‹ Étude sur les oiseauxChapitre 17 sur 43 · S 3. — TEMPÉRATURE DU NID · texte numérisé non relu

S 3. — TEMPÉRATURE DU NID

Le froid peut causer la mort des oiseaux. — Moyens qu’ils emploient pour rendre leurs nids suffisamment chauds et secs.

Ainsi que nous l’avons indiqué dans l’introduction, le froid fait en effet parmi les oiseaux jeunes et vieux beaucoup plus de victimes qu’on ne pense. Il en est de très-robustes qui succombent pendant les hivers rigoureux.

Le corbeau, dont j’ai parlé, et qui faisait quelquefois provision de sucre, mourut de froid. Chaque soir, il allait s’accroupir sur une cheville de la cour, et, chaque matin, il arrivait à la cuisine prendre son café au lait.

Or, le 5 janvier 1868, Colas ne frappa pas à la fenêtre : on s’en étonna, on appela, mais en vain ; car le pauvre Colas était gelé. Il y avait eu quinze degrés dans la nuit.

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Pendant l’hiver de 1871 à 1872, nous avons eu des froids très-intenses et des neiges très-persistantes. Plusieurs fois mon thermomètre minima est descendu cà dix-huit degrés centigrades au-dessous de zéro. Eh bien ! pendant cette période, et à la suite d’une nuit dans laquelle le thermomètre avait marqué vingt-cinq degrés, on a trouvé dans un village des environs de Saint-Dizier huit corbeaux qui étaient morts de froid. Dans une ferme de cette ville on a également ramassé quatre pies, un moineau domestique et des bruants jaunes. Un de mes amis, pendant que nous étions en chasse, m’a même apporté un merle qu’il venait de prendre à la main. Combien d’autres faits du même genre n’ont été ni enregistrés, ni connus !

Un jour, j’en parlais à un de mes collègues. Oh ! me dit-il, je connais aussi une anecdote de ce genre. Je la dois à deux collégiens, mes cousins. Ils étaient venus passer un jeudi de sortie chez leurs père et mère. Le lendemain matin, il fallait partir de bonne heure. A peine faisait-il clair, que le plus jeune sort dans la cour ; il rentre aussitôt dans le plus grand silence et en marchant sur la pointe des pieds. Auguste, dit-il, vite, un corbeau sur l’acacia. On court au Lefaucheux et on prend des cartouches. Les collégiens sortent à tâtons. Auguste vise de son mieux. Le coup part, mais le corbeau reste. Il n’y avait donc pas de plomb, crie le plus jeune ; au moins, reprend Uaîné, il aurait dû avoir peur et il n’a pas bougé. Au second coup, même impassibilité du corbeau. Alors, les collégiens éclatent d’un fou rire. Les voisins arrivent. L’un d'eux grimpe sur l’arbre, enlève l’oiseau des branches auxquelles il

était accroché, et tous constatent qu’il était gelé, comme ceux dont je parlais tout à l’heure et qui avaient été trouvés dans la plaine.

Il est vrai, cependant, que je n’ai pas ouvert les estomacs de ces oiseaux et que je ne sais pas si la faim n’aurait pas contribué à les faire mourir.

Si des oiseaux de la force du corbeau, de la pie, des bruants jaunes, peuvent être gelés, les oiseaux qui apparaissent dans nos pays seulement l’été, et surtout leurs petits, sont à plus forte raison exposés à souffrir du froid. Aussi, les gelées tardives sontelles mortelles pour beaucoup d’entre eux. Pour justifier ce que j’avance, j’aurais beaucoup de faits à citer. Je me contente de raconter une histoire qui, à elle seule, est assez concluante et qui pour la science est d’un grand intérêt.

C’était le 3 juin 1871. En entendant, à mon lever, les lamentations des vignerons et en jetant un coup d’œil sur le jardin, je compris que nous avions de la glace. Cela n’était que trop vrai, mon thermomètre était descendu à un degré et demi au-dessous de zéro. Pendant la nuit du 3 au 4 il y eut encore un degré. Les 4 et 5, le temps fut brumeux et froid; une gelée aussi tardive et aussi forte avait dû produire bien des perturbations. J’en gémis comme tout le monde ; mais je voulus au moins les mettre à profit pour mes études. Le 3, dès le matin, je pris une échelle et j’allai visiter trois nids d’hirondelles rustiques, qui étaient sous mon hangar. Les quinze petits que j y avais vus la veille étaient morts. Je les ouvris et je constatai que les estomacs étaient remplis de nourriture ; donc ces oiseaux étaient morts de froid.

Aussitôt je me mis en campagne dans la ville et dans le voisinage de la vieille tour de l’église et des gros murs de l’ancien château: je n’entendis pas un seul martinet. De là je descendis sur les bords de la Marne ; pendant une marche de quatre kilomètres, je ne vis que deux hirondelles de rivage près des falaises où, huit jours avant, il y en avait plus de cent. Je coupai une grande branche de saule et je me mis à frapper ces falaises. Alors les hirondelles sortirent de leurs trous. J’en conclus que, si j’avais pu frapper ainsi la tour de l’église Notre- Dame, j’aurais également fait envoler des martinets.

Il était onze heures du matin quand je rentrai. Je vis beaucoup de monde. De toutes parts on me confirmâmes observations. On m’apporta des hirondelles rustiques et de fenêtre, et des martinets trouvés morts dans les rues. Deux martinets, qui donnaient à peine signe de vie, furent réchauffés près du feu et reprirent leur vol.

Je me rendis ensuite à la ferme de la Yacquerie, située à deux kilomètres de Saint-Dizier. Cette exploitation agricole est admirablement dirigée par M. Martin, lauréat de la prime d’honneur en 1873 ; aussi les oiseaux trouvent là un asile qu’ils semblent beaucoup apprécier. Depuis longtemps M. Martin les considère comme de très-utiles auxiliaires et les protège comme d’autres serviteurs. Je dois ajouter que cet éminent agriculteur est assez aimable pour favoriser mes recherches et que je lui en suis très-reconnaissant.

Chaque année, il y a dans les combles d’un ancien colombier un nid de chouette effraie, un de chouette chevêchette dans un trou de poirier, dans

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le jardin un grand nombre d’insectivores, et dans les écuries de vingt-cinq à trente nids d’hirondelles rustiques. En 1873, j’en ai compté vingt-six. Dans la belle saison, tous ces oiseaux résident là comme s’ils y étaient en cage.

Les chouettes se chargent de la police des souris, le rossignol, les fauvettes, les troglodytes, les bergeronnettes traquent les insectes dans les jardins et près des batiments, les hirondelles font la chasse aux dyptères. Il en résulte que dans de grandes proportions les pailles et les grains sont préservés des rongeurs ; les plantes, de leurs parasites ; les raisins, les cerises, les abricots, le laitage, le fumier et le bétail, des mouches ; et, de plus, le propriétaire a toujours le plaisir de pouvoir contempler de beaux oiseaux et d’entendre chanter autour de lui.

M. Martin m’a dit plusieurs fois : « Grâce à mes hirondelles, mon bétail est moins tourmenté en été que dans certaines journées chaudes de l’hiver ».

Dans aucune autre exploitation agricole je n’ai, il est vrai, constaté autant de nids d’hirondelles rustiques.

Le 3 juin, en allant àla Vacquerie, je m’attendais donc à trouver des victimes de la gelée. Dans les écuries, les nids étaient intacts ; mais sous les hangars, vingt-deux jeunes hirondelles étaient mortes. Je les ouvris et je constatai que les estomacs étaient remplis de nourriture.

De retour à Saint-Dizier, je fis le tour de la ville, et j’observai plusieurs faits du même genre Le lendemain, 4 juin, il y eut à la Vacquerie vingt-quatre hirondelles frappées de mort. Le 5,

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j’y retournai et j'en trouvai encore cinquante-six, cette fois les estomacs étaient complètement vides.

Voici ce qui était arrivé : cette persistance du froid avait fait rentrer dans leurs cachettes les insectes qui n’avaient pas été gelés. La nourriture était devenue très-rare pour beaucoup d’oiseaux, et ces cinquante-six jeunes hirondelles étaient mortes de faim.

Les 4, 5 et 6 juin, j’ai également constaté que les nids d’hirondelles de fenêtre avaient été atteints, quoiqu’ils n’eussent pour ouverture qu’un trou de deux centimètres cinq millimètres, sur deux centimètres sept millimètres. Sous ces nids, je trouvais les jeunes et même les œufs, que les père et mère avaient jetés au dehors.

J’estime que, pendant ces journées de juin, il est mort de froid ou de faim, à Saint-Dizier et dans les fermes voisines, environ cinq cents hirondelles rustiques et deux cent cinquante hirondelles de fenêtre.

Combien d’autres faits du même genre j’aurais à citer, si, dans cette étude, je ne m’occupais surtout de questions générales, auxquelles il faut bien revenir.

Il est évident, du moins, qu'en matelassant si douillettement l’intérieur de leur nid, certains oiseaux ne font pas acte de sybaritisme.

Grâce à sa forme de demi-sphère, les œufs et les petits se trouvent, ainsi que nous l’avons dit, toujours ramenés et concentrés sous la mère. De plus, les matières de cette première enceinte étant trèschaudes, la chaleur que la couveuse y accumule acquiert et conserve toute l’intensité désirable.

ARCHITECTURE des nids.

A ce sujet, nous devons encore remarquer que, si le fond du nid est très-épais, ce n’est pas seulement pour donner de solides fondations à cet édifice, mais aussi pour favoriser le développement de la chaleur. Les bases si épaisses du nid de la rousserolle turdoïde empêchent l’évaporation continuelle de l’eau de porter atteinte à ses œufs et à ses petits.

La bécasse évite également la trop grande humidité de la terre, en donnant au fond de sa couche, formée de feuilles bien plaquées, au moins vingtcinq millimètres d’épaisseur.

SuivantFocillon (Dictionnaire général des sciences, au mot Incubation ), la poule maintient ses œufs à 40 ou 41 degrés de température, et d’après Pouillet, citant John Davy ( Eléments de physique expérimentale, t. III, p. 664), la chaleur intérieure d’une de nos poules communes serait de 42 degrés 5 dixièmes D’après ces derniers auteurs, celle

du milan

du chat-huant

du choucas

de la grive chanteuse du moineau commun du pigeon commun. .

de l’oie commune

du canard commun. . .

de 37 degrés 2 dixièmes

Ces quelques chiffres indiquent assez quelle grande chaleur est nécessaire aux œufs de toutes les couveuses.

La mère, il est vrai, quitte peu ou pas du tout sa couche pendant les moments les plus critiques

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de l’incubation et pendant les jours qui suivent l’éclosion. Le plus souvent, le père pourvoit à sa nourriture, et même, dans beaucoup d’espèces, il la remplace quand elle est obligée de prendre un peu d’exercice ou d’aller chercher des aliments.

Les matières dont les oiseaux se servent pour conserver et développer la chaleur du nid sont la mousse, les herbes très-fines, le coton des arbres, le duvet des plantes, la laine, les plumes.

Par suite de la mue, beaucoup de plumes d’oiseaux tombent sur le sol et n’échappent pas aux recherches de ceux qui en ont besoin pour la nidification. Les mères de quelques espèces, comme la buse, s’en arrachent pour en placer sous les œufs et les petits. Le guillemot va même jusqu’à s’en arracher complètement quelques touffes pour bien encaisser son œuf. Il n’en fait qu’un (1).

La chaleur du printemps étant moins grande que celle de l’été, certaines espèces d’oiseaux, comme le moineau domestique, font pour la deuxième et troisième pontes des constructions moins chaudes que pour la première.

On peut juger des différences par les chiffres suivants :

Nid de linotte terminé le 12 avril 1871, 9 grammes.

— 15 juillet, 5 —

Nid de traquet rubicole terminé le 25 avril 1873, 25 gr.

— 5 juillet, 7 gr.

(1) Le canard eider ( somateria mollissima) ne niche qu’à la fin de mai, et même en juin et juillet, parce qu’il habite les régions du cercle arctique. A cette époque-là, il ne se contente même pas de branches, d’algues marines et de paille pour faire son nid, il y ajoute pour garniture intérieure une couche de duvet, dont il se dépouille ; de plus,

ARCHITECTURE UES MHS.

Il était bon aussi que les nids établis en plein air fussent pénétrables dans une certaine proportion, sans quoi la pluie les eût inondés. L’eau les traversant très-vite, ils sèchent aussitôt. Du reste, la mère protège très-bien le milieu, et souvent la surface supérieure des parois est très-soignée et bien tassée, au point de servir de toit. Le chardonneret y ajoute même du duvet englué.

Quelquefois le nid reçoit une couverture, et il devient alors d’autant plus chaud. En affectant la forme d’une voûte, ou plutôt de la pointe un peu élargie d’une poire, elle acquiert la solidité désirable. Elle n’est pas, à la vérité, aussi sphérique que la coupe du nid ; mais cela n’était pas nécessaire, puisque l’une et l’autre n’ont pas la même destination.

Cette couverture, dans quelques cas particuliers, aurait donné trop de chaleur, c’est pour cette raison que l’hirondelle rustique, qui, le plus souvent, niche dans nos étables, ne fait pas adhérer son nid au plancher, tandis que l’hirondelle de ville, qui niche en plein air, agit différemment.

En général, dans nos pays souvent froids, où il y a à craindre les gelées tardives, la chaleur était donc très-nécessaire.

Elle 1 est moins quand la coquille est assez épaisse pour protéger contre le froid ; quand les jeunes naissent suffisamment emplumés , comme les buses; quand l’espèce est robuste, comme l’est celle du héron ; quand les père et mère sont bien

il en place sur les bords du nid une nrovicinn

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emplumés ; quand le nid se fait dans la saison chaude, en mai, par exemple ; quand le nid est placé à peu de distance du sol, comme celui de fauvette.

Pour plusieurs de ces raisons, les plus petits des oiseaux font leurs constructions sphériques, ou nichent dans les trous (ceux surtout qui pondent de bonne heure), tels sont les mésanges à longue queue, le troglodyte , le grimpereau, la mésange charbonnière, la mésange bleue, la sittelle, les pouillots, les hirondelles. Le moineau niche dans des trous ou fait un nid sphérique ; mais il a sa première ponte de bonne heure, et ses petits, en sortant de la coquille, sont complètement nus. La colombe-colombin, qui pond dès le 6 mars, s’établit dans un creux d’arbre.

Les autres oiseaux se contentent d’un nid en forme de coupe; mais, pour les mêmes raisons que ci-dessus, quelques-uns sont épais et chauds, ceux, par exemple, du pinson, du merle, de la grive, de l’accenteur-mouchet, du chardonneret. C’est parmi les passereaux que se trouvent les oiseaux qui ont le plus besoin de chaleur pour leurs nids.

Les gallinacés, les palmipèdes, les échassiers et les oiseaux de proie ont les nids les moins chauds: en général, les coquilles de leurs œufs sont épaisses ; les jeunes naissent couverts de poils ; les espèces sont robustes ; les père et mère sont eux-mêmes très-emplumés.

Nous avons déjà vu qu’à l’époque des chaleurs, l’œdicnème niche sur la craie ; le petit pluvier à collier, sur la grève ; la sterne, à la surface de l’eau.

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Matériaux et fabrication du nid. — Variétés de ce travail. — Sa durée.

Pour construire, les oiseaux se servent des pieds, de la poitrine et surtout du bec.

Quelques-uns ont, pour coller, une salive visqueuse.

C’est ordinairement la femelle qui amasse les matériaux et les coordonne. Dans quelques espèces seulement le mâle l’aide à construire.

Elle se met d’abord à la recherche de matières légères, susceptibles de s’agréger facilement à d’autres, pour former une unité nouvelle qui est le nid. Ainsi que nous Pavons déjà dit, celles qui sont employées pour leur solidité sont les baguettes, les gros brins d’herbe, la terre, la mousse, les feuilles et le crin. D’autres sont recherchées pour la douceur et la chaleur; tels sont les herbes très-fines, le coton des arbres, le duvet des plantes, la laine, les plumes.

Beaucoup d’entre elles servent, tantôt de matières principales, tantôt seulement de liaison, de complément.

Il était naturel que chaque oiseau choisît les matériaux les plus communs au centre de son exploitation d’éliminateur , ceux qui doivent surtout fournir aux petits les choses dont ils auront le plus besoin. Il arrive ainsi que, dès le premier jour de

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sa naissance, l'oiseau se trouve dans le milieu que lui destine la nature.

Cependant, si les matières qui conviennent le mieux à son espèce sont rares, il les remplace par d’autres qui leur ressemblent et qui sont abondantes.

Il résulte de là que les nids sont variés d’après les espèces, qu’ils apparaissent dans la nature sous une forme très-distincte, et que cependant ils se confondent, autant que possible, avec les végétaux vivants ou morts , de manière à échapper aux yeux des ennemis, et en particulier du dénicheur.

Une première opération consiste à faire les voyages que nécessite le transport des matériaux ; il faut autant de voyages que de brins d’herbe et de fragments d’une matière quelconque, quatre cents, cinq cents, huit cents, mille, deux mille, etc.

Il faut choisir les plus gros pour la fondation, de plus petits et de plus douxpour l’intérieur, quelquefois les découper, les superposer, les enchevêtrer, les cimenter, les tasser, les peigner.

Souvent l’oiseau place et déplace un brin d’herbe jusqu’à ce qu’il s’enlace bien dans les autres ; il tire les brins qui s’écartent trop des parois et les replace dans le massif, afin que le nid n’ait pas un air échevelé à l’extérieur, et qu’à l’intérieur il ne soit pas un embarras pour les pieds.

Le nid de la plupart des passereaux se faisant de bas en haut, à la différence du trou du pic, les matériaux qui offrent quelques aspérités s’unissent déjà solidement, rien que par leur superposition.

Le tassement se fait au fur et à mesure de l’enla-

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cernent des filaments, soit par une simple pression de la poitrine, soit par plusieurs chocs donnés avec impétuosité , ce qui provoque ün trépignement très-curieux des pieds. Quand il s’agit des premiers tassements, l’oiseau dresse la queue en l’air, appuie la poitrine sur le fond du nid, se soulève en conservant cette position, et, s’aidant d’un mouvement d'ailes, il s’élance et s’abat de tous ses forces. En cela, il agit comme l’ouvrier qui, au moyen d’une masse, bat une aire de grange.

On comprend que, par des procédés de ce genre, il puisse se rendre compte de la force de résistance des matériaux et de la solidité de l’édifice.

Au contraire, en restant immobile dans son nid pendant quelque temps, il peut calculer, d’après la chaleur qu’il ressent, si le revêtement intérieur est assez bourré , et si les matières employées sont assez séchées.

C’est surtout de trois à quatre heures du matin jusqu’au lever du soleil, que cette expérience est décisive. La température de ces heures de la nuit guide les oiseaux non-seulement dans ces circonstances, mais aussi pour les grandes migrations d’automne et pour le retour du printemps.

Le plus souvent, le revêtement intérieur se fait en dernier lieu : le constructeur est donc à Taise pour y donner tous ses soins.

Assurément, il y a pour l’oiseau un grandmérite à chercher, à trouver tous les matériaux nécessaires, les pièces principales du fond, des parois, des revêtements, et ce qui sert à les liaisonner, ensuite à les transporter, à les assembler et à faire en cela ce qui est possible, utile et agréable à son

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espèce ; mais le constructeur se révèle surtout avec la supériorité de ses instincts, quand il applique si parfaitement quelques règles principales de l'architecture ; ces difficultés ne semblent même pas lui causer de grands soucis.

D’abord, pour commencer son travail, entreprendre les fondations dont dépend le succès de 1 entreprise, il est obligé de se livrer à tous les calculs que peut lui suggérer sa petite tête ; cependant la buse, la tourterelle, la rousserolle turdoïde, les hirondelles d’étang, l’hirondelle de fenêtre, le troglodyte, la pie et le pic, oiseaux dont la tâche est des plus difficiles, commencent leur nid avec tant d’entrain et d’habileté, qu’ils ne semblentnullement effrayés des obstacles qu’ils ont à surmonter. Dans le cours de cette étude, nous aurons plusieurs occasions de faire ressortir l'originalité et l’importance de ce premier travail.

Pour la verticale, voici ce qui se passe. Le plus souvent l’oiseau est au centre de sa construction, il lui suffit de la monter perpendiculairement à son corps ; comme il a autant d’intelligence que de coup d’œil, il ne lui arrive jamais de ne pas équilibrer ses matériaux, et il trouve ainsi l’aplomb du nid.

Pour lui donner la forme intérieure régulièrement concave, il lui suffit de la modeler sur son propre corps : il accomplit cette tâche au moyen d’opérations très-simples ; en pivotant sur luimême, il fait décrire une ligne circulaire aux matériaux qu’il superpose, enlace et lisse ; et, en tassant la paroi intérieure avec la poitrine, il lui imprime la forme arrondie de son corps.

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Son bec et ses pattes surtout sont comme les pointes d’un compas, en les éloignant ou en les rapprochant, il trouve facilement le demi-diamètre ou le rayon de la coupe du nid à toutes les hauteurs. Cela lui est d’autant plus facile que le bec est également l’aiguille, la pince, qui dirige et place les matériaux, et il se trouve que chaque oiseau a un compas proportionné à ses besoins ; celui du troglodyte n’a que huit.centimètres de grande ouverture, tandis que celui du héron en a quatrevingt-onze. La courbe de la poitrine donne les mesures de l’évasement du nid.

Mais comment l’oiseau fait-il pour trouver 1 éloignement nécessaire du bas de ses pieds, qui pivotent au centre de la circonférence de sa construction, jusqu’à la hauteur des parois, et par conséquent du bec qui en arrête les bords ? Comment arrive-til ainsi à déterminer, d J après les besoins de son espèce, le cube intérieur du nid ?

Là surtout, l’oiseau nous apparaît dans son rôle de machine. En beaucoup de circonstances, il aies allures d’un être libre, capable d’agir à sa guise et de progresser. Là, plus qu’ailleurs, il nousfaitvoir qu’il n’est toujours qu’une belle, intelligente et bienfaisante machine, et qu’il faut réserver notre plus grande reconnaissance pour Dieu, qui l’a créée. En effet, point de progrès dans le constructeur et dans la construction. La perfection relative est atteinte au premier jour. L’oiseau fonctionne encore aujourd’hui comme à l’origine du monde, après d’innombrables changements dans les habitations des hommes. L’oiseau trouve instinctivement, sans instrument, sans calcul, pour la cuvette de son nid,

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le cube qui répond le mieux à tous les besoins de son espèce. Une grande taille serait, pour le constructeur homme, une raison d’ouvrir son compas plus que s’il était petit ; mais, chez l’oiseau, l’instinct seul révèle les proportions nécessaires.

La nidification est toujours une œuvre très-intéressante ; il serait surtout bien curieux de voir un pic creuser un trou, un troglodyte construire une voûte : c’est un plaisir que je n’ai pas encore eu.

J’ai été assez heureux, il est vrai, pour constater quelques faits étonnants et qui peut-être serviront à faire voir sous un jour favorable l’intelligente et puissante machine que l’on nomme oiseau.

C'est surtout dans les circonstances exceptionnelles qu’il faut l’observer et l’étudier.

En effet, combien de difficultés l’ouvrier a parfois à surmonter pour arriver au but ! Ainsi , trèssouvent il ne trouve pas à la parfaite convenance de son espèce l’emplacement et les matériaux du nid ; il faut qu’il y supplée par des opérations parfaitement appropriées à toutes les circonstances exceptionnelles qui s’imposent à lui. Par exemple, le merle, qui ordinairement établit son nid à deux mètres environ de terre sur le taillis, niche quelquefois sur le sol ou à la cime d’un chêne, ce qui a donné lieu à l’erreur de ceux qui croient que dans notre contrée il y a deux espèces de merles.

L’an dernier, deux merles virent détruire par un enfant un nid qu’ils avaient construit à un mètre du sol sur des brins de charmes, près d’un petit jardin potager; aussitôt, et tout près de là, ils en firent un nouveau sur un chêne, mais à huit mètres de hauteur.

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A la gare de Saint-Dizier, j’ai vu dans un angle intérieur du lambrequin d’une marquise, un nid d’hirondelle rustique. Il se trouvait ainsi avoir, en avant, une paroi en terre pétrie et, pour parois des deux autres côtés, le zinc de l’angle du lambrequin : pourquoi ? Probablement parce que le nid ainsi fixé était plus solide que s’il avait été attaché à une surface droite et lisse du zinc.

II y a cinq ans, les nids d’une colonie d’hirondelles de rivage furent détruits par deux petits vachers. Ces oiseaux en firent immédiatement d’autres dans la meme falaise ; mais au lieu de les placer, comme les premiers, à soixante centimètres de profondeur, il les établirent à quatre-vingt-dix centimètres, un mètre et même un mètre vingt centimètres.

Combien je me suis plu à contempler des nids de troglodytes, ces boules de mousse qui, suivant les circonstances, sont perchées sur des branches de buisson, ou de taillis, ou d’arbre, et surtout dissimulés dans l’anfractuosité d’un mur ou d’une roche, dans les racines d’un arbre arraché par le vent, dans un fagot, et même dans la mousse qui recouvre le tronc d'un arbre ! En ce dernier cas, la mousse de l’arbre et celle du nid se confondent. L’entrée est même protégée par un avant-toit en mousse de même couleur, quelquefois aussi par des feuilles qui servent alors de rideaux et de portière, en sorte qu’un régiment d’enfants passerait à côté sans se douter de l’existence d’un tel logis. Eh bien ! rien n’y manque, pas plus la solidité que le confort et la beauté.

C est merveilleux ! on trouve ce genre de nid

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dans les bois élagués où l’oiseau ne rencontre pas la moindre brindille, sur laquelle il puisse construire.

De la même espèce d’oiseaux, j’ai vu, le 15 juillet 1871, un autre nid plus extraordinaire encore. C’était dans une coupe de bois. Le sol était dépouillé de ses taillis, la futaie réservée était trèsclair-semée, presque tous les produits de l’exploitation étaient enlevés.

Là, dans une fondrière, deux troglodytes avaient découvert une véritable mine d’insectes, mais ils ne pouvaient y nicher à moins de s’établir sur un sol fangeux. Heureusement, deux chênes, qui avaient été coupés, étaient tombés l’un sur l’autre, et en raison des difficultés de la traction, ils étaient restés dans cet état depuis l’abattage. Or, entre le sol et le chêne, qui, abattu le dernier, était couché sur le premier, il existait un vide. Au-dessus de ce vide, et sous ce second chêne, pendaient quelques rejets de branches, longs à peine de vingt-cinq centimètres. Suspendre un nid à ces brindilles, à la façon d’un hamac, eût semblé à un homme un acte de folie. Tel ne fut pas l’avis de ces oiseaux. Leur joli ballon de mousse , fixé à ces brindilles , et comme suspendu par des fils, il m’a été donné de le contempler au moment le plus critique, quand sept jeunes, en se remuant, devaient le culbuter, s’il n’avait été inébranlable.

Le lendemain de l’envolée, une pluie torrentielle tomba. Désireux de savoir ce qu’était devenue cette intéressante famille, je me transportai près du nid. Personne n’était revenu au logis, mais à cinquante mètres de là, j’entendis les père et mère. A la vue

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de mon chien, ils manifestèrent de grandes frayeurs, et je devinai ainsi que les petits ne devaient pas être éloignés. Je les aperçus, en effet. Ils étaient blottis dans un vieux nid de merle bien abrité. Dans la crainte de les effaroucher, je m’éloignai aussitôt. Quelques jours après, et par un beau soleil, j’ai eu le plaisir de les voir gambader autour des père et mère et recevoir d’eux les premières leçons de chasse. Un des jeunes sortait-il bredouille d’un buisson, sa mère, pour calmer sa faim ou simplement son impatience, l’amenait près d’un insecte. Quant aux autres, plus adroits ou plus heureux, ils étaient d’une pétulance et d’une joie qui me rappelait mon premier port d’armes.

Le corbeau-corneille croirait manquer c à ses devoirs, si, pour donner de l’élasticité, de la douceur, de la chaleur à l’intérieur de sa couche, il ne cherchait des herbes fines, sèches et longues, s’il ne désagrégeait les filaments d’une écorce d’arbre, pour en faire de la filasse, et s’il n’y ajoutait pas un peu de laine ou de poil. Adéfaut delà soie de lapin ou de lièvre, il se contente du poil de la vache, du cheval et même du sanglier. Les proportions des mélanges qu’il en fait sont toujours en rapport avec l’abondance ou la rareté de la matière employée.

Combien de fois n’ai-je pas trouvé dans’les nids quelques loques de nos produits industriels, un chiffon, une mèche de bonnet de coton, un bout de chaussette, de la tresse employée par la buse et le milan; pour garniture intérieure, des paquets de ficelle mis en œuvre par le moineau domestique ; des fils de coton et de soie enlacés par des

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fauvettes, par le rossignol de muraille, par le rouge-queue tithys et par le serin méridional ; de petites feuilles de papier ajoutées par le loriot aux filaments de son hamac ! J’ai vu du papier dans un nid de pie-grièche grise.

A ces détails j’en ajoute deux autres qui sont également fort curieux.

On sait que nos races de pigeons domestiques proviennent d’une espèce sauvage que l’on nomme le bizet. Eh bien ! un couple de bizets domestiques, qui, en 1872, avaient été élevés dans un des paniers en osier d’un colombier d’une ferme , a cette année établi sur les charpentes d’un avant-toit de la maison un nid tellement beau, que je l’ai placé dans ma collection, et ainsi ces jeunes oiseaux, dont la famille avait été domestiquée sans doute depuis des siècles, ont débuté par une très-remarquable construction.

De même encore deux serins des Canaries, peutêtre descendants de ceux qui, il y a plus de trois siècles, ont été importés dans nos pays, furent élevés en cage en 1873. Le 20 avril 1874, on les mit dans une très-grande volière, et sur un buis à deux mètres cinquante centimètres du sol, ils construisirent, du 5 au 11 mai, c’est-à-dire en sept jours, un fort beau nid. Le fond et les parois étaient en herbes tissées, et le revêtement intérieur en plumes. Le grand diamètre de la cuvette était de six centimètres, et sa profondeur de trois centimètres.

Par ces faits et par beaucoup d’autres du même genre cités en ce mémoire, on voit que les oiseaux d'une même espèce font des nids qui, malgré leur ressemblance, peuvent être établis d’une manière

assez différente selon les circonstances. Jamais, d’ailleurs, il ne s’en trouve deux qui se ressemblent entièrement.

A ce sujet de singulières suppositions ont été faites par M. Pouchet, de Rouen. (Compte-rendu de l’Académie des sciences — 7 mars 1870.)

M. Pouchet dit avoir remarqué que les hirondelles de fenêtre avaient, dans une rue neuve de Rouen , construit des nids autrement et mieux que dans des rues anciennes. Il est parti de là pour vouloir établir qu’il y a progrès dans la construction de ces hirondelles, et que le progrès architectural de ce genre d’hirondelles marche parallèlement au progrès de la civilisation et des beaux-arts.

Les faits et les principes que nous avons exposés font clairement voir combien est peu fondée cette opinion de M. Pouchet. Deux jeunes oiseaux élevés en cage font très-bien leur nid sans avoir reçu de leçons. Quand ils ont plus d’expérience, ils se tirent sans doute avec plus d’habileté des difficultés qu’ils ont à surmonter ; peut-être aussi quelques-uns s’inspirent-ils des exemples qui leur sont donnés par leurs congénères ; mais là au moins doivent s’arrêter toutes les suppositions.

Une dernière indication au sujet delà fabrication des nids.

La période de la construction ou de la restauration varie selon l’aptitude de chaque espèce, l’urgence du travail et l’état de la température.

Les chiffres qui suivent donneront une idée du temps que quelques oiseaux mettent à faire leurs nids. — Je les ai recueillis moi-même.

Hirondelle de rivage — du 3 au 17 mai 1868 — quinze jours.

Hirondelle de fenêtre — du 26 avril au 7 mai 1872 — douze jours.

Pie — du 8 au 19 avril 1872 — onze jours.

Hirondelle d’écurie — du 22 avril au 2 mai 1872

— onze jours.

Moineau domestique — du 15 au 25 avril 1872 — onze jours.

Gobe-mouches gris — du 27 mai au 7 juin 1871 — douze jours.

Grive chanteuse — du 16 au 24 mai 1871 — neuf jours.

Pic-épeichette — du 16 au 24 mai 1869 — neuf jours.

Héron blongios — du 8 au 16 juin 1874 — neuf jours.

Busard saint-martin — du 11 au 18 mai 1870 — huit jours.

Loriot — du 17 au 25 mai 1867 — neuf jours.

Linotte — du 12 au 18 mai 1874 — sept jours.

Mésange bleue — du 16 au 22 avril 1871 — sept jours.

Pie-grièche écorcheur — du 12 au 18 mai 1869 — sept jours.

Pie-grièche grise — du 19 au 22 avril 1866 — quatre jours.

Chardonneret — du 21 au 23 juin 1872 — trois jours.

Troglodyte — du 21 au 26 mai 1878 — six jours ;

— du 13 au 15 juillet 1875 — trois jours.

Quand on a enlevé le nid d’un oiseau, celui-ci se remet aussitôt à l’œuvre et en construit un nouveau

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en aussi peu de temps que cela lui est possible. Le 7 avril 1874, on abattit un frêne au sommet duquel était un nid de pie contenant cinq œufs. Les père et mère en construisirent immédiatement un autre sur un saule, à cent mètres de là, et, neuf jours après, la mère y déposait le premier œuf d’une seconde ponte. Dans des circonstances analogues des moineaux ont fait un nid en six jours, du 17 au 22 mai 1874.

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Beauté du Nid.

Oh ! le beau nid ! tel est le cri qui s’échappe de la bouche et du cœur de celui qui en trouve un, surtout quand c’est la première fois que cette bonne fortune lui arrive ; tel est aussi le cri que nous n’avons pu retenir avant d’arriver à ce chapitre.

Le nid est en effet une des plus intéressantes créations que nous puissions contempler, et, assurément pour l’oiseau, la plus charmante de toutes.

C’est de ce gracieux berceau que partent chaque annéed’innombrables auxiliaires de l’homme, d’une puissance de locomotion que rien n’égale, chargés d’assurer et de multiplier les bienfaits de l'élimination et d’animer Tunivers de leurs grâces et de leurs concerts.

C’est par la savante édification du nid que se révèle toute l’intelligence (1) de l’oiseau. C’est aussi grâce au nid que nous pouvons admirer ce qu’il y a de plus grand et de plus noble dans ses affections, les doux liens de la monogamie, les ardeurs de la maternité, le dévouement conjugal et paternel, les intimes relations de la famille, l’amour du foyer.

(1) Ici, comme dans tous les autres passages où nous employons ce mot, nous le prenons dans le sens large et vulgaire, et non dans le sens philosophique et rigoureux. Nous n’avons garde d’attribuer à l’animal ce qui est le privilège de l’homme, la perception de l’universel, ainsi que s’expriment les philosophes.

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Aussi, comme les créations importantes de notre monde, le nid nous apparaît avec les attraits delà beauté. Par ses grâces, il lui a été donné de refléter des vérités d’un ordre supérieur. Les charmes de la musique lui viennent encore en aide; car c’est surtout près de ces asiles chéris que les oiseaux s’évertuent à chanter, c’est alors qu’au milieu du silence ou des bruits de la terre nous pouvons admirer leurs mystérieux concerts, entrevoir les beautés de la nature et la grandeur de Dieu.

Le nid a donc été enrichi du don de toucher, de charmer et de favoriser en nous les meilleures aspirations.

Certains détails ne seront peut-être pas inutiles pour mettre en lumière quelques-unes de ces considérations.

Ainsi que nous l’avons dit, l’édification du nid est assurément très-intéressante; alors on n’entend ni le roulement si assourdissant des voituriers, ni les coups de marteaux, ni les grincements de la scie. Point d’échafaudage , de chute, de jambe cassée, d’ouvriers ensevelis sous un pan de mur; loin de l’air poudreux des chantiers, dans une atmosphère pure et embaumée, vous voyez, non pas de simples ouvriers, mais des artistes, des artistes récemment mariés et s’évertuant à composer de très-solides et très-gracieux berceaux. Ils sont en habits de fête, ils portent ce que les naturalistes appellent la robe de noce, et le marié à lui seul est capable d’égayer tout le voisinage . Sous le charme de son chant, le travail devient léger et s’accomplit avec enjouement.

Chacun des époux s’empresse, surveille ou fabri-

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que, inspecte, rectifie, orne; et, dans les heures si courtes du printemps, quel cœur humain ne s’est laissé toucher par les brillants chanteurs que l’on nomme le rossignol, la grive, l’alouette ; ceux même des oiseaux qui n’ont pas été organisés pour être des solistes dans les concerts, s’efforcent de donner à leur voix des accents véhéments et poétiques.

Deux mésanges bleues, je l’ai dit, sont venues depuis plusieurs années nicher dans une statue en fonte de mon jardin. Cette statue, haute de deux mètres, représente une jardinière qui, en élevant le bras gauche, soutient une cruche sur sa tête; cette statue se trouve en face d’une des fenêtres de mon cabinet. Je ne pouvais donc être plus favorablement placé pour étudier ces oiseaux ; aussi n’ontils eu aucun secret pour moi. Tout d’abord, et à mon regard bienveillant pour eux, ils voulurent bien me compter au nombre de leurs amis, et, le 16 avril 1871, ils décidèrent que leur nid serait établi sous l’épaule du bras gauche de cette statue.

Ils avaient vu que les bras, comme le corps, étaient creux. 11 était, il est vrai, difficile de pénétrer jusqu’à l’emplacement choisi, il fallait descendre à soixante centimètres et comme dans un puits, passer par l’orifice du col, qui n’a que trois centimètres de diamètre, traverser le vase, le fond du vase, qui est également très-étroit, et enfin arriver à l’avant-bras ; mais plus c’était difficile, plus cette cachette était pour d’autres impénétrable. On se mit donc à l’ouvrage. Je me demandais si le chef de famille allait donner lé bon exemple et travailler. 11 n’en fut rien. 11 est possible que sa jolie

compagne lui ait dit en son mystérieux langage: Je t’en prie, laisse-moi faire ; les matériaux ne sont pas lourds, pas éloignés; il me sera très-agréable de les placer, de les enlacer de manière à en faire un joli petit nid.

Ne croyez pas cependant que le mari soit resté dans l’inaction. Perché sur un paulownia qui recouvre ma statue, il était sans cesse en observation, tout prêt à donner un signal d’alarme en cas de danger; et puis, il fallait le voir et l’entendre ; son plus beau refrain, il le redisait sans cesse avec toute la pureté et tout l’éclat de sa voix ; les notes perlées du rossignol arrivaient-elles à son oreille, il faisait de nouveaux efforts pour se surpasser et mieux accentuer ses sentiments.

Le 18 avril, nous en étions là, l’ouvrière multipliait ses voyages, et portait à leur destination des queues desséchées des feuilles d’un vernis du Japon, quand, démon cabinet, j’entendis le chanteur pousser des cris de colère et de détresse ; d’un bond, il était descendu, des hauteurs de la poésie, dans les bas-fonds de la prose, et semblait même lancer des jurons et des malédictions. Il était aux prises avec quatre moineaux du voisinage. Je compris de suite le sujet de la querelle. Les moineaux étaient établis sous la chanlatte du toit le plus rapproché, et les mésanges les importunaient. Elles pouvaient plus tard leur faire concurrence pour la chasse aux chenilles, et d’ailleurs elles étaient d’une pétulance agaçante. Vite j allai chercher une échelle et j’enlevai les nids de moineaux, pensant que de la sorte je ferais déserter ces oiseaux.

En effet, les mésanges ne furent plus inquiétées;

elles se calmèrent et se remirent l’une à travailler, l’autre à chanter.

Le lendemain, même cri d’alarme : au lieu des expansions du cœur, des notes aiguës, perçantes, redoublées, de véritables cris de fureur ; les mésanges avaient les yeux en feu, les plumes hérissées, et ressemblaient à de petites furies. Oh I c'était bien naturel ; un vilain chat s’était glissé sournoisement dans un petit coin où l’oiseau allait chercher de la mousse; blotti et à l’affût derrière une pierre, il était prêt à bondir. L’ayant aperçu, je courus chercher mon pistolet de salon et une cartouche de cendrée et je revins aussi vite. Ai-je été adroit? Je ne sais ; mais le braconnier ne reparut plus.

A partir de ce moment, mes deux mésanges vécurent en paix, la maîtresse du logis vaquait à ses nombreuses occupations, elle cherchait la plus belle mousse, elle composait de la filasse avec de l’écorce d’arbre, pour relier entre elles les queues desséchées des feuilles, et pour matelasser l’intérieur du nid elle mettait tout en œuvre.

Comme elle était très-occupée, son cher époux lui apportait quelquefois de la nourriture.

Je n’ai pu examiner le nid, puisqu’il était caché dans ma statue de fonte ; sans doute qu’il était parfait, car le 1 er juin, à cinq heures du matin, je vis apparaître successivement, au sommet de ma statue, dix jolies petites mésanges.

Quant à notre musicien, jusqu’au 22 avril, c’està-dire pendant les voyages si multipliés de sa compagne, il ne quitta pas son observatoire.

Il était d’une joie folle ; sans cesse en mouvement, il se livrait à des voltiges qui ressemblaient à la

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danse. Il chantait à gorge déployée. Après la scène du chat, il avait rabattu ses plumes, il les avaitlissées, il était redevenu beau, gracieux, et par suite un des ornements de mon jardin.

J'ai plus tard constaté, que, pendant l’élevage de leurs petits, ces mésanges me détruisaient parjour de mille à douze cents insectes, dont quatre cents chenilles.

C’est donc grâce à ces petits oiseaux que certains légumes ont été conservés et que j’ai pu goûter beaucoup d’excellents fruits.

Un détail bon à noter pour les ornithologistes, c’est que, pendant les hivers si rigoureux de 1871 et 1872, les père et mère de ces mésanges ne quittèrent pas Saint-Dizier.

Elles revenaient souvent dans mon jardin. Je les reconnaissais surtout à ce qu’elles descendaient dans ma statue pour visiter leur nid.

Si je me suis laissé aller à raconter cette petite histoire, en tous points du reste très-authentique et très-connue dans ma famille, c’est que vraiment l’oiseau est beau non-seulement en peinture et dans une collection, mais encore et surtout dans la nature, au moment de l’édification des nids. Lui qui est à un si haut degré la personnification du mouvement, il ne peut, dans l’inaction, se montrer à nous avec tous ses attraits.

Pour donner une idée des variétés de beauté que 1 on trouve dans les nids, essayons maintenant d’en décrire quelques types.

Je pouirais, en citant des auteurs^ parler des admirables constructions du tisserin à tête d’or, du tissez in loriot, du mahali, du nélieourvibaya, de

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l’orthotome à longue queue et de quelques autres espèces exotiques ; mais, pour justifier mes énonciations, il me suffira de prendre quelques exemples dans les contrées que nous habitons.

ARCHITECTURE DES MDS.

Genres et Types.

Considérés au point de vue principal de la forme, les nids semblent comporter trois ordres : le premier ordre comprenant ceux qui ressemblent à une coupe, le deuxième ceux qui sont recouverts et de forme sphérique, le troisième ceux qui sont creusés dans la terre et dans le bois.

Si l’on examine les matériaux dont se compose principalement chaque construction, on trouve encore des ressemblances et des différences caractéristiques et constitutives de genres, et ainsi les genres des nids en baguettes, en herbages, enterre, en mousse, en feuilles.

Ces divisions nous serviront à échelonner et à grouper les types dont nous avons à parler.

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