Columelle
PHYCOMYCES NITE1VS.
Kunze, pl. 20, flg. 2 et 1,7.
Le Phycomyces nitens a déjà été étudié un grand nombre de fois. Sa haute taille, ses filaments verts et brillants ont attiré l’attention des botanistes qui ont eu la bonne fortune de le rencontrer. Puisque je suis naturellement amené à le décrire à mon tour il ne paraîtra pas étonnant que je n’aie rien à dire de nouveau. Je me suis contenté de renouveler les expériences qui ont été faites avant moi.
Ayant remarqué quelques filaments de Mucors qui se distinguaient de tous les autres par leur éclat métallique, je pris le sporange qui les surmontait et fis une culture cellulaire dans une goutte de jus d’orange. Les spores ne tardèrent pas à germer et à donner un vigoureux mycélium dans lequel circulaient quelques gouttelettes jaunes. Au bout de deux jours je vis apparaître quelques tubes fructifères. Ces tubes étaient réunis plusieurs ensemble à leur base, comme du reste il est facile de le voir sur ces mêmes cultures cellulaires que j’ai transformées en préparations microscopiques. Les sporanges qui les surmontent sont plus ou moins rudimentaires. Chez quelquesuns on ne voit qu’une columelle très petite et quatre ou cinq spores rondes. Chez les autres la
colamelle a pris un plus ample développement, mais les spores ont conservé leur forme arrondie et sont beaucoup plus nombreuses. Quelques jours après il se produit un abondant mycélium aérien formé de longues branches ramifiées.
On trouve également dans le mycélium qui se développe au sein du liquide des ramifications formées de branches courtes terminées en pointe. De gros filaments prennent enfin naissance à la suite d’une branche mycelienne portant de nombreuses radicelles. Quelquefois ces radicelles donnent naissance à de nouveaux filaments dressés, d’autres fois elles se renflent encore, mais avortent subitement et produisent des protubérances en forme de poire ou de massue qui se prolongent en une radicelle. Le gros filament fructifère est légèrement renflé à sa base, puis diminue un peu de diamètre et se dresse jusqu’à une hauteur qui varie avec la richesse nutritive du substratum de dix à trente centimètres. Il est d’abord incolore et présente seulement des gouttelettes jaunes. J’ai cherché à me rendre compte de la composition de ces gouttelettes. Pour cela j’ai épuisé par l’éther une assez grande quantité de ces filaments. Bientôt la liqueur éthérée a dissous cette substance en se colorant en jaune. Par l’évaporation de l’éther il s’est déposé une poudre blanche jaunâtre, insoluble dans l’alcool. Si après avoir mis cette substance sur un papier, on vient à la
chauffer elle fond en produisant une tache résineuse transparente. La solution alcoolique évaporée donne à la fin naissance à des gouttelettes d’huile rougeâtre que je suis heureux de vous présenter. Cette huile n’existe qu’en très faible proportion et il m’a fallu épuiser une grande quantité de plantes pour en obtenir un gramme. La proportion de résine est encore beaucoup plus faible. L’huile rougeâtre se fige à la température ordinaire, sa consistance est celle du beurre (on dirait du beurre de muscade). L’odeur est forte et agréable. La chaleur de la main suffit à la liquéfier. Les filaments fructifères, d’abord incolores, renferment ces substances surtout vers leur sommet; puis ils se colorent de bas en haut et prennent une teinte vert sombre, puis vert bronzé et quelquefois brune. Lorsque ces tubes se dessèchent ils deviennent plats et brillants, c’est pour cela que M. Agardh, en 1823, ayant trouvé cette plante en Finlande l’avait prise pour une algue et l’avait appelée Ulva nitens.
Lorsque la tige s’est allongée suffisamment il se produit à son extrémité pointue une très petite sphère qui augmente peu à peu de volume et se colore par le protoplasma jaune qu’elle renferme.
La columelle se forme et prend l’aspect d’une poire renversée c’est-à-dire qu’il y a un étranglement à la partie moyenne, au-dessus se trouve un
hémisphère beaucoup plus développé que celui du dessous. Quelquefois la columelle est simplement ovale, dans tous les cas elle est de grande dimension.
M. Carnoy a longtemps étudié cette plante, je n’entreprendrai point de citer ici les longs développements anatomiques et physiologiques dans lesquels il est entré. J’indiquerai seulement ici que croyant à avoir faire à une espèce nouvelle, il l’avait appelée Mixcor romanus.
Au-dessus de la columelle le protaplasma s’organise, il se produit des noyaux qui se transforment en spores de la forme d’un ovale ou d’un ellypsoïde allongé variant en longueur 0 mra ,012 à 0 mm ,8168 sur 0 mm ,0063 à 0 mm ,0084 de large et possédant un double contour. Leur couleur est d’un beau jaune d’or. Elles ne conservent que peu temps leur faculté germinative.
La membrane du sporange reste longtemps incolore et laisse apercevoir la masse des spores, puis elle prend une coloration sombre, brune qui devient noirâtre et dans quelques cas la teinte devient blanc grisâtre avec un aspect porcelané.
Le filament fructifère en général ne se ramifie pas, mais lorsqu’on cultive 1 ePhycomyces dans des vases où il ne peut prendre son entier développement, il se produit souvent au-dessous du sporange terminal et après sa maturité une ou deux ramifications en regard l’une de l’autre faisant un
angle aigu avec la lige principale. Ces ramifications se terminent de même par un sporange.
Lorsque la plante a pu se développer avec vigueur à l’abri des parasites soit végétaux, soit animaux, il se produit à la base des tubes fructifères sur les filaments myceliens dont j’ai déjà parlé, le second appareil de reproduction, les zygospores.
J’ai pu obtenir ces zygospores à plusieurs reprises sur du crottin de cheval mêlé de farine de lin et sur du crottin de cheval imbibé d’huile. Mais j’avoue que souvent mes expériences n’ont pas donné le résultat que j’attendais. Quoi qu’il en soit lorsque les zygospores se produisent elles viennent en grand nombre et il est facile de suivre leur mode de développement d’autant mieux qu’elles naissent à la surface du substratum.
On voit que deux filaments myceliens s’engrènent l’un sur l’autre sur une assez grande longueur, par des sortes de bosselures, puis leurs extrémités décrivent une courbe en augmentant peu à peu de diamètre, enfin leurs sommets renflés en forme de grosses ampoules arrivent au contact et se soudent. Dans chaque branche se produit une cloison qui sépare le protoplasma. Les deux membranes des ampoules se résorbent au point de contact et constituent d’abord une masse plus longue que large conservant une légère dépression au milieu, au niveau des mem-
branes résorbées. A ce moment sur les ampoules se développent des appendices sortes de tubes ramifiés irrégulièrement et dont les rameaux sont ordinairement de plus en plus courts et atrophiés. Ces ramifications naissent par dichotomie successive, mais on ne peut pas toujours le constater. Les ampoules se (garnissent souvent l’une après l’autre et plutôt à leur sommet qu’à la partie inférieure. Cependant on trouve de nombreuses exceptions.
La zygospore ne tarde pas à se renfler dans sa partie moyenne et prend la forme d’une sphère. Sa membrane externe continue à noircir en même temps que les appendices qui se trouvent sur les ampoules et bientôt elle acquiert son volume et sa forme définitive, elle s’entoure d’une membrane incolore et cartilagineuse, au-dessous de la membrane primitive des cellules conjuguées qui est noire et les appendices des ampoules forment autour d’elle une sorte de buisson épineux, qui servent peut-être en la maintenant au-dessus du substratum à permettre à la dessication d’être plus rapide. La germination de ces zygospores n’a pas encore été observée, il est probable qu’elle s’effectue comme pour les autres genres de Mucors en produisant directement un filament surmonté d’un sporange.
Telle est en peu de mots l’histoire biologique du Phycomyces nitens que j’ai pu suivre pas à pus.
Avant moi, M. Van Tieghem' s’est occupé de cette plante et s’est appesanti sur la germination en cellule et sur les divers modes de reproduction que j’ai signalés. Avant lui 1 e Phycomyces n’avait été encore constaté qu’en deux endroits de la France, à Toulouse, par MM. Joly et Clos sur un torchon ayant servi à essuyer les diverses roues d’une machine hydraulique, puis ces années dernières parM. Roumeguère qui en a distribué des échantillons dans son herbier mycologique et en Bretagne par M. Crouan dans une fabrique de chandelle. A l’étranger on l’a trouvé plusieurs fois. En Angleterre, M. Berkeley reconnut que c’était un Mucor. En Saxe, en 1823, M. Kunze l’a rencontré aux environs de Leipsick et de Dresde, lui a donné le nom qu’il porte, mais l’a pris pour un Aspergillus. M. Agardh, en Finlande, l’a trouvé sur les murs d’un moulin à huile et crut que c’était une algue. Enfin à Rome, M. Carnoy n’ayant pas reconnu le Phycomyces nitens de Kunze l’a décrit avec détail sous le nom de Mucor
romanus.