‹ Etude sur les infections chez le prématuréChapitre 24 sur 44 · LABOUR · texte numérisé non relu

LABOUR

laire correspond à 8 ou 10 décimètres carrés, dépassant sensiblement les proportions normales, qui oscillent entre 6 et 7; 1l en résulte que la perte de calorique se faisant par une surface plus grande, devient plus active, exige plus de réparation; dès lors, on conçoit les inconvénients qui dérivent de semblables modifications. L’économie, sous peine de tomber dans le collapsus, est tenue de maintenir la température à un niveau déterminé; comme, dans les conditions invoquées, cette économie utilise mal le combustible, puisque l'analyse prouve qu'elle laisse échapper trop de carbone, trop d’albumine par l'intestin ou par d’autres voies ; comme, d’autre part, la faiblesse du rayonnement indique l'infériorité des échanges, on saisit aisément à quel point ilest légitime de se préoccuper de l’état du foie, puisque la physiologie de cette glande influence plus ou moins tous ces phénomènes (1). »

En effet, si l'intégrité du parenchyme hépatique est indispensable à la fonction thermogène, déjà si réduite chez le prématuré, elle ne l’est pas moins en ce qui concerne les oscillations tant du sucre que du glycogène qui, plus que bien d’autres éléments, actionnent la prédisposition à l'infection ; elle est encore nécessaire aux transformations de composés ammoniacaux en urée, corps infiniment moins nuisible ; ou encore à l’élaboration de la bile. capable, par ses matériaux inutilisés, d’empoisonner le sang, et enfin à la neutralisation des produits toxiques intestinaux

ou autres, sans parler du rôle du parenchyme hépatique sur

l’activité des échanges (Charrin et Nattan-Larrier). Des altérations du pancréas ont été également constatées. Les travaux de M. Charrin et de ses élèves, auxquels nous venons de faire de nombreux emprunts dans les pages qui précèdent, sont les seuls qui existent sur ce sujet. Pour d’autres

maladies, comme la syphilis, les lésions qu’elles produisent chez le

fœtus sont connues : si l'enfant est mort in utero et qu'il ne soit

(1) CHARRIN. Tares hépatiques expérimentales chez les rejetons de femelles tuberculeuses. Journ. de physiologie et de pathologie générale, 1899, p, 82.

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pas trop macéré, on trouve habituellement des lésions dans tous les viscères ; lorsqu'il meurt dans les dix-huit premières heures, on trouve surtout des lésions du poumon (gommes) ayant entravé la fonction respiratoire ; lorsqu'il meurt plus tard, les lésions du foie prédominent (foie silex) (1).

I est impossible, en l’état actuel de nos connaissances bactériologiques, de savoir si ces lésions sont le fait d’une infection où d’une intoxication, et l'étude du processus de ces altérations est mal connu.

Quant à la transmission des produits toxiques d'origine non microbienne, l'étude en a été faite par M. Porak (2). Si le placenta sain ne se laisse pas traverser par les particules solides, vivantes ou inanimées, ainsi que nous le verrons dans le chapitre suivant, il peut laisser filtrer certaines substances solubles : l’arsenic, le cuivre, le plomb, l’atropine, le phosphore traversent le placenta; le mercure, l’alizarine ne le traversent pas. Le placenta est un lieu d’accumulation pour le cuivre et surtout pour le mercure; le plomb ne s’y fixe pas; les poisons qui traversent s'accumulent en plus grande quantité dans les tissus du fœtus que dans ceux de la mère, en vertu probablement de la puissance éliminatrice et de l’insuflisance désassimilatrice des premiers; ils se diffusent davantage chez le fœtus, où on les trouve presque exclusivement dans le foie (Marfan) (3).

L’action de l'alcool a été étudiée dans une thèse récente sur « l’alcoolisme congénital » par M. Nicloux (4).

Il conclut d'expériences personnelles que si l'organisme mâle est sous l'influence de l’alcool, les liquides fécondants (sperme) sont

(1) Cette prédominance des lésions du foie que nous avons déjà trouvée chez les enfants issus de tuberculeux (Charrin) s'explique aisément par le fait que le foie est le premier organe que traverse le sang venant du placenta.

(2) PoRAK. Des substances étrangères à travers le placenta. Arch. de médes . expériment., 1892.

(3) MARFAN. Des infections congénitales des nouveau-nés. Paris, 1897,

(4) Th. Paris, 1900.

ET ans

imprégnés de ce principe ; de même, si l'organisme femelle subit cette même influence, l'ovaire, par suite l’ovule, peuvent être imprégnés. D'autre part, l'alcool ingéré sous forme d'alcool à 10 p.100 passe, à travers le placenta, de la mère au fœtus. Le

sang de la mère et le sang du fœtus renferment au même instant des proportions d'alcool, sinon égales, du moins très voisines. Dans ces différentes conditions l'embryon peut donc être touché, soit dès sa conception, soit pendant son évolution.

Nous avons vu que lenfant prématuré issu de parents malades pouvait naître tantôt infecté et tantôt intoxiqué, soit que les germes ou leurs toxines aient été transportés par le spermatozoïde ou l’ovule, soit qu'ils aient franchi la barrière placentaire au cours de la gestation. Laissant alors de côté les infections intra-utérines pour étudier les intoxications, nous avons recherché comment les produits toxiques ou toxi-infectieux étaient capables d'agir sur l’organisme du prématuré, et nous avons constaté que les cellules altérées au triple point de vue anatomique, chimique et physiologique entrainaient le

mauvais fonctionnement de tous les organes et en particulier du.

foie, dont une des principales conséquences était l'hypothermie.

Or que font, au point de vue de la résistance aux infections, ces diverses conditions ? L'inanition, suivant Canalis et Morpurgo, hâte l'invasion microbienne en restreignant les réparations protoplasmiques, par suite la résistance des protoplasmas.

Le surmenage, d’après Charrin et Roger, prédispose à.

l'infection en favorisant l’accumulation des acides, partant la diminution de l’alcalinité humorale, celle de l’état bactéricide, comme l'ont indiqué Moscatelli, Colosanti, Cohnstein. L'hypothermie, conséquence de ces combustions insuffisantes

au point de vue de la quantité ou de la qualité, paralyse l’acti-

vité des réactions cellulaires, les mouvements des phagocytes : dès lors il est clair que les défenses organiques perdent une partie de leur énergie (Guillemonat).

Nous faut-il donc, à la fin de ce chapitre, conclure par un

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arrêt de mort pour tous les prématurés issus de parents malades ? Heureusement non ; car si, dans un certain nombre de cas, des altérations de leurs cellules sont la conséquence de la tare héréditaire, et les mettent à la merci des germes infectieux qui les guettent dès leur naissance, cette conséquence n'est pas fatale : « La Nature, dit Charrin, tente tout le possible pour redresser ses torts ; par instinct, par souvenir ancestral, la cellule revient au type normal, déploie une énergie excessive pour reprendre le droit chemin. » Et quand bien même ils naïtraient avec ces lésions organiques, ils peuvent être mis, dans une certaine mesure, à l'abri de ces germes, par des moyens prophylactiques relevant de l'hygiène et d’une bonne alimentation.

Nous pouvons même aller plus loin, et finir sur cette pensée consolante que nous donne la science, à savoir que les parents infectés transmettent parfois à leurs enfants, non plus l’infection, mais l’immunité ! |

DELESTRE, è p

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