xès (pn, sous celle inllueuce, n'a plus le ju-emenl sain, ^'X9^ 'î..>.v i.r^ p,^fov»v«K.;(l). J'.ien entendu, que cet aveuglement divin n'alteiut pas le juste, celui qui obéit aux lois ('2). E'aveuolemenl divin est le cbàliment du coupable (3,-. \ oda pourquoi le poète nous ])arlc dans un IVa-menl dune juste tromperie de la divinité (4). C'est le dieu qui enlève au criminel le senliment du juste et de l'injuste. Le nnserablc ne se doute même plus qu'il esl Irappé par le dieu (0). Telle esl l'.Vlé. Ce terme désigne très souvent l'elTelde raveu£,demenl divin, le malheur (G). Notre auteur en fait presque'une personniHcation divine. Clylemneslre l'invoque (7). Mais tenons-nous-en au sens que nous retrouvons le plus souvent chez notre auleur. L'Até esl une aberration de l'intelligence, cITet d'un .hàtimenldivm. Le
<\) Pevsen, 7'25, cf. ibid-, Xfi- ... . ,
2 Nous r.-,,.i.el,.ns k« l.xtes dénsifs, ,|ui ne laissent aucun (l.mle suî-L ponséc ,1.' l'aulcur. /•: ., 53.-., 313; .1;,., 183, 750-70'i ; «q,(
(3) m'en <1.' plus .v.naniuabh' qur la .lillerence entre la conception d. la folie, telle que nous h trouvons dans Eschyle, et celle He Sophocle ou dT.uripid.'. lîien.le moral dans la folie du malheureux A.pix, pas plus que dans celle d'Hercule {Uerc. Fur. 858). Les deux poètes, sans scrupule nous montrent les dieux, iniligeant la folie à ces héros, sans raison ai»parente. Eschyle est resté Ihléle à sa conception si élevée.
(4) Frafjm. 307.
(5) Enm.. 374; ihid., UW.
(0) Choêph., r>l)8;^^r/o>v aT7.tot 7rovTb.t^tv, Perses. 103/ a>/.v r^v ÙX^ èp.oO n>.ouriç.r., Ag., 1208 C est la leçon de W.il, Gonnington, etc: « Enrichissez de malheur. » C/. I^u/. 735; un navire estime laiisSiw^,530; le sacrifice d'Iphi-énie est une r?oua at^j. AgAol^.
(7) Ag. 4*^3; Prrses, lOOC).
— ui —
cli(imr (les sept devant T/ièbes, supplie les dieux |)roteeteurs (le la cité d'inlliger aux euuemis un aveugienieuL de l'esprit (jui leur laisse jeter les armes et soit leur perte (l). Un mot pres(pie inti'aduisible résume la eoiiceptiou de l'Até. Il est dit des Avres ennemis (pi'ils sont : 5/efxoWjvTÊ^ «Ty.^ les dieux leur ont inspiré une folie (2). Pour bien marquer (jue l'Até est un châtiment, notre auteui- y ajoute l'épithète, CaTsiiÔTroivoç, qy] exige plus tard la dette C]). C'est celle ([ui appartient à rKrinnye (i). Kniin le ])(j(Me n(nis l'ait une peinture populaire de l'Até : L'Até, par sa bienveillance et ses llatteries, attire l'homme dans les rets (5\ Kn un mol, le coupable se laisse séduii'(» pnr la persuation de l'Até (Oj. H se pi'éci[)ite dans le mal, et un jour la justice inopinément le frappe. Telle est rinter[)i*élation (prKschyle donne des ()liénom(jnes de la décadence morale. Il s'eltbrce de le> rattacher aux grandes lois de l'univers. D'autant plus elïrayant est le sort de celui (|ui tond)e sous le cou[) de ces lois implacables. Plus de joie poui'Iui, en vérité; c'est le mot (]e<> Krimiyes (7). Dans ce systt'îme où est l'homme? Nous ne demandons pas (pielle part le poète a faite à la liberté humaine dans Sîi conception du monde. Il est évident (ju'il ne s'est pas posé le problème en philosophe. Mais enfin, quelle part de spontanéité reste-t-il à l'honnne dans cette conception? Ces lois, appliquées avec tant de rigueur i)ar les dieux, ne
(I) Srpt Thcb., 313 et xqq.
(t>) //>tc/.,100I.
(3) Choépk., 38^^.
(4) Ag. r)8.
(5) Perses.m.
(0) Ag., 385.
fil
l'écnisenl-plles pas'? Tout d'abord, incitons à i.ail If juste, celui qui obéit sans contrainte, 2r.f iviy.aç, selon l'expression du poète. Hien entendu, ce n'est pas à lui ipie le cl.àtiment s'applique. La divinité n'est pas arbitraire. Il ne peut s'aoir ici que du coupable. La justice divine est-elle donc si inexorable '? D'abord elle est lente (1). Elle tarde tant, qu'on (initparne plus l'attendre. Les Krinnyes sont forcées de rappeler qu'elle arrivera très certainement (2). Ensuite, le châtiment divin n'atteint le coupable que lors- (jue la mesure de ses crimes est remplie (:5). De plus, les crimes n'ont pas tous la môme gravité. Le meurtre d'une personne .p.i n'est pas de la même famille ni du même sano- s'expie. Le chœur des sept chefs dcmnt Thèbes disthiçue nettement ces deux catégories de meurtre : « ( »ue les enlants de Cadinus luttent contre les Argiens, c'est assez : ce sang, on peut l'expier encore, mais une mort que se donnent l'un à l'autre deux hommes qui sont frères c'est là un crime qui ne vieillit pas [i). » C'est sur cette distinction que rej^ose le dénouement de l'Orestie. Ai.0lion s'elTorce de prouver qu'Oreste n'est pas du m.'ine san- <iue sa mère (iK""'') et par conséquent, que son crime n'est pas inexpiable. Athéné se déci<lc pour lui, car dit-elle, «je suis tout à fait pour le père (5). >■- L'An.'opage tranche la question en acquittant Oresle, parce qu'il n'a pas versé un sang qui était le sien. Jusqu'à ce vote décisif Oreste a l)eau accomplir tous les i-ites de la [.unlica-
(1) A(j., 703. ibid., 1503; 'îi-«v yj-ovuifelsav Choépk., 050.
(2) A'um., 55.5 !■! s(|(|.
^3) .ly.,70(;.
(5) Kiint., 7.'W.
tyi
tion (1), cela ne sert à rien. Le meurtre d'un proche ne s'expie que par lu niorl. C'est un sani; sacré, protégé par les lois éternelles, 7^i>.^ Otmo^o^ ('•2). C'est à ces meurtres de famille que le chœur des Clioéphores fait allusion lorsqu'il dit que le san^' appelle le sang. C'est là une loi, dit-il (o). C'est encore de celui (pii verse le san[^ défendu i\i\o le poète dit : « Les dieux n'écoutent [)as les prières du meurtrier (4) ; )> « (|ue la divinité se rit du meurtrier lorsqu'il il est dans le malheur (5). )> Voilà pour le meurtre. L'adultère, la violation des droits de l'hospitalité, le mépiis des parents, ce sont là encore des crimes qui attirent un châtiment terril)le, une ruine inévital)le. La désohéissance de Laius et l'impiété de ses petits lits attirent les malheurs de cette famille ((>).
L'adultère et le mépris des droits de l'hospitalité entraînent le désastre des Priamides (7). En un mot, sont inexpial)les et punis (Vaveuglement divin les crimes qui constituent une viohdion ilai^i'ante des lois éternelles. Comment i)Ouvait-il (Mi être autrement dans la i)ensée de notre» auteur? L'harmonie universelle doit sul)sisler. Les dieux, d'après \cnv essence», leur nature, ne peuv(»nt se soustraire au devoir de châtier le l'éfractaire. Des dieux ((ui se laisseraient prendre de jûtié pour le c-riminel et (pii n'appliqueraient i^as la loi dans toute sa rigueur, c'est là une conception qu'Eschyle ne pourrait j)as plus imaginer
(1) Eiim.,'im-'2m, cf. lùir. Iph. en Taitr., \)\1AW.
(3) V. 4()0et sqq.
(A)Ag.,m\.
(5) Eum., 5G0.
(0) Sept Th., 742 et hj!)
(7 ) .4 7 o m . , 1 ^20 ; Clioéph . , 935 .
,,„'il ne sa«n.it concevoir (les divinités capricieuses et «rLitraires. Ce régime est sévère. La consolation est vi- ,ile le juste n'a rien à craindre. Le pécl.eur même ne s'attire le châtiment divin que lorsqu'il a atteint un certam niveau dans le n>al. Mais alors mall.eur à lui ! Toutespoudisparait. Se préserver des grands crimes, c'est la grande aflaire. Est-ce là une justice que l'homme ne puisse réaliser'' 11 me semhle qu'au fond Ecliyle est moins exigeant que nous, épris de justice idéale. Celle qu'il rêve me parait assez e..lérieure ; car il faut avouer qu'au-dessous des ..,ands criminels il y a encore place pour des peclieurs moins notahles. Assurément nous pensons que si on 1 avait interrogé sur le sorl de ces personnes qui, sans violer par un acte brutal les l..is de la justice, mériteraient peut être un châtiment aussi sévère, notre auteur aurait ete assez embarrassé. Sont-ce là des problèmes que l'on pouvait se poser à une époque encore aussi grossière que la sienne . Parlez-nous alors de forfaits barbares , de rapt et <le meurtre. Laisse/, les questions de Une psychologie a bocrato et au.x Athéniens subtils de son temps. Dans les (Iranies .le notre poète, il s'agit avant tout de crimes de lamille de violations brutales des droits les plus sacres. Qui nous autorise à supposer que ces châtiments divins, celte perturbation de rintelligence par un Alastor, ces folies surnaturelles qui font croire à tant de lecteurs a je ne sais quel fatalisme oriental, ha|.pcnlla catégorie des pécheurs toute entière, tous les injustes'.' L'injuste, c'est le rel lactaire en -rand. Voilà . celui que foudroie, dans les yeu.x, le dard Jullammé deZeus(l). » Quant aux autres, notre auteur, tout occupé des lois éternelles, n'y songe guère.