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CHAPITRE III

Histoire naturelle du tænia échinocoque et anatomie pathologique du kyste hydatique du cerveau

La véritable nature du kyste hydatique fut longtemps ignorée.

Jusqu'au xvur° siècle, on pensait que le kyste hydatique était une collection de sérosité, dont l’origine donna lieu à de nombreuses hypothèses.

En 1697, Dodart lattribuait à la dilatation des lymphatiques.

Les découvertes de Redi (1684), Hartmann (1686), Tyson (1693), sur les vers vésiculaires, n’avaient pas retenu lontemps l'attention.

En 1560, Pallas, le premier, donna une idée exacte de la nature du kyste hydatique: pour lui, les hydatides sont une espèce particulière de vers vésiculaires, de tænias, qu’il appelle «tænia hydatigena ».

Gmelin et Mougeot l’étudient également et Gœæze, en 1782, montra que ces hydatides constituaient une

des phases de développement d’un animal plus parfait.

En 1804, Laënnec, sous le nom d’acéphalocystes, décrit des vésicules où l’on ne voyait pas de tête de tænia.

Bremser (1821), Mayor et Livois (1845) étudient ce vers vésiculaire sous le nom de tænia échinocoque.

Depuis, les travaux des helminthologistes se multiplièrent. Il suffit de rappeler les noms de Rudolphi, Siebolb, Charles Robin, van Beneden, Kuchenmeister, Leuckart, Davaine, Laboulbène, Finsen, Naunyn, Moniez.

L'’anatomie pathologique du kyste hydatique est donc aujourd'hui bien connue. Quelle que soit d’ailleurs la localisation viscérale du kyste hydatique, foie, poumon, rate, cerveau, rein, etc., sa structure reste partout la même.

Nous étudierons d'abord l'histoire naturelle du tænia échinocoque, l'anatomie pathologique et les caractères du kyste hydatique cérébral.

Nous verrons ensuite quelles sont les lésions produites par le développement du kyste soit au niveau des parois osseuses de la cavité cranienne, soit sur les méninges, soit sur le cerveau.

[. — Jlisloire naturelle du tænia échinocoque et anatomie pathologique du kyste hydatique

Pour cette édude, nous nous inspirons des données classiques de Blanchard sur la zoologie médicale,

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de Railliet sur la parasitologie médicale et agricole, et la remarquable thèse inaugurable de Dévé sur l’échinococcose secondaire.

Le kyste hydatique est une production parasitaire enkystée, représentant la phase vésiculaire du {ænia échinococcus, qui à l’état adulte habite l'intestin du chien.

Fig. 1. Tænia éohinococcus

. très grossi, d'après Moniez, grandeur naturelle.

. crochets.

. œuf, d’après Krabbe,

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L'échinocoque, de l’ordre des cestodes, appartient à la classe des tæniadés.

Railliet décrit ainsi le parasite : & Très petit ver, long de 2 millimètres à 2 mm. 5, n’atteignant que ‘très exceptionnellement 6 mm. 5. Tête petite, subglobuleuse, large à peine de o mm. 3, rostre sail-

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lant, armée d'une double couronne de 28 à 50 crochets, peu différents dans les deux rangées, et tous à garde et à manche très épais. Les grands, longs de 22 à 30 y (40 à 50 x pour Leuckart), les petits, longs de 18 à 22 y (28 à 30 » pour Leuckart). La tête se rétrécit en arrière en forme de cou et se trouve suivie d’une courte chaîne, composée de trois ou quatre anneaux, dont le dernier mesure environ 2 mm. de long, sur o mm. 6 de large, et montre un utérus formé d’un tronc médian pourvu de plusieurs branches latérales, courtes, peu ramifiées. Embryophores légèrement ovoïdes, longs de 32 à 36 », larges de 25 à 30 &. Ce ver habite dans la première partie de l'intestin grêle du chien, la tête fixée entre les villosités, de sorte qu’on aperçoit seulement les anneaux mürs de teinte blanchâtre. »

Si l’échinocoque habite généralement l'intestin grêle du chien, il n’est pas rare de le rencontrer chez le loup et le chacal.

Par quel processus le parasite va-t-il se transmettre du chien à l’homme ?

Le dernier des anneaux du tænia échinocoque renferme plusieurs milliers d'embryons ou d'œufs, embryons hexacanthes ; expulsé avec les déjections du chien, l'embryon se détruit et les œufs qu’il renfermait sont mis en liberté. Sans doute, un grand nombre d’entre eux vont périr, faute de trouver le milieu propre à leur développement, mais il en est d’autres que le hasard va conduire à de nouvelles destinées : leur coque, solide, épaisse, leur permet

d’ailleurs de résister assez longuement. Donc, qu’un certain nombre de ces œufs vienne à tomber sur des herbes de pâturages, des légumes, les voilà suscepübles d’être avalés par l’homme : l'ennemi est maintenant dans la place. Les œufs cheminent dans le tube digestif, gagnent l'intestin grêle, et, soit qu'ils se trouvent dans un milieu qui leur convient, soit plutôt sous l’action des sucs digestifs ; ils vont évoluer. Leur coque se ramollit, disparaît, et l'embryon qu'elle renfermait est mis en liberté dans l'intestin.

Bien curieuse alors l’odyssée qui va commencer: l'embryon armé de ses six spicules aigus peut se livrer un passage au travers des tissus, mais c’est là un fait plutôt exceptionnel. Les vaisseaux sanguins ou lymphatiques sont, au contraire, de véritables fleuves tout naturellement désignés pour le recevoir, et le véhiculer à la façon d’une embolie. Que l'embryon pénètre dans une veine tributaire du système porte, gagne le foie, s’y arrête: voilà l’origine d’un kyste hydatique du foie. S'il parvient à en franchir le réseau capillaire, à gagner la veine cave inférieure, le cœur droit: le poumon va être tout désigné pour le recevoir; voilà l’origine d’un kyste hydatique du poumon. Enfin, l'embryon a pu franchir le poumon, il est repris par le torrent sanguin et lancé dans la circulation générale, il ira s'échouer dans le rein, la rate, le cerveau, etc.

Il est possible que l’embryon emprunte la voie lymphatique pour gagner la circulation générale: en partant d’un chylifère central d’une villosité intesti-

nale pour gagner le canal thoracique, la veine cave supérieure et le cœur droit.

Voilà donc l'embryon parvenu au cerveau, que va-t-il se passer ? Il ne tarde pas à perdre ses crochets et sécrète une membrane dans laquelle il s’enkyste : c’est la membrane cuticulaire,puis il se transforme en une deuxième membrane, contenue à l’intérieur de la précédente : c’est la membrane germinative où proligère, qui elle-même renferme le liquide hydatique. Telle est, dans son ensemble, la constitution d’un kyste hydatique.

1° La membrane cuticulaire est molle, élastique, tremblotante, translucide, d'aspect gélatineux, variable dans son épaisseur, atteignant parfois 1 centimètre. Elle est feuilletée et constituée d’un certain nombre de lamelles concentriques, de nature chitineuse, et a la consistance de l’albumine mal cuite. Cette cuticule présente à sa périphérie de petites crevasses entrecroisées en tous sens et les zones stratifiées sont d'autant plus minces qu’elles sont plus internes ; au contact de la membrane germinative, il se forme de nouveaux feuillets au fur et à mesure que les strates les plus externes s’exfolient.

2° La membrane germinative, encore appelée germinale ou fertile, double intérieurement la membrane cuticulaire. Elle est mince, granuleuse, et contient du glycogène ainsi que l’ont montré Brault et Lœper.

À la face interne de la membrane germinative sont appendus des petits grains blancs qui lui don-

nent un aspect villeux; à la moindre secousse, ils tombent dans les parties déclives de la poche, c’est ce qu'on a appelé le sable échinococcique.

Dans ce sable se trouvent des vésicules proligères très fragiles renfermant un nombre parfois considérable de têtes de tænias, ou échinocoques, ou scolex, munies d’une double couronne de crochets et de quatre ventouses; ces têtes de tænias sont généralement invaginées et rétractées.

A. Kyste hydatique.

B. Schéma de la formation des vésicules proligères et des vésicules secondaires, d’après Railliet.

Il est fréquent de rencontrer dans le liquide du kyste, des scolex isolés, ils proviennent de la rupture de vésicules proligères. Mais on sait fort bien maintenant qu'il n’y a jamais de scolex sans vésicule proligère, ni de vésicule proligère sans scolex. Enfin on peut encore trouver dans le liquide hydatique des crochets isolés provenant de scolex dont la vitalité a subi quelque altération.

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Les scolex sont souvent en nombre considérable, c'est ainsi que Dévé a pu en compter plus de cent dans une petite vésicule proligère.

L'ensemble des deux membranes cuticulaire et germinative constitue la vésicule-mère.

Mais, outre les éléments dont nous venons de parler et que l’on rencontre de façon constante, il faut savoir que cette grande vésicule peut en renfermer d’autres, plus petites, mais qui possèdent des caractères identiques à celle qui leur a donné naissance : même structure, même contenu : ce sont des pésicules-filles ; elles-mêmes pourront donner le jour à d’autres vésicules semblables : ce sont des vésicules petites-filles.

La présence des vésicules-filles est loin d’être constante dans la grande vésicule. Dans le cas où le kyste ne renferme pas de vésicules-filles : il s’agit d’un kyste univésiculaire, réservant l'expression de kyste multivésiculaire à celui qui renferme des vésicules-filles.

Enfin, signalons que certains kystes peuvent ne contenir que des vésicules-filles sans vésicules proligères, la paroi en est lisse, sans têtes d’échinocoques : c'étaient ces kystes que Laënnec appelait acéphalocystes.

3e Le liquide que renferme le kyste hydatique est clair, transparent, il a la limpidité de l’eau de roche, quelquefois il est d’aspect jaunâtre. Son poids Spécifique varie de 1009 à 1015, eison point cryoscopique oscille entre — 0°53 et — 0°50. Il renferme 1,5 o/o

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de sels inorganiques constitués en majeure partie de chlorure de sodium, de phosphate et de sulfate de soude. Claude Bernard, le premier, y reconnut la présence de glucose ; Axenfeld, Lücke, Naunyn étudièrent également sa composition. On y trouve de l’inosite, de la tyrosine, de la leucine. L’acide succinique libre et les succinates de chaux ou de soude y sont constants. Le liquide hydatique ne coagule pas à la chaleur, il renferme cependant de l’albumine, ainsi que le montrèrent Naunyn, Mourson et Schlagdenhauffen, elle n’y est d’ailleurs qu’en petite quantité et provient du sérum sanguin. D'après Rabot et Steffen, le liquide deviendrait albumineux lorsque les échinocoques qu’il renferme en suspension viennent à mourir. Mauthner et Parrot y signalent aussi l'existence de masses gélatineuses. Hyde Salter, Jones, Charcot et Davaine ont mis en évidence la présence de l’hématoïdine, et ont trouvé de la bile,de l’hémoglobine et du sucre dans des kystes hydatiques du foie.

Enfin, le liquide contient également des substances toxiques, encore mal connues, substances qui jouent vraisembiablement un rôle dans l’intoxication hydatique.

4 Le kyste adhère toujours, plus ou moins intimement, par une zone de tissu fibreux, au sein de l’organe dans lequel il a pris naissance. Cette zone qui est généralement le produit d’une réaction du parenchyme environnant constitue l'enveloppe périkystique ou adventice. Elle se laisse parfois détacher

avec une grande facilité, notamment dans les kystes hydatiques du cerveau. C’est ainsi que, dans le cas de Faton, « la seule interposition du doigt isole facilement la tumeur de la substance cérébrale environnante ». Ce fu aussi le cas de notre petit malade. Pour Flammarion, le kyste « s’enlève très facilement et semble reposer sur la substance corticale ». Pour Berncastle, «la tumeur s’est creusée une sorte de niche dans le cerveau sans y adhérer ». Pour Cade, «l’hémisphère droit se rompt au niveau du lobe occipital, et il s’en échappe un kyste hydatique volumineux ». Chez le malade de Parrot, «la partie postérieure du lobe gauche du cerveau se rompt, et l’on reçoit dans la main une poche hydatique ». Dans le cas rapporté par Mya et Codivilla, € après avoir incisé l'hémisphère gauche, le kyste sort spontanément de l’épaisseur du centre ovale ».

Ainsi s’explique-t-on que l'extraction du kyste, au Cours des interventions, offre en général peu de difficultés à l'opérateur, c’est ce qui ressort des observations de Llobet, Verco, Posadas, Parry Davenport, Herrera Vegas, Hara, Estévès, (Chisholm, Castro, Alison Hawkes, Morquio. Toutefois, dans d'autres cas rapportés par Posadas, Fitz Patrick, Chisholm, Kolbe, les adhérences périkystiques étaient assez fortes pour rendre malaisée l’extirpation de la poche : le kyste ne s’enlevait que fragments par fragments.

Telle est la constitution du kyste hydatique, et

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c'est généralement de cette façon qu'on l’envisage dans la pratique courante.

En terminant, rappelons brièvement que pour certains auleurs il serait plus exact de considérer le kyste hydatique sous ces deux éléments :

a) La membrane-mère avec tout son contenu, c'est le parasite ;

b) La tunique fibreuse ou adventice ou membrane d’enveloppe périkystique,simple réaction de l’organe vis-à-vis du parasite : c’est le £yste proprement dit.

Caractères du kyste hydatique du cerveau. — Dans la majorité des cas, les kystes hydatiques du cerveau sont des kystes primitifs et uniques.

Toutefois leur multiplicité n’est pas exceptionnelle, on peut en trouver deux, quatre comme dans les observations de Castro et de Rabot. Bazzani et Damaschino en rencontrèrent dix chez leurs petits malades, Zeder douze, et Guesnard une vingtaine. L'enfant de Rendtorff était « porteur d’hydatides en si grande quantité, que la cavité du ventricule en était énormément dilatée ». Presque toujours dans ces cas, les kystes sont de volume inégal.

Les dimensions du kyste sont variables. Elles peuvent dans quelques cas être celles d’une lentille (Guesnard), d'un grain de maïs (Bazzani), mais le plus souvent elles sont comparables à celles du poing, d’une orange (Herrera Vegas), d'un œuf de poule (Réer), d’un œuf d’oie, d’un œuf d’autruche (Llobet), même d’une tête de fœtus (Morquio, Fitz Patrick,

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Herrera Vegas). Volume considérable, puisque les observations de Chisholm, Headington, Rabot signalent des kystes qui contenaient 500 grammes de liquide. Castro, Escher, Verco parlent de kystes énormes. La petite malade de Rendtorff avait un kyste du ventricule latéral droit qui pesait « deux livres et demie et trois drachmes ».

La forme du kyste est arrondie, ovalaire ou piri-

forme (Zeder, Rendtorff). Dans le cas cité par Damaschino la tumeur centrale envoyait en divers sens des prolongements qui donnaient à l’ensemble un aspect rameux.

Fig. 3.

Kyste hydatique du ventricule latéral droit, du volume d’une tête de fœtus.

(Cf. Herrera Vegas, obs. 21 de notre thèse).

Les kystes hydatiques peuvent siéger sur les os du crâne, sur les méninges, à la surface de l’encéphale ou en plein tissu nerveux.

Les kystes hydatiques des os du crâne sont rares. Is se localisent à la voûte, de préférence à la base; ces derniers ont fait l’objet de la thèse d’Odile. Chez

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l'enfant, nous relevons les cas de Guesnard, Kredel, Herrera Vegas, Damaschino, Foucault, Escarraguel.

Les kystes méningés sont également rares, ils envahissent de préférence la dure-mère. Gerhardt en a trois observations, il faut y joindre les faits rapportés par Morquio et Hara. 3

Les kystes hydatiques du cerveau proprement dits se développent soit à la surface, mais le plus souvent dansles hémisphères. Rarement ils siègent dans le cervelet. Zeder a signalé leur présence dans le quatrième ventricule, et Kerckring autour des artères temporales. Dans le cas de Bulnheim, l'artère sylvienne gauche était obstruée par une vésicule hydatique.

Dans quel hémisphère, les hydatides se développent-elles de préférence ?

Gerhardt, dans sa statistique, a trouvé 10 kystes du côté droit sur 12 cas.

Barbonneix a rassemblé 26 cas et a noté 13 kystes de l’hémisphère droit et 13 de l’hémisphère gauche.

Dans 70 cas, où nous avons pu noter exactement le siège, nous trouvons 36 kystes de l’hémisphère droit et 34 de l'hémisphère gauche.

Quelque soit d’ailleurs l’hémisphère envahi, il n’est pas de territoire du cerveau qui puisse échapper au développement du parasite.

Dans un certain nombre de cas, le kyste siège dans le ventricule latéral. S'il occupe la périphérie on le trouve assez souvent localisé aux lobes antérieurs et aux circonvolutions rolandiques. Babonneix, sur

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