ENCEINTES DES VILLES
Les enceintes élevées par les croisés autour des villes qu'ils possédaient en Terre Sainte sont aujourd'hui tort peu nombreuses. Ce n'est que dans les ruines des cités abandonnées à la fin des croisades et ne s'étant jamais relevées depuis, que des restes de quelque intérêt sont parvenus jusqu'à nous. Partout ailleurs, à Tripoli, à Beyrouth, à Acre, à Saïda, à Jaffa, etc., les murailles du moyen âge ont été exploitées pour fournir des matériaux de construction; de telle sorte qu'elles ont presque entièrement disparu, ou qu'il n'en subsiste plus que des vestiges méconnaissables.
Les Latins semblent n'avoir attaché qu'une importance secondaire aux murailles des villes, dont les défenses sont incomparablement plus faibles que celles des châteaux. Dans ces derniers nous trouvons adoptées, dès le xne siècle, des dispositions défensives que nous ne verrons apparaître dans les enceintes qu'au milieu du siècle suivant.
Nous avons dit plus haut que les premières villes dont les Francs se rendirent maîtres (Mares, Antioche, Edesse) avaient été fortifiées par des ingénieurs byzantins, et nous avons exposé sommairement, dans 1 introduction, ce que Procope nous apprend au sujet de la fortification grecque du Bas-Empire1. Il nous faudra donc recbercher l'influence
1 Procope, De /Edifiais . 1. II, c. ni.
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exercée par ces enceintes sur le tracé des murailles élevées en Palestine
par les Latins.
L'étude de l'enceinte byzantine d'Antioche, qu'ils se bornèrent à réparer el à entretenir quand ils furent devenus possesseurs de celle ville, nous occupera d'abord; Ascalon, ensuite, nous fournira un autre exemple de lignes de défenses, selon toute apparence, d'origine byzanline. mais remaniées par les croisés, tandis que les murailles de Djebleh, de Tortose, de Giblet et de Gésarée nous offriront des spécimens d'enceintes tracées et édifiées par les Francs de Syrie, pendant la durée du royaume latin.
De même qu'en France, on paraît avoir de bonne heure reconnu, en Terre Sainte, que le système de fortification usité au moyen âge ne se prêtait à des défenses trop étendues qu'en perdant une partie de sa force. On renonça donc aux vastes enceintes byzantines, qui taisaient d'Édesse et d'Antioche plutôt des camps retranchés que des villes fortifiées, et l'on s'attacha à réduire les cités à des proportions susceptibles d'une bonne défense.
Le château servait de citadelle et protégeait la ville dont il faisait partie. Soit que, comme à Jérusalem, à Laodicée ou à Giblet, il s'élevât au point culminant, ou que, comme à Tortose, à Césarée ou à Sa jet le. il fut construit au bord de la mer, il était toujours bâti à un angle de la place et possédait des communications directes avec la campagne. La garnison pouvait, de la sorte, chercher un refuge dans ce réduit après la prise de la ville, et être, par les dehors, ravitaillée ou secourue.
Djehleh, Tortose et Giblet étaient, ainsi que je l'ai déjà dit. entourées d'enceintes munies d'un fossé et flanquées de saillants barlongs d'un faible relief. Ces murailles étaient protégées contre les attaques de l'assaillant plutôt par leur force passive que par les
moyens de résistance dont los avaient dotées les ingénieurs qui les élevèrent.
Mais ce n'est qu'au milieu du xin1' siècle <jue, transformé par l'expépérience acquise durant les guerres continuelles dont la Syrie était alors le théâtre, l'art militaire franco-oriental produisit les murs de Gésarée.
Leur tracé, l'espacement régulier des tours, les bonnes dispositions défensives qu'elles présentent et que nous n'avons trouvées jusque-là que dans les forteresses, tout indique un grand progrès dans l'art de la défense des places.