Charles Louandre, Histoire (TAbbeville, 2 t., p
Les fous et les sots ont à peu près le mênie costume : des maillots gris, noirs, verts avec un bonnet à oreilles de chiens et à crête, tels que ceux des fous de nos rois et comme on représente généralement Triboulet dans les tableaux d'histoire.
Dans le Mystère du Vieil Testament, Satan qui vient tenter Eve « doit être en manière de serpent avec le visage d'une pucelle ». Évidemment on se servait de masques, puisque les hommes jouaient les rôles de femmes.
Lorsqu'on veut exécuter des « feintes » c'est-à-dire des animaux, des géants ou toute autre figuration fabriquée, pour les rendre plus « au vif », on charge un sculpteur d'en faire le modèle au moyen d'une statue en pierre ; on la copie ensuite en carton, en papier ou en baudruche, et l'on colore après. C'est aux peintres ou quelquefois aux tailleurs qu'était confiée l'exécution de ce travail ; ils collaient les poils, les cheveux, la barbe et tous les appendices nécessaires ^
Les décors étaient conçus suivant le même principe que les costumes ; si l'on représentait la prise de Troie, on simulait un combat du xv® siècle; les murailles étaient crénelées, avec des tourelles et on y faisait brèche à coups de canon. Dans le Mystère du siège d^ Orléans, plusieurs combats, assauts et prises de villes avaient lieu en public.
La mise en scène fut aussi réaliste que les dialogues, dans le
1. Mémoires de la Commission des antiquités de la Côte-d'or ^ t. II, p. 245, article de M. Gouvenain, archiviste du département : « au tailleur d'ymages Antoine, 16 gros pour avoir fait de pierre le patron et mole de la teste du
lion » ; p. 243 : « deux grants statues d*un géant appelé Golius avec trois
testes servant esdistes statures. »
De Girardot, Les Artistes de BourgeSy Paris, 1861, in-8o, p. 40 : « A Paule Tymagier pour le patron en pierre du don fait au roi, 2 escus. »
Nous trouvons aussi dans les Archives de la ville de Troyes (Registre cote B . 117) les renseignements suivants à propos de l'entrée de ia reine Éléonore, le 31 janvier 1534, dans la capitale.
« A Yvon Bachot, tailleur d'images, qui a taillé « le dauphin en boys ».
u A Jehan Evrard, tonnelier, pour dix-huit grands cercles et trente petis avec Tozière pour faire ung oiseau à troys testes ettroys piedz.
a A Nicolas Haslin, dict le Flament, tailleur d'ymaiges, lequel a taillé la salemande et faire la queue d'icelle que à tailler un bras armey estant en une nuée pour soubztenir le pavillon de reschaffault de la Royne. »
ËTtIDB SUR Lia MrSTÈHES AL' MOYEN AGE 39
Mystère des Actes des Apôtres. Judas en chemise, accompagDé de deux diables, y monte sur un escabeau et se passe autour du cou une corde que l'un des diables lui tend, puis il l'attache à la branche d'un arbre avec l'aide des deus. diables, et poussant l'escabeau , reste pendu. Alors ouvrant sa chemise, il laisse voir les entrailles d'un animal qu'il avait eu soin préalablement d'attacher sur son ventre, et le scénario porte ces mots : « Icy crève Judas par le ventre et les tripes saillent dehors. »
Ce rôle de Judas devenait quelquefois dangereux et l'on cite plusieurs prêtres qui, en le jouant, furent privés de respiration et ne purent revenir à la vie qu'aprôs d'énergiques frictions'.
Le rôle de Jésus-Christ n'était pas moins dangereux : outre sa position sur la croix qu'il devait garder durant le débit d'uu millier de vers, il était aussi maintenu en l'air lors de la Transfiguration, et cela pendant qu'on récitait cent vingt-huit vers- On comprend que peu de personnes se dévouaient à pareil supplice. Dans la scène de la flagellation, les bourreaux détaillent les parties du corps de Jésus-Christ, et l'un d'eux dit : « Il a le dos à l'avantaige pour recevoir gros horions. » Alors pleuvent les coups et l'on simule force plaies et force sang répandu. La décollation d'un martyr a toujours lieu sur la scène ; la tète est « feinte » et tombe à terre sous le coup de hache du bourreau.
Au moment où le martyr meurt, on voit l'&me du défunt s'envoler; c'est un oiseau qui, tenu attaché, est mis en liberté et s'envole, ou bien c'est une marionnette maintenue en haut par une ficelle que l'on tire du Paradis'.
Les marionnettes jnuent dans certains spectacles un rôle prédominant. Dans les Mitouries de Dieppe, par exemple, célébrées