‹ Étude sur les mystères au moyen âgeChapitre 15 sur 35 · Paulin Paris, Leçon au Collège de France, du 7 mai i · texte numérisé non relu

Paulin Paris, Leçon au Collège de France, du 7 mai i

4. Mone, Schauspiele des Mittelalters. Karlsruhe, 1846; Karl Hase (Dos geistliche SchaiLspielf p. 35) a discuté sa théorie.

France, les Mystères allemands n'en eurent pas moins une importance considérable. En 1498, entre autres exemples^ à Francfort, deux cent soixante-cinq personnages parurent sur la scène ; en 1514, dans la même ville il n*y a pas moins de six cents personnages, et au siècle suivant un Mystère joué à Lucerne compte encore trois cents personnages*. Au xv** siècle les corporations s'adonnaient surtout au théâtre. Au xvi® siècle, les bouchers, à Fribourg-en-Brisgau, jouaient tous les sept ans la Passion, comme les habitants d'Oberammergau la jouent actuellement tous les dix ans.

Concluons donc, qu'en Allemagne, le théâtre liturgique possède une mise en scène identique à celle qu'il a en France et que, dans les deux pays, les errements sont les mêmes.

La plantation du décor et la machinerie,

La plupart du temps, les monuments ne sont pas reproduits à leur grandeur exacte, c'eût été impossible : dans la miniature du Mystère de Valenciennes, une muraille percée d'une porte, entre deux colonnes, représente Nazareth ; un pavillon à colonnes entouré d'une balustrade, avec un autel, sur lequel est l'arche d'alliance, figure le temple de Jérusalem. Les villes sont indiquées par un ou deux monuments réduits, tels que nous les représentent les miniaturistes dans les manuscrits des xiv® et

1. Cette multitude d'acleurs, comme aussi l'affluence des spectateurs et ia longue durée des pièces, donnèrent naissance en Allemagne à des habitudes d'intempérance et d*ivrognerie caractéristiques. « Comme les représentations duraient de nombreux jours, quelquefois même de nombreuses semaines, naturellement, ni le public ni les acteurs ne pouvaient rester aussi longtemps le gosier sec. Il fallait festiner, et avant tout, suivant la louable habitude allemande, il fallait boire quelque chose et quelque chose de réconfortant; aussi des repas, des banquets, des bacchanales venaient-ils s'ajouter aux représentations liturgiques. Et plus d'une fois nous savons que la pièce n'a pu être jouée jusqu'au bout parce que le saint Abraham sVsl cassé le cou, étant ivre, ou bien parce que Chérubin et Séraphin se sont battus et mis la figure en sang... »

Prutz, Vorlesungen ûber die Geschichte desdeutschen Theaters* Berlin, 1847, p. i8.

26 IIEVDE ARCHÉOLOGIQUE

XV® siècles ; un bassin carré avec un bateau doit donner l'illusion de la mer*. Une partie de ces mansions se ferme avec un rideau, derrière lequel se représentait la naissance ou la mort de la Vierge : on levait le rideau et Ton apercevait une femme étendue dans un lit. Le rideau jouait aussi un grand rôle pour les pièces oii l'action se transportait de lieux publics, comme y une place ou une rue, dans un intérieur. Alors des mansions, fermées par des tentures, tenaient lieu, au fond de la scène de rintérieur, des maisons bordant la place ou la rue. Tant que l'action se déroulait sur la place, les rideaux restaient fermés; mais si elle se passait dans l'intérieur, on tirait les rideaux et les acleurs, entrant dans la mansion, y continuaient leur jeu. On V peut voir en détail ces procédés de mise en scène dans les gravures du « Térence » de Trechsel*. En dehors de ces jeux, les rideaux servaient à cacher les personnages qui, dans la pièce, avaient un rôle que le public ne devait pas voir : ils se retiraient alors derrière, mais cette sortie de scène n'existait que par extraordinaire ; car, lorsque les acteurs n'avaient plus à figurer dans la pièce, ils se tenaient sur les bas côtés de reslrade,oubien dans l'auditoire, à une place reliée à l'échafaud par un praticable.

L'Enfer, quelle que soit sa place sur l'échafaud, est toujours, croyons-nous, figuré par une gueule de dragon, qui s'ouvre et se referme; cette représentation de l'Enfer paraît même dater du XII® ou du commencement du xin« siècle ; les diables y entrent et en sortent continuellement. Il existe dans les pièces provenant des Menus Plaisirs, un dessin de gueule d'Enfer, postérieur à l'époque des Mystères, et la représentant telle qu'elle était au XV® siècle ^ Ce dessin la reproduit sous pllisieurs aspects, de face et de côté ; il donile le détail descriptif de son mécanisme et l'explique clairement de la façon suivante : la gueule, de grandeur

Page 1