RON
de chaque chirurgien, sans qu'une statistique ait pu rendre compte de son importance. Kæberlé (1) seul, en 1878, dans son article du dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, aborde en quelques lignes la question du traitement, mais il ne donne que son opinion sans l'appuyer sur des considérations qu'il eût été très utile de connaître ; il traite, il est vrai, des adhérences, les distingue suivant qu'elles sont inflammatoires ou non, et se prononce en faveur de l'énucléation qu'il pratique depuis longtemps.
En Angleterre, où l'ovariotomie avait pris un si bel essor, nous trouvons fort peu de renseignements importants, et il faut venir jusqu'au livre de Spencer Wells (2), pour trouver une simple mention des difficultés opératoires que l’on rencontre dans l’enlèvement des tumeurs que nous étudions. Ce n'est pas que l'habile chirurgien anglais méconnût l'existence des tumeurs interligamentaires et les dangers auxquels elles exposent, car il avoue que sur 28 opérations incomplètes qu'il a dû faire, la mort est survenue dans 11 ou 12 cas. Nous avons lien de nous étonner que dans un livre où sont si éminemment analysés les mille détails de l'ovariotomie, il ny ait que quelques phrases consacrées à une complication si digne d'attention. C’est à peine si, dans le cours de ce travail, nous aurons à rappeler quelques observations d’âuteurs anglais. Nous n’aurons à citer les noms célèbres de Baker-Brown, Lawson Tait, Keith, qu’à propos des procédés opératoires de l’ovariotomie en général. Avant de quitter l'école anglaise, il nous faut cependant remarquer que, si nos voisins d'outre-mer ont été les premiers à adopter avec enthousiasme les moyens listériens, ils se sont montrés aussi les plus empressés à les abandonner pendant l’ovariotomie. La propreté minutieuse qui est toujours de rigueur, la simplification du manuel opératoire, la réduction du pédicule furent les causes de cet abandon des règles de Lister ; elles ont contribué à faire de l'ovariotomie une opération aussi remarquable par sa surprenante rapidité que par ses merveilleux succès.
En Allemagne, or avait depuis longtemps déjà cherché à extirper les tumeurs ovariques. En 1849, Kiwisch comptait 122 opérations ; sur ce nombre, 86 avaient été terminées, 22 n'avaient pu l'être ;
(1) Kœæberlé. — Dict. de méd. et de chir. pratiques. Art. ovariotomie. T. XXV, p. 604. Bulletin gén. de thér., 1878, mai. (2) Spencer Wells. — Traité des mal. des ovaires. Trad. Rodet, 1883.
ra
ÉD ee
58 femmes guérirent, 47 succombèrent. En 1856, Fock chercha à réunir toutes les observations d'ovariotomie ; sur les 292 cas qu'il recueillit, il trouva 92 opérations inachevées. Ce fut vers 1860 que la méthode de Spencer Wells fut connue des chirurgiens allemands ; alors commença une ère nouvelle; les statistiques tombèrent à 30 O[0 de mortalité. Cette proportion allait encore s’améliorer par la pratique de Pantisepsie introduite en 1875 par Hégar (1) qui publiait en 1877 une série de 15 ovariotomies faites avec succès.
L'heureuse application des règles de Lister, en supprimant les influences septiques, devait porter les esprits vers l'étude des autres complications opératoires; c'est ainsi que, dès l’année 1874, nous trouvons que Westphalen (2), après des examens très attentifs, parvient à diagnostiquer, avec une précision surprenante, deux Kystes ovariques du ligament large.
Dés lors, les ovariotomistes allemands étudient cette variété de tumeurs, de nombreux mémoires se succèdent et relatent quelques observations intéressantes, malgré leur obscurité et la diversité des moyens curatifs employés. Schatz (3), en 1876, signale dans la littérature 24 cas de Kystes ovariques interligamentaires. Il est loin de les signaler tous comme nous le verrons dans la suite, toutefois son travail garde une grande valeur. Gusserow (4), à la même époque, rapporte encore un cas de Bantock, mais il ne semble pas comprendre l'importance qu'il ya à séparer les kystes intraligamentaires en deux classes, suivant qu'ils appartiennent au corps de Rosenmüller ou à l'ovaire ; Arning (5) conçoit mieux la différence et relate une observation très intéressante. Winckel (6) rassemhle tous ces faits, au nombre de 38, mais n'en tire aucune conclusion. Enfin, à ces premiers travaux, succèdent jusqu'à nos jours d’intéressants mémoires de Hégar (7), d’Olshausen (8), de Schræœ-
) Zur ovariotomie (Volkmann’s Vortræge n° 109). ) Westphalen (Arch. f. Gynœk. VIII, p. 89).
) Schatz (Arch. f, Gynœk. IX, p. 120), 1876.
) Gusserow (Arch. f. Gynœk, IX, p. 478).
) Arning (Arch. f. Gynœk. X, p. 392).
) Winckel, die Path. der weiblichen Sexual-Organe, 3 Lieferung, p. 83. ) Hégar. Wien med. Presse, 1877, n°5 14, 17.
) Olshausen. Krankeïten der ovarien, p. 289.
» Volkmann’s Vortræge n° 111- » Handbuch der Chir. Pitha et Billroth. T. IV. Livre 6.
der (1), de Kaltenbach (2), de Müller (3), de Dohrn (4), etc. A Olshausen et à Kaltenbach revient surtout l'honneur d’avoir posé nettement les principales règles du diagnostic et du traitement des Kystes inclus. L'état de la question en Allemagne se trouve exposé succinctement dans la Gynécologie opératoire de Hégar et Kalten bach (5).
Les ovariotomistes français ont, du reste, pris grande part aux derniéres recherches, et depuis que Kœæberlé (6), en 1877, a annoncé que 11 fois il avait extirpé avec succès des Kystes inclus, les faits se sont succédés, fertiles en déductions et en conclusions utiles.
Les statistiques de Péan (7), celles de Terrillon (8), de Terrier (9) ont été très utiles pour élucider la question du traitement; récemment encore, une discussion, malheureusement trop courte, s’élevait sur ce sujet au premier congrès français de chirurgie. Nous sommes heureux de trouver reproduites dans la Gazette médicale de Strasbourg (1° juin et 1% juillet 1885) les principales idées de M. Kœæberlé.
Un récent travail d'Olshausen (10) n’a pas peu contribué à nous initier à la pratique allemande actuelle au sujet des Kystes ovariques interligamentaires.
(1) Schrœder. — Zeitschr. f. Gebh. u. Gynæk. H. 2, p. 365, 1878.
(2) Kaltenbach. — Zeitschr. f. Gebh. u. Frauenkrankh. I, 1876, p. 537.
(3) Müller. — Corresp. Blatt. f. Schweiz. Aerzte, 1879, p. 569.
(4) Dohrn. — Deutsche med. Wochenschr. 1879, no 40.
(5) Hégar et Kaltenbach. — Gynéc. opératoire, trad. Bar. 1885.
(6) Kæœberlé. — Gaz. de Strasbourg, 1877, février.
(7) Péan. — Clin. chirur. T. I, M, II.
(8) Terrillon. — Revue de chir. 1884, p. 111.
(9) Terrier. — Revues de chir., août 1881, mai 1882, janvier 1884, janvier
(10) Olshausen.. — Beitræge. f. Gebh. u. Gynœæk. 1884.