III
M0N1 MENTS DE L'ARCHITECTURE MILITAIRE coulisses cl de verrous, conduit à l;i grand'salle, qui forme l'étage supérieur de la tour1. C'est une vaste pièce mesurait! ■>.() mètres de long sur une largeur de 16 mètres dans œuvre. Comme disposition
Fig. 27.
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générale on reconnaîl ici, sur une plus petite échelle, le plan de la grand'salle dé Tortose.
J ;ii relevé, sur les pierres qui corn- marques de tâcherons que je crois devoù posent les murs de celte tour, plusieurs donner ici.
DES CROISÉS EN SYRIE. !)l
\u milieu, trois piliers supportent la voûte; ils sont rectangulaires H cantonnés sur chaque lace d'un pilastre correspondant à ceux qui. le long des murs, reçoivent la retombée des arcs doubleaux sur lesquels s'appuient des voûtes à arêtes vives. Une élégante moulure orne le sommet «le ces pilastres, et dans l'axe de chaque travée s'ouvre une archère.
Ici. comme à Tortose et dans les autres forteresses des chevaliers du Temple, les meurtrières se ressentent de l'influence orientale : elles n'ont presque pas de plongée et se rapprochent beaucoup de la meurtrière byzantine.
Au-dessus de la porte du rez-de-chaussée se voit un mâchicoulis s ouvrant dans les voûtes de la chapelle.
Dans l'angle sud-ouest est placé l'escalier conduisant au sommet de la tour que couronne une plate-forme dont le parapet est percé alternativement de meurtrières et de créneaux. La tête des nierions porte encore les encastrements des volets destinés à abriter les défenseurs. De ce point, qui domine le pays environnant, on pouvait aisément échanger des signaux avec les châteaux du Krak et d'Areymeh ou avec les tours de Toklé, de Zara, d'Aïn-el-Arab, etc. etc.
Néanmoins, à en juger par les aménagements intérieurs de ce donjon, il ne semble pas avoir été disposé de manière à soutenir un bien long siège; car, une fois retirés à l'étage supérieur, les assiégés se trouvaient entièrement privés d'eau. Il ne paraît pas non plus y avoir eu de four permettant de préparer les vivres que l'on pouvait avoir réunis dans ce réduit avec l'espoir de prolonger la résistance,
La date que nous devons assigner à la fondation du château de Safiia est un problème qui vient de lui-même se poser à la fin de cette étude. Malheureusement il nous est impossible d'en donner la solution, ne sachant rien de positif à ce sujet. Seulement nous lisons dans la
chronique d'Aboulféda qu'en îiliy Nour-ed-din se rendil maître de
cclh' place en même temps i|iic de celle d \re\meli. Il la démantela; mais il \ a lieu de penser qu'ici, excepté la chapelle, dont l'architecture semble devoir faire attribuer la construction an \n' siècle, il ne reste que bien peu de chose de l'œuvre première.
Les historiens musulmans el chrétiens nous apprennent qu'un effroyable tremblemenl de terre, survenu, d'après Vbd-el-Latif, au mois de schaban ^97, et, d'après Roberl d'Auxerre, le 20 mai 1202, renversa les murailles de Jibel-Akkar et de Ghastel-Blanc , et endommagea la plupart des forteresses voisines appartenant aux Francs. Seuls les murs de Tortose n'eurent point à en souffrir. Ce serait donc aux premières années du xiue siècle qu'il faudrait placer l'érection de ce qui subsiste encore du château.
Suivant l'usage des ordres militaires, des châtelains gouvernaient la forteresse; mais il ne nous est parvenu (pie le nom d'un seul de ces dignitaires : c'est celui de Richard de Hures, devenu depuis grand maître du Temple et que nous trouvons en l'année 1260, choisi avec frère Renaud de Clamcourt, châtelain de Tortose, afin de régler, de concert avec Hugues de Revel ', châtelain du Krak, représentant l'Hôpital, un différend relatif à la délimitation respective de certaines pos- H'x<ions des deux ordres.
Nous savons par les historiens arabes que ce l'ut en 1271. avant d'entreprendre le siège du krak. (pie le sultan Malek-ed-Daher-Bybars s'empara de Salila ainsi que des tours environnantes, et y lit sept cents prisonniers'-.
1 Cod. Dipl. I. I . n° 179, p. ■>■>'> Cont. il«' Guillaume de Tyr, I. \\\l\ . chap. \i\.
CHATEAl-PELERIIN.
( \THLIT.)
Durant la dernière période des croisades, c'est-à-dire pendant le xme siècle, Acre étant devenue la capitale du royaume latin, le théâtre de la guerre entre les Francs et les musulmans s'était trouvé transporté en Galilée.
La route qui reliait entre elles les diverses places maritimes demeurées au pouvoir des croisés suivait le littoral, et entre Césarée et Caïpha franchissait une crête de rochers, par une longue coupure laite de main d'homme. Ce passage dangereux, nommé le Détroit par les chroniqueurs, lut souvent témoin d'attaques dirigées par les musulmans contre les voyageurs et les convois chrétiens, et, pour mettre un terme à cet état de choses, les Templiers bâtirent une tour en ce lieu.
Non loin, un promontoire s'avançant dans la mer abritait un petit port naturel où l'on trouve de nos jours encore une assez grande profondeur d'eau.
Ce fut là qu'en 1-218 les chevaliers du Temple élevèrent une des forteresses les plus considérables possédées par cet ordre; ils la nommèrent Château-Pèlerin, et on en voit encore des ruines importantes. Par sa position, elle pouvait être tout à la fois un point de débarque-
!)'i \IO\l \IK\TS DE LARCHITECTl lî K MII.ITAIRK
ment et servir de base d'opérations contre un ennemi maître des montagnes <le la Galilée.
De Ions les châteaux dont nous nous sommes occupé dans le cours de cel ouvrage, il n'en est aucun dont les historiens contemporains nous aient laissé une description aussi exacte et qui nous permette aujourd hui de rétablir d'une manière certaine les parties qui ont malheureusement disparu à une époque récente.
Le passage suivant, extrait de Jacques de \ ilry. contient l'histoire de la fondation de celte forteresse, dont les ruines, qui frappent actuellement d'étonnement et d'admiration, peuvent à justre titre [tasser pour l'un des plus beaux restes de I époque des croisades, dont il subsiste tant et de si profondes traces en Orient.
-Les Templiers, aidés de Gauthier d'Avesnes, de quelques autres •pèlerins et des Hospitaliers de Tordre Tentonique, entreprirent alors ■de fortifier le château des Pèlerins, anciennement appelé îe Détroit, ce situé dans le diocèse de Gésarée, sur un promontoire \aste et large rr qui domine au-dessus de la mer, entouré de rochers qui lui font une ff fortification naturelle : telle est la position de ce lieu du côté du nord, •de l'occident et du midi. A l'est est une tour bâtie antérieurement •par les Templiers et qu'ils ont possédée en temps de guerre comme •en temps de paix. Cette tour fut construite autrefois pour résister aux rt brigands qui s'établissaient dans ce passage étroit pour tendre (\vs '•embûches aux pèlerins qui montaient à Jérusalem ou qui en descenxdaient. Telle tour, bâtie à une grande dislance de la mer, est appelée rr le Détroit a cause de l'étroite dimension de la route. A peu près pendant tout le temps qui fut employé pour construire et terminer en- -tièrement le fort de Gésarée, les Templiers s'occupèrent à creuser la • terre auprès (h; celle tour en face du promontoire; ils v travaillèrent cr sept semaines (le suite et arrivèrent enfin aux premières fondations.
a où ils découvrirent une muraille antique, longue et épaisse. Us y et trouvèrent uY l'argent en une monnaie inconnue aux modernes, el «cet argent tourna au profit des chevaliers, enfants de Dieu le Père, et et servit à les indemnise]' de leurs dépenses et de leurs fatigues. rr Ensuite, creusant en avant et levant le sable, ils trouvèrent une autre ••muraille moins longue, et dans l'espace qui séparait les deux murailles ils virent jaillir en abondance des sources d'eau douce. Le tt Seigneur leur fournit par ces travaux une grande quantité de pierre «et de ciment. On construisit en avant de la façade du château des •Pèlerins deux tours en pierres carrées, bien polies et d'une telle ce dimension que deux bœufs pouvaient à peine en traîne]" une seule rr dans un chai-. Chacune de ces tours a cent pieds de long et soixantetr quatorze pieds de large. Dans leur épaisseur elles contiennent deux « étages de salles voûtées; en hauteur, elles s'élèvent et dépassent le re niveau du promontoire. Entre les deux tours on a construit une haute -muraille garnie de remparts, et, par une habileté admirable, il y a rten dedans de la muraille des escaliers par où les chevaliers peuvent «monter tout armés. A peu de distance des tours, une autre muraille • s'étend d'un coté de la mer à l'autre et l'enferme dans son intérieur tf un puits d'eau vive. Le promontoire est enveloppé des deux cotés par •une muraille nouvellement construite qui s'élève jusqu'à la hauteur -des rochers. Entre la muraille du côté du midi et la mer sont des «puits ayant de l'eau douce en abondance et qui en fournissent au •château. Dans l'enceinte de ce même château on trouve un oratoire, " un palais et un grand nombre de maisons. r>
Mais il est temps de décrire les ruines encore debout de cette grande place de guerre.
A l'est, une enceinte A (fig. 28) s'étendait en avant, du château et couvrait environ la moitié du port. Les restes de cette première mu-
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raille sont malheureusement très -endommagés ; cependant j'ai pu ) reconnaître encore, il y a quelques années, les traces d'une porte et de plusieurs saillants.
Fig. 28.
I /espace quelle circonscrit est une grève de sable au milieu de laquelle affleurent de toutes parts des vestiges de constructions. Au
sommet du monticule B, qui se trouve à l'angle sud-est de cette bassecour, sont les débris d'une tour carrée analogue à celle de Toklé, et au pied du tertre une source d'eau douce est sans doute l'une des sources signalées par le texte de Jacques de Vitry.
Lorsqu'on visite les ruines, le voyageur qui a traversé cette baille rencontre en A (pi. X) un glacis en maçonnerie encore presque intact à son extrémité sud et précédant un large fossé aujourd'hui en grande partie comblé par le sable. Au fond se voient, vers le sud, deux sources d'eau douce que, comme la précédente, nous reconnaissons avoir été indiquées par le chroniqueur. En arrière de ce fossé B s'élève, dans toute la largeur de l'isthme , un mur C flanqué de trois saillants carrés , et c'est à l'extrémité sud de ce premier retranchement que dans un angle rentrant s'ouvre, tournée vers la mer, la porte du château. Ce rempart, construit en grandes pierres taillées à bossages, comme la forteresse de Tortose, est la ligne de défense mentionnée par le passage suivant de Jacques de Vitry : « Iterum murus paulo distans a turribus, rrextenditur ab uno latere maris ad aliud.n
C'est en arrière que se voient les restes des deux grandes tours. Elles étaient barlongues, reliées par une courtine et bâties en si gros blocs qu'un char attelé d'une paire de bœufs, dit l'historien, pouvait difficilement en transporter un seul. La tour du sud a entièrement disparu, et c'est à peine si ses fondements sont reconnaissables, car ils sont maintenant couverts de cabanes qui forment le village moderne d'Athlit. Les traces de la courtine se retrouvent, et elle a même conservé son revêtement presque entier dans la partie contiguë à la tour du nord, dont une face encore debout donne une grande idée de l'effet imposant que devait présenter cette construction lorsqu'elle était intacte. Jacques de Vitry n'a donc rien exagéré en parlant de la beauté des matériaux. Dans aucun des édifices élevés par les croisés durant
le temps «fit ils furent maîtres de la Palestine, je n'ai rien vu, si ce a'esl à Tortose, qui puisse être comparé à ces magnifiques pierres aux proportions colossales, taillées à bossages avec des joints dune régularité parfaite, cimentés avec de la chaux faite de coquilles. Jacques de Vitry nous dit que ces tours avaient deux étages de salles voûtées. L'intérieur de celle qui subsiste encore paraît avoir été occupé par une grand'salle, si nous en jugeons par les formerets encore adhérents aux murs et qui dessinent quatre arcs brisés dont les nervures reposaient sur des consoles gothiques aujourd'hui mutilées; deux représentent des têtes d'hommes et celle du milieu le triple chapiteau, à crochets, d'un faisceau de colonnettes. La base de cette tour était occupée par de vastes caves, qui durent être des magasins (pi. \1).
Les rochers du promontoire paraissent avoir complètement disparu sous un revêtement d'ouvrages de défense, et c'est sans doute ce que signifie le passage cité plus haut, cr le promontoire est enveloppé des rrdeux côtés par une muraille nouvellement construite qui s'élève jus- « qu'à la hauteur des rochers, n Au nord cette muraille, qui est assez bien conservée, présente deux saillants carrés; mais vers le sud il ne subsiste plus que les arasements des remparts. Cependant on voit encore en G un grand souterrain de 18 mètres de large : ce fut selon toute apparence un magasin d'approvisionnements, car il n'y a pas lieu de penser qu'il ait pu servir d'écurie, attendu qu'il semble n'avoir jamais été que faiblement éclairé. Les voûtes sont en arcs surbaissés. On voit aussi de ce coté, en 1), les restes d'une tourelle ronde. Près de là s'élevait l'église hexagonale décrite par Pocock et dont les débris gisent de toutes parts, projetés par l'explosion; toutefois ils suffisent pour démontrer que celte chapelle dut être l'un des beaux spécimens de l'architecture gothique en Orient.
Combien ne devons-nous pas regretter que cet édifice, encore intact
il \ a moins de trente ans, ait été détruit sans qu'on en ait même l'ait une étude! Nous aurions trouvé là, sur le sol où elles prirent naissance, une de ces chapelles semblables à celles qu'élevèrent alors en Occident les Templiers, ayant pour prototype la rotonde du Templum Damini, et qui, dans plusieurs villes de France telles que Laon et Metz, sont parvenues jusqu'à nos jours dans un état parfait de conservation.
A l'ouest on voit encore, à fleur d'eau, les enrochements de travaux maritimes formant un petit port dans lequel pouvaient mouiller les nefs qui venaient ravitailler la place. A droite et à gauche sont des magasins maintenant en grande partie ruinés.
Quant au palais et aux autres monuments mentionnés dans le texte de Jacques de Vitry, il n'en reste plus vestige, et les gourbis des Arabes habitants de ces ruines en couvrent l'emplacement.
En 1219, le sultan Malek-Mohadam, qui venait de détruire le château de Césarée, abandonné par les chrétiens, assiégea en vain le Château-Pèlerin, construit depuis moins d'un an. Les historiens arabes l'appellent aussi Ateleyet, origine probable de son nom d'Athlit.
En 1229, l'empereur Frédéric II, jugeant qu'il lui conviendrait pour en faire une de ses places d'armes en Terre Sainte, tenta de s'en emparer par surprise. Y étant entré, il signifia donc aux Templiers d'avoir à le lui remettre sans plus tarder; mais ceux-ci, loin de se laisser intimider par l'arrogance de cette injonction, coururent aux armes et fermèrent les portes de leur forteresse sur l'empereur, auquel ils déclarèrent que, s'il ne se désistait sur-le-champ de ses prétentions, ils le garderaient prisonnier. Frédéric, pour recouvrer sa liberté, fut contraint de céder et se retira plein de fureur contre les Templiers.
Albert Lenoir, Architecture monastique , Dictionnaire d'architecture, t. IX , p. 1 6 et t. I. p. 389 et suiv., et Viollet-le-Duc, suiv.
\lhlit et son territoire, composé de seize cantons, lurent compris dans la trêve conclue en l'année 1 a83 entre le grand maître du Temple et celui de l'Hôpital d'une part, et de l'autre le sultan Malek-Mansour et son fils Malek-Saleh-Ali.
Bientôt cette place devait tomber entre les mains des musulmans, et Makrizi nous apprend qu'elle fut prise par Malek- Ischraf-Salah-eddin-khaliil le ieï jour du mois de schaban de l'année Û61 de l'hégire.
La prise du Château-Pèlerin abattit les dernières espérances des chrétiens, pour qui la Syrie lut définitivement perdue dans le cours de cette même année 1 2 9 1 .
Dès que les musulmans possédèrent cette forteresse, ils s'empressèrent de la démanteler. Nous savons par les Assises de Jérusalem qu'il y avait au Château-Pèlerin cours de bourgeoisie et justice.
Athlit paraît être demeuré dans un état de conservation assez complet jusqu'à notre époque, et ce fut seulement au moment de l'occupation de la Syrie par les troupes égyptiennes qu'Ibrahini-Pacha, vers 1 838, fit miner cet édifice afin d'en tirer des matériaux pour la construction des ouvrages de défense qu'il faisait alors élever autour de Saint-Jean-d'Acre. Depuis ce temps Athlit n'a cessé d'être exploité comme une véritable carrière par les habitants des villages voisins, (pu vont en vendre les pierres à Jaffa, à Acre et même jusqu'à Beyrouth.