‹ Étude sur les monuments de l'architecture militaire des croisés en Syrie et dans l'Ile de ChypreChapitre 19 sur 28 · COL OS SI · texte numérisé non relu

COL OS SI

Quoique n'ayant pu visiter la tour de Colossi, j'en dirai cependant quelques mots, grâce aux croquis et aux renseignements relatifs à cet

Fig. 58.

édifice, qu'ont bien voulu me communiquer mon ami M. le comte Melcliior de Vogué, M. Duthoit, et M. de Mas-Latrie.

Le Golos, nom moderne de cette tour, était le chef-lieu de la commanderie de l'Hôpital, dans le royaume de Chypre. Il s'élève à une heure de inarche de la mer, entre la ville de Limassol et le village grec d'Épiskopi, appelé, au temps de la domination latine, la Piscopie des Gorniers.

G'esl un carré de 21 mètres décote, sur une élévation de 80 pieds environ, hàli en moellons noyés dans le mortier, avec revêtement en pierres de taille de petit appareil. Les murs mesurent 3 mètres d'épaisseur et l'ensemble se compose de trois étages de salles. Celui du rez-de-chaussée, qui paraît avoir dû servir de cuisine et de magasin, est divisé en trois pièces. 11 est un peu en contre-bas du sol et ne reçoit de jour que par d'étroites ouvertures percées à une hauteur de 8 à 1 o pieds. 11 ne communique avec le dehors que par une poterne placée au-dessous de la porte principale de la tour, qui ici, comme à la tour des Salines décrite plus haut, s'ouvre dans l'étage du milieu, à une élévation assez grande au-dessus du sol. Une rampe se voit encore, amenant au niveau de cette porte, qui est ogivale et qui était jadis munie d'un pont-levis dont on retrouve les traces.

Une échauguette disposée dans le parapet de la terrasse défend cette entrée. Elle est portée par six consoles formées chacune de trois contre-lobes en retraite, et réunies par des arcades ogivales trilobées (fig. Txj). Ces mâchicoulis présentent une ressemblace frappante avec ceux qui se voient encore au château du roi René, à Tarascon1. L'étage dans lequel on pénètre est divisé en deux grandes salles voûtées en berceau ; celle de gauche est elle-même subdivisée par un mur de refend. Dans celle de droite s'ouvre une trappe qui permettait de descendre dans l'étage inférieur quand la poterne était fermée. Ces salles

1 Voir Viollet-le-Duc . Dictionnaire d'architecture, t. VI , p. 212.

DES CROISES EN SYlilK.

se trouvaienl éclairées par dos fenêtres percées dans les laces nord et ouest, sur lesquelles avaient été également disposées, à chaque étage, des latrines prises en encorbellement.

Un escalier à \is de trente-quatre marches dessert l'étage supérieur, qui semble avoir formé le logement du commandeur. Il comprend deux vastes salles de 16 mètres de long sur une largeur de 8. Le mur de refend qui les sépare est percé de deux portes ogivales.

Fig. 5().

\ ces murs sont adossées deux cheminées aux manteaux ornés d'élégantes arabesques dans le style du xve siècle.

Quatre fenêtres, à plein cintre surbaissé, sont pratiquées dans l'épaisseur du mur, qui n'est plus, en ce point, que de 2 mètres environ. Des bancs de pierre étaient ménagés dans chaque embrasure.

Au delà de cet étage, l'escalier continue et vient aboutir, sous un lanternon, à la terrasse qui couronne la tour. Elle mesure 20 mètres de côté, et au centre se voient les cheminées des deux salles de l'étage supérieur. Tout autour régne un parapet crénelé avec meurtrières

refendues dans l'axe de chaque merlon. A l'ouest de la terrasse s'om re, clans l'épaisseur «In mur, un conduit destine peut-être à amener les eaux pluviales dans une citerne aujourd'hui comblée, et qui existait autrefois au-dessous du rez-de-chaussée de la tour. La construction de

Fier. 60.

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cet édifice paraît, d'après son caractère architectural, devoir être attribuée au xvc siècle, et nous en avons une preuve manifeste dans l'ornementation de la façade orientale, qui est décorée de quatre écussons en oiarbre blanc incrustés dans une grande croix1. Au centre de ces emblèmes est l'écu royal des Lusignans, car les propriétés des Hospi-

Mas-Latrie, Annales des Missions scientifiques, I. I. p. 'n(').

taliers en Chypre étaient toujours subordonnées au souverain domaine du roi. L'écu écartelé de la croix de Jérusalem , du lion sur champ burelé des Lusignans, du lion d'Arménie et. du lion de Chypre , ne peut être antérieur à l'année io(j3, époque de la réunion des trois couronnes dans les armes de la maison royale de Chypre. Mais cette circonstance ne précise en rien l'âge de la tour, qui est probablement plus ancienne que les armoiries dont elle est encore aujourd'hui décorée. Le bras gauche, le bras droit et le croisillon inférieur de la grande croix figurée sur la façade, renferment d'autres écussons de plus petite dimension que l'écu royal. Le premier écu est écartelé, au premier ei au quatrième quartier, de la croix de Tordre de l'Hôpital, disposition qui indique toujours les armoiries d'un grand maître; au deuxième et au troisième d'une fasce, emblème héraldique d'Antoine Fluvian, élevé au magistère en i kiiT et de Jean de Lastie, nommé pour le remplacer a sa mort, en 1/187. k'autre ?cui écartelé comme le précédent, au premier et au quatrième canton, de la croix de l'ordre, appartient à Jacques de Milli, grand maître de i/(5/i à 16G1, dont il porte la llamme en chef des deuxième et troisième quartiers. J'ignore à quel dignitaire appartenait l'écu du croisillon vertical, dont les quatre cantons olfrenl une fleur de lis.

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