‹ Étude sur les mémoires de Philippe de CominesChapitre 6 sur 15 · VI · texte numérisé non relu

VI

De nulle autre chose ne luy chaloit. VIII, 19.

Choir. — De ce verbe, qui chez notre auteur est aussi écrit cheoir à l'infinitif, forme qui, selon Burguy, provient du dialecte picard, les seules formes qui soient encore d*usage, sont l'infinitif et le participe passé. Chez notre auteur, on le trouve aussi à la troisième personne singulière du passé défini. Au part, passé fém. la forme chute ^ qui n'est plus d'usage aujourd'hui est celle qui a été employée dans ces Mémoires.

Dieu le souffrit cheoir en cette gloire. I, 12.

Il me cheut en pensée la mort de monseigneur le Dauphin. VIII, 3. La haviere luy estoit cheute, et avoit esté mal attachée dés le matin ; et luy avoye veu choir. I, 4.

Seoir. — Ce verbe qui, aujourd'hui, est neutre, et qui signifie éire aasisy n'est plus usité qu'aux deux participes. Chez Comines il est souvent réfléchi et signifie sasaeoir. On le trouve employé à la troisième personne plurielle du présent de l'indicatif et à l'infinitif.

Us se seoyent de Tun des costez, et nous de Tautre. VIII, 16. Et avant que se seoir à table, m'en dit quelques paroles. IV, 7.

Rem. Du verbe composé asseoir nous avons trouvé une fois l'ancienne

forme du futur asserrai:

£t ne s^asserroit le bois que sur le large. I, 9.

Valoir et Vouloir. — Dans l'ancienne langue, ces deux verbes formaient leur imparfait du subjonctif avec un s intercalaire. Cette forme est encore employée par Comines; aujourd'hui elle n'est plus usitée. Quant au passé défini, la forme moderne est la seule dont il ait fait usage.

Qui requirent qu'en l'honneur de la Vierge Marie il voulsist {Rem, un l irrégulier) avoir pitié de ce peuple. II, 1.

Ils n'avoient portes, ny murailles, ny fessez, ny une seule pièce d'artillerie, qui rien vausist. II, 12.

£t en effet, depuis ladite mort n'y eust jamais homme qui bien leur vousit. V, 9.

Il ne croyait pas que les espérons et mords des chevaux de son ost, ne yausissent plus d'argent, que tous ceux de leurs territoires De sçauroienft payer de finances, s'ils étoient pris. V, L

12 P. A. Geijer.

La première personne singulière du présent de Tindicatif est le pins souvent terminée par s au lieu de a:

Je ne veus point dire Grenade: car ceux- là sont ennemis de la foy.

Car je ne reus point que pour moi on die: Je grand-chambelan

d'Angleterre a esté pensionnaire du roy de France. VI, 2. Maintenant vous veus dire comme il advint que le roy entreprit sod voyage d'Italie. Vil, 1.

Voir. — Outre que le e radical est souvent gardé, ce qui est commun à plusieurs verbes, il est à remarquer qu'à la troisième personne du singulier, le passé défini de ce verbe est bien souvent écrit avec un d au lieu d un t final. Il parait que cette forme a été trèspeu usitée dans Tancienne langue, puisque Burguy dans sa Grammaire de la langue dVil n'en cite aucun exemple. Rabelais a écrit vit:

Le Roy qui se vid enfermé en ce chasteau et force archers à la

porte, n'estoit point sans doute. II, 7.

Mais il vid la seconde bataille avant, et leur promit quarante mille florins de Rhin. V, 2.

Quatrième Conjagaison.

Clore, — Dans ces Mémoires, Tinfinitif de ce verbe est écrit clarre. Outre les formes encore usitées, on retrouve aussi les imparfaits de l'indicatif et du subjonctif. Burguy (Voyez II, 129) fait remarquer que, vers la fin du treizième siècle, ce verbe et ses composés diphthonguèrent quelquefois ïo avec i; ce qui peut expliquer l'origine des formes employées par Gomines. A l'imparfait de l'indicatif, le o est diphthongué avec ^; à l'imparfait du subjonctif i est employé. Pour servir à leur artillerie, et clorre leur camp. IV, 5. Avec fort grand nombre de charroy, et tant qu'ils cloyaient la pluspart de son est. I, 2.

Car pour cette heure dernière, la cité cloyoit contre la ville. VI, 6. Le comte de Saint-Paul et monseigneur de Haultbourdin commandèrent qu'on amenast le charroy et qu'on nous cloïst. I, 4.

Conclure, — De même qu'au verbe voir^ nous avons vu d mis au lieu de t final, de même conclure est écrit avec d final à la troisième personne du singulier du présent de l'indicatif et à la même personne du passé défini:

A l'opinion dudit de Contay conclud monseigneur de Charolois. 1,4. Quelque chose que sçavent délibérer les hommes en telles matières, Dieu y conclud à son plaisir. III, 2.

Déconfire, — Au participe passé, ce verbe est écrit sans t final, ce qui, aujourd'hui encore, est observé pour le verbe suffire:

Or Tarmée que le Roy avoît envoyée en Bourgogne, avoit desconfi

toute la puissance de Bourgogne, m, 3.

Dire. — Ce verbe a gardé rancienne forme sans a intercalaire

au présent da subjonctif, ainsi qa'à la troisième personne plurielle du

présent de l*indicatif. Poar le présent du subjonctif, cette forme a

encore été employée par les grands écrivains du dix-septième siècle.

A mon ayis c^est mal parlé: et procède de lasche coeur à ceux qui

ainsi le font et dient. II, 3.

Aucuns dient du sceu dudit père, les autres dient que non. VU, 2. Sire, nonobstant qu*il soit le jour des Innocens, si est-il nécessaire que je tous die ce que Ton m'a dit. lY, 9.

Faire. — Au présent du subjonctif, ce verbe a gardé Tancienne forme, qui est écrite avec e au lieu des deux s qui, aujourd'hui, sont d'usage:

S*il ne le yeut prendre, mais que vous faciez qu'il soit content, j^

m'en rapporte à tous deux. Il, 14.

Et faut bien que justice se face. V, 19.

Prendre, — De même que dans la langue d*oïl, à côté des formes encore usitées du passé défini et du participe passé, on en trouve souvent où le n du radical latin a été rétabli, de même Comines emploie indifféremment ces deux formes. A la troisième personne plurielle du passé défini un d est intercalé entre le n et le r, ainsi que nous Tavous vu aux mêmes formes des verbes venir et tenir:

£t assiégea un petit chastel appelle Nesle: lequel en peu de jours

il print. I, 2.

Et commencèrent les Suisses la guerre en Bourgogne, et prindrent

Blasmont. IV, 2.

Dbant qu'il estoit vray que ledit duc de B. et luy avoient prins alliance et amitié ensemble. I, 1.

Semondre. — Selon l'Ac. ce verbe, qui dérive du verbe latin summonere, est vieux et ne s'emploie qu'à l'infinitif. Chez Comines on le trouve aussi au participe passé, où il s'écrit semons y forme qu'on retrouve dans l'ancienne langue. Outre la signification inviter qui lui reste encore, il a aussi celle A*avertir,

Sans l'avoir def&é ny semons de rien. III, 2.

Ainsi donc est vraysemblable que Dieu est presque forcé, et con* traint, ou semons de monstrer plusieurs signes. V, 18.

Sourdre. — De ce verbe, qui n'est plus en usage qu'à l'infinitif et à la troisième personne du présent de l'indicatif, Comines a aussi employé le participe passé et le passe défini:

Et ja luy estoient sourds ennemis de tous costez. V, 5. Cependant sourdit grand différend entre ledit seigneur Ludoyic et Robert de Sainct-Seyerin. Vil, 2.

14 P. A. Gdijer.

Du composé resaourdre (= relever), qui n'est plus usité, Gomines a employé rinfinitif, Timparfait et le participe passé:

S me dist qu'ils lay respondirent que le duc de Lorraine estoit ao

homme mort et qu*il ne le sçauroifc ressourdre. VU, 2. Les Florentins ne se ressourdoient , de peur d*estre dessaisis de Plse.

vm. 22.

Car encores ne luj sembloit pas temps de faire le contraire, et connoissoit bien le Roy la loyauté des siyets dudit duc, et que tost seroit ressours. V, 2.

Vivre. — De ce verbe les ancieDoes formes du passé défini, de rimparfait du* subjonctif et du participe passé sont encore employées.

£t ainsi en avint: car il ne yesquit gueres. Il, 2.

Suppliant au Roy qu*il youlust ... : et qu*il luy pleus tque chaseon

yesquist en paix et en seurete. III, 9.

Si ce Roy eut toujours vescu, et ceux qui lors estoient avec luy

en son conseil, il Tout fort avancé à cette heure. VI, 7.

De TAdverbe.

Il y avait dans la langue d*oïI un grand nombre d'adverbes qui ne sont plus en usage. Déjà chez Comines, la plupart de ces adverbes ont été substitués par ceux de la langue moderne. Cependant oo en trouve encore quelques-uns qui n'ont vieilli que plus tard, lesquels nous citerons ci-dessous.

Adonques, — Cet adverbe, qui signifie cdors, dérive selon Burguy des mots latins ad tune. Comme adverbe, ce mot a disparu de la langue depuis longtemps déjà, tandis que la conjonction done^ qui en est une forme abrégée, subsiste encore.

Il n'estoit adonqucs rien dont il eut si grande crainte. VI, 7.

Aucunesfois. — De même que, dans Tancienne langue, le pronom coÂCun était souvent usité pour quelque j de même cet adverbe était synonyme de quelquefois. Maintenant il a disparu de la langue; chez Comines on le trouve souvent. II est de plus à remarquer que daos cet adverbe, aucun est employé au pluriel; de même dans presque tous les adverbes composés d'un adjectif pronominal et de fois^ ce dernier mot est regardé comme étant au pluriel; p. ex. quelques/ois^ souventesfois^ toutes fois; usage qu'on retrouve dans la langue d'oïl.

Car son plaisir estoit que tousjours mangeoient sept ou huict per* sonnes à sa table, pour le moins, et aucunesfois beaucoup plus. VI, 13.

Combien qu*aucunesfois les saillies soient bien nécessaires, si sont elles bien dangereuses pour ceux de dedans une place. II, 11.

Hors, — Selon FAc. ce mot ne s'emploie pas adverbialement dans la langue actuelle.

Après qu'ils eurent envoyé hors ceux que bon leur sembla. V, 17.

HUc. — Cet adverbe, qui signifie là^ et qui dérive du latin HUc, a été employé par Comines une seule fois.

Et remuant illec, un de ces pauvres gens nuds commença à demander à boire. I, 4.

Ja, — Cet adverbe, qui dérive du latin jam^ a dans la suite été remplacé par son dérivé déjà. Ce dernier mot parait n'avoir pas été d*usage dans Tancienne langue, et ce n*est que bien rarement qu'on le trouve chez Comines. Outre la signification déjà y ja avait aussi celle de jamais.

Car ja s*estoient mis à pied hommes d*armes et archiers. I, 3. Et desja y avoit cinq ou six enseignes du Roy. I, 3. Parquoy ledit seigneur offrit de monstrcr lettres de ladite damoiselle, laquelle dit sur le champ qu*il ne seroit ja trouvé estre vray, que ladite lettre n'eust esté escripte ne veuë. V, 17.

Jus. — Cet adverbe, qui dérive du latin déarsum, signifiait à terre. Dans ces Mémoires nous ne Pavons trouvé qu'une seule^ fois.

Car de tomber jus d*un cheval, et se rompre une jambe et avoir une fièvre bien aspre, Tou 8*en guérît. V, 19.

Leans. — Cet adverbe qui signifie là dedans ^ est composé de là et de la vieille préposition ens. Aujourd'hui il a disparu de la langue; Comines l'emploie souvent.

Dès que ces seigneurs furent arrivez devant Paris, ils commencèrent

tous à pratiquer leans. I, 8.

Le duc de Cleves estoit à Gand , avec ladite damoiselle, qui eherchoit fort amis leans. VI, 3.

MalemenL — De même que l'adjectif mal^ dont il est formé, a vieilli, de même cet adverbe a disparu de la langue. U a dû faire place à l'adverbe tnoZ, dont il est le synonyme.

Toutesfois durant le débat gaignereot ceux qui estoient saillis, aucuns chariots , et s*en taudirent là où ils reposèrent assez malement. U, 10.

Mesmement — Burguy (Voyez II, 305. III, 230) fait observer qu'il y a dans la langue l'oïl deux adverbes meismement^ d'origine difi^érente, qu'il ne faut pas confondre; l'un dérivant du latin maxime^ Tautre de meisme^ même. Le premier a la signification principalement^ surtout; l'autre celle de même. La langue moderne n'emploie ui l'un ni l'autre de ces adverbes; cependant celui qui dérive de meisme s'est conservé dans la langue plus longtemps que l'autre. Les significations

16 P. A. Geijer.

des deux mots n'étant pas très-éloignées l*une de Fantre, il est probable qa*ayec le temps, on les a confondus, et que plus tard meùmement n*a été osité que dans la signification même. Chez Comines mesmement est employé dans toutes les deux significations; au moins une fois, il convient mieux de le rendre par surtout que par même, tandis que, le plus souvent, il est le synonyme de ce dernier mot.

Mesmement = SurUmt.

Mais qu'à la vérité Ton s'ebahissoit assez, et mesmement chez lujr, de quoy si petits personnages, comme les deux dessus nommez, s*empeschoient de si grand*matiere. I, 12.

Mesmement = Même,

Peu de temps après s*en retourna mesmement ledit Simon renvoyé par le Roy. ni, 9.

Maidt — Cet adverbe, qui dérive du mot latin midtum^ et qui signifie beaucoup j n*est plus usité. Déjà chez Comines, il est le plus souvent remplacé par son synonyme beaucoup.

Car la haine avoit esté moult grande et longue entre ledit seigneur et elle. V, 4.

Oncques, — Cet adverbe, qui dérive du mot latin unquamy et qui signifie jamais^ a vieilli. Comines remploie souvent, surtout joint à Tadverbe puis.

Toutesfois ne retourna oncques ledit comte en sa puissance. I, 13.

Oncques-puis ces deux roys ne s*entraymerent. Il, 8.

Paravant. — A côte de Tadverbe auparavant ^ Comines emploie aussi paravant. Souvent les deux mots dont cet adverbe est composé, sont écrits séparément.

Mais au bout d'une heure, ouïsmes plus grand bruit à la porte

que paravant. Il, 3.

Il se vestoit richement, ce que jamais n'avoit accoustumé paravantw VI, 8.

Pieça. — Cet adverbe qui depuis longtemps déjà a disparu de la langue, se trouve souvent dans ces Mémoires. Il est composé de a et du substantif pîècé, qui autrefois (Voyez ce mot au Glossaire.) signifiait espace de temps ^ et par conséquent il avoit la signification il y a longtemps.

Lequel ne Taymoit pas, à cause que dès pieça en Lorraine ledit

seigneur luy avoit donné Ëspinal. I, 14.

Car pieça, comme a esté veu dessus, les dits Vénitiens luy avoient esté le Polesan. VIII, 22.

Sus. — Cet adverbe, qui selon TAc. n*est plus guère usité que dans les phrases courir sus et en sus y se trouve assez souvent chez Comines dans la signification debout.

Toutesfois rocoasion de la yenue dndit duc de Bourbon, estoit pour conduire ledit duc de Bourgogne de consentir mettre sus une armée en son païs. I, 2.

£n trois semaines 8*en trouva sus grand nombre, qui le jour de la bataille s*estoient escartez. V, 3.

De la Préposition.

De même que parmi les adverbes qa*a employés Comines , on trouve plusieurs qui sont fort usités dans Tancienne langue, mais qui plus tard ont disparu, de même plusieurs prépositions dont il a fait usage ont cessé d*être employées, lesquelles nous citerons ci-dessous. On trouvera dans le Glossaire celles qui ont été employées dans une signification qui ne leur appartient plus.

Auprès. — Chez Comines, ce mot, ainsi que dans Tancienne langue son synonyme enpres^ est employé sans être suivi de la préposition de. £t aussi leur manda ce quMls dévoient faire, quand ils seroient à Gand, et comme ladite damoiselle estoit bien disposée à leur intention, et plusieurs d*auprès elle. VI, 3.

Contremont. — Ce mot, qui aujourd'hui est adverbe, est préposition chez Comines et s'emploie pour marquer la direction inverse du courant d'un fleuve.

Et depuis son trespas, vingt mois, maugré moj, t«nu prisonnier en son palais, où je vojois de mes fenestres arriver ce qui montoit contremont la rivière de Seine du costé de Normandie. I, 8.

£t tascboient à luj rompre ses vivres, qui venoient par eauë du pays de Gueldres, contremont la rivière. IV, 2.

Dedans. — De même que le mot précédent, ce mot a cessé d*être préposition. Comines remploie souvent au lieu de dans^ usage qui s*est conservé jusque dans le dix-septième siècle.

Car tous estoient cachez dedans le fossé, ny nul n*eust osé monstrer

la teste. I, 9.

£t celuy qui premier le pourroit prendre, en feroit la justice dedans huit jours, ou le rendroit à son compagnon. IV, 12.

Emmy. — Cette préposition, qui est composée du substantif mi précédé de en, signifie au milieu de. Dans Fancienne langue elle a été souvent usitée, tandis qu'elle a disparu de la langue actuelle. Le Roy estoit emmy la rue, bien accompagné. II, 13. Ouyrent messire Jacques de Paris, et autres emmy la place, devant ledit palais, lesquels crioient, liberta, liberta. VI, 5.

Maugré. — Au lieu de malgré Comines emploie l'ancienne forme maugré.

18 P. A. Oeyer.

Et depuis son trespas, vingt mois, maugré moy, tenu prisonnier en son palais. I, 8.

ParavanJt, — Ce mot, que nous avons déjà cité parmi les adverbes, a aussi été employé comme préposition synonyme de avant.

Ja estoient paravant Tassaut ces Liégeois fort las et mats. II, 13. Tous ceux-là estoient morts peu d'années paravant luy. VI, 10.

Puis. — Ce mot, qui aajoard*hui ne s*emploie qu'adverbialement, Gomines Ta aussi employé comme préposition dans la signification de depuis.

Comme vous pouvez voir par les rois nommez en la Bible, et par ce que puis peu d*années en avez veu en cette Angleterre. I, 7. A mon advis, onques puis ladite maladie ne fut si sage qu'auparavant. V, 5.

Sus. — "A côté des formes sor^ sour^ sur, — dit Bargny, II, 367. — on trouve, avec la même signification, sus, qui nous est resté dans quelques formules, comme locution prépositive.'* Ce sus^ qui est synonyme de sur, bien que les deux mots dérivent de mots latins diflRirents, est aussi adverbe, comme nous Tavons vu ci-dessus.

Le lendemain en rassemblée, et en la compagnie des dessusdits, le comte de Charolois, le genoûil en terre, sus un carreau de veloux, parla à son père premier, et commença de ce bastard de Rubempré. I, 1 .

Se la Conjonction.

La plupart des conjonctions simples employées par Comines se sont conservées jusqu'à nos jours. Quant aux locutions conjonctives dont Tusage n*est plus permis, nous les citerons dans la syntaxe.

Ains. — Cette conjonction, qui signifie mais, mais bien plutôt, dérive du mot latin ante. Comines remploie souvent, aujourd'hui il n*est plus d*U8age.

Mais ledit duo n*y fgousta point de foy, ains estimoit que le Roy

le faisoit à autres fins. IV, 13.

Mais leur principale raison ne venoît point de là, ains pource qae les dessnsdits les gardoient d*accroistre à leur pouvoir, tant «o Italie comme en Grèce. VII, 5.

Ni. — Cette conjonction négative a trois formes, ni, ny^ ne, et dans cette dernière forme le e s*élide devant une voyelle. La forme ny est celle que Ton rencontre le plus souvent.

Car il ne laissoit nuls hommes, ny en la ville de Tours, ny aux champs. VI, 8.

Ce qu*il oommandoit estoit incontinent accomplj, sans nulle difficulté

ni excusation. VI, 10.

Mais en rien n*entendoient cette alliance au préjudice du Roy, ne

de son royaume. I, 1.

Mais le Roy ne voulut respondre à ses lettres, n*ofiir le message,

et Testima cruel et mauvais. VI, 9.

Parquoi. — Cette conjonction est souvent employée au lieu de pourquoi^ cest pourquoi. Dans Tancienne langue les prépositions par et por se sont souvent employées Tune au lieu de Tautre; ce qui explique la synonymie de parquoi et de pourquoi. De même, au lieu de parce que^ on trouve aussi la locution pour ce que^ où quelquefois pour et ce sont écrits ensemble.

Ainsi nous tenons de la région chaude, et aussi de la froide: par-

quoy nous avons gens de deux oomplexions. FV. 6. Cecy n*est pas de ma matière; parquoy je n*en dis plus avant. FV, 9. £t fbt cette guerre depuis appellée le Bien Public; pource qu'elle 8*entreprenoit soubs couleur de dire que c'estoit pour le bien public du royaume. I, 2.

Si. — De même que dans la langue d*oïI (Voyez Burg. II, 33.) le t de M est élidé quelquefois, de même on le trouve une fois chez C!omines élidé devant une voyelle autre que t.

Disant que 8*ainsi Teut fait, il ne luy eust pu plus servir dedans le royaume de France. IV, 6.

20 P. A. Ge^er.

Syntaxe.

Il est facile de comprendre qu'à Tépoque où vivait Comines, la syntaxe de la langue française n'était pas fixée. Les dialectes venaient de faire place à une langue commune à tous les hommes cultivés du royaume; aucun savant n*avait pas encore choisi le français pour objet de ses études; aucun grand écrivain n*avait pas encore paru, dont les ouvrages pouvaient passer pour des modèles à suivre. Le bon plaisir de Técrivain avait le champ libre dans bien des cas où, à présent , des règles grammaticales bien fixées et bien rigoureuses ne lai accordent plus la moindre liberté. Au lieu de principes fondés sur une étude consciencieuse et raisonnée de la langue, Técrivain n'avait pour guide que le bon usage observé par les hommes cultivés, en parlant leur propre langue. Mais cet usage même devait naturellement être bien vague et bien chancelant, n'ayant point d'appui dans une érudition grammaticale ni dans les oeuvres de bons auteurs populaires. On sait combien est grande rinfluence que les langues parlée et écrite exercent l'une sur l'autre; la langue parlée, qui aime un certain abandon, et qui ne se laisse pas imposer des lois trop sévères, empêche la langue écrite de devenir trop réglée et trop roide, tandis que celle-ci donne à l'autre la force de résister à une négligence dangereuse qui, sans doute, lui ferait subir des révolutions fréquentes et désavantageuses, si elle était abandonnée à elle seule. Or, à l'époque de Gomines, cette réciprocité salutaire n'était pas encore établie; l'un des deux agents nécessaires manquait; la langue écrite n'était pas faite. Cependant, il ne faut point croire que Gomines, en écrivant, n'ait pas suivi de règles. Il n'en est point ainsi. On reconnaît bien dans ses Mémoires le même système grammatical qui, avec le temps, s'est développé si richement, et qui nous a donné ce superbe édifice qu'a couronné l'Académie française. Mais ce système ne se fait cependant pas valoir partout et toujours d'une manière égale, l'auteur n'y est pas toujours fidèle; on voit que souvent il en dévie et qu'il ne l'a pas saisi assez distinctement pour l'appliquer conséquemment. Il est donc très-difficile de déterminer bien exactement la difi^érence de la syntaxe de la langue moderne de celle qu'a suivie Gomines; nous croyons

Étude sur les Mémoires de Philippe de Coxnines. 21

même qae ce serait peine perdue d'en vouloir faire qd exposé complet. C*est pourquoi, dans cette partie de nos remarques, nous ne voulons faire observer que les tours de phrasé et les constructions qui marquent une grande diflférence de Tusage moderne.

Le l'Article défini.

L*exactitude grammaticale du français moderne exige que Tarticle soit répété avant chaque substantif. Cette règle , qui est si rigoureusement observée aujourd'hui, Comines ne l'a pas connue. Lorsque deux ou plusieurs substantifs de même genre et de même nombre se suivent, le plus souvent, il ne fait précéder de Tarticle que le premier; quelquefois même les substantifs sont différents de genre, sans que Tarticle soit répété.

Ce que semblablement feroient tous les princes de France, pour remoDstrer au Roy le mauvais ordre et injustice qu*il faisoit en son royaume. I, 2.

Disans que le royaume et comté de Proyence ne pouToient estre séparez ny aller à fille, tant qu*il y eut fils de la lignée. VU, 1.

Par toutes les choses dessusdites Ton peut cognoistre le sens et grandeur de notre Roy. VI, 10.

Avant les substantifs propres, l'emploi de l'article n*est pas bien fixé non plus. Quelquefois, il est supprimé avant les noms de pays, tandis que, le plus souvent, on Ty trouve.

Par quoy fut contraint de se retirer le droit chemin vers Bretagne. I, 15.

Et pour parler d*Allemagne en gênerai, il y a tant de fortes places etc. V, 18.

Dans Texemple suivant l'article précède un participe passé; ce qui, dans la langue moderne, n*est guère permis que lorsque le participe est employé comme substantif:

Les ordonnez à cette entreprise estoient ja sur la rivière. I, 9.

Le l'Article partitif.

Quant à l'emploi de Tarticle partitif, Comines n'observe pas toujours les règles qui, à présent, sont données. Le plus souvent, il le fait, mais il n*est point rare de trouver sans article les substantifs pris dans un sens partitif; surtout le de est souvent supprimé avant l'adjectif précédant le substantif.

22 P. A. Geijer.

Il faisoit amasser gens sur la Picardie, pour mettre dedans Dieppe. I, 15.

«Tay yen princes de deux natures. I, 16.

Semblables bandes et aussi grosses armées, aToient monseigneur de Bavastein et messire Antoine. I, 2.

Pour lors ayoient les subjects de cette maison de Bourgogne, grandes richesses, à cause de la longue paix qu*il aToient eue. I, 2.

Mais il y a de bonnes gens, qui ont cette gloire, qn*il leur semble qu*il8 conduiroient des choses là où ils n*cuteodeot rien. I, 16.

Su Substantif.

Od trouvera dans le Glossaire les divers substantifs dont remploi diffère de celui qu'on leur trouve à présent. Quant aux deux cas qu*a eus la langue dVïl, il n'en reste pas chez Comines plus de traces que dans la langue moderne; et nous n'avons trouvé qu'un seul exemple d'un substantif employé au régime indirect sans être précédé d'une préposition. Gomme on le sait, la langue moderne ne manque pas non plus d'exemples de ce genre.

Lesquels m*ont conté à Venise là où est le corps saincte Hélène en leur monastère. VII, 14.

De l'Adjectif.

Dans la syntaxe de l'adjectif, c'est surtout l'emploi du comparatif qui donne lieu à des remarques. De même que dans la langue d'oîi, ce degré de comparaison a été usité chez Comines en certains cas où la langue actuelle exige l'usage du superlatif.

A tout prendre, cette cité de Paris, est la cité que jamais je visse environnée de meilleur pays et plus plantureux, et est chose presque incroyable des biens qui y arrivent I, 8. Et luy obeïssoit tout Tost de meilleur coeur: car à la vérité il estoit digne d'être honoré. I, 11.

Ses Noms de Nombre,

Dans la langue moderne, on emploie les nombres cardinaux au lieu des nombres ordinaux en parlant des souverains et des princes. Il n'en est pas de même chez Comines, qui suit l'usage de TancienDe langue d'employer en ce cas les nombres ordinaux.

Charles sixiesme; Henry cinquiesme; Henry sixiesme. I, 7.

Pour désigner le jour du mois , Comines emploie aussi les nombres ordinaux» en les faisant suivre, le plus souvent, par le mot jour.

£t fut ladite bataille cinquiesme jour de janyier, en Tan 1476, yeille des Rois. Y, 8.

Le Boy descendit enyiron midy de la montagne et se logea audit yillage de Fornoûe; et fut le cinquiesme jour de juillet Tan 1495, par un dimanche. VIII, 9.

Et partit ledit seigneur de la yille de Vienne le yingt et troisiesme d*aoust Tan 1494, VII (Proposition).

Le nombre ordinal premier est souvent employé sans Tarticle. Dans ce cas, il a le caractère d'un comparatif et, suivi de la conjonction que y il signifie avant; quelquefois aussi premier a le sens de le premier^ dCabord^ la première foie. Ainsi employé, premier est le plus souvent adverbe, synonyme de prime de la langue d'oïl.

Ceux-là y entrèrent premiers que nous. II, 13. £t dirent leur créance à monseigneur du Bouchage et à moy, premier qu*au Roy. IV, 8.

Car il donnoit yolontiers quelque chose à celuy qui premier luy apportoit quelques grandes nouyelles. V, 10.

£t qui le youdra prendre à Pharamond , il y en auroit yingt et huict dayantage, qui seroit mil septante et huict ans, que premier y a eu roy appelle roy de France. VIII, 27.

Bu Pronom.

Quant aux pronoms, la syntaxe de la langue française actuelle est beaucoup plus fixée que ne Ta été celle du temps de Comines. En examinant séparément Temploi des divers pronoms, nous verrons combien ont été grandes les libertés permises à ce temps-là.

Des pronoms personnels.

Le sujet des trois personnes est souvent supprimé; ce qui se fait ^ même lorsqu* il nuit à la clarté.

£t yey Theure qu'il n*y ayoit pas cent hommes. I, 4. Enyiron un an ou deux ayant que allassions en Italie. VU, 2. Toutes-fois que s'il ayoit fait et dit chose qui fut contre Thonneur

du Roy, et qu'ainsi le trouyast par information, qu'il en feroit la

punition telle qu'au cas appartien droit. I, 1.

Le pronom personnel il est quelquefois employé dans des cas ou remploi de celui-là serait de rigueur dans la langue moderne.

Je les mettray avgoard'hai si prés l'un de l'autre, qu'il sera bien habile qui les pourra desmesler. I, 3.

Mais au fort il est bien gardé que Dieu garde. VIII, 11.

24 F. A. Geijer.

Souvent eux est employé aa lieu de se,

Veu qu*à leur dos n*avoient nulles places pour eux retirer, si besoin en a?oieot. I, 2.

Et tinrent conseil à sçavoir comme ils pourroient chasser ces Bourguignons, et eux en depescher. I, 5.

Lesdits ambassadeurs allèrent en leur logis s^apprester pour eux en aller. H, 2.

Précédée de la préposition de^ la troisième personne du pronom personnel est quelquefois employée au lieu du pronom possessif corres pondant; usage qu*on retrouve dans la langue dVil, mais qui n'est plus permis aujourd*hui. Cependant, il faut remarquer que Gomines ne fait usage de cette construction que lorsque la chose possédée est déterminée par deux régimes, ou bien que le pronom se rapporte à plus d*un substantif.

£t me semble que ce temps luy dura bien seize ans, ou enyiron, jusques à ce que le différend dudit comte de Warvic, et de luy, commença. VI, 1 3.

Le Roy 8*arresta sur la parole, que ces ambassadeurs avoient dite, en leur disant qu*ils estoint mal informez du vouloir d'elle, et d*aucuns particuliers. V, 16.

£t dirent leur créance: qui estoit comme le mariage dessusdit avoit esté conclud entre TEmpereur et le duc de Bourgogne son perc, du sceu et consentement d'elle, comme apparoissoit par lettres escrites de sa main , qu'ils monstrerent. VI, 3.

Contrairement à l'usage moderne, les régimes directs de la troisième personne précèdent le plus souvent le régime indirect me. Ainsi le m'ont conté plusieurs depuis. I, 2.

S'il vous plaist que je le prenne, vous le me mettrez icy dedans

ma manche. VI, 2.

Et vis la lettre, car il la me monstra, et s'en partit. VII, 10.

Au lieu de se, soy est souvent usité devant le verbe étant au participe ou à Tinfinitif; usage que Ton retrouve encore dans l'expression soi-disant

Four lesquelles causes le Roy, soy trouvant chargé de ces cas etc. I, 1. Mais seulement se mettre dedans Paris, sans soy approcher de là

où les Bourguignons estoient logez. I, 3.

Et qu'on Tesmeust seulement à soy confesser, sans luy prononcer ce cruel mot de la mort. VI, 12.

La règle de la langue actuelle qui prescrit que les régimes du pronom personnel conjoint doivent se répéter avant chaque verbe employé à un temps simple n'a pas été appliqué par Couiines.

Ledit comte de Cbaralois se radouba, et rapaisa avec son père, le mieux qu'il put. II, 2.

Item yiugt mille frans Tan, qu*il donnoit aux particuliers, et aux personnes dequoy il 8*aidoit, et servoit eu ces marchez. VI, 4.

Il s'en est parlé, et parlera en diverses façons. V, 15.

Il offroit encores que la première fois, que son maistre logeroit en champ, qu*il le prendroit, ou tueroit en allant visiter son ost. V, 6.

Des pronoms possessifs.

De même que noas Tavons vu poar Tarticle, ce pronom a souvent été employé comme complément qualificatif de plusieurs substantifs qui se suivent, sans être répété avant chacun d'eux, et cela même lorsque ces substantifs sont au singulier et de genre différent.

Car comme il TaToit créé plus sage, plus libéral, et plus vertueux en toutes choses, que les autres princes, qui regnoient avec luy, et de son temps, et qui estoient ses ennemis et voisins. VI, 10.

£t de quelles gens il pouvoit avoir seureté; puis que de son fils, fille, et gendre il avoit suspicion. VI, 12.

Beaucoup pins souvent que dans la langue actuelle, le pronom sien a été employé comme attribut. Employé comme complément qualificatif, ce pronom a été placé après le substantif précédé d*un adjectif. Tout ce jour demeura encore monseigneur de Gharolois sur le champ,

fort joyeux , estimant la grandeur estre sienne. I, 4. Il luy sembloit bien que la plus grande force de cet ost estoit

sienne. I, 1 2.

Ainsi fîiit ce roy Fdoiiard, Tan 1470, avec ses deux hurques, et un petit navire sien. III, 5.

Des pronoms démonstratifs.

Suivi d*un nom de famille ou de ville, le pronom ceuœ a été employé pour désigner les membres de la famille ou les habitants de la ville en question ; quelquefois aussi, on le trouve suivi d*un autre régime, dans la signification de les gens.

£t là déclara tous ceux de la maison de Croy, ennemis mortels de

son père et de luy. I, 2.

Alors usurpèrent ceux de la maison dTorch ce royaume. I, 3. Sauf quelques petites guerres, contre ceux de Gand, qui n*avoient

gueres duré. I, 2.

Pour les grandes cruautez, dont ils usoient contre ses sigets, en la comté de Namur, et par especial contre ceux de Bouvines, petite ville etc. II, 1.

Ceux du Roy estoient devers le chasteau de Mont-rhery. I, 3.

Quelquefois, le pronom démonstratif est supprimé devant un régime, lorsque, dans la langue moderne, son emploi serait de rigueur pour indiquer le substantif déterminé par ce régime.

2Ô P. A. Geyer.

(Test grand*iaute à un prince d'estimer plus son opinion, qoe de plusieurs; et cela leur donne aucunes fois de grandes douleurs ei pertes, qui ne se peuvent recouTrer. VI, 9.

Au pays de Dannemare, et de Suéde euToya guérir de deux sortes de bestes. VI, 8.

II eut préféré sa seureté, et de ses enfans, à Tamitié de son gendre. Vin, 22.

La différence établie aujoard'hai entre cdui et cdui4à précédant une proposition relative, n*a pas été observée rigoureusement.

£t envoya prier au duc de Bourgogne, qu*il pût loger au ebasteau, et que tous ceux-là qui estoient venus estoient ses nialveillans. II, 5.

Celui seroit bien ignorant, qui croiroit qu*il y eust fortune, ne cas semblable, qui eut sceu garder un si sage homme à estre mal de ces deux princes. IV, 12.

Bien soavent, ce est employé, lorsque, aujourd'hui, on ferait usage de cela ou bien de le.

Uancien aage du duc Philippe luy fit ce endurer patiemment, I, 2. £t plusieurs fois 8*en est repenty, ce m'a Ton dit. VI, 4. Car scurement il est fait de vous: et pour ce pensez à vostre oonscience. VI, 1 2.

Des pronoms relatifs.

Le pronom lequel est souvent employé comme épithète, constraction que Ton évite aujourd'hui.

Là arrivent messire Charles de France, le duc de Bretagne etc., tous lesquels dessus nommez le Roy avoit desapointez, et deffaits de leurs estats. I, 5.

A tous lesquels commandemens de l'Eglise , touchant lesdits différends, ils n^eurent jamais révérence ny obéissance. II, 14.

Qui et que sont souvent employés pour ce qui, ce que; de même, on trouve de quoy au lieu de de ce que.

Car s*il se mettoit en chemin, ce sembleroit estre fuite, qui seroit

grand danger pour toute la compagnie. I, 3.

Il ne Tosa entrependre, qui fut à son dommage. VI, 6. Et venoit pour voir que c*estoit. I, 9.

Et desiroit bien sentir de moy que le Roy en disoit. VII, 10. Mais qu'à la vérité Ton s'ebahissoit assez, et mesmement chez luy,

de quoy si petits personnages, comme les deux dessus nommez,

s*empeschoient de si grand* matière. I, 12.

Ledit roy d'Angleterre, et tous les seigneurs de son royaume, se

mescontenterent merveilleusement dequoy le duo de Bourgogne le

faisoit si long. IV, 4.

On retrouve aussi i^ancien usage de qui an lieu de si l'an.

Étude sur les Mémoires de Philippe de Coxnioes. 27

Et qui eust marché incontinent, semble à beaucoup qu'il ne se

fust point trouvé de résistance. I, 3.

£t il dit que qui ne le laisseroit aller, il se jetteroit par les fe-

nestres. VU, 14.

£t croj bien que le peuple de soy ne se fut tourné, combien qu*ii

soit muable, qui eut contenté quelque peu de nobles. Vil, 17.

Quelquefois, on trouve des phrases coDStruites de manière que deux propositions relatives 8*y suivent, desquelles la dernière se rapporte au pronom relatif de la première.

£t ne 8*ennuyoit point dVstre refusé une fois d*un homme qu*il pretendoit gagner: mais y continuoit, en luj promettant largement, et donnant par effet argent et estats qu*il connoissoit qui luy plaisoient. I, 1 0.

Le Boy faisoit parler à tous ceux qu*il pouvoit penser qui luy pourroient ayder. U, 9.

Le pronom quoy se rapporte quelquefois à des noms de personnes. Cependant, il est à remarquer qu^alors Tantécédent est toujours au pluriel.

Lesquels eurent peur, pour le murmure qui estoit entr*eux, voyans qu'on estoit à la bataille, et que les gens de quoy ils s*estoient fait fort, n*y estoient point joints. I, 3.

Item vingt mille francs Tan, qu*il donnoit aux particuliers, et aux personnes dequoy il s*aidoit, et servoit en ces marchés. VI, 4.

Des pronoms interrogatifs.

Ces pronoms, à Temploi desquels le style narratif de Comines ne donne lieu que bien rarement, n*offrent aucune exception aux règles de la langue actuelle.

Des pronoms indéfinis.

Aucun.

Ce pronom a encore chez Comines conservé la valeur affirmative de quelqu*un^ quelque^ qu*il avait dans la langue d*oïI. Cependant, on le trouve aussi dans les propositions négatives. Comines remploi souvent au pluriel; tandis que dans Tancienne langue il n'avait point de forme de pluriel (Voyez Burg. 1, 169). Aujourd'hui, il n'est usité qu'au singulier, à moins que le substantif qu'il précède ne soit employé qu'au pluriel.

£t y mettoient grandes doutes aucuns. I, 2.

Il y avoit aucuns bien bons hommes d*armes de leurs païs. I, 2.

Nonobstant tout ce nombre, le Boy leur donnoit beaucoup d'affaires, et traitterent aucune forme de paix. I, 2.

28 P. A. Oeger.

Ou qa*il ne vouloit point qu*il usurpas! sur ce pays de Haînaut, qui est tenu de l*£mpire: tant pource qu*il n'y avoil aucun titre, que eta V, 13.

Chacun.

De même qae dans la langue d*oïl, ce pronom, oatre la signification qui lui reste encore, a aussi chez Gomines celle de chaque; c*e8t-à-dire qu'il se met avec un substantif auquel il a rapport. De cet usage de chacun, on trouve de nombreux exemples, tandis que chaque n'est pas employé.

Et conclud la trêve pour neuf ans marchande, revenant chacun au

sien. IV, 1 1 .

£t ainsi à voir les choses que Dieu a faites de nostre temps, et fait chacun jour, semble qu*il ne veuille rien laisser iuipuny.

Page 1