‹ Étude sur les mystères au moyen âgeChapitre 23 sur 35 · Raub en allemand · texte numérisé non relu

Raub en allemand

3. Noufl remercions bien vivement M. Vimonl, bibliothécaire de la ville, qui nous a communiqué ce texte si curieux.

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A Rouen, un bourgeois nommé Lechevallier, veut surpasser ses camarades ; il remplit le rôle de Pilate et demande à un peintre de lui faire un trône splendide pour siéger devant le public; celui-ci répond amplement aux vœux de son client. Durant la représentation, Lèche valier put se croire un véritable souverain, tant ses vêtements et sa chaire étaient splendides. Mais après il fallut en rabattre, car le peintre réclama 30 livres pour son œuvre, et 30 livres étaient 1,000 francs de notre monnaie : d*abordl contrarié, Pilate devint ensuite furieux et refusa de payer; le Parlement dut rendre, le 14 mai 1503, un arrêt le condamnant à acquitter ladite somme au peintre*.

On trouve aussi dans le dialogue la preuve du luxe général de ces fêtes.

Dans la Passion par exemple, la Madeleine se platt à énumérer tous les avantages de sa beauté, à vanter son luxe, la richesse de son vêtement, de sa parure, de son train de vie*. Elle demande du baume égyptien, et quand on lui en présente, elle en veut davantage « bien que ce soit très cher ». Elle se fait donner des boites de précieux parfums, elle désire des tapis, des pierreries et des fleurs, en un mot toutes les satisfactions de la richesse. Elle se livre devant son miroir à des « amignonnemenls » sans fin; elle demande des « oignements » pour tenir sa peau belle et fraîche. Qu'on ne l'oublie pas, ce sont des jeunes gens costumés en femmes qui figurent ainsi Marie-Madeleine ou autres mondaines de la scène'.

Pour faire contraste avec le luxe de la Madeleine ou d'autres

1. Gosselin, Histoire du théâtre à Rouen avant Pierre Corneille, Rouen, Cagniard, 1868, in-8», p. 4.

2. Voir l'abbé Anis, Les Mystères représentés à Laval de 1493 à 1538 (Laval, 1887, in-8°), p . 8 : u même avec un rôle secondaire, on était heureux de paraître avec éclat. Beaucoup se faisaient fête de porter, au moins une fois, un habit de soie ou d'empereur. A Laval, dit le doyen, on vit dans le Mystère de Sainte-Barbe, cent joueurs habillés de soie et de velours à pleine voie.

3. Olivier de la Marche, dans son livre du Parement des Dames, nous faisant la description de l'accoutrement dont il voudrait voir orner la dame de ses pensées, décrit rhabillement que portaient dans les grands Mystères du xv^ siècle les femmes qui y assistaient, ou même les jeunes gens « vaniteux de leur beauté » qui, jouant des rôles de femmes, en portaient les vétemeots.

tfUBK SUR tes MTSTËRE8 AU MOYEN AGE ^7

femmes, nous terminerons l'étude du costume par celui des diables. Le diable était l'acteur populaire par excellence. « On saluait avec joie l'être familier qui avait une place si importante dans les histoires du coin du feu, que tout le monde croyait pouvoir rencontrer un soir,sur sa route, ennemi populaire du genre humain, k qui est échu, dans la lég'ende, le r6le du loup dans la fable, être méchant et risible auquel on tâchera de jouer le plus de bons tours qu'on pourra. Des qu'il paraissait dans son grotesque accoutrement, tous les yeux se reportaient sur lui : ses contorsions et ses hurlements auraient suffi à faire trouver la pièce intéressante : ou était trop heureux de pouvoir rire un jour de qui nous faisait peur'. Les diables qui avaient un rôle si important étaient moins luxueux; mais leur accoutrement faisait les frais de l'imagination du costumier. Rabelais décrit ainsi leur costume dans la Passion que Villon fit jouer à Saînl-Maixent : « lis étoient tous capparassonez de peaulx de loupz, de veaulx et de béliers, passementées de testes de moutons, de cornes de bœuf et de grands havelz de cuisine ceincts de grosses courroyes, esquelles pendaient grosses cymbales de vaches et sonnettes de muletz, à bruict horrifique. Tenoyent en main aulcuns basions noirs pleins de fusées; aultres pourtoyent longs tizons allumez, sur lesquelz à chascun carrefour jectoicnt plaines poingnéesde parasine [pois résine) en pouldre, dont sortoyt feu et fumée'. » Il nous parait cependant que les diables avaient pris un costume qui, tout en variant quelquefois, s'était généralisé; ils portaient un maillot noir souvent à longs poils et une coiffure à oreilles de chien tombantes que rehaussaient des cornes de houc^ Pour se rendre plus horribles, ils se barbouillaient d'ordinaire les mains et la figure de cirage ou d'autres enduits noir&tres el les entrepreneurs de Mystères ou les municipalités devaient payer aux établissements de bains les frais nécessités par leur nettoyage *.

i. Juaserand, Le TMdtre en Angleterre, Leroux, 1881, p. 50.

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