‹ Étude Sur Les Kystes Hydatiques Du Cerveau Chez Les EnfantsChapitre 11 sur 105 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Pathogénie

En étudiant l’histoire naturelle du tænia échinocoque,nous avons vu, ainsi que l’admettent de nombreux auteurs, comment les embryons hexacanthes, partis de l'intestin grêle, gagnent le foie par une veine tributaire du système porte ; par l’intermédiaire de la veine cave inférieure ils se rendent au cœur droit ; puis, lancés dans l’artère pulmonaire, ils traversent le poumon et reviennent au cœur gauche par les veines pulmonaires : ils sont maintenant dans la circulation générale et pourront échouer dans le cerveau.

Le cycle est quelque peu compliqué, et si l’on est généralement d'accord pour admettre que les embryons cheminent par la voie sanguine, on conçoit mal qu’en raison de leurs dimensions (30 y) supérieures aux capillaires du foie (9 à 21v) et du poumon (13 uv): ils puissent ainsi traverser ces réseaux sans s’y arrêter.

Bebr, il est vrai, comparant les dimensions des

œufs de tænia échinocoque avec le calibre des capillaires hépatiques, estime que «a l'œuf pourrait à la rigueur passer », à plus forte raison l'embryon hexacanthe, {capable sans doute de se tasser, de s’efliler pour traverser les passages difliciles par leur étroitesse ». Mais, ne peut-on pas objecter que si cet embryon est doué de mouvements, armé pour perforer les tissus, pourquoi ne profiterait-il pas de ces passages difficiles où il est serré pour pénétrer dans le foie et s’y fixer.

Faut-il avec Neisser et quelques auteurs allemands admettre que l'embryon pénètre au niveau de l'intestin dans un chylifère et qu’il se trouve ainsi amené dans le système cave par la voie du canal thoracique ? Mais dans ce cas l'embryon devrait traverser une série de ganglions étagés sur cette route, il s’y arrêterait, or d’après Dévé on ne connaîtrait pas de kystes hydatiques des ganglions mésentériques.

Dévé, dans sa thèse, indique une voie de pénétration beaucoup plus rationnelle : « Sur une grande partie de son étendue, l'intestin repose directement sur la paroi postérieure de l'abdomen, sans l’intervention du péritoine ; c’est ce qui arrive pour le duodénum, les colons lombaires et le rectum. Or à ce niveau, de nombreux vaisseaux plexiformes naissent, non seulement de la partie découverte de l'intestin, mais même de sa partie péritonéale, et’ communiquent, d’une part, avec les autres veines viscérales, radicules de la veine porte, d'autre part, avec

rue

les veines du péritoine pariétal ; elles vont, comme ces dernières, se jeter dans les veines pariétales de l'abdomen, qui sont du système cave. » (Charpy, in Traité d'Anatomie Poirier-Charpy.) Ces veines bien connues, nombreuses et constantes constituent le système de Retzius. Or nous savons, d’après les expériences de von Siebold et de von Beneden, que le tænia échinocoque se fixe toujours dans les premières portions de l'intestin du chien, il est donc très probable que l'embryon hexacanthe pénètre au niveau de l’anse duodénale ; par le riche plexus sous-jacent il est, au gré du courant sanguin, aiguillé vers le foie ou vers le poumon.

Ce n’est pas tout. Un embryon hexacanthe, après avoir troué ou évité le filtre hépatique, doit encore, pour arriver dans le cœur gauche, forcer ou tourner le deuxième obstacle constitué par le poumon.

Behr fait observer que si les capillaires sont ici plus petits que dans le foie, par contre, la circulation est très rapide et, de plus, soumise à de véritables chasses, à chaque mouvement respiratoire.

Dougan-Bird avait émis l'hypothèse que les œufs, mis en liberté avec les excréments et dispersés par les vents secs et chauds, pourraient pénétrer au niveau de la muqueuse respiratoire et seraient ainsi amenés directement dans la circulation générale par les veines pulmonaires.

A cette théorie, on objecte que l'embryon ne peut être mis en liberté qu'après dissolution de sa coque et seul le sucre gastrique serait capable de la dis-

soudre. Mais, dit Dévé, cette objection est peut-être

également discutable, les expériences à ce sujet sont

difliciles, on ne peut, en effet, être sûr que l'humidité des bronches, aidée de l’action chimique du mucus bronchique, et peut être aussi des microbes qui y sont contenus, ne suflise à ramollir et dissoudre l’enveloppe de l'embryon.

Faut-il admettre également que dans quelques cas, l'embryon pourrait traverser la cloison interventriculaire au niveau d’une des nombreuses anfractuosités, ou encore passer directement du cœur droit dans le cœur gauche par l'intermédiaire du trou de Botal, lorsque ce dernier subsisterait, ce qu Jui permettrait d'éviter le barrage pulmonaire ? On conviendra que l’on ne peut guère abuser de ce processus pathogénique, véritablement exceptionnel.

Les kystes hydatiques du cerveau, ainsi que nous en avons déjà fait la remarque, sont beaucoup plus fréquents chez les enfants que chez les ‘adultes, puisque sur 31 cas observés par Cranwell et Vegas, 27 étaient des enfants. Comment expliquer cette fréquence très manifeste ?

Plusieurs auteurs pensent qu’elle est due à une plus grande activité de la circulation cérébrale. Il nous parait assez vraisemblable d’en attribuer la cause aux faits suivants : chez les enfants la circulation pulmonaire est d'autant plus active que le Ussu ambiant est plus souple, plus élastique.

À celte époque de la vie, le poumon est vierge d’anthracose, de sclérose, et de toutes les altérations

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