Lyon, 1493, passim
3. Ce dessin avec le recueil qui le contient provient de Papillon de la Ferlé; il est aujourd'hui dans Ja collection James de Rothschild et nous tenons à remercier particulièrement M. Picot qui nous Ta montré et qui a bien voulu mettre à notre disposition les documents déjA réunis par lui sur l'histoire du théâtre.
d'homme, doit être en étoffe ou en cuir peint de la couleur que Ton donne au dragon ou autres animaux; aux extrémités de la bouche, sont fixées des armatures en bois ou en fer, en forme de de demi-cercle. Ces demi-cercles, tous réunis par un écrou aux deux extrémités de la bouche, s'écartent à volonté dans leur partie supérieure ; recouverts de la toile qui représente la tête du dragon, ils ressemblent à une capote de cabriolet s'ouvrant et se refermant à volonté. Sur le milieu et au devant de la capote est simulé un museau, tandis que deux gros yeux sortent de chaque côté. Comme le mécanisme joue facilement pour l'entrée et la sortie, les diables peuvent, sans difficultés, soulever et rabaisser la capote, et pénétrer rapidement de la scène dans le réduit qui simule TEnferetréciproquement.Lagueuled'Eufer restaen usage fort longtemps dans les représentations de théâtre puisque dans la représentation du ballet la P orna (ïoro qui eut lieu à Vienne en 4468 devant l'empereur d'Allemagne, le théâtre représentait une gueule énorme de dragon dont la bouche ouverte laissait apercevoir au fond de son palais une ville en flammes peinte en Irompe-rœil sur la toile de fond.
En Allemagne, la mise en scène paraît être moins soignée qu'en France. L'Enfer était figuré quelquefois par un grand tonneau d'où le diable sortait et dans lequel il rentrait sans cesse. Pour simuler la montagne de la Tentation, on se servait également quelquefois d'un tonneau identique, placé dans le sons de la hauteur *.
En France^ Tart du machiniste était assez développé, quoiqu'il n'y eut point de changements de décor à vue. Outre la gueule de l'Enfer qui s'ouvrait et se refermait continuellement, il y avait des appareils mécaniques fort perfectionnés.
Les machines au moyens desquelles s'opéraient les vols, et que Ton appelait « voleries » ou « vouUeries » jouaient un rôle fort important dans les Myslères. Souventdes personnages s'élevaient de la scène et disparaissaient dans les nuages ; des anges descen-
1. Voir Karl Hase, Dos geistliche Schauspiel, Leipzig, 1858, p. 37.
daient du ciel sur la terre, ou y remontaient. Des bateaux ou des chars naviguaient ou circulaient sur la scène, des bâtiments s y écroulaient quelquefois avec fracas. Il y avait de grands jeux de trappes pour les substitutions de personnages.
Toutes ces machines, déjà inventées au xv* siècle, devaient faire le bonheur de nos pères durant trois cents ans ; sous le règne de Louis XIV elles forment encore, au théâtre, presque le principal attrait pour la ville et la cour.
Le bois servait exclusivement à la construction du théâtre* et des « mansions » : « Le Paradis terrestre, dit Tauteur du Mystère de la Résurrection^ doit estre faict de papier, au dedans duquel doit avoir branches d'arbres, les uns fleuris, les autres chargés de fruictz de plusieurs espèces, comme cerises, poires, pommes, figues, raisins et telles choses artificiellement faictes, et d'autres branches vertes de beau may, et des rosiers, dont les roses et les fleurs doivent excéder la hauteur des carneaux (créneaux) et doivent estre de fraiz coupez et mis en vaisseaux pleins d'eau pour les tenir plus freschement'*. »
En général, le papier peint, les étofl'es, le carton et tout ce qui constitue aujourd'hui Tindustrie du tapissier servaient à la décoration des échafauds. Quelquefois les fleurs étaient « au naturel »; dans le Mijstère du Vieil Testament^ « on doit montrer un j beau Paradis le mieux faict qu'il sera possible, bien garni de toutes
fleurs, arbres et fruits les plus beaux, selon la saison qu'il sera possible ». Pour figurer le ciel, on tend un vaste rideau bleu au
1. Petit de Julleville, Les Mystères, déjà cité, 1. 1, p. 402, et E. Morice, Essai sur la mise en scène, déjà cité, p. 57.
2. Ulysse Clievalier, Mystères des trois Boms joué à Romansen 1509. Romans, 1887, in-8°, p. 18. La représentation n'avait point été négligée par les commissaires. Dès le 30 décembre 1508, un marché passé avec trois chappuis (charpentiers) de Romans, Jean Lambert dit Caffîet, Jean Roux et Pierre Pérat, obligeait ces derniers à construire les échafauds et la plate-forme pour le Mystère des trois Martyrs, ainsi que les châteaux, villes, tours, tourelles, paradis, enfer; à fournir les grosses pièces pour les piliers des tentes et généralement tous les ouvrages en bois concernant les feintes ou décorations moyennant le prix de 412 florins, « d'après les préceptes du Conseil de ville de Romans. »