‹ Étude sur les mystères au moyen âgeChapitre 5 sur 35 · Petit de Julleville, posstm, tome I*', p · texte numérisé non relu

Petit de Julleville, posstm, tome I*', p

2. Du Méril, Origines latines du théâtre moderne^ Paris, 1849, in-8®, page 75.

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leurs plus beaux atours, lutte d'ostentatioa avec les artistes qui sont sur la scène. On cherche à écraser son voisin et à faire parade de sa richesse, de sa beauté, de son luxe. Les Mystères sont des réunions mondainoa par excellence, d'une vog^ue excessive, que l'on ne peut mieux comparer aujourd'hui qu'aux assemblées des champs ile courses. L'attrait de ces spectacles est tel, que les villes où on joue les Mystères sont abandonnées pendant tout le temps que dure la représentation. Les municipalités recommandent à son de trompe de bien clore les maisons ; on double les guetteurs du beffroi et les gardes des portes qui restent ouvertes; car on ferme celles ^ont le service n'est pas indispensable ; hormis ces gardes, personne ne peut porter d'armes on de b&lons. On décrète également à son de trompe que le chômage est obligatoire et il est ordonné de ne pas plus travailler qu'en un jour férié. Tout le monde, alors, ferme boutique à l'exception des bouchers, boulangers, pâtissiers et marchands de via que la municipalité invite à se bien fournir de vivres et de rafraîchissements, ahn d'établir des comptoirs aux abords du spectacle où les assistants pourront festoyer pendant et après la représentation. La porte du thé&tre est gardée par plusieurs sergents chargés de la police eldu maintien de l'ordre. Les autorités recommandent aussi « que nulles femmes ayant petis enfans ne les portent au dit jeu, ains les laissent en bonne seureté et garde en leur maison ». Comme la fête se prolonge durant ta nuit, les citoyens doivent allumer des lanternes aux fenêtres pour, permettre à la foule de circuler malgré l'obscurité. Dans le nord de la France, h chaque représentation, l'évèché fait publier au pr6ne de chaque paroisse un décret pour changer l'heure de l'oflice, de façon h ce que les fidèles puissent assister au service re ligieux et ne pas manquer la représentation des Mystères'.

Si l'on donne encore comme auparavant des spectacles appropries aux fêtes que l'on célèbre & certaines dates, on joue aussi

1. La Vie municipale au xv> siècle dans le nord de la France, par le baroD de Calone, Paria, Didier, 1880, p. 114 et suit,

durant plusieurs jours, souvent même durant plusieurs semaines, tantôt des représentations ou drames empruntés à la vie ou à la légende du saint, patron de la ville, tantôt des pièces d'un ordre plus général, empruntées soit au Nouveau soit à l'Ancien Testament, soit surtout à la vie de Jésus-Christ. Sur ce dernier sujet, on compose le drame par excellence, celui de la Passion^ qui se joue partout et à tout moment. La multiplicité des représentations du Mystère de la Passion introduisit en France rétablissement d'un théâtre permanent, qui devint peu à peu quotidien *.

Au milieu du xv" siècle, les Mystères sont à leur apogée : ils confinent à la religion par leurs origines, à Thistoirc et à l'actualité par leur développement. C'est maintenant qu'il coiivient d'étudier leur mise en scène à ses différents points de vue.

Nulle part, les drames religieux n'ont autant de vogue que dans les États du roi René d'Anjou. Malheureux à la guerre comme dans la politique, et d'ailleurs passablement philosophe, il trouve dans la culture des lettres et des arts, des compensations à ses malheurs. Tout en se livrant à la peinture et à la littérature, il encourage le théâtre. Durant son règne et même après sa mort, la Provence et l'Anjou sont sans cesse occupées aux Mystères. En 1474, le Mystère de Sainte-Barbe à Laval est d'un tel intérêt que le Parlement de Paris s'y rend au complet pour « s'en esbaudir » ".

Le bon roi de Sicile assiste aux représentations ; il s'occupe de la mise en scène et souvent paie les frais qu'elles entraînent.

1. Journal des savants^ année 1846, page 12, article de M. Magnin sur le théâtre français au moyen âge et L.-G.-N. de Mon marqué et Francisque Michel, Le théâtre français au moyen âge d'après les manuscrits de la Bibliothèque du roi, Paris, Firmin Didot, 1839, in-8o.

On peut citer, à côté de la Passion, le Mystère des Actes des Apôtres, par les frères Greban comme presque aussi populaire. Voir Les Grehan et les Mystères dans le Maine, par Henri Chardon. Paris, Champion, 1879, p. 16 et 17, d après le ms. n° 6 de la Bibliothèque du Mans.

Nous sommes heureux de pouvoir adresser à M. Chardon nos meilleurs remerciements pour les précieux renseignements qu'il nous a mis à même de nous procurer.

2. Dom Piolin, Recherches sur les Mystères représentés dans le Maine. Angers^ 1858, p. 51,

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Tandis qne René d'Anjou propage les Mystères, tandis qu'à Paris les Confrères de la Passion ou les Enfants sans-soucis jouent dans des salles privées, les ducs de Bourgogne, au contraire, encouragent les entremets et les ballets et créent un théâtre d'un autre genre qui donnera naissance, plus tard, à l'opéra.

Là. où René d'Anjou assiste aux JMystères, les représentations sont, grâce à sa munificence, somptueuses et la mise en scène spkndide. Peut-être n'en a-t-il pas toujours été ainsi, et plusieurs historiens modernes affirment que si la pièce se donne dans quelque pauvre hourgade, l'échafaud sur lequel montent les acteurs n'a aucune décoration et porte seulement des écriteaux indiquant les lieux où se passent les différentes scènes'.

Nous n'avons pas pu contrôler leur dire : tout, au contraire, croyons-nous, prouve que les Mystères ont toujours été représentés avec un grand luxe de mise en scène, qui constituait même le seul intérêt qu'ils pouvaient avoir.

Le chapitre suivant, qui traite de l'organisation des théâtres, nous montrera que les représentations eurent surtout lieu dans les villes riches où la municipalité, le clergé, les bourgeois, les princes et même les rois contribuaient aux dépenses et que, dans ees conditions favorables, les Mystères devinrent de considérables entreprises.

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La disposition du théâtre.

Les préparatifs de certains Mystères, joués dans de grandes villes de province, duraient plus d'une année*; on élevait les estrades sur une grande place, dans une plaine, ou même à l'extrémité d'une rue spacieuse, surtout si elle était en pente. Tous

1. i/lonee. Histoire de Tamise enicène. Paris, 1836, p. 32; Ludovic Celler.Ze» décors, les costumes et ia mise en scène. Paris, 1869, p. 3.

2. Morice, passïm, p. 119. Le Mystère des trots Doms à Romans demanda dix mois de travail et coûta 1,737 florins.

les endroits, d'où Ton pouvait voir le théâtre, étaient occupés par les spectateurs. Si Ton ne construisait pas de loges, il y avait au moins une enceinte réservée, avec bancs et sièges pour les seigneurs et les notabilités. Le peuple se tenait autour de cette enceinte sur des bancs, des bottes de paille ou des sièges qu'on y apportait. Lorsque c'était une place publique, comme &• Rouen en 1474, toutes les maisons, d'où l'on pouvait apercevoir le spectacle, regorgeaient de monde; les fenêtres tapissées étaient occupées par les gens riches, les toits, les gargouilles et tous les autres endroits découverts, par les manants. Les représentations duraient quelquefois de dix à vingt-cinq jours; aussi apportait-on à la construction du théâtre un soin et un luxe que l'on n'eût pas consacrés à une représentation d'un jour*.

A Bourges, en 1536, on se sert des arènes antiques qui subsistent encore; la scène est alors entourée de toutes parts par les spectateurs, comme une piste de cirque. On construit aussi quelquefois de grands amphithéâtres en charpente à plusieurs étages.

Nous les trouvonspour la première fois, en 1437, lors delareprésentation de la Passion jouée à Metz. L'assistance était installée sur neuf rangs de sièges et degrés, au-dessus et en arrière desquels étaient « grands sièges et longs pour seigneurs et pour prestres »*. A Vienne, également pour laPûW5îon, en 1510, furent faits « les plus beaux échaffauds qui estoient à deux étages, oultre le bas pour le commun peuple et avoient quatre-vingtseize chambres serrans à clé, chascune et louoient chascun quatre escus »; le dessus était couvert de tentures blanches et noires resplendissantes au soleil ^ Ainsi n'avait-on à craindre ni le soleil ni la pluie.

1. Bibliothèque de l'École des chartes, 3« série, t. III, Chronique rimée de Guillaume le Doyen, notaire à Laval, au xv® siècle, par Eugène de Certain, p. 386.

2. C'est sur le texte des chroniques de Metz relatant la mise en scène de ce Mystère qu'a été bâtie l'hypothèse de la scène à étages. M. Paulin Paris et M. Petit de JuUevilie ont, avant nous, rétabli les faits. Voir Paulin Paris, La mise en scène des Mystères, Paris, Dupont, 1850 et Petit de JuUevilie, passim, t. II, p. 12.

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