DES PAROIS
Corbeau
Merle
Fauvette à tête Chardonneret.. .
noire. 6 — 150
Ces épaisseurs de teur ; toujours elles
parois sont prises à mi-liausont plus petites à la partie
ARCHITECTURE DES NIDS
supérieure et plus fortes à la base, où elles se confondent avec le fond du nid.
De plus, ces proportions changent, selon que les points d’appui de l’édifice sont plus ou moins nombreux, épais et solides ; aussi le côté appliqué au tronc d’un arbre, à une pierre, à un mur, a généralement très-peu d’épaisseur; au contraire, celui qui se projette sans appui dans le vide en a d’autant plus.
Je possède deux nids qui sont de très-remarquables applications de ce principe. L’un est de merle, l’autre de mésange nonnette.
On sait qu’ordinairement le premier de ces oiseaux construit des parois aussi élevées que solides, et que le second n’en établit pas du tout, parce qu’il se case dans un creux d’arbre.
Eh bien ! mon nid de merle, qui avait été installé dans une crevasse de saule, n’a que la base, et celui de la mésange-nonnette, qui avait été fabriqué dans un nid de merle, trop large pour elle, a des côtés très-bien travaillés et semblables à ceux du pinson pour la hauteur. Cette malheureuse mésange n’avait pu trouver, ni creuser un trou pour se loger au centre des abondantes éliminations qu’elle prévoyait.
Autre application du même principe.
Le pic, en forant, s’applique à descendre perpendiculairement et à ne pas se rapprocher de l’écorce de l’arbre, dans la crainte de trop amincir les parois de sa chambre ou même de les enfoncer.
J’ai dans ma collection un nid de mésange charbonnière, qui donne la mesure de ces préoccupations. Je l’ai trouvé dans une forêt voisine, dont
ARCHITECTURE DES NIDS
la grande futaie a été complètement abattue. Quelques jeunes charmes ayant été laissés çà et là, les branches supérieures perdirent bientôt leurs feuilles, leur sève, et furent attaquées par les insectes.
Le 6 avril 1873, deux mésanges charbonnières, ne trouvant pas le moindre trou de pic, se mirent à en creuser un dans une branche vermoulue de ces charmes. N’ayant ni l’outillage, ni l’habileté du pic, elles ne purent arriver à vingt centimètres de profondeur sans se rapprocher de l’écorce, qui se fendit et se détacha. Que faire? le temps pressait ; au lieu d’essayer un nouveau forage, elles bouchèrent cette petite ouverture avec de la mousse bien tassée, plaquée à l’intérieur et trèsadhérente aux matériaux du fond du nid. Grâce à cet ingénieux raccommodage, la paroi retrouva la solidité nécessaire.
On voit donc que la résistance et l’épaisseur de chaque partie de la construction sont toujours en raison de l’appui qu’elles trouvent et du poids de la nichée de l’espèce. C’est un principe dont tous les oiseaux font l’application.
Afin de donner plus de consistance et d’unité aux matériaux principaux qu’ils superposent ou enlacent, les oiseaux ont recours à plusieurs moyens.
Le plus souvent ils se servent, dans leur construction, de matières qui font office de ciment. Chez quelques-uns, les glandes placées sous la langue sont le siège d une sécrétion extraordinaire, et fournissent une quantité énorme de salive visqueuse qui aide à coller.
ARCHITECTURE DES NIDS
Pour composer leurs nids de forme sphérique, le troglodyte et la mésange à longue queue font usage de la mousse. Le premier, afin de donner de la consistance à son tissu, se sert de brindilles en guise de trame. La seconde a de plus la patience de relier les unes aux autres les fibres de la mousse au moyen de fils de soie, qu’elle tire de cocons d’araignées.
Au contraire, le gros-bec, qui utilise de petites baguettes, pour sa construction, les fixe avec de la mousse.
Les merles, les pies-grièches, les rousserolles, recherchent comme matière principale les brins d’herbe. Pour en faire un tout bien compacte, ils emploient, les premiers, de la terre et de la mousse ; les secondes, de la mousse et du coton d’arbre ; les troisièmes, du coton de plantes aquatiques.
Le loriot, qui a besoin de longs filaments d’herbes ou d’écorces d’arbre, prend, pour les unir, la mousse, les feuilles, la plume, le coton du pays, et même des copeaux et du papier.
Le rossignol plaque les unes sur les autres les feuilles dont il compose les parois et le fond de son nid. Il place les queues de manière à bien relier entre elles ces feuilles, et il ajoute, quand il le faut, des filaments d’herbes.
La terre pétrie de la sittelle et de l’hirondelle de fenêtre est d’une très-grande solidité.
La plupart des oiseaux arrivent, par des procédés de ce genre, à unir tous les matériaux du nid, aussi bien ceux qui servent aux revêtements intérieur et extérieur, que ceux dont se composent les parties principales du fond et des parois. C’est ainsi
ARCHITECTURE DES NIDS
que ces matières si diverses nous apparaissent comme des unités très-distinctes et très-solides.
Ces revêtements intérieur et extérieur, qui sont pour la solidité de la construction un complément nécessaire, s’expliquent aussi par d’autres raisons.
Il ne suffit pas, en effet, que l’oiseau ne soit pas trop exposé aux dangers de la mort, et l’œuf à celui de la casse, il faut encore que les oisillons ne soient pas gênés au point d’en être incommodés ; par exemple, les gros matériaux, comme les baguettes, qui conviennent pour la charpente, ne peuvent être utilisés pour la literie ; l’intérieur doit être composé de matières douces, élastiques, bien tassées et lissées, dont n’ait pas à souffrir la peau si frêle des jeunes oiseaux et dans lesquels ils ne puissent facilement se prendre les doigts et les ongles. On y trouve souvent des herbes très-fines, quelquefois du crin , toujours la surface lisse d’une paroi et d’un parquet, et l’élasticité d’un lit.
Les fauvettes et les bergeronnettes s’aident de crins pour matelasser leur nid, le gobe-mouches gris en tapisse le sien d’une forte épaisseur. Le gros-bec et le bouvreuil recourent à des racines très-fines et très-flexibles.
Certains oiseaux ajoutent des plumes, de la laine, du coton, pour rendre la couche plus chaude ; mais n anticipons pas, ce sujet sera traité sous le paragraphe suivant.
Quelquefois le nid est, dans sa partie extérieure, travaillé d'une manière toute particulière.
Celui du chardonneret a les bords supérieurs composés de brins d’herbe bien tassés et recouverts
ARCHITECTURE DES NIDS
fi 5
en grande partie de coton englué; et cette espèce de toit n’est pas sans garantir la paroi contre l’eau de la pluie.
La mésange à longue queue et le pinson font un revêtement extérieur en paillettes de lichen et de pellicules de cocons, qu’ils fixent au moyen de la soie de ces mêmes cocons d’araignées. Grâce aux teintes granitées qui en résultent, cette chambrette se confond avec l’écorce des arbres et se dérobe à la vue.
En donnant à son aire beaucoup de largeur, le rapace prépare pour ses petits une table circulaire, sur laquelle il déposera plus tard leurs aliments. Ces oiseaux, en mangeant seuls dès le bas âge, se servent eux-mêmes, au furet à mesure de leur faim. Les éperviers-autours donnent à ces tables une largeur de trente centimètres. Sur l’une d’elles j’ai trouvé, en 1854, un cuissot de levraut, moitié d’une brème qui avait pu peser sept cents grammes, une perche de cinq cents grammes, une grive, deux fauvettes et trois bruants jaunes.
Il faut bien reconnaître aussi que les oiseaux sont préoccupés de la beauté du berceau qu’ils construisent. Beaucoup de passereaux ont des goûts et des yeux d’artistes. Quand on les sort d’une vilaine cage pour les mettre dans une très-belle, ils manifestent leur contentement. Si, dans leur cage on leur donne un beau nid et un laid, ils choisissent le premier ; s’ils en construisent un, ils obéissent à cet admirable instinct.
Tous les avantages que procure le nid solidement établi ne sont cependant possibles qu’autant que celui-ci est d’aplomb.
ARCHITECTURE DES IS1DS
Son axe doit être toujours vertical, quelle que soit l’inclinaison de la branche sur laquelle il est pose.
Tous les observateurs ont constaté que cette règle n’est jamais enfreinte par les oiseaux, et même qu’ils abandonnent leur établissement quand, par suite de la violence d’un orage, il a perdu son équilibre et est resté penché.
J’ai vu des nids qui accusaient de la part du constructeur beaucoup de hardiesse, d’intelligence et d’habileté. Quelques-uns de rouge-gorge, de bruant jaune, de pipit des arbres, de bergeronnette printannière, sur des revers de fossé, et beaucoup de toutes les espèces de sylvains sur des branches diversement inclinées.
J’ai vu des nids établis sur le flanc de talus presque à pic ; mais alors les oiseaux avaient profité de brindilles de bois pour les appuyer du côté du vide.
Je possède quatre nids de rousserolles effarvattes, qui ont été installés sur des branches d’arbustes et sur des roseaux, dont l’inclinaison variait de quatre-vingt-cinq à quarante-cinq degrés, et dont l’axe était parfaitement vertical. L’un d’eux ayant été établi sur des branches d’osier, qui avaient une inclinaison de quarante-cinq degrés, l’effarvatte a été obligée de le suspendre comme un nid de loriot.
Enfin, pour le cube et la forme des nids, il est encore des règles fondamentales dont les constructeurs ne peuvent s’écarter.
Il n’est pas nécessaire que la cuvette du nid soit assez grande pour loger complètement tous les
ARCHITECTURE DES MDS.
membres de la famille, et qu’elle corresponde ainsi par ses proportions au cube qu’ils représentent, quand tous sont à leur taille.
D’abord, à peine sortis de la coquille, la plupart des gallinacés, des palmipèdes et même des échassiers, suivent, tout emplumés, leur mère, qui les conduit au dehors.
Les rapaces sont également en naissant chaudement habillés; bientôt, vigoureux et hardis, ils se promènent sur toute la surface du nid ; grâce à leur robuste constitution, les héronneaux en font autant. Enfin, quand les jeunes des autres espèces ont, avec l’âge, pris leurs forces et leurs plumes, ils n’ont plus besoin d’être aussi enfoncés dans leur berceau. On les voit alors atteindre et dépasser la partie supérieure de la cuvette ; aussi, c’est d’après l’élévation du corps de la mère dans le nid que le dénicheur se décide à s’approcher ou à s’éloigner ; si elle montre seulement la tête, il reviendra plus tard, parce qu’alors il n’y a que des œufs ou des petits tout rouges.
C’est surtout par ces diverses raisons que s’expliquent les proportions de la cuvette du nid. On peut en juger par l’état suivant :
Centimètres cubes de la cuvette.
Lie 1500
Corbeau-corneille 1220
Milan royal 850
Merle 400
Grive chanteuse 330
Bécasse 200
Loriot 270
Pie-grièche grise 250
Pie-grièche à poitrine rose 170
ARCHITECTURE DES NIDS
Centimètres cubes de la cuvette.
Pie-grièche rousse 120
Pie-grièche écorcheur. 110
Gros-bec — .. 120
Bergeronnette grise 100
Bergeronnette de printemps. 90
Fauvette à tête noire 80
Fauvette habillarde 40
Gobe-mouches gris 50
Chardonneret 40
Tourterelle 36
Mésange à longue queue 200
Pic-épeichette 900
Le nid de l’aigle est si large, et surtout si plat, qu’on lui a donné le nom d’aire.
Au contraire, celui d’un oiseau-mouche est si petit que le cube de la cuvette égale à peine celui d’une moitié de la coquille d’une noix ordinaire ; il n’est que de quatre centimètres à quatre centimètres et. demi.
Après l’élevage des petits, la coupe est plus ou moins déformée.
La forme de la cuvette est également commandée par les circonstances.
Par exemple, avec les angles de nos maisons, la construction n’eût été ni facile, ni solide; avec les dispositions d’une demi-sphère tous les matériaux se relient facilement entre eux.
Les tiges filamenteuses des herbes sont fort recherchées pour la construction des nids par les petits oiseaux; grâce à la souplesse et à la résistance qu'elles ont, surtout dans le sens de leur longueur, elles se contournent facilement de manière
ARCHITECTURE DES NIDS
à prendre la forme arrondie d’un nid et à avoir la solidité des cercles.
Ces espèces de cércles^en général très-nombreux enlacés les uns dans les autres, ou reliés entre eux par des matériaux servant d’attaches, ont toute l’adhérence désirable pour former une coupe solide. '
Ils se superposent jusqu’à ce que le nid soit fini, et il en résulte que les bords, au moment où le constructeur s’arrête, ont le niveau régulier de la partie supérieure d’une demi-sphère.
Quand la matière principale, comme la mousse, n’a pas de longs filaments, l’oiseau n’est pas moins obligé de monter, l’une après l’autre, chacune des couches du nid, de manière à n’entreprendre la seconde que lorsque la première est finie, et ainsi de suite. C’est, en effet, un moyen de bien faire adhérer de suite, par le bas et par les côtés, la matière qu’il met en œuvre.
De ces diverses dispositions il résulte beaucoup de solidité et de commodité. Dans sa partie supérieure surtout, la coupe du nid est contenue par une bordure à laquelle le constructeur a donné tous ses soins, et qui a pour le nid l’importance du premier cercle pour un tonneau.
L’égale hauteur de cette paroi circulaire permet aux père et mère et aux petits de se tourner dans toutes les directions et de jouir partout des mêmes avantages. De plus, le nid proprement dit se trouve toujours, quant à son diamètre intérieur, qui va de bas en haut progressivement en s’agrandissant, être en rapport avec le nombre croissant des œufs et des petits, de telle sorte que les uns et les autres
sont constamment ramenés sous la mère qui doit les réchauffer.
Par des applications très-variées de toutes ces règles d’architecture, le nid est assez solide pour résister aux coups de vent, au choc d’une branche voisine, pour servir de retranchement, de bouclier ou de cachette à la mère, de balustrade, de gardefou aux jeunes oiseaux, que l’impatience précipiterait dehors, de perchoir au moment des armées et des départs. C’est le foyer domestique, avec ce qui est utile et agréable aux oiseaux, et ce qui peut assurer leur reproduction annuelle;