GÉNÉRALITÉS
LesCryptogamistesont divisé lesPhycomycètes , champignons algues, caractérisés par leur double mode de reproduction, conjugaison et conidie devenant sporange ou zoosporange, en plusieurs groupes, qui sont les Saprolégniées, les Chitridinées, les Péronosporées, les Myxomycètes et les Mucorinées.
Les Mucorinées se présentent ordinairement dans la nature sous la forme sporangiale; ce sont
des plantes qui portent à l’extrémité d’un filament dressé un ou plusieurs sporanges renfermant un nombre très variable de spores et séparés de leur support par une membrane plane, conique ou hémisphérique appelée columelle.
Dans des conditions spéciales pour chaque espèce, ces plantes présentent des phénomènes de conjugaison. Deux branches des mycélium de même valeur ou de valeur différente se réunissent pour donner naissance à une zygospore. M. Paul Bert obtient ces zygospores en présence d’un excès d’oxygène, M. Van Tieghem et M. Lemonnier dans une atmosphère appauvrie d’oxygène. M. Maxime Cornu en déterminant la sécheresse du substratum. Je les ai trouvées dans la nature, à Chaville, sur un agaric le Collybia fusipes.
En outre des sporanges et des zygospores, les Mucorinées présentent quelquefois deux autres modes de reproduction : les chlamydospores et les stylospores.
Les chlamydospores sont situées soit à l’intérieur des tubes myceliens, soit à l’intérieur des filaments qui portent le sporange comme dans le Mucor racemosus. Ce sont des condensations locales du protoplasma revêtues d’une membrane propre, lisse ou hérissée, et mises en liberté par la destruction des tubes où elles se sont formées.
Les stylospores sont plutôt des formes différentes des organes précédents. Ce sont des chia-
mydospores terminales, aériennes, pédicellées, à membrane épaisse et échinulée, qui peuvent se trouver, dans les Mortierella, par exemple, en môme temps que les chlamydospores ordinaires.
Après avoir donné quelques indications générales sur la manière d’être des Mucorinées, je me trouve naturellement amené à dire quelques mots de leur condition d’existence. Elles se développent comme la plupart des autres champignons aux dépens des matériaux fournis par les plantes et les animaux. Ce mode de nourriture diffère essentiellement de celui des autres plantes qui ont pour fonction de faire avec les éléments simples et les substances minérales puisées dans le sol et l’atmosphère, la synthèse des composés organiques; tandis que les Mucorinées aident les animaux à détruire ces substances en les transformant et en rendant au sol et à l’atmosphère les éléments qui avaient été empruntés. On peut donc dire dans le sens le plus étendu du mot que ce sont des parasites puisqu’elles ont besoin que d’autres êtres aient vécu avant elles pour pouvoir se développer. Mais le plus souvent on donne au parasitisme un sens tout différent; on dit qu’une plante est parasite lorsque sa vie est corrélative à la vie d’une autre plante, les deux existences étant liées l’une à l’autre. 11 se trouve beaucoup de Mucorinées qui se développent aux dépens des plantes vivantes. Le Sporodinia grandis se rencontre sur le Lepiota
procèra, le Spirïellus fusiger sur le Collyhin fusipc.s ; les Mucorinées elles-mêmes deviennent la proie des Piptocephalis, Chœtocladium, Mortierelln et Syncephalis; mais ce parasitisme n’est pas toujours absolu. Si on compose un milieu renfermant des substances chimiques convenables, on peut y faire développer quelques-unes de ces plantes et en obtenir la fructification. Toutefois elles n’obtiennent leur maximum de vigueur que lorsqu’elles vivent en parasites.
Pour préciser les substances sur lesquelles on peut les cultiver dans un laboratoire, on peut citer les noms suivants : le pain, les fruits, tels que les oranges, citrons, la gélatine, la viande, les corps gras, les insectes, tels que mouches, cochenilles, les solutions sucrées, la farine de lin, etc., etc. En un mot, elles vivent comme tous les animaux, de toute substance que peut digérer l’estomac ; mais de plus, elles se développent sur les produits qui résultent de la digestion des aliments, c’esbà-dire les excréments.
Puisque toutes les Mucorinées peuvent se culti' ver sur la même substance, leurs formes différentes ne sont donc pas dues à une question de milieu. Il m’est arrivé de voir le Pilobolus œdipus se développer sur des amandes douces à la suite d’autres Mucors, et presque toutes les plantes que je vous présente dans mes préparations ont été obtenues sur Jdu pain légèrement humecté
dYau sans jamais abandonner les caractères qui distinguent leur espèce.
Cependant il n’est peut-être pas dans la nature de plantes auxquelles on ait attribué un plus grand nombre de métamorphoses. Tour à tour on a prétendu que les Saccharomyces, le Penicilium , le Botrytis cinerea, les Aspergillus, etc., se transformaient en des Mucorinées ; puis que les différentes espèces pouvaient dériver de la même spore et n’étaient que des formes de la même plante. Les longues et patientes recherches de M. Van Tieghem ont fait justice de ces erreurs qui provenaient d’observations faites dans des conditions défectueuses. En effet, grâce à leur extrême petitesse, les germes d’un grand nombre de cryptogames circulent dans l’atmosphère, et lorsqu’on veut ensemencer un morceau de pain, par exemple, ces germes se déposent en même temps que les spores que l'on veut cultiver puis se développent quelquefois plus rapidement et envahissent exclusivement le champ d’expérience.
La seconde cause d’erreur consiste à employer des matériaux qu’il est souvent très difficile de débarrasser des germes qu’ils contiennent. On peut se rendre compte de cette difficulté en se rappelant que le Baccilus subtilis ferment butyrique, résiste à une température de 100°.
Pour remédier à ces inconvénients, M. Raulin et M. Van Tieghem se servent d’un liquide nu-
tritif dont ils détruisent les germes par l’ébullition. Lorsqu’ils veulent cultiver une spore, ils la placent dans une gouttelette de ce liquide sur une lamelle de verre mince. Cette lamelle est collée avec très peu d’huile sur une petite bague de verre fixée sur un porte-objet. On peut avec le microscope constater qu’il ne se trouve pas de spores étrangères et en même temps étudier les phénomènes de la germination et de la fructification. Dans ces conditions, une spore donnée reproduit toujours la plante dont elle dérive et le pire qu’il puisse arriver c’est que la spore ne germe pas ou qu’après germination elle ne reproduise pas d’appareils fructifères. C’est à l’aide de ce procédé que j’ai constaté la stabilité du genre et de l’espèce chez les Mucorinées dont je vais entreprendre la description.
MUCOR MUCEDO.
Linn. Sp. 1655. Boit. t. 132. f. 1. Bull, t, 480, f. 2.
Mich. t. 95, f. 1. Fres. t. 1, f. 1-12, etc,, etc.
be Mucor mucedo a été l’objet d’un grand nombre de travaux. L’étude des descriptions qui ont été publiées jusqu’ici fait découvrir que des caractères contradictoires lui ont été attribués ; on comprend que sous ce nom on a décrit des Mucors très différents les uns des autres. Il y a beaucoup de Mucors qui se ressemblent plus ou moins et qui poussent ensemble, ce qui explique les difficultés que l’on a rencontrées toutes les fois qu’on s’est occupé de cette plante.
Je me suis rallié aux idées de MM. Brefeld et Van Tieghem; et j’ai, adopté sous le nom de Mucor mucedo la plante nettement caractérisée que ces savants ont décrite.
Le Mucor mucedo est une grande espèce dont le support non ramifié peut atteindre de cinq à dix centimètres et plus. Le sporange qui le surmonte est d’abord jaunâtre puis légèrement brun ou grisâtre. Ce sporange, hérissé de fines aiguilles d’oxalate de chaux, est diffluent à la maturité et laisse échapper une masse considérable de spores engluées dans une substance gélatineuse très abondante. Les spores ont une longueur double de la largeur; leur forme est celle d’un cylindre arrondi aux deux extrémités. Elles sont variables,
leur mesure est environ 0 mm ,0066 à 0 mm ,0099 de long sur 0 ram ,0033 à 0 mil9 ,0040 de large d’après M. Brefeld ; les échantillons que j’ai examinés avaient quelquefois des dimensions plus grandes qui allaient jusqu’à 0 mm ,0168. Le support ne présente jamais de chlamydospores ; on ne trouve pas davantage de ces corps reproducteurs dans les filaments du mycélium ; mais on confond souvent cette plante avec le Mucor racemosus et divers autres qui les possèdent habituellement. De plus le Mucor mucedo ne se transforme pas en ferment sphérique et ne détermine pas la transformation du glucose en alcool. Cette plante est donc très-nettement caractérisée par ses organes de végétation et de reproduction ; de plus elle possède des zygospores de forme particulièrequiprécisent encore davantageson identité.
Lorsque les spores du Mucor mucedo se trouvent abondamment mêlées à la nourriture des chevaux durant les mois de mars et avril on trouve au milieu et à la surface du crottin frais, au bout de six à sept jours, une grande quantité de zygospores en même temps que des appareils sporangifères. Ces zygospores naissent d’un mycélium rampant particulier. Deux rameaux placés à faible distance produisent en regard l’un de l’autre deux petits renflements bientôt allongés en ampoule; souvent ces renflements naissent l’un au milieu, l’autre à l’extrémité d’un, filament du mycélium qui, en continuant à s’accroître, produit sur la convexité
de l’ampoule, qui est courbe seulement daDs ce cas particulier, un petit appendice ressemblant à une corne. Bientôt le développement augmente et les ampoules sans se recourber, si elles sont produites à la partie moyenne de deux branches, arrivent au contact par leur extrémité toujours de plus en plus gonflée de protoplasma. Dans chaque ampoule se forme une cloison qui sépare la substance sporigène ; puis les deux membranes accolées l’une à l’autre se résorbent. Les deux masses de protoplasma se mélangent et la membrane qui les enveloppe s’arrondit, puis se garnit à l’intérieur d’une seconde enveloppe épaisse et cartilagineuse tandis que la membrane extérieure, membrane des cellules conjuguées, prend une couleur noire. La zygospore est ainsi définitivement constituée. Souvent la coloration noire se produit avant -la maturité complète de la zygospore qui continue à s’accroître. C’est pour' cela que dans les échantillons que je vous présente, il se trouve des, zygospores de grosseurs différentes. Leur taille peut égaler jusqu’à un millimètre et plus.
Lorsqu’on enlève la membrane noire, la zygospore s’isole avec sa membrane propre tuberculeuse et transparente dont j’ai parlé tout à l’heure; elle renferme du protoplasma et des gouttelettes huileuses. Ces zygospores ont été découvertes par M. Van Tieghem qui en a obtenu la germination, puis par M. Brefeld.
MUCOR RA.CEMOSUS (Fries).
M. Gayon (Comptes-rendus, 7 janvier 1878).
Je n’entreprendrai pas de décrire toutes les espèces du genre Mucor. C’est un travail pour lequel je n’ai pas encore rassemblé une quantité suffisante de matériaux. Je tacherai seulement de décrire une seconde espèce afin de pouvoir parler des différents modes de reproduction qui se présentent dans la nature.
Le Mucon racemosus possède des filaments fructifères surmontés d’un sporange sphérique. Ces filaments sont moins développés que ceux du Mucor mucedo, mais en revanche ils donnent des ramifications, dont chaque extrémité est terminée par un sporange de diamètre variable souvent plus petit, quelquefois même très réduit. Ces sporanges sont recouverts d’une membrane lisse incrustée de fines granulations calcaires et à la maturité, il se produit une déhiscence par déchirement. Cette membrane n’est pasdiffluente. Les spores sont rondes ou à peine çvales variant entre 0 mm ,0063 et 0 mm ,0084. La columelie est ovale et ' insérée non sur le filament, mais sur le renflement sphérique dilaté brusquement sans qu’il se produise d’apophyse. Après la déhiscence il reste à la base de la columelie un petit anneau de la membrane du sporange qui se rabat en forme de collerette. Les rHmêaux qui naissent sur le filament
principal sont courts et plus ou moins droits, mais ne suivent aucune disposition régulière ou symétrique! Lorsque les spores sont mûres le protoplasma des filaments se remplit de granules. Il se produit des cloisons de distance en distance. La portion de protoplasma emprisonnée entre deux cloisons se condense, les granules grossissent en s’accolant les unes aux autres. La substance dans laquelle ils sont plongés se contracte et lés rassemble en une sphère qui s’entoure d’une membrane propre, lisse et épaisse. Tel est le second mode de reproduction. On appelle chlamydospore celte endospore qui se présente comme un gros noyau et ne devient libre que par la destruction du filament dans l’intérieur duquel elle est née. Tous les tubes se vident ainsi et deschlamydospores se produisent isolées les unes des autres ou réunies deux ou plusieurs ensemble. Ces chlamydospores peuvent se former jusque dans l'intérieur de la columelle. Quelquefois elles occupent tout le diamètre du filament, d’autres fois elles s’appliquent seulement contre une paroi. Ces mêmes chlamydospores se retrouvent encore dans le mycélium. Il peut s’en trouver même dans les filaments qui portent les suspenseurs de la zygospore et j’avoue que ces chlamydospores m’ont permis d’attribuer avec confiance au Mucor racemosus les zygosporès que j’ai rencontrées plusieurs fois dans les cultures de cette plante.
Dans un liquide sucré les spores du Mucor racemosus germent et déterminent la fermentation alcoolique. 11 se produit le ferment en boules constitué par des cellules globuleuses accolées les unes aux autres ou disposées en chapelets.
Le troisième mode de reproduction consiste en des zygospores qui ont une grande analogie avec celles qui se produisent dsns les filaments du Mucor mucedo. J’ai rencontré ce mode de reproduction sur du pain mouillé, sur du crottin de cheval et sur du plâtre imbibé d’une solution de glucose et toujours au moment où je m^ attendais le moins. Ces zygospores se forment à la surface du milieu nutritif et d’autres fois sur des filaments dressés. Le plus souvent c’est la petitesse de ces zygospores qui empêche de les apercevoir surtout lorsque le substratum est coloré, ou lorsque par hasard il s’est développé dans la culture quelques pieds de Rhizopus nigricans. Sur le pain et le plâtre sucré elles apparaissent comme de très petits points noirs dont le diamètre varie entre 0 mm ,073 et 0 mm ,084. Quelquefois elles se produisent les unes au-des* sus des autres nées sur les mêmes filaments. Au début ce sont deux ampoules nées sur la partie moyenne de filaments qui se développent parallèment. Les ampoules s’allongent l’une vers l’autre et se soudent. Le protoplasma qu’elles renferment se sépare de chaque côté par une cloison. Les deux membranes en contact se résorbent et on
obtient une zygospore exactement de la même façon que chez le Mucor mucedo. La zygospore présente également des aspérités mais la membrane externe au lieu d’être d’un noir intense présente une teinte jaunâtre sur laquelle tranchent les aspérités qui sont d’un brun rougeâtre.
EXPLICATION DE LA PLANCHE
1 à 5. — Alucor mucedo.