‹ Etude sur les infections chez le prématuréChapitre 22 sur 44 · DOUCE · texte numérisé non relu

DOUCE

x) Que les maladies des parents sont fréquemment cause d’accouchements prématurés ;

b) Que les prématurés naissant dans ces conditions peuvent être infectés (infections intra-utérines) ou seulement intoxiqués. Dans ce dernier cas, ils entrent dans lexistence pourvus d'organes non seulement inachevés, mais encore altérés (1).

Pénétrant maintenant plus avant dans le processus intime de ces altérations, nous allons rechercher quelles sont les modifications apportées par les toxines dans la structure et le fonctionnement de l'organisme cellulaire du prématuré (2), « car s'il est bon de savoir que la descendance des couples tarés offre des anomalies, des prédispositions au mal, il est plus utle encore d'établir en quoi consistent ces anomalies, ces prédispositions, quelles sont les différences physiques ou chimiques, anatomiques ou fonctionnelles, qui font que tel organisme, en vertu de l’infection ou de l’intoxication maternelle, s’éloigne de la normale, présente des résistances. affaiblies, une véritable opportunité morbide » (3).

(1) « Il y a longtemps qu’on accuse l'influence des générateurs comme cause d’une série d'anomalies enregistrées chez les rejetons; on à remarqué la fréquence toute naturelle de ces anomalies dans le cas où ces générateurs sont malades ; on observe alors soit des lésions pareilles à celles que portent les parents, soit des modifications sans caractères spécifiques, nullement semblables à celles des ascendauts. Dans la première hypothèse, l’hérédite est directe; le père ou la mère ont: transmis des processus dont ils étaient atteints ; dans la seconde, cette Aérédité est indirecte ; la perturbation conférée, tout en se rattachant plus ou moins à l'affection des ascendants, n’est pas identique à cette affection. Aussi Charrin a-t-il soutenu, avec raison, qu’au point de vue grammatical l'emploi de cette expression hérédité dans ces circonstances, est incorrecte, en dépit de la juxtaposition du qualificatif indirecte » (GUILLEMONAT. Influence des tares maternelles sur le développement des enfants. Journal de physiol. et de patholog. génér., 1899, p. 546).

(2: Les expériences et les travaux résumés dans les pages qui vont suivre ont été faits par M. Charrin et ses collaborateurs, MM. Bonniot. Guillemonat, Hugouneng, Levaditi, Nattan-Larrier, Nobécourt, Paris, Riche. Ils ont été publiés dans les Bulletins de l'Avadémie des sciences et de la Société de biologie, dans des articles parus dans le Journal de physiologie et de pathologiè générales et dans les Archives de physiologie normale et pathologique. Nous en donnons la nomenclature à la Bibliographie.

(8) GUILLEMONAT.

ET

La facilité avec laquelle s’infectent les enfants nés avant terme, disions-nous en étudiant la physiologie du prématuré sain, provient en grande partie de son hypothermie.

L'influence favorisante de l’abaissement de la température sur la réceptivité des germes est un fait qui a été démontré expéri- -mentalement par un certain nombre d'auteurs ; qu’il nous suffise de rappeler les expériences de Pasteur sur la poule refroidie perdant son immunité contre le charbon, de Bouchard avec des cobayes plongés dans l’eau à 12°, de Duersch, de Sawtschenko (1) avec le pigeon. Lipari (2) à également montré que les lapins, qui supportaient sans aucun trouble les injections : de pneumocoques dans la trachée, succombent lorsqu'on les immerge dans l’eau froide. « L’expérimentation a done démontré jusqu'à l'évidence qu’abaisser le degré thermique d’un organisme, c’est faire fléchir sa résistance, c’est diminuer l’activité des phagocytes, l'énergie bactéricide où antitoxique de ses humeurs » (3).

Cette hypothermie, disions-nous encore, nous paraît résulter d’un fonctionnement imparfait des organes. Or on retrouve, dans l'étude du prématuré malade, la confirmation de cette théorie : les organes fonctionnant chez lui d’une façon encore plus imparfaite, Phypothermie est plus constante et l'infection plus fréqiente que chez le prématuré né de parents sains,

« Arrivé à ce point et reculant de plus en plus la question, on est porté à rechercher pourquoi cette thermogénèse a été insuflisante. Or, l'analyse des matières expulsées par l'intestin donne 0 gr. 10 d'azote et 0 gr. 60 de carbone, tandis que ces chiffres à l'état physiologique oscillent aux environs de 0 gr. 03 et 0,2; en d’autres termes, une part importante du combustible qui traverse le tube digestif est soustraite aux métamorphoses de l'organisme. D’un autre côté, les analyses des urines livrent

* (1) Centraiblatt für Bakteriologie, t. IX.

(2) Lyon médical, 1890.

(8) LEVADITI eb PARIS,

un coefficient azoturique de 0 gr. 71, sensiblement inférieur à celui des nouveau-nés sains qui s'élève à 0 gr. 92 (1). »

Ce qui domine done, ce sont la combustion incomplète et l'assimilation imparfaite. Les toxines paraissent avoir atténué la propriété qu'ont les cellules de retenir, d'utiliser tous les aliments : tandis que l'enfant sain, en effet, garde presque tout ce qu'il reçoit, que son urine est très pauvre en urée, en azote (2), chez l'enfant malade, aussi bien dans l'observation précédente que dans celles rapportées par Charrin et par Guillemonat, on retrouve cette absorption faible et cette désassimilation active que caractérisent, d’une part, l'excès de l’azote ou du carbone inutilisés que laisse échapper lPappareil gastro-intestinal, et, d'autre part, le coeflicient azoturique des urines, qui se trouve inférieur à la normale.

La déperdition du carbone par excrétion exagérée d'acide carbonique est également retrouvée par Guillemonat dans l’analyse des échanges respiratoires chez le prématuré taré: « Si cet acide carbonique mesure exactement l'intensité des combustions, il semble, dit-il, que ces enfants soient forcés d'activer ces combustions sans pourtant parvenir, par suite de l'étendue exagérée de leurs surfaces, à les accélérer suflisamment. »

Une cause d’hypothermie ‘importante, venant s’ajouter aux précédentes est, chez ces enfants, la déperdition plus grande de chaleur par le rayonnement. Bonniot a trouvé que chez les nouveau-nés fils de malades, ce rayonnement est de 4 à 6 ealories au lieu de 7 à 8 qu'on trouve chez les normaux. Cette perte exagérée de chaleur rayonnante est due en partie à ce fait intéressant, que ces enfants ont une étendue plus grande de surface cutanée par unité de poids. Guillemonat donne les

(1) LevaDtTr et PaRis. Il s’agit de l'observation d'un prématuré né d’une mère cancéreuse qui mourut au bout de trente-sept jours sans avoir présenté aucun autre trouble morbide appréciable, en dehors de l’amaigrissement et de l'hypothermie, et chez lequel on reconnut à l’autopsie qu’il s'agissait d’une septicémie streptococcique.

(2) CHARRIN.et NOBÉCOURT.

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