‹ Étude sur les mystères au moyen âgeChapitre 3 sur 35 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

3. H. Albert BéviUe, dans un article de i& Revue des Deux-Mondes, du 1" juillet 1868, dit qu'à Tours on représenta un Mystère dont le Paradis terrestre était Sur le porche el le Paradis itsisVégiiae. Mais il ne cite pas de source.

devant la scène, sur la place; il y a déjà des intermèdes de démons qui, entre temps, exécutent des farces et parcourent les rangs^ pressés des assistants pour les égayer d'un bon mot ou d'une pitrerie.

Dans le Drame (TAdam^ on trouve l'apparition d'un serpent machiné, grimpant sur un arbre ; puis on relève des détails de mise en scène^ comme celui où Fauteur recommande à Facteur qui figure Abel d'avoir sous ses vêtements une marmite sur laquelle il recevra les coups que doit lui infliger son frère.

Le xiii® siècle voit naître un auteur de talent Jean Bodel d'Arras qui fait un Mystère connu sous le nom de Jeu de Saint-- Nicolas * : certaines de ses parties relatives aux Croisades, entre autres un récit de la bataille de Mansourah, sont restées un monument, égal en valeur, à la Chanson de Roland. Outre une grande élévation de pensée, il y a dans le drame de Bodel, un sentiment vivant de réalisme qui allie, avec goût, l'exposition émouvante des malheurs des Croisés, à une peinture exacte des mœurs et des habitudes du temps où vivait l'auteur. Au point de vue littéraire, Toeuvre de Jean Bodel peut être considérée comme ce qu'il y a de plus élevé dans le cycle des Mystères du moyen âge; malheureusement nous ne connaissons pas la mise en scène de son drame ; pourrions-nous même affirmer qu'il a été joué?

Les Mystères des Miracles de Notre-Dame^ ^ connus aujourd'hui au nombre de quarante succèdent, au xiv® siècle, au Jeu de Saint- Nicolas. Les corporations religieuses ne sont plus seules à les jouer et l'on voit déjà, quoique rarement encore, des laïques les représenter. Les drames des Miracles de Notre-Dame* mettent

1. Bibl. nat., ms. f. fr. 25566, folio 68 et Fetit de Julleville, 'pa^sim, tome P% pajçe 3.

2. Comme renseignements sur les Mystères du x[v" siècle, on peut se rapporter aux Documents concernant Vhistoire de Vart dans la Flandre, r Artois et le Hainaut avant le xt" siècle, par M. le chanoine Dehaisnes, tome II, page 534 : Comptes de la fabrique de la cathédrale de Cambrai en 1375-1376 rendus par Etienne de Mauléon, doyen. Ces comptes sont tirés des Archives départementales du Nord, n' 20. '

3. Bibl. nat.,mss. f. fr.. 2 vol. petit in-folio, n<^s810 et 820, publiés par Gaston Paris et Ulysse Robert pour la Société des anciens textes.

6 BEVCE ARCBtiOLOGIQUE

en jeu un événement miraculeux produit par l'intervention de la Vierge. Cette intervention se manifestait par un effet de truc que l'on appelait alors secret. Dans les pièces de Notre-Dame, la Vierge descend, à un moment donné, du Paradis, escortée d'anges ou de saints, et arrive sur la scène au milieu des acteurs qui sont des mortels. Déjà apparaissent, sur l'estrade, des cortèges de princes, de princesses avec leur cour et leurs sergents d'armes *.

Ces Mystères ont tous un appareil religieux, c'est-à-dire qu'on y voit naturellement la Vierge, Dieu le Père et les anges, et que le Paradis y existe toujours : mais le sujet des pièces est souvent emprunté aux romans; comme de nos jours on met en action dialoguée un récit d'imagination, dont l'idée première est empruntée à l'histoire ou même dont l'intrigue est de pure invention. Parmi les romans de chevalerie mis au théâtre à cette époque on peut citer Grisélidis ou Robert-le-Diable.

On peut citer aussi comme un monument curieux de la liUérature dramatique de l'époque, un Mystère en langue provençale qui met en action la curieuse légende de sainte Agnès. La partie lyrique et féerique du drame y est considérablement développée ; le réalisme le plus brutal se manifeste dans sa mise en scène très rudimentaire encore, et des trois parties qui composent lu Mystère, le jugement, le lupanar et le martyre, la première, celle qui devîùt le plus frapper l'imagination des spectateurs, comme aujourd'hui l'acte de la cour d'assises dans les mélodrames du boulevard, y tient la plus grande place '.

Les Mystères à leur apogée.

Vers la fin du xiv siècle cl le commencement du xv", les

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