TORTOSE
L'enceinte de Tortoso reproduit en plus grand la forme du château. C'est un quart de cercle appuyé à la mer et d'un rayon moyen de 35o mètres environ (pi. XX). Elle consiste en une muraille de 2m,5o d'épaisseur, construite en gros blocs taillés à bossage. Munie d'un fossé large et profond creusé dans le roc vil* et rempli par la mer, elle se trouvait complètement à l'abri des travaux du mineur. Les saillants sont barlongs, mais leur relief sur la courtine est faible et les flanquements en sont de peu de valeur, comparés à ceux du château. Cependant, tout imparfaite cruelle était, cette défense pouvait être considérée comme très-sérieuse au xue siècle, quand la sape formait le moyen d'attaque le plus redoutable de l'assiégeant, d'autant plus qu'à l'époque où furent élevés les murs de Tortose, on avait déjà généralement adopté l'usage d'établir en arrière de la courtine des platesformes terrassées, destinées à servir d'aire pour l'établissement des grands engins, tels que pierrières, trébuchets ou mangonneaux, dont le tir parabolique lançait à une distance considérable des projectiles de pierre du poids de 100 à i5o kilogrammes1.
Au nord, le rempart se voit encore sur toute sa longueur et pré-
Viollet-le-Duc, Architecture militaire, et Dictionnaire d'architecture , p. 22& et suiv.
212 MuM \1K\TS DK L'ARCHITECTURE MILITAIRE
sente trois grands saillants. Bien que dérasé sur une partie de sa hauteur, il a conservé une élévation de plusieurs mètres au-dessus du sol. Sou mode de construction était identique à celui du château, et il de\ail être couronné par un chemin de ronde muni d'un parapet crénelé semblable à ceux de cette forteresse.
Vers l'est, la muraille n'existe plus que sur la moitié environ de son développement primitif, et, sur la plus grande partie des faces sud cl sud-est, son tracé est seulement indiqué par le fossé, qui, bien qu'aux trois quarts comblé, est toujours reconnaissable.
Cette enceinte paraît n'avoir été percée que de deux portes: l'une. restée presque intacte, est dans la face nord, tout près du château; et l'autre, dont on voyait quelques traces il y a peu d'années, s'ouvrait au sud vers Tripoli.
Durant tout le moyen âge et jusqu'à l'invention de l'artillerie à feu, les portes étaient considérées comme les points vulnérables dune place; aussi n'en laissait-on que le nombre strictement nécessaire.
(Iclle qui se voit encore ici est assez bien conservée pour que l'on y retrouve facilement les divers détails de ses défenses et de son mode de clôture. Un pont en charpente qu'on pouvait enlever facilement en cas de siège, et dont on voit encore les encastrements, était jeté sur le fossé. A droite et à gauche, cette porte est protégée par deux grandes meurtrières; elle est large de 3 mètres et était fermée comme celle de la forteresse par des vantaux ferrés et une herse (fig. 53 et 54). Elle était également défendue par un mâchicoulis. L'étage supérieur de cel ouvrage, où étaient placés les treuils de la herse, est aujourd'hui fort endommagé. On peut cependant reconnaître qu'il était ouvert à la gorge. On y accédait parle chemin de ronde du rempart; ce qui, joint a la disposition des défenses et à l'installation qui paraît avoir été donnée ici aux manœuvres des herses, devait lui donner une assez
grande analogie avec la porte Saint-Lazare d'Avignon, élevée vers le milieu du xive siècle, et dont ce système de porte fut peut-être le prototype.
Fig. 53.
Pi.
On ne saurait dire si la ville fut en communication directe avec le château, et cependant il est probable que ce dernier possédait quelque
Fig. 54.
poterne dans la partie de sa première enceinte disparue sous les mai-
■2\h MONUMENTS DE L'ARCHITECTURE MILITAIRE, ETC.
sons de la bourgade moderne de Tortose. Cette issue devait permettre, en cas de besoin, aux habitants de la ville et aux défenseurs du rempart de chercher un refuge dans la forteresse.
\n poinl mi le rempart vient aboutir à la mer, une grosse tour carrée, munie de lalus de maçonnerie à sa base, formait l'angle delà ville, Bien que ses débris soient fort mutiles, il esl facile d'v reconnaître les ruines d'un ouvrage analogue à celui dont on voit les restes au nord de la porte de Jérusalem, à Ascalon. Malheureusement ici encore nous devons déplorer la destruction récente d'un étage de cette tour que les siècles n'avaient pas entamé et qui fut démoli par 1rs Egyptiens en t86o, pour réparer un petit fort qui s'élève près de là dans l'île de Houad.
ZIBLET 01 GIBEL.
(DJEBLEH.)
Au commencement de ce livre j'ai dit, en parlant du château de Margat, que la ville moderne de Djebleh avait remplacé l'antique Gabalum. On y voit encore un magnifique théâtre de l'époque romaine parvenu à peu près intact jusqu'à nous, et qui fut transformé en château au temps des croisades. On se borna alors à murer la plupart des ouvertures et à le flanquer de tours carrées massives appliquées aux angles et sur le pourtour. Seulement, comme ces constructions offraient moins de résistance que la maçonnerie antique, elles oui presque entièrement disparu pour fournir les matériaux des maisons modernes et de la mosquée du sultan Ibrahim.
Pendant les croisades cette ville fut le siège d'un évèché ', et j'ai décrit plus haut son port, p. 175.
Quand je visitai Djebleh au mois de septembre 1869, il existait encore au sud-est de la ville, sur une assez grande longueur, des restes de l'enceinte élevée par les croisés. Elle était construite en gros blocs taillés à bossage et les courtines étaient flanquées de saillants carrés ou barlongs, ce qui rendait ces murs de tous points semblables à ceux
' Les Familles d'outre-mer, Syrie Sainte, p. 7g5.
(]c Torlosc. Bien que dérasée à 3 mètres du sol, cette portion d'enceinte présentait néanmoins un vif intérêt et pouvait servir de point de comparaison avec d'autres murailles de ville. Malheureusement en 186A je constatai qu il n'en restait plus trace.
GIBLET.
(DJEBAÏL.)
Sur les ruines de l'antique Byhlos, la ville sacrée des Phéniciens, s'élève aujourd'hui une bourgade arabe nommée Djebaïl, que domine, comme je lai dit plus haut, un vieux château franc du xnc siècle. Ce \illage est entouré de restes des remparts construits au temps de la domination latine; mais l'enceinte est trop vaste pour le petit nombre des habitants, et une grande partie est occupée par des jardins. Au milieu, une vieille cathédrale gothique1, élevée par les croisés, sert encore aujourd'hui, sous le nom d'église Saint-Jean, aux chrétiens catholiques qui forment la majeure partie de la population de Djebaïl.
H est souvent fait mention de cette ville par les historiens des guerres saintes, qui l'appellent Giblet. Ayant été enlevée aux Sarrasins en 1 toc) par Hugues de Lambriac, qui en devint seigneur, les membres de cette famille prirent dès lors le nom de Giblet -.
Comme place maritime et ville épiscopale dépendant du comte de Tripoli, elle joua un rôle assez important pendant la durée Au royaume de Jérusalem.
Son port, assez vaste, est formé d'une baie déterminée par deux pointes du rivage et par deux jetées, aux extrémités desquelles se voient encore les traces des tours qui jadis défendaient la passe.
' Les églises de Terre Sainte, par M. de 2 Familles d'outre-mer, les seigneurs de
Vogué, p. 3-/i-3;f>. Giblet, p. 3i6.
Sans être ;mssi considérables < jin* celles de Tortose, les murailles de Djebaïl nous fournironl cependanl le sujel de quelques observations intéressantes. Le plan général de la ville, bâtie en amphithéâtre, forme un vaste trapèze d une longueur de 3oo mètres sur une largeur moyenne de 25o. Sur trois de ses côtés, Giblel était inunie de remparts; le quatrième (Mail appuyé à la nier (pi. XXI).
Comme à Tortose, cette enceinte consistait en une muraille flanquée de saillants carrés; mais, au point de vue de la construction, elle est bien inférieure à la précédente. Elle était bâtie en pierres de moyen appareil, avec des luis de colonnes antiques engagés transversalement dans l'épaisseur des murs. Une porte qui s'ouvrait au nord, sur la route de Tripoli, est aujourd'hui murée; la seconde entrée de la ville était percée dans la muraille orientale, sous le commandement du château.
Malheureusement celte enceinte ne pourra nous donner que le plan de la Giblet des croisades, car sur presque tout son pourtour l'œuvre des Francs n'a conservé qu'une élévation de quelques mètres et est surmontée de constructions relativement très-modernes.
D'après ce que nous apprennent les historiens des croisades, on ne saurait attribuer aux murailles dont nous étudions les restes une date antérieure aux premières années du x 1 1 1 '* siècle, attendu que, comme je l'ai déjà dit, en 1 190. à la nouvelle de la croisade de l'empereur Frédéric Barberousse, Saladin lit démanteler le château de Giblet et raser les murailles de cette \ille. ainsi que les châteaux de la Liche (Laodicée) et de Barut.
Ce ne lut qu'en 1 1 97 ou 1 199 que Gui de Giblet1 put rentrer en possession de la ville dont il portait le nom. Par leur caractère et la
1 Famille* d'nutrc-mer, les seigneurs de Giblet.
nature des matériaux employés , les débris de l'enceinte semblent plulot contemporains de cette époque que de la construction du château. auquel je crois pouvoir assigner comme date la première moitié du xmc siècle.
Giblet demeura au pouvoir des Francs jusqu'au mois daoût i-jG(): elle fut assiégée alors par l'émir Nadj\l>\ '. lieutenant du sultan Maleked-Dalier-Bvbars, en Syrie. Ses défenseurs, serrés de près et convaincus qu'une plus longue résistance serait sans espoir, profitèrent d'une nuit orageuse pour évacuer la ville et se retirer à Tripoli.
' Auteur anonyme de la vie de Bvbars.
CESAREE.
Par suite de sa position entre Acre et Japhe, Césarée avait, comme point stratégique, une grande importance militaire. Aussi, durant la première moitié du xme siècle, fut-elle plusieurs fois le théâtre de luttes acharnées entre les chrétiens et les musulmans.
Saladin, s'en étant rendu maître en 1 187, fit démanteler son château et ses murs.
Restaurée par Gautier d'Avesne J, en 1 -u 8 , cette forteresse fut dans la môme année enlevée aux Génois2, qui la défendaient, par le sultan Malek-Mohaddam. Reprise par les Francs3 dix ans plus tard, elle retomba de nouveau au pouvoir des musulmans, qui la ruinèrent derechef. Enfin, au mois de mars 1 2 5 1 , saint Louis vint s'installer à Césarée, où il demeura jusqu'au mois de mars de l'année suivante, occupé à fortifier cette cité, dont les tours et les murs avaient été renversés par les Sarrasins, nous dit Joinville.
Le plan général de cette enceinte, dont on voit encore les ruines, présente à peu près, comme celui de Gihlet, la forme d'un trapèze appuyé à la mer (pi. XXII). Du nord au sud, la ville mesurait environ .~>oo mètres sur une largeur moyenne de s5o à 3 00. La partie du
1 Cont. de Guillaume de Tyr. i. XXXI, 2 Cont. de Guillaume de Tyr, I. XXXII,
chap. xiii. chap. v. — 3 Id. 1. XXXII, ch. xxv.
■2-2-2 \lo\l UK.YI'S DE L'ARCHITECTURE MILITAIRE
remparf « j ti i forme l'escarpe du fossé, revêtue de laïus, est demeurée intacte, el son tracé esl encore presque partoul très-reconnaissable.
Sur trois côtés, tours, courtines et portes semblent avoir été élevées simultanément, tant il \ a d'homogénéité dans le plan et dans la construction. Toutes les tours sont barlongues, régulièrement espacées cl revêtues à leur hase, ainsi que les courtines, de grands talus de maçonnerie les arc-boutanf contre l'effet des tremblements de terre.
Quand je visitai ces ruines, au printemps de l'année i 858, bien que tours et murailles lussent presque partout dérasées au niveau du sol de la ville, on voyait encore les restes de trois tours au nord, de dix à Test et de quatre vers le sud. De ce côté, une porte A, assez bien conservée, entre la seconde et la troisième tour, était alors la seule qui restât au milieu de ces ruines, qui chaque jour disparaissent, exploitées pour fournir des matériaux aux constructions modernes de Ramleîi et de Jaffa (pi. \XII).
Vers la mer il ne subsiste plus que les arasements des murailles. Là une échancrure du rivage B, s'enfonçant entre deux pointes de rochers à fleur d'eau, formait autrefois le port. Au temps des croisades. nue petite jetée, construite avec des pierres enlevées aux édifices antiques de la ville d'Hérode, lut ajoutée à la pointe nord. Sur le promontoire qui s'étend au sud était bâti le château. Selon toute apparence, il a remplacé, après bien des siècles, la tour dite de Si raton. qui paraît s'être élevée en ce lieu '.
dette forteresse, dont le principal ouvrage semble avoir été un gros donjon carré G, ne présente plus qu'un amas de ruines bouleversées. Mais, par le peu qui en reste, on peut reconnaître facilement qu'elle dut avoir quelque analogie avec le château maritime de Saïda. Un
' Guérin, Ora Palestiiue.
nombre énorme de fûts de colonnes antiques était engagé dans 1rs murs de ce réduit. Une coupure dans le rocher, comblée aujourd'hui par les décombres et par le sable, l'isolait de la terre ferme.
En face du château se voient les ruines de la cathédrale I.) : c'était une giande église, à trois nefs terminées en abside, semblable à celle que nous trouvons encore à Naplouse et à Sébaste. Trois des contreforts de la façade sont toujours debout. Au-dessous régnait une crypte voûtée en plein cintre intacte quand je la visitai.
L'enceinte qui doit l'aire le principal objet de celle étude remonte donc à l'année I25i, époque à laquelle le roi sninl Louis lit relever les murailles de Gésarée.
Fig. 53.
Nous nous trouvons en face dune œuvre bien supérieure aux enceintes que nous avons vues jusqu'à présent. L!n grand progrès a été accompli; ce ne sont plus les tourelles carrées d'Ascalon, ni les saillants barlongs faisant corps avec l'enceinte, de Djebleh, de Tortose ou de Giblet. Ici des tours très-saillantes sur la courtine fournissaient des flanquements sérieux.
Elles sont toutes construites sur le même modèle et séparées les unes des autres par une distance qui ne dépasse guère 60 mètres. Leur forme est barlongue , mesurant 1 1 mètres de long et 9 en largeur. Chacune délies renferme au rez-de-chaussée, et s'ouvrant au niveau du terre-plein de la ville, une salle percée de meurtrières qui permettaient aux défenseurs de prendre d'écharpe un ennemi qui serait parvenu
dans le fossé. D'après le peu qui en reste, les voûtes de ces salles paraissent avoir été composées de deux Iravées appuyées sur un arc doubieau.
La tour E. la moins endommagée de toutes et dont nous donnons ici la vue et le plan (fig. 55), était munie d'une poterne communiquant avec le fossé par un petit escalier placé sous le commandement des défenses supérieures de la tour. Les talus qui garnissent la base de toute celle enceinte ne sonl point massifs. Le plan incliné en pierres de taille est supporté par une voûte en quart de cercle, formant au pied du reinpari une galerie de conire-mine où le jour pénétrait par de grandes feules semblables à des archères s'ouvrant à la partie supérieure du talus. C'est le premier exemple que nous trouvions, en Syrie, de mesures prises, dans une enceinte de ville, pour mettre l'assiégé à même d'exécuter des travaux de contre-approche.
Il est positif que Fart du mineur lit de grands progrès durant les croisades, et qu'au commencement du xme siècle il était déjà trèsavancé. La galerie dont nous nous occupons permettait aux assiégés de contre-miner sûrement les travaux d'un ennemi qui aurait tenté d'atteindre les murs de la ville, en passant sous le niveau du fond du fossé, par une galerie en tunnel taillée dans le roc. En France, nous voyons à la base de la chemise du donjon de Coucy, élevé»1 en 1 2*i5, une galerie de contre-mine semblable, également ménagée sous le talus dont elle est revêtue.
Quant à l'élévation et au couronnement des tours et des courtines qui les reliaient, nous en sommes réduits à des conjectures; car l'ouvrage que nous avons reproduit, bien que le mieux conservé, ainsi que nous lavons dit, ne s'élève plus au-dessus de la naissance des voûtes de la salle du rez-de-chaussée (fig. 56).
Les matériaux <pii ont servi à la construction des murs de Césarée
sont généralement de petite dimension; les tours et les murailles sont bâties en pierres de très-petit appareil; les talus de la face sud sont composés de pierres noires fort dures qui me paraissent d'origine volcanique.
Malek-ed-Daher-Bybars s'empara de Césaréepar surprise en 1266,
Fig. 56.
et après la prise d'Acre le sultan Khalil-el-Aschraf en mina complètement les murailles, dans la crainte que cette ville ne devînt un point de débarquement pour les Francs, en cas d'une nouvelle croisade.
De l'étude que nous venons de faire des enceintes de plusieurs villes fortifiées par les Francs établis en Syrie, il résulte que les ingénieurs latins qui élevèrent ces murailles prirent pour types, tout en les modi-
226 MONUME.Vrs I)K L'ARCHITECTURE MILITAIRE
fiant, les enceintes byzantines e1 arabes. \u commencement des croisades, elles les frappèrenl d'admiration; mais ils ne tardèrent pas à les surpasser, après les avoir imitées.
Ce furent les Arméniens qui semblent particulièrement avoir été leurs initiateurs' aux méthodes d'api militaire qui depuis l'antiquité s'étaient perpétuées chez les Grecs.
Ils s'attachèrent, tout en conservant la hauteur des courtines, à augmenter la largeur et la profondeur des fossés. Malgré les inconvénients qu'ils présentaient au point de vue de la défense, les croisés adoptèrent généralemenl comme mode de Manquement les saillants bai-longs dont nous trouvons tant d'exemples dans la fortification byzantine, notamment aux châteaux d'Edesse et de Mares. Enfin nous les voyons élever près des portes des villes et commandant les approches de la place, comme à Ascalon et à Tortose, des ouvrages copiés sur les maîtresses tours byzantines et qui seront l'origine des bastilles.
Peut-être devons-nous chercher, dans les relations continuelles qui existaient alors entre la Syrie et les provinces méridionales de la France et de l'Italie, l'explication d'un fait étrange qui se produisit surtout en Provence, du xne au xivc siècle : pendant que dans les provinces du nord et du centre la tour ronde avait prévalu partout, nous voyons les défenses rectangulaires adoptées dans les enceintes de beaucoup de villes du Midi.
M. \ iollct-le-Duc2, dans sou dictionnaire, constate à plusieurs reprises l'influence des monuments byzantins de la Syrie sur l'art religieux de la Provence, du Languedoc, etc.
\ celte époque, un grand nombre de familles d'origine génoise, dauphinoise, provençale et languedocienne, entre autres celles des
Guillaume de Tyr, I. XIII. Siège île ! Viollet-Ie-Duc, Dict. d'architect. t. VII.
Ti/r. |i iiy-i 9.3.
Lambriac, d'Agot, d'Alman, Porcellet, de Puy-Laurens, etc., comptaient de leurs membres établis en Terre Sainte. Ils y possédaient des fiefs considérables et prirent une part importante aux événements qui eurent alors la Palestine pour théâtre.
Il n'y aurait donc point lieu de s'étonner que les seigneurs provençaux et languedociens eussent rapporté dans leur pays et répandu autour d'eux les notions d'art militaire qu'ils avaient acquises en Orient, où cet art s'était développé si rapidement sous l'influence gréco-arabe. Nous pouvons en juger par les forteresses élevées en Terre Sainte par les Francs, qui mettent en lumière une grande intelligence militaire.
Selon toute apparence, c'est sous l'influence de ces traditions que nous voyons se produire à la fin du xur" siècle le tracé des murailles de Cahors et l'enceinte de Montpazier \ puis au siècle suivant celles de la plupart des villes du comtat Venaissin, parmi lesquelles nous citerons notamment Avignon.
Nous y retrouvons au palais des papes, ainsi qu'à l'archevêché de la ville de Narbonne , élevés tous deux pendant le xivc siècle, des défenses d'importation évidemment orientale : je veux parler des mâchicoulis défendant les courtines et qui se composent d'une série d'arcs en tierspoint supportant le crénelage et laissant entre eux et la muraille un espace vicie permettant de jeté]- sur l'assaillant des projectiles de grandes dimensions, telles que des pièces de bois.
Dans la description que j'ai déjà donnée du Krak des Chevaliers, j'ai signalé l'emploi de ce système dans un ouvrage qui ne saurait être postérieur au milieu du xin° siècle.
1 On peut encore citer, parmi les monu- châteaux de Pommiers et de. Rozan, qui
ments militaires dans lesquels on reconnaît ont été décrits par M. Eéo Drouyn. dans
cette influence, les châteaux de Riom, les l'ouvrage intitulé La Guyenne militaire. murs de Rlaye (Gironde), ainsi que les