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7 FTéï.deVHist. (t. i).
* Voy. la Revue Contemporaine, numéro du 15 avril 1853#
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avec la fortune do la France, la cause de la l'oyaulé, (;i ce fut en liant sa grandeur et son Inlérêl à ceux du pays, en donnant rexein[)le d'un gouvernement vraiment national. Pour un tel résultat , il ne fallait rien moins que la puissante variété de ses qualités persoinielles; car jamais la France ne fut , ce semble , plus voisine d'un changement de dynastie, ni plus près peut-être du démembrement de ses provinces : jamais ce corps antique de la monarchit; , lent ouvrage de la [)oliti(]ue et des siècles, ne fut plus près d'être morcelé, au gré des anijjitions subalternes qui en convoitaient les parties. Tant de i)érils amassés i)ar les règnes précédents exigeaient, pour les conjurer , un prince d'un facile et vaste génie, d'un caractère sympathique, bon compagnon au combat et dans le plaisir, dont les défauts mômes ne fussent pas sans excuse ou sans charme, qui séduisît les imaginations et captivât les cœurs. Ainsi en fut-il de Henri IV, qui, « oubliant à tout moment l'héritier de Navarre , et , plus tard , celui de la couronne de France pour faire le soldat*,» inspira à l'élite qui l'entourait une si ardente affection, que, « lorsque sa noblesse avait mangé auprès de lui un tiers de ses biens, il ne lui promettait qu'une bataille pour lui faire engager le reste ^)) De là l'hommage que rend d'Aubigné , malgré son humeur amère et médisante, «au grand roi que Dieu lui avait donné pour maître», dont il célèbre les actions « pleines de merveilles » , et la souple habileté^ égale à son héroïsme ^ Certes, on comprend bien, par la lecture de notre historien, quelle heureuse réunion, quel rare tempérament de qualités qui semblent s'exclure, quelles prodigieuses ressources d'activité et de courage lui furent nécessaires, pour faire face à des difficultés et à des périls de tout genre , pour ralher les forces éparses du pays et resserrer autour de lui le faisceau, toujours prêt à se dissoudre, de compagnons divisés de goûts , d'intérêts et d'opinions *. Ce fut le triomphe de ce vif et brillant esprit indigène , qui distinguait les vieux Gaulois, aussi ingénieux à parler que résolus à combattre'^ , et dont notre Henri IV a été un type achevé.
Mais, sans devancer les temps, arrêtons-nous un moment avec d'Aubigné à ceux où le Béarnais, entouré de ses Imguenots, gagnait pas à pas son royaume. En face de cette phalange protestante, digne de son chef, dont les hommes, disait-on , « apprivoisés à la mort de père en fds, étaient cousus en leurs cuirasses comme tortues %» il y avait le
s Ibid , 2; c/. la préf. de YHist. (t. i).
3 Préf. dut. m, où il déclare encore qu'après avoir défendu son Roi vivant contre les coups de ses ennemis^ il veut le défendre mort « contre les assassins de son honneur ».
* Voy. particulier, préf. de YHist. {t. i),.et m, m, 7, à la fin; cf, ibid.y 20,
8 Caton l'ancien a dit: « Duas res gallica gens industriosissime persequitur, rem militarem et argute loqui. »
^ « m, m, 21 et 22 je/*. U Confession deSancr/j ii, 5,
— départi des ligueurs, grossi par la passion religieuse, et dont les moyens d'action, bien différents , n'étaient pas non plus méprisables. Le principal résidait dans les prêcheurs, qui « possédaient les chaires, et, par les chaires, les oreilles et les cœurs de la foulée» Chargés d'entretenir l'agitation publique et de décrier le nom de Roi jadis si cher aux Français , ils étaient l'objet des plus grands égards pour les chefs de l'Union, qui s'appliquaient avant tout à satisfaire leurs besoins. Les couvents, môme durant le siège de Paris, furent abondamment pourvus de toute espèce de provisions; et c'était, remarque d'Aubigné % « de peur qu'ils ne prêchassent pas bien la tolérance de la faim, s'ils la sentaient. » Quelle que fût toutefois la fougue de leurs prédications, le peuple n'avait pas laissé d'ouvrir les yeux à la lumière qu'on lui cachait, pendant que la disette « lui apprenait à parler haut^ » La réputation de valeur et de bonté du Roi (comme on s'était habitué peu à peu à nommer Henri de Navarre) n'avait guère tardé à devenir générale; en sorte que jamais ville ne fut aussi charmée que Paris d'être prise et ne salua d'autant de cris d'enthousiasme son vainqueur ou plutôt son libérateur *.
La rentrée de Henri IV dans sa capitale, ce sujet que la peinture a popularisé parmi nous, est bien digne d'être étudiée dans d'Aubigné, qui en a tracé un piquant tableau. Laissons la parole à l'historien : « Le Roi, sans quitter son habillement de tête, alla faire chanter le Te Beum à Notre-Dame ; dans trois heures chacun fut paisible en sa maison et les boutiques ouvertes ; nul bruit par les rues. La même journée que le Roi reçut Paris, on vit jouer aux cartes avec lui la duchesse de Montpensier ^)) Or, cette princesse avait été, comme on sait, mêlée à toutes les intrigues et même aux crimes de la Ligue. Aucune révolution ne s'accompht donc avec plus de promptitude et d'aisance. Les villes du parti hgueur se hâtèrent de suivre l'exemple de la capitale ; et en un instant cet incendie, que mille causes avaient allumé et nourri, s'en alla en fumée. « Personne n'avait espéré que ce grand corps, malade de sa grandeur, pût ainsi venir à son repos. » Mais presque aussitôt, « parmi tant de félicités que le Roi n'avait pas le loisir de savourer, » commençait à se montrer cette race horrible d'assassins qui devait quelques années après replonger la France dans la confusion, en la privant d'un prince « accoutumé à vaincre, à régner et à pardonner ^ » .
* III, III, 6; cf., id. 1, 11.
3 Id., IV, 3.
* Id. III, 22. — Tel avait été l'empressement de Lyon à recevoir Henri IV, observe d'Aubigné dans le chapitre précédent, « qu'en peu de temps on n'avait plus trouvé de taffetas blanc, pour faire des écharpes. »
* m, IV. 3.
« Ibid., 4, et III, III, 21. — La bonté et la modération, ces qualités caractéristiques de Henri IV. ont été justement signalées par d'Aubigné, qui rappelle ce mot souvent répété par ce
Autour de ce monarque, si propre à effacer la trace des anciennes divisions, plusieurs autres figures sont dignes encore d'attirer notre attention, telles que celle de sa mère Jeanne d'Albret, a femme qui n'en avait que le nom, d'un esprit puissant aux grandes affaires, d'un cœur invincible aux adversités ^) ; et celles des compagnons de ses exploits : Givry, l'un des plus intrépides défenseurs de la cause royale, joignant à de rares connaissances d'heureuses saillies et dont on disait a qu'en esprit, en courage et en bienséance nature avait mis ses délices eu lui * » ; les deux Biron, colères, opiniâtres et personnels, mais fidèles à leur prince devant l'ennemi, l'un «prompt encore et diligent à rage de soixante-cinq ans », l'autre que Henri sauva à Fontaine- Française et qu'il appelait « le plus tranchant instrument de ses \ictoires'»; d'Humières, le père des soldats, « qui savait, valait et pouvait beaucoup * » ; le maréchal d'Aumont, d'une probité antique et d'uQ excellent conseil : on le nommait le vieux Gaulois, a parce qu'en lui fleurissaient toutes les parties du chevalier^ »; Duplessis-Momay, «plus ductile que d'Aubigné aux volontés du prince», et que son maître s'applaudissait « d'avoir fait d'homme de lettres homme de guerre, personnage qu'il remphssait fort bien au besoin ^ » ; Sully, qui servit de ses veilles et de son génie la fortune de son souverahi non moins que de son épée, « d'un esprit très général et laborieux, comme d'une austérité naturelle, qui, méprisant les bonnes grâces des autres, portait l'envie des refus et parla faisait la bourse du Roi'» ; enfin, tous ces gentilshommes, moissonnés dans les combats et oubhés aujourd'hui, dont l'un. Saint- Gelais, est honoré par d'Aubigné de cette courte et expressive oraison funèbre : « il fut regretté de ceux qui le connaissaient, comme vrai noble, vrai vaillant, bon partisan et bon ami • » ; a II était difficile, dit-il d'un autre, du capitakie La Gaze, de juger qui valait plus en lui, la probité, le grand savoir, la sagesse naturelle, l'expérience ou la valem^ ^ » .
C'est ainsi que d'Aubigné, dans des peintures particuUères ou géné-
prince, « Qu'il ne fallait pas, sur le trône, faire tout ce qu'on pouvait :» Append. (t. m). C'est Ik ce qui explique l'amour voué par les Fran^^ais à sa personne et k sa mémoire (Voyez une lettre de Bossuet k Louis XIV, du 10 juillet 1675). Montaigne pensait à Henri IV, quand" il a écrit ces lignes : « Ce ne fut jamais temps et lieu où il y eut, pour les princes, loyer plus certain et plus grand proposé k la bonté et à la justice. Le premier qui s'avisera de ^e pousser en faveur et en crédit par cette voie là, je suis bien déçu si à bon compte il ne devance pas ses compagnons »* » 11,1,2; cf.u v, 18.
• m, IV, 5. — C'était à lui que Henri IV écrivait: «Tes victoires m'empêchent de dormir». > III, m, 15-, id., v, 10 et 11.
• m, IV, 9.
• 111, iv^22. — Aubigné l'a montré, ibid.j «mouillant sa barbe blanche de larmes, sur ce qu'il voyait ses compagnons engagés dans un mauvais pas dont il ne savait comment les tirer ».
» Id., III, 11.
raies, reproduit l'image du temps où il a vécu; car les traits originaux de notre caractère ne lui ont pas plus échappé que ceux des individus : on le reconnaît lorsqu'il parle « de nations volages et légères, comme sont les Français de leur nature*». Surtout il nous fait connaître à merveille cette brillante et aventureuse noblesse, principal honneur de nos armées, qui dans cette époque et quelques autres sembla prendre plaisir à épuiser par ses mains ses propres forces \ L'un des côtés saillants qui la distinguaient était le culte des dames, et d'Aubigné cite un de ses compagnons, qui, « ayant la tête percée, vint à la prochaine tente demander par signe une plume et du papier, et mourut en achevant de son sang une lettre à sa maîtresse ^ » . En éclatant par ces prodiges frivoles, l'héroïsme français excitait l'admiration plus qu'il n'était efficace : « Que purent, ditThistorien^ en racontant un beau fait d'armes, deux cent cinquante gentilshommes, arrêtés de deux mille ennemis en tête, enveloppés de deux mille cinq cents reîtres à la droite et de huit cents lances à la gauche? Ce fut de mourir les deux tiers sur la place. » Il faut avouer que notre noblesse s'est bornée trop souvent à ces sacrifices inutiles.
La France, quoi qu'il en soit, ne fut jamais plus féconde en chefs aguerris à toutes les fatigues et à tous les hasards. Nous voyons Tun d'eux recevoir, dans un siège, « sa trente-cinquième arquebusade ^ » , et l'on eût dit que quelques-uns avaient le secret de ne pas mourir ^ Jamais aussi les exploits n'éclatèrent en si grand nombre : « Il s'en fait tant, observe l'historien'', que nous ne pouvons achever d'en conter un, qu'un autre ne soit exécuté » . Là, d'Aubigné parle presque toujours d'après le témoignage de ses yeux ou tout au moins d'après le rapport des spectateurs ; c'est ce qui donne une autorité particulière aux détails très circonstanciés et très complets où il entre sur ce qui concerne les opérations de la guerre ^ Si la vérité lui échappe, ce n^est pas qu'il néglige les moyens qui l'y peuvent conduire. Ses informations sont-elles d'ailleurs insuffisantes, il pousse la sincérité jusqu'à le reconnaître ^ : mais non content de recevoir avec reconnaissance toutes celles qui lui sont adressées, il va au-devant d'elles et les réclame, ai-
i m, in, 21.
s « Combien vaudraient les Français, s'écrie d'Âubigné avec regret, si, au lieu d'être employés contre eux-mêmes, ils Tétaient sous de bons capitaines contre l'étranger ! » m, .v, 19.
8 Voy. par exemple l'aventure du capitaine Sévile, I, m, 10. 7 »,v, 19
• En traitant de nos anciens historiens, d'Argenson remarque, à l'avantage de d'Aubigné^ « qu'il a vu, qu'il a interrogé les actenrs des événements qu'il raconte. » (T. xxviu du recueil des Mémoires de l'Académie des Inscriptions, p. 634.)
9 liijiil, 19.
maut mieux se taire sur ce qu'il ne sait que d'une manière incomplète^ Parmi ceux dont il a mis les souvenirs à contribution, il signale « le plus vieux capitaine de P'rance, » (jui exerçait un commandement à La Roche-l'Abeille en 1569, et (}ui, plus de trente ans après, vivait encore lorsque l'auteur écrivait le récit de ce combat\ Et il ne se borne pas aux renseignements qu'il doit à ses anciens compagnons d'armes ; au besoin il va s'enquérir près des ennemis, il compare entre eux les mémoires des partis opposés\
Il est certain que dans son Histoire , bien plus que dans ses autres ouvrages, d'Aubigné a chei'ché l'exactitude et le mérite de l'impartialité*. A cet égard, il a conscience de la gravité de son rôle; et, non moins que Thucydide, il veut se montrer digne de s'entretenir pour toujours avec les âges futurs. De là, sous l'influence d'une idée qui se traduit chez lui en nobles inspirations, son ton majestueux du début, ou plutôt son ton magistral. Gomme son contemporain de Thou adressait à la postérité une belle ode latine, pour en appeler près d'elle des injustices et des dégoûts qu'il éprouvait dans son époque, d'Aubigné a dédié son Histoire à la postérité, pénétré de ce .sentiment nécessaire à l'écrivain, qui lui fait voir au-delà du temps présent et chercher ses juges dans l'avenir. C'est ce qu'il a exprimé en ces vers :
Les corps qui sont nés de terre Se renomment par la pierre ; Mais les célestes esprits S'éternisent par écrits.
Il ne raconte pas seulement pour raconter , mais pour enseigner. En d'autres termes, il veut, par le récit de ses campagnes, « donner aux jeunes capitaines de bonnes leçons » ; et il se flatte ainsi , par un mélange d'exemples et de préceptes , sans oublier même les expéditions où il a échoué, d'être utile et agréable « à ceux qui aiment le métier» ^ Considérée sous ce point de vue, l'Histoire de d'Aubigné offre un intérêt analogue à celui que Henri IV reconnaissait aux Commentaires de Montluc, qu'il appelait « la Bible des soldats » . Ce qui le rendait surtout propre à leur apprendre leurs devoirs , c'est que , malgré l'impétuosité de son naturel, il comprenait ce qu'il y a de grand dans l'obéissance passive, et il a vanté souvent la discipline militaire comme la plus sûre garantie des succès^
1 m, IV, 9; c/".préf. dut. m, et ni, m, 7.
2 i,v,ll.