CHASTEL-BLANC
(SAFITA.)
Au sortir de Tripoli, le voyageur se rendant à Homs ou à Tortose aperçoit au loin vers le nord une haute tour : c'est le Bordj-Safita, qui domine fièrement les premiers contre-forts de la chaîne des Ansariés, dont une des collines a été choisie pour servir d'assiette à ce château.
Son identification avec le Chastel-Blanc, forteresse possédée par les Templiers et que nous trouvons plusieurs fois mentionnée, soit dans les historiens des croisades, soit dans l'ouvrage de Paoli, ne saurait être douteuse; car, outre la coïncidence de position géographique, il y a encore celle des noms, l'appellation française n'étant que la traduction du nom arabe. L'altitude du château est de 320 mètres environ au-dessus des deux vallées qui l'isolent au nord et au sud , tandis que des crêtes étroites et d'une élévation moindre le relient vers l'est et à 1 ouest aux collines les plus proches.
L'ensemble de la forteresse se compose de deux enceintes échelonnées sur les pentes de la montagne, et dans la seconde, formant réduit, s'élève la tour dont je viens de parler.
A une assez grande distance en avant des murs, des ouvrages avancés paraissent avoir été établis sur les crêtes étroites citées plus haut. De légers mouvements de terrain semblent encore désigner leur em-
placement; ils étaient destinés à opposer un premier obstacle à l'assaillanl cl paraissent ici s'être composés <l un fossé avec épaulemenl en terre, probablement garni jadis d'une palissade.
Vprès les avoir franchis, on traverse une vaste esplanade s'étendanl jusqu'aux fossés du château, et plantée de vieux oliviers disposés en quinconces, que je suis fort porté à considérer comme contemporains de l'occupation franque.
Le Chastel-Blanc , situé à égale distance de Tortose et du Kalaat-elllosn, fut appelé à jouer un rôle assez important dans le cours des dernières années de la domination chrétienne en Syrie.
Un village moderne qui s'est bâti sur les ruines de cette forteresse est aujourd'hui le chef-lieu d'un des districts les plus considérables de la province de Tripoli, et sa population se divise en parties à peu près égales de chrétiens, de musulmans el d \nsariés.
De Tripoli, il faut environ douze heures d'une marche rapide pour atteindre ce point.
La tour qui frappe d'abord les regards est l'ancien donjon du château, qui, comme je l'ai dit, couronne un sommet dont les pentes, s'abaissant brusquement au nord et au sud, couvrent suffisamment de ces deux côtés les abords de la place.
La première enceinte affecte la forme d'un polygone irrégulier. Sur tout son pourtour elle est revêtue à sa base d'un grand talus en maçonnerie, et flanquée de tours barlongues. Bien que dérasée dans une grande partie de sa hauteur primitive, je crois avoir reconnu à cerlains endroits des restes de contre-forts appliqués à l'escarpe et se perdant dans le talus : selon toute apparence, ce doivent, être les restes de mâchicoulis analogues à ceux qui se voient à l'un des ouvrages du Kalaat-el-llosn.
Deux tertres faits de main d'homme, restes d'ouvrages avancés,
on terre, se voient encore en (i et en 11 aux extrémités est et ouest du château, et ont même conservé un relief assez considérable.
La porte s'ouvrait en B à l'extrémité nord de cette partie du château. Elle était précédée d'un édifice aujourd'hui ruiné, nommé, par les Arabes, Kasr-bent-el-Melek, et dont les murailles ont, quant aux matériaux qui les composent, beaucoup d'analogie avec celles de Tortose. Les pièces qui existaient dans cette partie du château avaient des voûtes à nervures dont on voit des arrachements considérables au mur occidental, qui subsiste encore.
Cet ouvrage paraît avoir été ajouté postérieurement à la construction de la forteresse, dans le plan de laquelle il ne semble pas prévu, à en juger du moins par la position de la tour A, destinée primitivement à défendre l'entrée B', et qui se trouve de la sorte complètement annulée (pi. IX).
L'espace compris entre les deux murailles était rempli de grands magasins voûtés dont les restes disparaissent malheureusement aujourd'hui sous les maisons arabes du village moderne de Safita, qui rendent les recherches très-difticileset contrarient à chaque pas les observations archéologiques.
Ici, comme à Tortose, à Athlit et à Areymeh, on reconnaît facilement le système d'architecture militaire usité par les Templiers.
La deuxième enceinte, dans laojuellc on pénètre par la porte G placée sous le commandement du donjon, forme un terre-plein hexagonal avec citerne au centre. Une chemise D, aujourd'hui presque entièrement ruinée, précédait de ce côté la tour ainsi que l'entrée du réduit. Lue grande partie de la muraille et une des tours d'angle E se sont conservées jusqu'à nous. Le plan pentagonal sur lequel cette dernière est élevée paraît être un emprunt l'ait à l'art byzantin, car nous voyons des défenses semblables à celle-ci aux angles de In forteresse byzantine
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de Mares, possédée longtemps par les croisés. Celle tour renferme une salle percée de meurtrières. On \ entre |>;tr les bâtiments F adossés au rempart et dont les ruines se voient au pourtour du terreplein; ce (lurenl être des magasins et des logis.
C'esl donc à cheval sur le mur de la seconde enceinte et au point culminant du château que se dresse encore, telle que la virent les chevaliers du Temple, la tour du Ghastel-Blanc, tout à la fois chapelle r| donjon.
On reconnaît bien, dans l'étrange conception de ce monument, le génie de ces moines guerriers, si longtemps la terreur des musulmans. en même temps que l'admiration et la gloire de I Kurope chrétienne. qui jusque dans l'édification du sanctuaire ont su apporter Ions les moyens de défense qu'a pu leur suggérer fart de l'ingénieur militaire. De la soi'te, les premières lignes enlevées par l'assaillant, la lutte se trouvait transportée au pied de l'autel, dans le temple même de ce Dieu pour le triomphe duquel on combattait. Epargnée par le temps, la chapelle sert, actuellement d'église aux chrétiens grecs qui habitenl le village de Salila et est, demeurée sous le vocable de Saint-Michel.
Le plan de celle tour est un grand parallélogramme de 3i mètres de long sur îS de large. Wi claveau de la porte se voit une croix Heuronnée analogue à celle dont il existe encore des traces au-dessus de l'entrée du château de Tortose. Une citerne a été taillée dans le rocher sur lequel est élevé cet ouvrage. Son orifice est placé au niveau du pavé de la chapelle, qui occupe le rez-de-chaussée. Celle dernière présente dans ses dispositions intérieures une grande analogie avec celles de Margat et (\u Krak, dont nous retrouvons ici Ions les éléments. Le vaisseau que nous étudions est également formé d'une nef orientée à l'est i/A sud, voûtée en berceau, el mesure •>."> mètres de longueur dans œuvre sur iom,5ode large. L'abside semi-circulaire qui
la termine est égalemenl surélevée de deux marches, comme à Margat; à droite et à gauche, sont deux petites pièces éclairées par des archères. La hauteur des voûtes sous clef est de 17'VJo au-dessus du pavé. La nef est divisée en travées par des arcs doubleaux chanfreinés, retombant sur des pilastres. Au fond de l'abside, à une assez grande élévation, s'ouvre vers l'est une étroite fenêtre. Les ouvertures qui
Fig. •■<;
existent à droite et à gauche de l'édifice sont plutôt des meurtrières destinées à la défense que des fenêtres. La porte était munie à l'intérieur d'une barre à coulisse lui assurant une fermeture solide et lui permettant de résister longtemps aux efforts qu'auraient du faire les assaillants pour parvenir à l'enfoncer.
Un escalier ménagé dans l'épaisseur du mur méridional de la tour, et fermé jadis par une petite porte également renforcée de barres à