‹ Étude sur les invaginations intestinales chroniquesChapitre 16 sur 26 · L TRAITEMENT MÉDICAL · texte numérisé non relu

L TRAITEMENT MÉDICAL

Les moyens médicaux auxquels on a eu recours répon- Moyens dent à des indications différentes et peuvent former plu- ™^<1"^^^^* sieurs groupes. Les uns a) ont été administrés dans le but de soulager les douleurs, de supprimer l'action spasmodique de l'intestin et de lui permettre de se dégager par ses propres efforts (J. Gay), (opium, belladone, tabac, chloroforme, chloral); les autres b) ont été employés dans le but de stimuler l'intestin et d'exciter la contraction musculaire (1) (évacuants, électricité, marteau de Mayor, frictions sèches, strychnine) ; d'autres encore c) ont eu pour but de modérer l'état congestif ou inflammatoire des parties (émissions sanguines, vésicatoires, action du froid).

a) Il n'est pas douteux que l'emploi des narcotiques soit Narcotiques, utile dans l'invagination chronique. Il est même indispensable pour rendre supportables les horribles douleurs des malheureux qui en sont victimes. De plus, si leur action ne suffit pas pour permettre à l'inteetin de se dégager spontanément, comme le croient possible quelques auteurs, elle doit du moins avoir pour résultat de permettre d'assurer le diagnostic et de faciliter l'usage des divers moyens curatifs

(1) On me pardonnera de ne pas faire la critique de l'emploi des corps étrangers, balles de métal, mercure, ingérés dans le but d'agir par leur poids. Je crois une simple mention suffisante et je m'étonne de trouver ces moyens sérieusemeot discutés dans un grand nombre d'écrits récents.

dont il justifie le choix. On aura donc recours avec avantage dans ce but à la chloroformisation , préconisée par Streubel, en 1858, et tout dernièrement par M. Hirschsprung. Pour calmer la douleur, le chloral, l'opium et la belladone pourront jouer un rôle utile. Ce dernier médicament,proné par Fiessinger (1), chaudement recommandé par Brinton (2), paraît avoir produit quelquefois d'excellents résultats. Les lavements de tabac, dont l'emploi dans les constipations opiniâtres est vulgaire, paraissent n'avoir donné lieu qu'à des succès assez clair-semés et sujets à discussion.

h. Parmi les stimulants de la contraction musculaire, les ^""^ft*^^^ P^i^gcitifs et les vomitifs sont ceux qui ont été le plus anvomitifs, ciennement proposés. Leur théorie est d'une simplicité élémentaire: Quand l'invagination est descendante, un vomitif renversera la contraction intestinale et l'action antipéristaltique ainsi provoquée remettra l'intestin en place. Les vomitifs échouent-ils? c'est que l'invagination est rétrograde et dès lors en agissant en sens inverse les purgatifs la réduiront (3). Cet énoncé se passerait de commentaires si l'on ne trouvait dans un certain nombre d'auteurs ces indications des évacuants acceptées sans protestation.

Il est cependant bien évident poiir quiconque a étudié le mécanisme de la progression de l'invagination, que la purgation agira sur celle-ci comme sur un bol fécal et tendra à l'augmenter si elle est progressive. Si au contraire elle est rétrograde, l'administration d'un purgatif n'aura pas davantage pour effet de la réduire. Ainsi que l'a très-bien établi Bégin (4), cité par M. Besnier, les matières, en arri-

(1) Cité par Bayon. Thèse de 1858.

(2) The Lanret, im, I, p. 409.

(3) Nombreux auteurs et entre autres Hunter. The works of., III, p. 591.

(4) Ancien Dict. de méd. et de chir. prat., X, art. Invagination.

vant de l'estomac dans la partie lésée du canal intestinal, sont subitement arrêtées à la base du cône saillant formé par la partie invaginée de bas en haut et s'engagent dans cette sorte de cul-de-sac, sans pouvoir pénétrer dans l'étroit orifice qui existe au sommet du boudin.

Pour en finir avec la médication évacuante, j'ajouterai que les purgatifs ont été conseillés aussi, non plus pour obtenir la désinvagination, mais pour favoriser l'élimination spontanée de l'anse déplacée. Les purgatifs devraient, dans ce cas, paraît-il, être donnés à une période avancée de la maladie et néanmoins avant qu'une perforation soit à craindre. Ces indications, dont la précision laisse à désirer, ne trouveraient pas leur place dans les cas d'invagination chronique qui est la forme dont nous traitons et où nous avons vu que l'élimination par gangrène est une terminaison exceptionnelle.

U électricité est un moyen plus doux et dont l'emploi est électricité, plus facile à justifier. Depuis que Leroy (d'Etiolles) a proposé le galvanisme et que Duchenne (de Boulogne) a employé la faradisation dans des cas d'occlusion intestinale, les divers procédés d'électrisation ont été de temps à, autre mis en usage, mais rarement, je crois, dans l'invagination. M. le D"" Bucquoy vient cependant (1) d'en publier trois guérisons obtenues par la méthode de Duchenne, c'est-àdire en introduisant un réophore olivaire d'une machine à courants interrompus dans le rectum et appliquant l'autre rhéophore humide sur l'abdomen. On agit ainsi, d'après M. Bucquoy, à la fois sur l'intestin et, peut-être davantage, sur les muscles de la paroi abdominale. Quel que soit le mode d'action de l'électricité, ces succès remarquables, bien

(1) Journal de thérapeutique, 1878, p. 122 et 162.

que peu nombreux encore, autorisent et invitent à tenter son application.

Les autres moyens proposés pour exciter la contractilité de l'intestin sont les frictions sèches, l'administration de la strychnine (?), enfin l'application du marteau de Mayor sur les parois abdominales. Ce procédé a donné, paraît-il, dans des cas d'occlusion intestinale plusieurs succès, dont l'un est dû à M. Hervieux. Ces expédients dont le mode d'action est fort difficile à concevoir d'une façon satisfaisante peuvent peut-être aller parfois contre le but que l'on se propose et doivent, ce me semble, être mis complètement de côté dans la maladie qui nous occupe.

c. Les moyens qui ont pour but de combattre ou de prévenir les altérations de la partie invaginée elle-même et de supprimer les causes d'irréductibilité sont dignes d'un plus sérieux examen. Nous avons vu que, peu de temps après la production de l'intussusception, la constriction exercée sur son collet a pour résultat de la congestionner à divers degrés. Dans les cas chroniques, les lésions ne dépassent souvent pas, pendant toute la durée ou tout au moins pendant une période assez longue, la stase sanguine et un peu d'infiltration des tissus. Mais souvent aussi et après un temps variable, il se produit une inflammation plus ou moins considérable dont le résultat ultime est la production d'altérations et d'adhérences qui rendent les parties définitivement

. . irréductibles. C'est pour empêcher ces derniers accidents hmissions ^ ^

sanguines, ou diminuer leut* intensité que beaucoup d'auteurs ont proposé les émissions sanguines. Autrefois on conseillait et on pratiquait la saignée générale dont le résultat ne pouvait qu'être déplorable dans l'intussusception chronique, où la mort arrive pour la moitié des cas par épuisement et par inanition. Les émissions sanguines locales, sangsues en petit nombre ou ventouses scarifiées-, n'ont qu'à un beaucoup plus faible degré le même inconvénient; aussi j'ad-

mets, quoique préférant m'en abstenir, qu'on en puisse user dans les cas où une poussée très-aiguë paraît être en voie de se produire au niveau de l'invagination. J'emploierais plutôt sans hésitation, dans le même cas. le moyen qui a été surtout préconisé par M. Masson (i), l'application du Réfrigérafroid à l'extérieur et à l'intérieur. Je n'ai pas à m'étendre ici sur les précautions qui doivent accompagner l'usage de la glace : il suffira de se reporter à ce sujet à l'excellente thèse que je viens de citer. Je dirai seulement que ce mode de traitement n'a rien que de rationnel et doit apporter un grand bénéfice dans les cas d'invagination. « On prévoit facilement, » disait Guérard dans le Dictionnaire en 30 volumes, « tout le parti qu'il est possible de tirer dè cette action (du froid), ici pour modérer le mouvement vital, pour prévenir l'inflammation qui est imminente ou faire avorter celle qui s'est déjà développée; dans quelques cas, pour chasser le sang d'un organe dont l'engorgement peut devenir funeste. » L'astriction produite sur les vaisseaux, la diminution de volume de l'anse invaginée pourront trèsprobablement, certaines fois, favoriser la réduction, surtout si à l'emploi de la glace sur l'abdomen est associé celui de lavements glacés, en grande quantité. Le froid aura, indépendamment de l'avantage de combattre et de diminuer les processus congestif et inflammatoire, celui non moins précieux d'agir comme sédatif de la douleur, comme analgésique, et de lutter comme antipasmodique contre l'élément nerveux dont l'influence est si grave dans toutes les occlusions intestinales.

On remarquera que dans l'observation ii, les douleurs Vésicatoires du petit malade ont été soulagées d'une façon constante par l'application de vésicatoires sur l'endroit le plus dou-

(1) Thèse de Paris, 1857 : De l'occlusion intestinale et de son traitement par la glace.

— douloureux et qui correspondait certainement au siège de l'invagination. Cette action, qui paraît singulière au premier abord, s'explique facilement dans cette hypothèse que les recrudescences de douleurs correspondaient à des poussées inflammatoires du côté de là partie malade, poussées que le révulsif atténuait rapidement.

Je dois rappeler aussi que l'application d'un badigeonnage au collodion sur toute la surface du ventre a paru soulager, à plusieurs reprises et d'une façon sensible, le même patient.

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