Petit de JuilevUie, t. II, p
tait en Allemagne, où les rôles de femmes étaient joués par de jeune,8 hommes ou des petits garçons couverts de masques*.
Il importe de signaler que les prêtres et les laïques jouaient indifféremment les rôles de femmes. Ce fut seulement en 1468, à Metz, dans le Mystère de Saint e^Catherine^ que les femmes parurent pour la première fois sur la scène. Les Chroniques de Metz * nous racontent que « le personnaige de sainte Catherine étoit porté par une joune fillette aigée de environ dix huict ans laquelle esloit fille à Dédiet le vairier et fist merveilleusement bien son debvoir au gré et plaisir d'ung chascun »,
Il a été généralement admis que les femmes n'avaient paru qu'exceptionnellement sur la scène des Mystères parlés, et, toutefois, jamais avant la deuxième moitié du xv* siècle, tandis qu'on les^avait vues figurer dans toutes les représentations mimées.
Nous croyons cette opinion trop absolue; les femmes devaient jouer, dans les Mystères de Tun et l'autre genre, les rôles que leur constitution, plus faible que celle des hommes, pouvait supporter', tandis que le rôle de la Mère de Dieu, dans le Mystère de la PassioTiy ne pouvait être joué que par un homme, en raison de la fatigue considérable qu'il occasionnait. Telle est une des ^aisonsde l'apparition plus fréquente desfemmes dans les théâtres à tableaux vivants que dans les Mystères à interminables récitations*.
1. Karl Hase, Das geistliche Schauspiel, Leipzig, 1858, p. 39.
2. Huguenin, Chroniques de Metz; Jacomin Husson, édit. Michelant, p. 103; Journal dAubriou, édit. Larchey, p. 29, et Petit de Julleville, passim, t. II, p. 32.
3. M. Boyer, archiviste du département du Cher, auquel nous sommes redevable d'un grand nombre de renseignements, nous a communiqué Tacte d'engagement d'une actrice à Bourc^es en 1545, engagement qu'il a, du reste, publié dans les Mémoires de la Société historique du Cher de 1888 et dont nous aurons l'occasion de parler plus loin. Cette pièce vient encore confirmer notre raisonnement.
A, Nous devons à M. Tabbé Battifol, membre de la Société des Antiquaires de France, la note suivante relative à l'interdiction faite aux femmes d'élever la voix en public:
« Cette interdiction est mentionnée pour la première fois par saint Paul (î Cor., XII, 34) : « mulieres in ecciesiis taceantj non enim eis permittitur loqui » ; (Epist. ad Timotheurriy ii, 11) : « Muliercum silenlio discat in omni subjectione. »
u A l'origine, cela signifiait seulement que les femmes ne devaient point
Nous verrons qu'au xvi« et au xvn* siècle une autre raison éloignait les femmes de la scène : l'inconvenance des pièces. Quelque crues qu'aient été certaines parties des Mystères du moyen âge, leur impudicité ne choquait pas outre mesure, puisque Tauditoire se composait indifféremment d'hommes et de femmes. Au contraire, au commencement du xvn* siècle, les femmes n'assistaient pas plus aux pièces de Thôtelde Bourgogne qu'elles ne paraissaient sur la scène.
Avec le xvi** siècle, l'apparition des femmes sur la scène se multiplie. Ainsi à Grenoble, en 1535, Françoise Buatier « joua le rôle de la Mère du Christ, par les gestes, la voix, la prononciation, le débit sut charmer tous les spectateurs au point d'exciter une admiration générale; la grâce et la beauté s'ajoutaient chez elle
prendre la parole pour enseigner; plus tard, on donna à cette interdiction un sens plus large. Les femmes ne devaient même pas prier à haute voix, leur voix étant capable de troubler par sa langueur la vertu de l'assemblée des fidèles. Dans un vieux recueil de canons ecclésiastiques égyptiens, attribués à saint Athanase, et qui sont sûrement du iv" siècle, nous trouvons que le prêtre doit enseigner aux femmes » à ne point parler à Téglise, à ne pas même a fredonner, non plus qu'à psalmodier à Tunisson des moines ou à répondre « aux prières antiphonées ou à deux chants, mais qu'elles doivent se taire toute jours » (cf. Migne, Patr. Gr., t. XXVIII, col. 1644).
« La même interdiction semble avoir persisté très avant dans le moyen âge : on peut citer comme preuve un tableau sur bois, attribué par M. Kraus au XIV" siècle; ce tableau, qui se trouve actuellement au palais de Saint-Louis-des- Français à Rome, présente la disposition suivante : il est divisé en compartiments. Plusieurs de ces compartiments sont attribués aux damnés qui occupent des places en rapport avec la gravité de leurs crimes. Or, au plus bas degré, et au plus profond de l'enfer, on aperçoit un groupe de femmes et on lit au-dessus cette légende : Mulieres quae in eœlesia loquuntur,
a L'Église d'ailleurs n'a jamais aimé que les femmes montrent leur visage à découvert, ni, à plus forte raison, qu'elles se donnent en spectacle. « Si quis ante <( ecclesias saltationes fecerit, emendationem pollicitus, poenitentiam agat tribus (( annis. » Cette règle qui ici ne s'applique qu'aux hommes devait être plus sévère encore pour les femmes. On peut voir à ce sujet (Migne, Fatr. Gr., t. XXII, col. 1350), comment saint Basile traite les femmes qui c( le jour de « Pacques, dans les basiliques des martyrs ou sur les places publiques agitant « leurs cheveux, faisant traîner leurs tuniques, dansaient et provoquaient ainsi i< la passion des jeunes gens et faisaient des lieux saints une officine d'obscéu niié! Elles souillent l'air de leurs chaLuis {cantilenis mereMcns) et la terre « de leurs danses. »
Nous remercions bien vivement M. l'abbé Batti fol de cette intéressante communication •
au bien dire »*. Enfin à Valenciennes' de jeunes filles jouèrent dans le Mystère de la Passion : ce furent jennette Garaheu figurant la Vierge et Jeunotte Watiez, Jennette Tartelette, Checilie Gérard, Gole Labequin jouant d'autres personnages moins importants; probablement le rôle de la Mère du Christ avait été diminué à cette occasion et la représentation du Mystère durait moins de temps qu'au xv* siècle.
La Réforme, en se développant, chercha à diminuer la vogue des Mystères et surtout à empêcher les femmes d'y figurer. Une anecdote curieuse, qui eut Genève pour théâtre, prouve que les Mystères étaient entrés dans les habitudes de la population, y étaient fort goûtés et que, depuis longtemps, les femmes y jouaient des rôles.
Le Conseil de la ville avait, au mois de juin 1546, accordé la permission de représenter une moralité intitulée : Les Actes des Apôtres. Les préparatifs se faisaient, lorsqu'un ministre protestant déclara en chaire, que les femmes qui figuraient sur les théâtres étaient des effrontées, sans honneur, n'ayant d'autre dessein que de se montrer parées pour exciter « des désirs impurs ».
Un autre pasteur, Abel Poupin, fit entendre que la grande dépense qu'occasionnerait la représentation accordée et préparée, serait mieux employée à assister de pauvres frères persécutés pour cause de religion; il ajouta aussi, mais avec plus de modération que son confrère, qu'il blâmait la présence des femmes sur les échafauds. Surexcités par ces deux sermons, comédiens et amateurs de théâtre commencèrent à proférer des menaces contre Poupin, et ils l'auraient maltraité si Calvin ne fût intervenu. Le grand réformateur fut obligé de monter en chaire à son tour et de calmer l'irritation populaire par la modération de sa parole. Le Conseil ne se déjugea pas, mais crut prudent de retenir, dans la maison de ville pendant le jour suivant, Calvin et le pasteur Abel Poupin, pour leur éviter de mauvais traitements. La comédie
1. Du Rivail, De Allobrogibus libri IX, p. 48 et Petit de Julleville, posstm, t. II, p. 127.
2. Bibl. nat., mss., f. fr., n» 12536; Morice, passim, p. 132.
fut représentée et Tun des plus éminents et austères pasteurs.de rÉglise franco-suisse, Yiret, ne se fit aucun scrupule d'assister à la représentation et de se laisser ainsi tenter, par la présence de femmes parées sur le théâtre, « à des désirs impurs » \ Quant aux seigneurs du Conseil de la ville, ils avaient des loges dressées exprès pour eux'^ à Tendroit reconnu le meilleur pour voir et entendre.
Nous verrons plus loin que les femmes ne jouèrent que bien plus tard sur les théâtres de tragédie et de comédie.
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La peinture décorative, les peintres décorateurs.
Si nous devions nous en rapporter aux textes, nous pourrions conclure que les Mystères représentés lors des entrées des rois et des reines étaient plus soignés que ceux que Ton jouait à Toccasion d'une fête quelconque'; car ce n*est guère que dans la description des entrées solennelles de souverains que nous trouvons des détails sur les décors, les agencements, les costumes et sur les artistes qui les ont exécutés. Mais avant de décider de cette question, il faut tenir compte d'un fait capital : si les archives des villes ou des comptes royaux existent encore par bribes, il n'en est pas de même de celle des corporations, paroisses ou confréries qui n'existent plus du tout. Telle est la raison de l'absence de documents concernant les grands Mystères, qui duraient plusieurs semaines ; en raison de leur importance, ils devaient être plus soignés et préparés de plus longue main que ceux dont la représentation n'occupait qu'une journée.
1. Lettres de Calvin {correspondance latine), Genève, 1626. Grand in-4o p. 72, Lettre à Farel du 4 juin 1546.
Grenus, Pragmens biographiques et historiques extraits des registres du Conseil d'État de la république de Genève de 1535 .à 1792, Genève, 1815, in-», p. 13*