‹ Étude sur les mémoires de Philippe de CominesChapitre 4 sur 15 · o Au pluriel il est quelquefois précédé par Tarticle · texte numérisé non relu

o Au pluriel il est quelquefois précédé par Tarticle

Et oyent les aucuns messe en attendant le jour. I. 9. Et disposèrent les aucuns de leurs consciences. II, 13. Sans espargner ces vieux princes, dont les aucuns avoient esté gardez en prison trente-quatre ou trente-cinq ans, ou environ. VU, 13.

Autrui.

Burguy (1, 172) fait remarquer que autrui précédé de l'article signifiait le bien d^ autrui; de cette locution notre auteur nous fournit un seul exemple:

p. A. Geijer.

Qui aussi auroit pris de Tautruy à tort, ou que son père ou son grand père Tout pris , et Juy le possedast. V, 1 9.

Cha

cun.

Ce pronom, employé absolument, est quelquefois précédé de Tarticle non-déterminant; usage qui a été fréquent dans Tancien français, et que Ton retrouve encore chez Molière:

Et dist alors le contenu de ses lettres, sans nommer le personnage qui les escrivit: et qu*uu chacun se deliberast de bien faire. I, 3.

N*oyez tous point comme un chacun crie France. VII. 14.

La Plupart.

II paraît que ce pronom , qui dérive de la plus grande paH (Voyez Scheler), n'a pas été d*usage dans la langue d*oil, puisque ni Burquy ni M. Diez ne le citent dans leurs glossaires. Dans la chrestomathie de M. Bartsch, on le trouve une seule fois dans le morceau qu'il a tiré des Cent Nouvelles Nouvelles; c'est à dire d'un ouvrage qui date de la même époque que les Mémoires de notre auteur. Burguy, dans sa grammaire (I, 185 et suiv.), fait observer que, dans le vieux français , li pluisor et H plus étaient employés dans le sens de la plupart II est donc vraisemblable que ce mot n'est pas de vieille date. Chez Philippe de Comines on le trouve très-souvent, bien que les plus soit aussi employé dans la même signification.

Et saillit à Theure dite, arec par aventure cent chevaux dont la pluspart estoit des Ecossais de sa garde. I, 13.

A cause des grandes gelées et froidure, fut force que la pluspart des gens dudit due, allassent à pied au pays de Franchement. n, 14.

Aucuns en eschapercnt, et les plus se perdirent. VI, 4.

Quant.

De ce pronom, la forme du pluriel féminin est la seule qui soit usitée. Cette forme est encore conservée dans la locution familière. Toutes fois et quantes :

Regardant quantes choses y a à considérer, pour pacifier un différend. II, 7.

Et luy demanday quantes batailles le roy d'Angleterre avoit gai-

gnées. IV, 10.

Quantes sortes de gens luy en devindrent ennemis. V, 1.

Etade sur les Mémoires de Philippe de Gomines. 7

Quelconque.

Au pluriel, différemment de l'usage ancien, ainsi que du moderne, ce pronom, au moins une fois, est écrit quelsconques:

Qui à son vray et bon escient vousist rien retenir de son subjet ou subjets ny d'autres personnes quelsconques. V, 19.

Quiconque.

Ce pronom conserve encore le a final qu'il avait dans Tancienne langue, et qui est encore gardé dans Tad verbe onques:

Qui«M>nques eut joie de ce mariage, il deplaisoit au roy d*Angleterre amèrement. VI. 9.

Bu Verbe.

La conjugaison des verbes, qui, au treizième siècle encore, différait tant de celle qui est établie aujourd'hui, est déjà chez notre auteur, à peu de chose près, tout à fait modernisée. Il y a pourtant encore des formes et des terminaisons qui , dans la suite , ont été substituées par d'autres, et ces nouvelles formes, il faut bien Ta vouer, ne sont pas toujours des améliorations. De plus, ces Mémoires, comme nous l'avons déjà fait observer, datent d'une époque de transition où les règles grammaticales n'étaient pas encore fixées, ce qui fait que souvent on trouve pêle-mêle les anciennes formes et les nouvelles. Dans notre exposé des formes et des flexions qui montrent ou bien des traces de Tancienne langue, lesquelles, dans la suite, ont été abolies, ou bien des innovations qui n'étaient pas d'usage dans le vieux français, nous mentionnerons d'abord les particularités qui sont communes à plusieurs conjugaisons, puis celles qui appartiennent à une seule conjugaison, et ensuite les différents verbes dont la flexion diffère de celle d'aujord'hui.

Remarques générales.

l:o Conformément à l'usage de l'ancienne langue la première personne singulière de l'imparfait et du conditionnel prend souvent la terminaison oye. A côté de cette forme, on trouve aussi celle où le e final, par analogie avec la seconde personne, a été remplacé d'un «, laquelle a fini par être la seule usitée. De même ce s paragogique est souvent omis à la première personne singulière du présent et du passé défini des 2:e, 3:e et 4:e conjugaisons, ainsi qu'à la seconde personne du singulier de l'impératif de la quatrième conjugaison:

Pour lors estoye encore avec ledit duc, et le serroye de chambellan et couehoye en sa chambre quand je vouloys. U, 7.

8 P. A. Geijer.

Vous me mandastes que je me repentiroye des parolles qae tous ayoit dit ledit Morvillier. I, 12.

Et conclûmes que j'eoYoyrois un trompette en leur ost le lendemain, et escrirois aux deux provediteurs vénitiens. VIII, 16.

Toutes fois je croy qu*il ne 8*en trouva jamais rien: mais estoient les suspections grandes: et le vy délivrer d'une prison, où il avait esté cinq ans. I, 1.

Je ne luy ouy oncques dire qu'il fust las, ny ne luy vey jamais faire semblant d'avoir peur. I, 4.

Je ne connu oncques homme plus bardy. I, 4.

Demain dy ce que tu voudras. I. 1.

2:o Ainsi qa*il a été d^asage dans l'ancienne langue, les pronoms ily eUey on sont placés après un verbe terminé par une voyelle, sans qu*un t intercalaire soit employé pour sauver le hiatus:

Je scay bien que ma langue m'a porté grand dommage, aussi m'aelle fait quelquefois du plaisir beaucoup. I, 10. Car par là on sçait ceux qui vont vers eux, et garde on les gens

légers et malcontens, de leur porter nouvelles. III, 8. Car ainsi le trouva-il, et bien riche. VI, 11. Ainsi l'appela-il. VI, 11.

3:0 A la troisième personne singulière du passé défini , les verbes

étre^ dire y faire etc. conformément à Tusage de Tancienne langue, sont

souvent terminés par st au lieu de t. Quelquefois même, sans aucun

motif étymologique , Tauxiliaire avoir a intercalé un 5 à la même forme :

On cust conseil qu'il estoit de faire. Le premier qui opina fust le

comte de Sainct-Paul. I, 4.

Toutesfois tout le contraire se fist comme si on eust voulu perdre son escient. I, 3.

Remarques sur la Première Conjugaison.

1:0 A rimparfait du subjonctif, la troisième personne du singulier se termine quelquefois en at^ c*est à dire qu'il n'y pas de s avant la finale t ni d*accent circonflexe sur le a:

£t ne pense jamais avoir veu homme vivant de si saincte vie, ne où il semblât mieux que le Sainct Esprit parlât par sa bouche. VI, 8.

Il faisoit acheter un bon cheval, ou une bonne mule, quoy qu'il luy coustat: mais c'estoit en pays où il vouloit qu'on le cuidat sain. VI, 8.

2:o L*u8age d'ajouter un s final à la seconde personne singulière de rimpératif, quand Tadverbe y doit suivre, pour éviter le hiatus est déjà établi. U parait que Tancienne langue n'a pas connu cet usage. Toutesfois, si tu en as si grande envie, penses y aiyourd'buy, et demain dy ce que tu voudras. I, 1.

Etude sar les Mémoires de Philippe de Gomines. 9

3:o De même que les substantifs terminés en t ont formé leur pluriel en tz^ de même le participe passé de la première conjugaison prend cette terminaison au pluriel masculin:

Et s*e8toient baillez lesdits scellez par la main de messire Tanneguy

du Chas tel. I, 1.

L*armée pouYoit estre de quatorze cens hommes-d'armes, mal armez et maladroits. I, 2«

Verbes, dont la flexion présente des formes qni ne sont pins

d*nsage dans le français moderne.

Première Conjugaison.

Envoyer et Renvoyer, — Ces deux verbes ont conservé au futur et an conditionnel les anciennes formes picardes-bourguignonnes en oyeray^ oyeroie, auxquelles» plus tard, on a préféré les formes normandes qni, à présent, sont les seules usitées:

Et que si ledit bastard ne se trouvoit chargé d*ayoir voulu prendre son fils, qu*incontinent le feroit délivrer et le renvoyeroit au Roy. I, 1.

Et pour un message ou ambassadeur, qu*ils m*enyoyeroient , je leur en enyoyerois deux. III, 8.

Seconde Conjugaison.

Ouïr. — Ce verbe, qui selon le Die. de TAc. n'est plus guère usité qu*à Tinfinitif et aux temps formés du participe otit, est souvent employé et Ton en trouve presque toutes les formes. L'usage fréquent de ce verbe a été nécessaire, parce que le verbe entendre n'eu était pas encore devenu le synonyme. Outre les formes citées dans le Die. de TAc. nous en avons encore trouvé celles qui suivent:

Futur oyrrezy orez.

Conditionnel orroient

Mais tout à Topposite, come tous oyrrez. III, 1.

De ce débat vint depuis grand inconvénient, comme tous orez après.

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