‹ Étude sur les invaginations intestinales chroniquesChapitre 14 sur 26 · PRONOSTIC · texte numérisé non relu

PRONOSTIC

Le pronostic de l'invagination intestinale, déjà bien Pronostic grave dans la forme aiguë, s'assombrit encore dans la forme général, chronique. Nous avons vu que l'élimination par gangrène de l'anse invaginée, qui représente le principal mode de guérison, n'a lieu que d'une façon tout à fait exceptionnelle lorsque les accidents traînent en longueur. Quand un mois

(1) Voyez notamment pour tout ce qui concerne l'invagination et le prolapsus du rectum : Cruveilhier. Traité d'anat. path., I, p. 547 à 567.

s'est écoulé avec des signes d'invagination bien accusés et que l'expalsion spontanée n'a pas eu lieu, il y a de fortes présomptions pour qu'à moins d'intervention chirurgicale, la mort devienne inévitable. Sur 56 cas, je le répète, l'élimination spontanée n'a eu lieu que six fois. Quand l'élimination s'accomplit au niveau du collet, elle se fait trop tard, alors que la gaîne est malade et que les lésions sont devenues irréparables ; quand elle a lieu graduellement par une fonte gangréneuse progressive, l'organisme succombe avant l'achèvement du processus. Enfin, lorsque sous l'influence d'une poussée aiguë le rejet de l'anse invaginée a pu s'effectuer, la guérison n'est encore rien moins que certaine et les chances de mort restent nombreuses. Sur les six malades chez lesquels l'élimination spontanée s'est complétée, je le rappelle, quatre sont morts à échéances plus ou moins éloignées.

L'observation lvi paraît être un exemple de guérison spontanée par désinvagination ou plutôt par rétablissement de la perméabilité du canal central de l'invagination. Mais un tel mode semble devoir être encore plus rare que l'élimination par gangrène et exposer, dans le second cas, après un délai plus ou moins long, au retour des accidents ou à la production de complications diverses (obs xl, liv). L'espoir d'une telle guérison ne peut guère entrer en ligne de compte.

Quels sont les principaux éléments qui pourront influer sur le pronostic à porter dans un cas donné d'invagination chronique?

Pronostic La chronicité bien établie des accidents permettra de ^ ^la"^^^ supposer que l'intégrité des parties invaginées est conser-

chronicité. ^ée et que par conséquent la réduction est encore possible.

Dans le cas contraire, on sera réduit à penser, sans pouvoir l'espérer, à la possibilité d'une poussée aiguë dont la mor-

tification et l'élimination du boudin de l'invagination serait la suite.

Vâqe peu avancé du malade diminuera l'espoir qu'on Pronostic

11,. • . r X suivant

pourrait fonder sur ce mode de guerison, qui est tort rare p^g^

au-dessous de six ans. En effet, M. Leichtenstern a pu établir le tableau suivant :

et le sexe.

Dans la année, élimination spontanée dans 2 % des cas. Tableau De 2 à 5 ans, &Z —

De 6 à 10 — 38 ^ —

De 11 à 40 — 40 ^ —

De 41 à 60 — 44 ^ —

Au-dessus de 60 — 46 ^ —

Le sexe semblerait a priori ne devoir offrir que peu d'influence ; cependant le même auteur a trouvé que sur 179 invaginations chez l'homme, l'évacuation a eu lieu 66 fois (soit 31 0[0) et que sur 101 chez la femme, elle a eu lieu 54 fois (soit environ 54 0[0).

Le siéqe de l'invagination, quand il pourra être diagnos- Pronostic

tiqué, fournira au pronostic des éléments plus précis et ^^"^j^^^*

plus faciles à admettre ; on se rappellera, toujours d'après variété

le même, que tandis que l'intussusception iléo-cœcale est l'invagina-

expulsée spontanément dans 20 0{0 des cas et la colique *^°°* dans 28 0[0, l'intussusception de l'intestin grêle l'est dans 61 OiO.

Quant au résultat final selon la variété de l'invagination Pronostic

et suivant l'âge du patient, aprèa élimination spontanée, l'élîmination

il est donné par les deux tableaux suivants : spontanée.

Sur 33 invag. iléo-caecales terminées par élimination spontanée. Tables

14 morts ou 42,4 % XIV.

— 75 — de l'intestin grêle, 31 — 42,6 %

— 1 — coliques, 5 38,4 %

(Leichtenstern).

Tableau Mortalité consécutive à l'élimination spontanée, suivant l'âge :

De 6 à 10 ans.

42 morts %

Au-dessus de 60 —

(Leichtenstern).

Ces divers tableaux s'appliquent au cas où le processus réparateur s'était manifesté. Quant à la mortalité générale, l'auteur que noxis citons a trouvé qu'elle est en moyenne de 68 0^0 pour les hommes et de 70 0[0 pour les femmes ; et que de 11 à 60 ans elle est selon la variété :

Pour les iléo-csecales, morts, 71,6 Z

— iléiques, — 57,8 Z

— coliques, — 70,9 %

Cela donnerait déjà une mortalité générale de 66,7 0^0 ; mais celle qui semble résulter d'autres totaux est notablement plus élevée et varie entre 72 et 83 0^0.

Ces chiffres ont rapport à l'invagination intestinale considérée en général, cas aigus et cas chroniques mélangés. Les résultats sont encore plus déplorables si l'on envisage seulement la statistique des cas chroniques. Sur 59 observations nous trouvons ici 51 morts par mécanismes divers; trois guérisons spontanées (dont le diagnostic sera toujours sujet à discussion), trois guérisons par la gastrotomie, et deux guérisons par élimination. Ce qui ferait quinze guérisons pour cent ; ou en mettant de côté les cas douteux, seulement neuf guérisons et quatre-vingt-onze morts pour cent cas chroniques. Si l'on retranche encore les observations où la gastrotomie a été faite, on n'obtient plus qu'une proportion de 4 guérisons environ sur 100 cas.

Une mortalité aussi élevée démontre que l'invagination

intestinale chronique est une des formes les plus fatales de l'occlusion intestinale et qu'elle perd presque complètement le bénéfice de l'élimination spontanée. Existe-t-il un moyen de modifier le pronostic qui en découle ? Y a-t-il quelque espoir de parvenir à trouver dans les indications de la maladie l'art de remédier au mal? Peut-on espérer d'obtenir des ressources de la thérapeutique l'abaissement du chiffre de la mortalité? C'est ce que j'aurai à examiner dans le chapitre consacré au traitement.

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