Chapitre Premier
Les Staphylocoques.
Dans la grande famille des microcoques, les staphyiocoques se distinguent par des caractères habituels que nous allons essayer de résumer en quelques mots.
Ce qui caractérise ces espèces, ce qui leur a fait donner leur nom générique de staphylocoque, c’est d'abord la forme sphérique des éléments microbiens et ensuite leur disposition habituelle, leur agglomération en amas que l’on a comparé à de petites grappes de raisin (orasauwv, petite grappe de raisin).
On appellera donc staphylocoques, des éléments microbiens de forme arrondie, plus ou moins régulière, réunis en essaims, en amas zoogléiques, en grappe. Ce n’est pas à dire que dans une préparation soumise à l'examen microscopique, tous les éléments sans exception seront réunis en grappe ; on voit en effet par endroits des microorganismes ronds et isolés les uns des autres, quelques-uns sont disposés
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par deux comme les diplocoques, on en voit même qui restent les uns devant les autres, réalisant la forme de courtes chaînettes.
Mais comme le fit remarquer M. Roux (1) dans son article du traité de Pathologie générale du professeur Bouchard « le mode d'association en grappe, en amas, est le plus fréquemment observé ; il est et reste prédominant. »
Ce fut d'abord Lucke, puis Klebs en 1874, enfin Eberth en 1875 qui entrevirent les premiers ce microbe.
Pasteur (1878-1880) le trouva dans l’eau de Seine, dans le pus du furoncle, puis dans l’ostéomyélite.
La première description complète fut celle de Ogston en 1881, bientôt suivie par une intéressante étude de Becker (2). ;
Nous signalerons également les recherches de Rosenbach en 1884, et de Passet en 1885.
Ces microcoques mesurent de 0 y 5 à 0 4 8 de diamètre. Ils n’ont pas de mobilité propre et sont des aérobies facultatifs.
Leur coloration est facile et intense pour toutes les couleurs basiques d’aniline, Ils ont pour caractère de rester colorés par la méthode de Gramm. |
Dans une préparation de pus à staphylocoque, on
(1) Roux. — Traité de Pathogie générale de Bouchard. t. II, p. 505.
(2) Becker. — Soc. de méd. de Berlin, 17 décembre 1883.
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trouve des éléments microbiens, soit en petits amas de 3 ou 4, soit en masses plus considérables de 9 ou 10 coccies. Ils sont plus généralement épars autour des globules du pus, mais on en rencontre quelquesuns dans l’intérieur même des cellules.
Le staphylocoque cultive facilement sur la plupart des milieux : mais la coloration que présente la culture sur la gélatine ou la gélose, a permis de diviser cette espèce microbienne en 3 catégories :
1). Staphylococcus aureus :
2). Staphylococeus albus ;
3). Staphylococcus citreus.
On peut se demander si ce sont bien Ià trois espèces différentes ou seulement trois états différents d'une même espèce.
Rodet (1) en 1885, Jaboulay (2), Courmont (3), Netter (4) pensent qu'il s’agit là dé trois variétés d’un même microbe, tandis que Lannelongue et Achard (5)
pensent qu'il s’agit de 3 espèces différéntes. Ces deux auteurs s'appuient sur les points Suivants :
1°) La différence de couleur est un-caractère propre, et si l’on peut faire perdre sa Coloration au staphiylocoque doré, on ne peut pas la lui rendre ;
(1) Rodet. — Revue de Chirurgie, 1885.
(2) Jaboulay. — Thèse de Lyon 1885.
(3) Gourmont. — Soc. de biologie, 1891.
(1) Netter. — Soc. méd. des hôpitaux, 1894.
(5) Lannelongue et Achard. + Acad. des stiénces, "mars 1900, Soc. de biologie, juin 1890.
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2°) Le staphylocoque blanc est moins virulent que le staphylocoque doré. \
Mais on peut opposer à ces raisons, que tous ces microbes ont la même forme, la même grosseur, qu'avec une dose suflisante ils produisent les mêmes accidents de suppuration, et qu’enfin lestaphylocoque doré peut être transformé en staphylocoque blanc. Bien plus, Rodet, Courmont et Netter auraient pu transformer le staphylocoque blanc en staphylocoque doré.
Du reste, quand on a eu l’occasion de faire quelques cultures de staphylocoque, on remarque vite qu'entre l’Aureus type et l’Albus, on peut étager toute une gamme d’espèces chromogènes.
Comme le fait remarquer Courmont, il semble même que le pouvoir chromogène puisse disparaitre pendant le séjour du microbe dans l'organisme. Les cultures du pus d’un même abcès peuvent donner du staphylocoque doré et du staphylocoque blanc.
Néanmoins, cest là une question que nous n'essaierons pas de trancher, et nous nous contenterons d’avoir mis en présence les opinions adverses.
Le staphylocoque cultive très facilement dans le bouillon peptonisé. Ce bouillon devient trouble au bout de 12 heures. Au bout de 24 heures, on y voit des filaments blanchâtres qui disparaissent ordinairement en 2 ou 3 jours. Cependant un dépôt épais
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se forme au fond du tube. Il y persiste tandis que le hquide se clarifie en 2 ou 3 semaines.
On a cultivé ce microbe sur d’autres milieux liquides : infusion de foin, sang, serum, ascite, lait, urine, etc.., les cultures dans ce dernier milieu poussent assez mal. Cultivé sur la gélatine, il en amène la liquéfaction. Celle-ci est variable suivant la race du staphylocoque et suivant qu'on a fait un ensemencement en Surface ou en piqüre. Les colonies,qui poussent très bien sur la gélatine, ont une coloration grise au début et liquéfient. Sur gélose, un ensemencement discret en stries, pousse en moins de 24 heures. On a également pu faire pousser ce microbe sur le sérum gélosé, sur la pomme de terre.
C'est en culture sur la gélatine que les propriétés du microbe sont le mieux conservées (1 à 2 mois).
La température oplima, pour obtenir ces cultures, est de 30 à 35° centigrades ; mais on a pu les voir pousser à la température de la chambre.
Quand on cultive le staphylocoque dans du bouillon légèrement alcalin, les colonies, pendant les 2 ou 3 premiers jours secrèlent des produits acides, si bien qu’au bout de 4 jours, la culture rougit le tournesol ; mais bientôt l'acidité du bouillon disparait et apres un mois, le liquide est redevenu plus alcalin que primitivement., On a remarqué que ce microbe pousse mal ou même cesse de cultiver en milieux acides.
L'étude de la biologie des staphylocoques nous ap-
prend que &es microbes sont peu sensibles au froid el qu'en revanche, ils sont forts sensibles à la chaleur. Ils ne résistent pas à l'ébullition. Rodet a montré que les vieilles cultures sont plus facilement tuées par la chaleur dans les conditions habituelles.
Cependant on a pu acclimater le staphylocoque à des températures de 43 et 44°.
La virulence du microbe est plus rapidement perdue que sa végétabilité. |
L'action de la lumière, et surtout de la lumière solaire n’est pas sans influencer leur développement. Büchner (1) a établi que lalumièreestun désinfectant et qu’elle gène le développement du staphylocoque.
Quant à l'influence de lélectricité, elle n’est pas nettement définie, sauf en ce qui concerne les courants galvaniques qui atténuent leur développement.
L’eau distillée agit de même.
Ce microbe vit volontiers dans le sang, parfois même à l’état de saprophyte. Stern (2) a montré que le staphylocoque pouvait être trouvé dans le sang d'individus vivants bien portants.
L'action de la salive est défavorable aux cultures ; on peut en dire autant du suc gastrique; mais l’antiseptique habituel de l'intestin, la bile fournit un
(4) Büchner, — Centralblatt für baktériol., t. XI, f. 25, p. "181, 1892.
(2) Stern. — Zeitschrift für Klin. méd. XVIII, p. 46.
bon 1nilieu nutrilif, comme l’a montré Létienne (1).
Nous nous contenterons de ces quelques exemples sans étudier toutes les sécrétions organiques comme milieu de culture.
Divers auleurs comme Sabrazès et Bazin (2), ont pu constater que l’aeide carbonique, même à haute pression ne modifiait ni la virulence, ni la vita+ lité du staphylocoque. On n'en peut pas dire autant de l'acide sulfureux, du chlore qui sont de très bons désinfectants.
L'eau oxygénée, le formol, etc... sont d'excelents désinfeetants du staphylocoque. Du reste cette action des antiseptiques a été établie expérimentalement par divers autéurs, en particulier par Bouchard (3), par Behring.
Le staphylocoque résiste très bien à la dissécation : ce fait a été établi expérimentalement par Raoult Deslongchamps.
Le staphylocoque secrète en outre des substances multiples, des toxines jouissant de propriétés diverses: toxiques — pyogènes — nécrosantes — vasodilatatrices, etc. — Ces toxines ont pu être préparées par filtration des cultures en milieu liquide; ou par le chauffage à une température suffisante pour dés truire les germes eux-mêmes,
{1) Létienne. — Arch. de med, experim , tome Il, 6, 1894. (2) Sabrazès et Bazin. — Soc. de biologie, 18 nov. 1896. (3) Bouchard. — Thérap. des maladies infectieuses, Paris, 1889, Mathieu 2
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Les effets de ces toxines injectées aux animaux ont été soigneusement éludiés par Cesaris-Denel, (1) Rodet et Courmont (2), Salvioli (3), Mosny et Marcano (4), Nannoti (5) etc. Mais la composition chimique de ces produits est encore mal connue. Gauthier a montré que par le sulfate de magnésie on pouvait précipiter des albuminoses toxiques, peu solubles dans le chlorure de sodium.
Enfin Rodet et Courmont (6) ont pu dans ces toxines, séparer par l'alcool, des substances diastasiques et des alcaloïdes qui ont des propriétés antagonistes ; de sorte que chacune d'elles prise isolément est beaucoup plus toxique que le mélange.
On a ainsi pu isoler de la toxine du staphylocoque : des produits toxiques, des produits pyogènes, des produits nécrosants (Dor) (7), des produits chimiotaxiques (Capelli) (8), des produits vaso-dilatateurs (Arloing) (9) et enfin deux ordres de produits,
(1) Cesaris-Denel. — Gazetta medica di Torino, 189,4, n° 32 et 33.
(2) Rodet et Courmont. — Revue de médecine, 1893.
(3) Salvioli. — Archives italiennes de biologie, tome XVII, p. 120.
(4) Mosny et Marcano. — Académie des sciences, 20 nov:
(5) Nannoti. — Annales de micrographie, oct. 91.
(6) Rodet et Courmont. — Acad. des sciences, 5 oct. 94. (7) Dor. — Congrès français de chirurgie, 1892.
(8) Capelli. — Lo Spérimentale, 1893, p. 187.
(9 Arloing, — Académie des sciences, 7 sept. 1891;
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les uns prédisposants les autres vaccinants qui mér]tent de nous arrêter quelques instants. è
— Les produits prédisposants ont été vus en 1890 par Rodet et Courmont. Lorsqu'on les isole et qu'on les inocule au lapin, en même temps que du staphylocoque, la suppuration est augmentée. Trois mois après l'injection de ces substances prédisposantes, l’inoculation d'un staphylocoque atténué peut produire une septicémie mortelle chez les animaux ainsi préparés, tandis que les témoins survivent.
— Quand aux produits vaccinants, découverts par Courmont et Rodet, ils ont été expérimentés par divers auteurs. Denys et Van de Velde (1) ontconstaté qu'après l'injection de ces substances vaceinantes, la suppuration due aux staphylocoques est diminuée ou ne se produit pas. D’après eux, chez Îles lapins
immunisés de cette facon, il se produirait une subs-
tance qu'on appelle antileucoïdine qui neutralise l’action destructive de la leucoeydine sur les globules blancs.
+ La connaissance et l'étude de ces produits ontconduit à des tentatives d’immunisation et de serothérapie.
Mais on s’est bientôt apereu que les infections à staphylocoque semblaient prédisposer à une nouvelle atteinte, plutôt que d’immuniser contre elles.
1) Denys ét Van de Velde. — La Cellule, t. XI, f. 2, p. 339,
Les premières tentatives de sérothérapie remontent à quelques années.
Raieski (1) admettait l’immunité contre l'anthrax due à une substance qui résiderait dans le sang.
Les tentatives d’immunisation faites sur les auimaux ne donnèrent d’abord aucun résultat.
Nannoti (2), Giantusco et d'Urso échouèrent également dans leurs tentatives d’immunisation.
Terni{3) et Mironoft (4), ne furent pas plus heureux.
Cependant après avoir isolé les différents produits de secrétion du staphylocoque de façon à n’utiliser que les produits vaccinants, Rodet et Courmont montrèrent que l'on devait sûrement pouvoir immuniser les animaux.
Dès lors toute une série d'auteurs parmi lesquels nous citerons : Viquerat (5), Grammakowiskyÿ (6), Capaman (7), Van de Velde (8), Para Scandalo (9), Courmont et Nicolas, etc,, ont pu réussir à immuniser des animaux.
(1) Raieski. — RouskKaia medizcina, 1891, p. 163.
(?) Nannoti — Ann. de la micrographie. tome IV, p. 1, 1891.
(31 Terni. — Revista d’igiene et sanita publica. N° XIV, p. 517-1893.
(4) Mironoff. — Arch. de med. expériment. t. IV, 1898.
(6) Viquerat. — Zeitsch für hyg. in inf krank. Bd XVI{L, 3,
(6) Gramimakowisky. — Rouskaia medizcina, n° 37 et 39,
(7) Capaman. — Congrès français de méd., 7 août 1896.
(8) Van de Velde. — Ann. de l'Institut Pasteur, p. 581. 1896. (9) Para Scandalo, — Riforma medica: 4 décembre 1896;
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Nous n’entrerons pas ici dans le détail des méthodes employées par ces différents auteurs et nous conclurons simplement que les tentatives d'immunisation et de sérothérapie contre le staphylocoque n’ont pas encore donné de résultats suffisamment importants pour pouvoir entrer dans la thérapeutique. Du reste Capaman a bien vu que si l’on peut malgré les difficultés arriver à immuniser des animaux contre le staphylocoque, cette immunité n'est pas
durable : elle disparaît assez vite si l’on cesse de traiter ces animaux,