CHATEAUX DE CHYPRE
Le royaume fondé à Chypre par les Lusignans, à la fin du xnc siècle, régi parles mêmes lois que les colonies de Terre Sainte, devint l'asile des populations franques de Syrie à la suite des revers essuyés par les croisés.
La noblesse chypriote était formée des familles qui avaient possédé les fiefs les plus importants des principautés d'Antioche, de Tripoli et du royaume de Jérusalem. Retirées à Chypre, elles continuèrent pendant trois siècles à jouer un rôle considérable dans tous les événements qui s'accomplirent à cette époque en Orient.
La position insulaire de Chypre mettant le pays à l'abri des invasions , les règles de la défense se trouvèrent complètement modifiées. Sur un aussi petit espace , les grandes places de guerre étaient inutiles. Les édifices militaires se bornèrent donc aux murailles des villes maritimes , à des postes de surveillance élevés sur certains points du littoral de l'île et à quelques châteaux de refuge. Ces derniers appartenaient au domaine royal, aucune habitation fortifiée n'ayant été construite par les grands vassaux; car le seigneur chypriote ne pouvait élever de forteresse sur son fief, attendu que la haute cour, présidée par le roi, pourvoyait seule à la défense du royaume. 11 n'y avait point ici à redouter, comme en Syrie, des agressions incessantes de la part
• les musulmans. Les murailles élevées autour de plusieurs villes, telles que Paphos, Limassol ou Cerines, par les Lusignans, ont à peu près disparu ou ont été. remplacées, au xvc el au xvic siècle, par des fortilications construites par les Vénitiens, ainsi que nous le voyons à Nicosie et à Pamagouste.
Les postes d'observation occupaient l'extrémité des caps et permettaient de surveiller les côtes. Ce sont de petites tours carrées élevées pour la plupart durant le xiv,; siècle et présentant dans leur plan et leurs dispositions quelque analogie avec les tours-postes qui se voient encore en Syrie et que j'ai décrites dans le cours de ce travail.
Gomme type de ces ouvrages, je donne la description et une vue de la tour qui se voyait encore en 1860, au cap Chili, près des salines de Larnaka.
Quant aux châteaux, ils diffèrent totalement de ceux que nous avons étudiés en Syrie, et, bien que construits à l'époque où s'élevaient en France les derniers grands châteaux du moyen âge, c'est-à-dire pendant le xive siècle, on ne saurait établir aucune comparaison entre eux. Les châteaux de Chypre ont été l'objet d'une description sommaire de la part de M. de Mas-Latrie. Cette élude se trouve dans le rapport adressé par ce savant au Ministre de l'instruction publique le 1 1 mai 1 8^6.
Pour ces châteaux, on paraît avoir suivi la règle qui existait dans l'antiquité, de choisir leur assiette sur les points les plus escarpés. Ce système en facilitait la défense, et l'art n'avait qu'à profiter de l'œuvre de la nature en la perfectionnant. Construits ainsi sur des hauteurs à peu près inaccessibles, ils tiraient toute leur force de leur situation. Médiocrement fortifiés et sans caractère architectural bien tranché, ils rappellent quelques-unes des forteresses qui s'élevèrent en Alsace vers le même temps.
Les ingénieurs chypriotes semblent avoir été amenés à suivre cette méthode, par le choix d'escarpements jadis couronnés de postes fortifiés, bâtis d'après les mêmes principes auxquels nous devons l'acropole d'Eleuthère, en Grèce, et la forteresse judaïque de Massada, au bord de la mer Morte.
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Comme type de poste, je vais décrire la tour du cap Ghiti.
Sa forme est un parallélogramme garni à sa base de talus de maçonnerie atteignant la moitié de sa hauteur totale. Elle est construite en moellons , avec revêtement en pierre de taille. La porte , à linteau carré, s'ouvre à environ dix pieds au-dessus du sol; un magasin et une citerne se trouvent dans le soubassement. La salle, qui constitue l'étage supérieur de cette tour, est voûtée en berceau. Un escalier ménagé
dans l'épaisseur du mur occidental conduit à la plate-forme couronnant l'édifice, et qui est munie sur tout son pourtour d'un parapet crénelé porté sur des consoles formant mâchicoulis.
L'aspect de cette construction [tarait devoir la faire attribuer au xive siècle, et l'on est frappé, en l'étudiant, d'y voir réunis la plupart des aménagements usités dans les blockhaus modernes.