III
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avisés'». L'expérience de Thomme de cour se rétèle aussi dans éétlê observation : « Qui aura été nourri près des princes saura combien légères causes et petits instruments les poussent à pesantes résolutions et grands effets'».
A côté de maximes semblables, d'une haute portée politique, nous n'aurons pas de peine à produire chez d'Aubigné des sentiments patriotiques, des pensées morales et religieuses. Son éducation lui avait rendu naturels les uns comme les autres. « La virginité de la foi, nous dit-il avec sagesse et bonheur^, ne se perd qu'une fois;» et il voit « dans le bon soin que nous avons de notre renommée un gage certain de la résurrection* » . En traçant les vicissitudes et les catastrophes de son temps calamitpux , il a pour but, « ce qui est le vrai fruit de l'histoire, de faire connaître, avec la folie et la faiblesse des hommes, le jugement et la force de Dieu^). A entendre encore d'Aubigné, «ce même Dieu, qui est auteur des monarchies, et qui les conserve et les maintient pour sa gloire, comme il lui plaît, contre tous les efforts humains, a prouvé qu'il avait un soin particulier de la conservation de cette couronne, par lui de si longtemps fondée et entretenue*» . On reconnaît là sa confiance inaltérable dans Faction de la bonté divine, qui, « attentive à soutenir cet état malgré ses discordes, a rendu vains jusqu'à présent les iniques desseins de ses ennemis'». Il est à regretter que parfois, s'éloignant de ces saines et nobles idées. Agrippa se laisse aller aux chimères de son siècle, qui montraient les astres régnant sur la destinée des hommes et décidant en souverains du succès de leurs entreprises^ Mais s'il n'est pas sans payer tribut aux erreurs qui l'entourent , il réagit habituellement contre elles par la supériorité de sa raison^ C'est à peine s'il fait çà et là mention de ces prodiges imaginaires que la crédulité publique était très-disposée à accueillir ^^
On ne saurait contester à d'Aubigné, d'après les citations que nous lui avons empruntées, le mérite de penser et de faire penser : c'est là ce qui doit couvrir ses défauts, qui, nous l'avons déjà marqué, sont
« n, II, 18.
' m. II, 5.
* Appendice du t. ii.
5 Préf. de XHist. (t. i).
« m, IV, 1.
' Ibidem.
9 m, IV, 24.
w Voy. H, II, 11. Cf.^ dans le i" et le vi^liv. des Tragiq. , les vers sur la mort du cardinal -^e Lorraine en 1574. — Les valeureux capitaines du seizième siècle étaient accesriMes aux craintes les plus frivoles. Téligny, le gendre de Coligny. avait formé une er'reprise sur Nantes ; mais il l'abandonna, sur ce quil avait perdu l'émeraude de sa bague, ce qm lui parut un présage très menaçant : I, v, 16.
aussi graves que nombreux. Car il abuse de la couleur au point de blesser le goût de la manière la plus choquante. Prodigue de grands mots et d'images que lui suggère son audace méridionale, il pousse le style figuré jusqu'aux derniers excès. De là des teintes mal assorties et des expressions qui se repoussent. L'abus des métaphores gâte souvent ce que l'idée a chez lui de juste et de ferme, soit qu'il s'indigne contre ceux «qui pourrissent sur le puant fumier d'une sale oisiveté S), ou qu'en nous exposant l'ordure de la maison, c'est-à-dire les désordres dont il a été témoin dans la cour des Valois, il déclare « que les plus grands mouvements des royaumes, et les tempêtes qui les renversent, prennent souvent leurs premières ondes aux cerveaux de personnes viles ou de peu^»; soit qu'il peigne en ces termes la mollesse de Henri III, devenu incapable de toute résolution virile : « Le feu était mort au foyer de son cœur, et tous ses soufflets n'en faisaient voler (Jue de la cendre^» . Veut-il célébrer le souvenir de Henri IV, « il espère planter sur le tombeau de ce prince deux colonnes non, de tuf venteux que la lune et l'hiver puissent geler, mais d'un marbre de vérité, de qui le temps ne voie la fin S); et, en terminant son Histoire, il déplore « la douloureuse tragédie qui a pâli son encre de ses larmes, donné son accent à ses lignes et coté ses virgules de soupirs^». C'est ainsi qu'en cherchant l'effet, il tombe trop fréquemment dans l'exagération et dans l'emphase. Lui-même il ne se dissimule pas que ses descriptions soient trop pompeuses; et, après celle de la bataille de Lépante, il exprime l'appréhension «d'avoir fait un tableau poétique^ . Par un défaut contraire, il ne craint pas l'emploi des locutions soldatesques, plus excusables du reste dans une époque où notre langue n'avait pas encore la réserve qu'elle doit à nos modèles classiques.
Quoi qu'il en soit, on n'en conclura pas moins, avec un critique éminent '', « que d'Aubigné aurait eu peu à faire pour être un grand écrivain en prose, et qu'il l'eût même été naturellement dans des temps plus rangés » . Tels sont les traits hardis et les beautés frappantes dont étincelle à tout moment, dans l'œuvre dont nous avons rendu compte, son style abrupte, énergique et original ^ !
Ce travail n'est pas, toutefois, le seul où nous puissions juger d'Au-