MATÉRIAUX POIDS
f Crin, radicelles, coton de diverses ] plantes et surtout aigrettes de
( chardon 2 gr. 50
{ Racines et herbes fines, mousse et
( duvet 4 40
( Paillettes de mousse blanche, toiles I et fils d’araignée 0 45
Poids total 7 gr. 55
Grand diamètre du nid
Hauteur du nid
Grand diamètre de la cuvette
Profondeur
Cube
Pinson. Chardonneret.
70 cent. cub. 46 cent. cub.
Le cube des nids nous indique d’abord que ces oiseaux peuvent se dispenser des grosses attaches et de la terre qui sont employées par les corbeaux, les merles et les grives ; aussi ils se contentent de rechercher les brindillés, de très-fines racines et des herbes à écorce rugueuse pour cimenter la mousse des parois et du lond ; mais ils entrecroisent avec tant d’habileté cette mousse et ces attaches, qu'ils en composent un véritable tissu. Le fond et les parois ont, en effet, avec la solidité convenable, l’impénétrabilité d’une étoffe, l’élasticité et la douceur d’un tricot.
Et cependant ce confortable a paru insuffisant aux
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père et mère. On préparait un berceau , on a voulu la mollesse d’un oreiller. Le pinson cherche des écorces filamenteuses de plantes, qu'il désagrégé, du poil, de la laine, du duvet de plantes, et il en compose une garniture pour tout l’intérieur. Le chardonneret fait de même, en donnant surtout la préférence aux aigrettes de chardon.
Quelques crins sont enroulés de manière à contenir cette espèce de duvet, qui, malgré le tassement, tend toujours à se dilater, et il en résulte une surface aussi unie que possible.
Ce n’est pas tout, le pinson, qui ne manque pas plus d’amour-propre que de goût, tient à ce que la façade de son nid porte la marque de ses œuvres. Les brins de mousse y sont si bien alignés, contournés et lissés, que la paroi tout entière ressemble à la toison d’un agneau.
Puis, cet oiseau cherche des paillettes blanches de lichen ou de mousse, et au moyen de fils d’araignée il les fixe et il les dissémine sur la façade qui est d’un jaune verdâtre, de manière à la couvrir d’espèces d’arabesques et de teintes granitiques.
Le chardonneret met moins de coquetterie à décorer l’extérieur du berceau qu’il prépare ; mais, comme le pinson, il tient à lui donner des teintes qui se confondent avec l’écorce des arbres. Quelques fragments de mousse blanche et des toiles d’araignée lui suffisent.
Ces deux oiseaux ont soin d’enchâsser, dans le massif du nid, les branches qui lui servent de supportai arrive ainsi qu’aux yeux des inexpérimentés ces charmantes habitations passent pour des nœuds de l’arbre ou des branches.
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5° Nids en feuilles.
BÉCASSE, LUSCINIOLE.
Nous avons déjà eu l’occasion de parler de l’habileté du rossignol dans l’art de plaquer les feuilles. Il nous suffira, je pense, pour caractériser ce genre de travail, d’ajouter quelques détails sur les nids de la bécasse et de la lusciniole.
Au sujet du premier de ces oiseaux, je transcris une page de mes notes prises au jour le jour.
Pendant les trois premiers mois de 1869, j’ai vu plusieurs fois, dans une enceinte de la forêt de Trois-Fontaines, une cinquantaine de moyens-ducs, qu’avaient attirés de très-nombreux petits mammifères du genre du mulot ; comme, le 17 mars de cette année-là, il y avait encore beaucoup de ces oiseaux, j’eus l’idée, en traversant cette forêt, le 17 mars 1874, de visiter cette même enceinte. Selon mes prévisions, je ne vis ni souris, ni moyensducs ; mais, en revenant à Saint-Dizier, j’eus l’extrême satisfaction de trouver et de pouvoir étudier un nid de bécasse.
J’étais arrivé dans des taillis de dix ans, près d’une fontaine et de la queue d’un étang. Comme j enfonçais jusqu’à la cheville du pied dans de la terre de bruyère, je me dirigeai vers le sommet du coteau. J avais à peine fait deux cents pas, qu’une bécasse partit: elle s’abaissa aussitôt, au lieu de fuir à tire-d aile derrière les arbres. Je compris de suite qu elle voulait attirer toute mon attention sur elle, et que je devais être près de son nid. Je m’arrêtai, je fixai les regards sur le sol et j’aperçus en
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effet, à quelques pas en avant, quatre œufs dans une jolie coupe, composée de feuilles sèches, établie dans une petite cavité, sur une pente légère d’un terrain très-résistant.
A neuf centimètres au-dessus du nid, il y avait une tige de ronce desséchée, d’un diamètre de 15 millimètres et qui apparaissait comme l’anse d’un panier. La bécasse entrait d’un côté et sortait de l’autre. Cette petite branche, d’une longueur de 70 centimètres , aboutissait à droite et à gauche à un tremble et à un saule de l’âge du taillis. Huit autres brindilles du genre de la première, amenées en avant et en arrière de cette ligne, complétaient les obstacles des abords de cette résidence.
Presque au milieu du bouleau et du saule se dressaient deux autres petites ronces très-vivaces et couvertes de feuilles vertes.
La cuvette du nid avait, à la partie supérieure, un diamètre de 12 centimètres, en profondeur 4 centimètres; et pour cube intérieur 200 centimètres , l’épaisseur était pour le fond de 25 millimètres, et pour les parois de 2 centimètres à la base et de 2 ou 3 millimètres au point le plus élevé.
Le 5 avril, c’est-à-dire dix-huit jours après, j’y retournai ; les jeunes étaient éclos et partis. Je pus donc sans inconvénient prendre le nid, en désagréger toutes les parties et constater ce qui suit :
Il y avait 430 feuilles sèches de chêne et de tremble. Elles avaient été plaquées les unes contre les autres, ramassées à terre au moment de leur emploi , et alors un peu mouillées et très-flexibles, elles s’étaient prêtées facilejmeiit à
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cette opération. Elles avaient été du reste reliées par leurs queues et par quelques brindilles de bois et de mousse, et il en était résulté un feutrage d’une certaine adhérence.
Tous ces matériaux pesaient 40 grammes.
Voyons maintenant la signification de ces détails. Le nid était tout près d’un sol marécageux, dans lequel les petits ont trouvé dès leur éclosion une nourriture facile et abondante.
Placé sur un terrain sec, ferme et en pente douce, jl a échappé aux filtrations de l’eau.
Entouré de petits obstacles, il a préservé la mère de toute surprise et détourné l’attention et le passage de quelques ennemis.
Recouvert d’une branche de ronce de vingt-cinq millimètres d’épaisseur, de deux autres plus petites, pourvues de feuilles vertes, il a échappé à l’œil investigateur des rapaces.
D’ailleurs, l’oiseau, le nid et les œufs ont une teinte grisâtre, qui est bien faite pour tromper les observateurs les plus attentifs.
Si la mère, comme attachée à ses œufs au plus fort de l’incubation, se laisse approcher de trop près, elle use du stratagème dont j’ai parlé et qui lui réussit presque toujours.
Le nid, établi dans un trou de terre, avait toute la solidité possible. Composé d’un feutrage de feuilles sèches, il était d’une douce élasticité, le fond ayant vingt -cinq millimètres d’épaisseur, la couveuse pouvait développer et concentrer sur ses œufs une chaleur de quarante et un degrés environ, malgré l’époque peu avancée de la saison.
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Cette jolie coupe, qui avait tout d’abord attiré mes regards, frappa donc bien vite mon esprit, et je me complus à réfléchir sur ces admirables manifestations de l’amour maternel d’une bécasse.
Et n’est-il pas vrai que les nids les plus simples sont encore extrêmement intéressants ?
Si j’ajoute quelques mots sur la lusciniole (lusciniopsis), qui n’est, pour nos contrées, ni un oiseau sédentaire, ni un oiseau de passage, c’est parce que son nid est aussi remarquable que rare. En 1871, j’en ai reçu un de M. Garnier, conservateur honoraire du musée de Poitiers, décédé en 1873, et c’est à l’obligeance de ce correspondant si regretté que je dois de pouvoir le décrire.
En voici d’abord les principales proportions, le cube et le poids.
Grand diamètre du nid Hauteur —
Largeur de la cuvette..
Profondeur — Cube
Poids total
0 ra , 05 sur 0 m , 00
80 cent. cub.
12 gr. 50
Or, ce nid est composé de feuilles de roseaux, longues de 0,10 à 15 c. et larges de 0,03 à 0,02 c. ; ces feuilles ont été régulièrement courbées comme des cercles et plaquées les unes contre les autres. L’ingénieux enfoncement de chaque pointe des feuilles dans le premier assemblage, dans la seconde et dans la troisième épaisseur, et quelques rugosités de ces feuilles ont suffi pour qu’elles s’unissent complètement les unes aux autres et pour
Wx ARCHITECTURE DES NIDS.
former une coupe assez solide ; n’est-ce pas admirable ?
L’envoi de M. Garnier était accompagné d’une lettre dans laquelle je trouve le passage suivant: « Le nid et les deux œufs que je vous adresse viennent des marais de Coucoury, à sept kilomètres de Saintes (Charente-Inférieure).
« Vous remarquerez que les deux œufs ne se ressemblent pas. Il me paraît probable qu’ils appartiennent, l’un à l’oiseau que M. Gerbe nomme lusciniole et l’autre à la lusciniole fluviatile. La différence des nids est insaisissable. Depuis trois ans que les oiseaux dont il s’agit ont été découverts dans 2.400 hectares de marais, on a toujours pris des œufs de deux grosseurs. Cette année, au mois de mai, on est parvenu à tuer sept oiseaux mâles et femelles : tous se ressemblaient. Ils sont parfaitement décrits dans Degland sous le nom de Cettie luscinoïde , et dans Temminck, troisième volume, sous celui de bec-fin des saules. Les nids sont placés à la base des touffes de roseaux dans des fourrés presque inabordables. L’oiseau est la plupart du temps invisible au milieu des plantes aquatiques ; il se glisse dans son nid comme une souris. Le mâle et la femelle couvent alternativement. Le chant du mâle a du rapport avec celui de la locustelle tachetée ; mais il est beaucoup moins prolongé ».
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6° Nids en herbes aquatiques et en joncs.
ROUSSEROLLE TURDOÎDE ET llOUSSEROLLE EFFARVATTE, MORELLE ET POULE D’EAU, CANARD, STERNE ÉPOUVANTAIL, STERNE MOUS- TAC ET STERNE LEUCOPTÈRE.
Cette étude de la lusciniole nous amène à parler de quelques nids qui se trouvent sur les eaux ou sur leurs rives. Il s’en faut qu’ils soient aussi artistement faits que celui de cet oiseau ; mais ils conviennent parfaitement pour la reproduction de chaque espèce, et ainsi ils sont encore très-remarquables.
Si, pour nicher sur les arbres, sur les maisons, et sur la terre, il faut, comme nous l’avons vu, beaucoup d’habileté, il y a également sur l’eau de grandes difficultés à surmonter.
Les bords des étangs et des rivières sont souvent furetés par des animaux de tous genres et par les hommes. Si tous les oiseaux d’eaux y avaient établi leurs pontes, ils auraient risqué d’être sans cesse dérangés et même détruits, et d’ailleurs ils auraient été souvent trop éloignés du centre des éliminations dont ils sont chargés.
Un certain nombre devaient donc nicher à la surface même des eaux.
On pouvait dans quelques circonstances profiter d’une butte de terre s’élevant au-dessus de l’eau, d’une loge de canardier, d’herbages et de joncs amoncelés, d’un morceau de bois échoué ; mais ce sont là des ressources exceptionnelles.
Le moyen le plus naturel et le plus généralement pratiquable était d’attacher le nid à des roseaux ou à des joncs.
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Aussi, c’est à des roseaux que les rousserolles suspendent leurs berceaux ; et la morelle et la poule d’eau , qui sont des oiseaux très-lourds, construisent des espèces d’esquifs qu’elles amarrent au moyen de joncs et autres plantes aquatiques. Les sternes ou hirondelles d’étang font de même.
La terre et les baguettes ne pouvant, dans ces circonstances, être utilisées, ces nids, par la nature de leurs matériaux, appartiennent aux genres des fauvettes et des pies-grièches, de la bécasse et de la lusciniole ; mais sous d’autres rapports ils en diffèrent trop, pour que nous omettions d’ajouter certains détails à ce que nous avons déjà dit.
Voici d’abord quelques chiffres que j’ai obtenus en pesant et en mesurant deux nids de rousserolle :
Diamètre de la cuvette. . .
Profondeur de la cuvette.
Diamètre du nid
Hauteur —
Cube —
Rousserolle
Rousserolle
turdoïde
effarvatte
(sylvia
(sylvia
turdoides .)
arundinea .)
0 W , 05 sur 0 m ;
0 ra , 085
50 cent. cube.
Rousserolle turdoïde.
( Feuilles desséchées de joncs
Fond et paroi
J De roseaux et de plantes aquatiques...
( Duvet végétal
> 25 gr.
Garniture
intérieure
' Herbes fines et tètes de roseaux.. .
Poids total
36 gr.
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Rousserolle effarvatte.
Tiges et petites racines d’herbes,
muc pa ) coton végétal., 5 gr. 70
Garnituie \ jj er jj es très-fines 3
intérieure (
Poids total 8 gr. 70
Quelques explications sont le complément nécessaire de ces chiffres et de ces faits.
La plus grande préoccupation de la turdoïde a été assurément de suspendre solidement le nid qui devait recevoir ses œufs plus lourds que l’eau et ses jeunes dont les pieds ne sont nullement palmés.
Or, ce berceau, pesant 36 grammes, avait à porter 5 œufs du poids de 15 grammes environ, plus la mère de 29 grammes. Les petits arrivant à leur grosseur, ce poids devait aller à 174 grammes 30 centigrammes, et même avec la mère à 203 grammes 50 centigrammes.
C’était là un fardeau beaucoup trop lourd pour un roseau ; il fallait en trouver au moins trois, également éloignés les uns des autres, comme le sont les angles d’un triangle équilatéral , et capables par cela même de supporter et d’équilibrer trois points correspondants de la circonférence du nid.
Il fallait ensuite trouver à une hauteur de 30 à 50 centimètres, c’est-à-dire là où les tiges ne sont ni trop rapprochées de l’eau , ni trop flexibles , des feuilles de roseaux formant crochet ; le plus souvent on n’en rencontre pas de pareilles à la même hauteur sur trois tiges aussi rapprochées.
138 ARCHITECTURE DES NIDS
Enfin, pour placer les premières attaches de la fondation, la turdoïde ne pouvait s’aider d’un échafaudage quelconque, même d’une branche. Il fallait, pour un travail aussi important, que cet oiseau posât ses pattes sur la tige si mobile d’un de ces roseaux de manière à se tenir à peu près droite.
Eh bien ! il n’est nullement arrêté par ces difficultés.
Après avoir choisi, autant que possible au centre des éliminations qu’il prévoit, les trois, quatre, cinq, six ou sept tiges de roseaux auxquelles il attachera les bords de son nid, il va chercher parmi les feuilles desséchées de joncs, de roseaux, et de graminées aquatiques celles qui sont longues de 20 à 35 centimètres et qui ont le plus de souplesse, il les mouille, les unit, pour en former une mèche assez compacte, les place à la hauteur voulue sur un crochet formé par une feuille, les roule fortement autour de la tige d’un roseau, les dirige ensuite sur la tige voisine qu’il enroule également. En recommençant plusieurs fois avec le plus grand soin cette première opération, il rattache les unes aux autres les tiges des roseaux, comme on le ferait avec une ficelle ou plutôt une mèche de chanvre.
En continuant ainsi de bas en haut ce genre de travail, il arrive à tresser les parois du nid, comme un vannier une corbeille. Les tiges des roseaux n ayant pas toujours à point des crochets comme il en faudrait, la turdoïde englue de sa salive les herbes qu elle roule autour des tiges et les fait ainsi très-bien adhérer.
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A ces ligaments des parois et surtout du fond sont également collées des herbes aplaties et des feuilles, qui forment ainsi une espèce de cartonnage. Enfin, et pour que ces mélanges ne laissent rien à désirer, la turdoïde y ajoute un peu de coton qu’elle cherche sur les végétaux les plus rapprochés.
C’est contre cette paroi, d’un poids de 25 grammes, qu’est posée la garniture intérieure, composée de 11 grammes d’herbes très-fines et des panicules soyeuses des roseaux.
Si, pendant la construction, quelques attaches ont eu l’air de faiblir, on les a multipliées d’autant plus, et il arrive ainsi que certains nids ont 22 et même 25 centimètres de hauteur. Du reste, tous sont relativement profonds et épais. Il en résulte que les œufs et les petits ne sont pas exposés à souffrir de l’évaporation des eaux et à tomber, quand bien même les roseaux seraient très-agités par le vent. Le bord supérieur, ayant, en raison de la flexibilité et de la mobilité des roseaux, l’importance d’un cercle de tonneau, est tressé et renforcé comme le haut d’un panier.
Tout est donc mis en œuvre pour que le berceau de la turdoïde, quoique suspendu au-dessus de l’eau, en plein étang, ait autant de solidité que d’élasticité et de chaleur.
S’il n’y a pas de roseaux sur un étang, ce qui arrive quand il vient d’être mis en eau, la turdoïde va, comme les fauvettes, planter son nid sur un buisson des rives et surtout de la chaussée.
La construction de l’effarvatte ne diffère sensiblement de celle de la turdoïde que par le volume, le
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poids et la grosseur des matériaux. L’effarvatte fait même preuve, dans certaines circonstances, d’une très-grande habileté. Fréquentant le plus souvent les rives des eaux et les petits canaux, elle niche assez souvent sur un arbuste, sur des brandies qui penchent au-dessus d’une rivière ; alors elle fait des prodiges d’équilibre. J’ai vu des nids reposer tout à la fois sur une brindille de buisson et sur un roseau diversement inclinés, d’autres qui étaient suspendus comme celui d’un loriot.
L’esquif de la morelle ne se construit pas non plus sans peine et sans de graves préoccupations.
Les joncs, ayant moins de densité que l'eau, restent à la surface d’un étang; mais ce n’est qu’en en superposant un certain nombre qu’on obtient de l’élévation. Il en faut même de deux à trois cents pour supporter, à une hauteur convenable, une morelle et ses œufs, soit un poids de 1.200 grammes: 540 grammes pour quinze œufs, et 660 pour la mère.
Or, les joncs (scirpi) du nid, dont je donnerai plus loin l’analyse, pesaient, complètement séchés, 470 grammes ; ils s’élevaient à 13 centimètres au-dessus de l’eau, et comme la cuvette avait 6 centimètres de profondeur, il y avait entre le niveau de Feau et les œufs une épaisseur de 7 centimètres .
Des tiges de ces joncs, longues de 70 à 80 centimètres et ayant un diamètre de 1 centimètre , avaient été arrachées par l’oiseau , amenées les unes sur les autres et reliées entre elles par leurs racines , leurs feuilles rugueuses et détrempées. Sur un bout renforcé de ce radeau,
ARCHITECTURE DES MDS.
avaient été disposées d’autres feuilles de ces joncs destinées à la cuvette du nid ; ces dernières, desséchées, souples et flexibles, avaient été superposées, croisées et contournées de manière à former des bords assez solides et assez élevés. L’espèce de queue de ce radeau servait de rampe pour monter et pour descendre.
Si un pareil esquif avait été simplement placé à la surface même d’eaux dormantes, le vent l’eût poussé d’un bout de l’étang à l’autre. Il en serait résulté un éloignement du centre des éliminations à la charge de la morelle, une exhibition fort dangereuse, quand passentle busard harpayeetle milan noir, et même une culbute.
Aussi, la morelle avait eu soin de le construire au milieu d’un buisson de joncs, en sorte que les joncs du pourtour du nid servaient d’amarres.
Quand il y a une grande profondeur, le nid est enchâssé dans un massif de roseaux.
Dans ces massifs de joncs et de roseaux, la morelle trouve non-seulement des attaches et un abri pour son nid, mais encore des graines et des insectes, dont elle est chargée d’empêcher la trop grande multiplication.
Dans un étang qui vient d’être mis en eau, il n’y a pas encore de végétation, aussi on n’y voit pas les insectes, ni les petits animaux qui vivent de plantes aquatiques. C’est pourquoi les nids de morelle y sont très-rares.
Par cela même que cet oiseau construit à la surface d’un étang, il plonge et disparaît facilement dans l’eau, à l’approche d’un oiseau de proie, il a même le talent de ne reparaître que dans les lier-
142 ARCHITECTURE DES NIDS
bages, de laisser son corps entièrement submergé, de ne sortir que la tête et d’attendre ainsi que le danger soit passé. En même temps, il pousse une note d’alarme et met en éveil tous les voisins.
Avec des préoccupations du même genre, la poule d’eau construit un nid, qui a quelque ressemblance avec celui de la morelle.
Pour en composer le fond, les parois et la garniture intérieure, elle cherche et arrache au besoin des feuilles de joncs. Etant moins lourde que la morelle, elle ne se croit pas obligée d’en réunir les tiges pour les fondations. Elle cherche ordinairement une touffe de joncs bien enracinés, dans des eaux peu profondes et offrant beaucoup de résistance. Au milieu de cette touffe, elle emboîte ses premiers et plus gros matériaux. Ensuite, elle place et plaque les unes sur les autres, des feuilles de joncs et d’arbre. En les mouillant et en les pressant , elle obtient une certaine adhérence. Les feuilles de joncs composant les parois sont croisées et contournées de manière à donner toute la solidité désirable. Les plus minces et les plus souples sont naturellement réservées pour l’intérieur.
Ce nid, construit sur pilotis, comme celui de la morelle, se trouve ainsi fixé au sol et ne bouge pas plus que la touffe de joncs avec laquelle il fait corps.
f ne lois seulement, j’ai vu une poule d’eau établii son nid autrement qu’à l’ordinaire. On venait de lui détruire celui qu’elle avait fixé dans des joncs. Alors l’idée lui vint d’en faire un second sous
ARCHITECTURE DES NIDS
un vieux tronc de saule qui de la chaussée de l’étang était incliné au-dessus de l’eau.
Il est bon de remarquer que les nids de morelle et de poule d’eau ne sont faits que pour la période de la ponte et de l’incubation. À peine éclos les petits vont à l’eau. Plusieurs fois, j’ai pris dans ma main des œufs qui s’agitaient ; les petits faisaient de nouveaux efforts, ouvraient la coquille, se sauvaient, s’élançaient à l’eau, se mettaient à nager et môme à plonger. Ils étaient alors d’autant plus intéressants, qu’ils ont l’avant de la tête orné de plumes d’un rouge vif.
A ces considérations j’ajoute les chiffres de deux
analyses :
Morelle ( fulica atra)
Poule cl'eau (Gallimda chloropus )
Diamètre de la cuvette. . .
Profondeur
Largeur du nid
Hauteur du nid
Hauteur au-dessus de l’eau. 0 m ,13
Hauteur dans l’eau
Longueur de la rampe. . ,
Cube de la cuvette
. . . 1.080 cent.cub. 320 cent.cub.
Poids total du nid
. . . 470 gr.
65 gr.
Les nids de canards ressemblent d’autant plus à ceux de la morelle et de la poule d’eau, que le plus souvent ils sont établis sur des touffes de joncs, sur les bords ou à la queue des étangs.
Il importe seulement de signaler certains faits nouveaux que j’ai pu constater.
De très-jeunes canards des espèces du nord, connues sous les noms de souchet, anas clypeata (Boie, ex Linn.) (canard spatule) ; siffleur, anas penelope
IM
ARCHITECTURE UES NIDS
(Linn.); pilet, anas acuta (Linn.) (canard à longue queue), ont été tués sur les étangs du Der, au 1 er août de 1866 et de J 867.
J’ai eu connaissance d’une ponte de pilet, qui datait du 30 avril 1870.
Nous voyons également, en été, et meme chaque année, des nichées d’une espèce du midi, appelée nyroca, anas nyroca (Boie) (sarcelle d’Egypte). Les deux dernières pontes que l’on m’a indiquées dataient, l’une du 28 mai 1873, l’autre du 30 mai 1874.
La première avait été prise par un canardier, dans une loge de l’étang de Lahore. Les douze œufs dont elle se composait furent pris et confiés à une cane domestique. Les petits sont éclos très-bien ; mais ils avaient des instincts de sauvagerie si développés, qu’à la première excursion dans le ruisseau voisin, deux y restèrent. Au bout d’une semaine, tous avaient quitté la mère pour vagabonder.
La grande sarcelle d’été, anas querquedula (Linn.), niche également sur nos étangs.
Il se trouve ainsi que, pour ces canards du nord et du midi, nous sommes à la limite extrême des régions qu’ils habitent plus particulièrement en été.
Nous avons vu que les forces de l’élimination ont été créées et distribuées dans la nature, de manière à pouvoir, dans toutes les circonstances, modifier, régulariser et rendre plus profitables à nos intérêts les productions végétales et animales.
Or, si, pour pratiquer et régulariser les éliminations sur les eaux et sur leurs rives, il n’y avait eu que des échassiers du genre de la morelle et de la
ARCHITECTURE DES NIDS
poule d’eau, des palmipèdes comme le canard et quelques passereaux, les graines, les œufs, les larves d’insectes et les animaux naissants n’auraient pas échappé à leurs recherches; mais les insectes ailés n’auraient pas été suffisamment contenus et ils se seraient multipliés au point de rendre inabordables les étangs et les terres marécageuses.
Autour de nos maisons et des petits cours d’eau, dans la plaine, sur les lisières des bois, les hirondelles d’écurie, de fenêtre, de rivage et les martinets font la police des insectes ailés ; mais dans les contrées où il y a des groupes d’étangs ou de marais, ces agents, quoique nombreux, sont insuffisants, il leur faut des auxiliaires, ou plutôt ils devaient être remplacés par des éliminateurs plus puissants.
Aussi dans la région des étangs du Der, situés à la jonction des départements de la Marne, de la Haute- Marne et de l’Aube, voyons-nous chaque année, et quelquefois en très-grand nombre, des oiseaux que les savants nomment sternes et guiffettes et qui sont connus dans ces pays-là sous les noms d’hirondelles de mer, de marais ou d’étang.
Dans un catalogue de la faune de l'Aube, date de 1843, un de mes savants correspondants, M. Ray, conservateur du musée de Troyes, a signalé dans l’Aube la présence de la sterne épouvantail, sterna nigra (Linn.), pendant tout l’été.
En 1864, au congrès de Troyes, j’ai avancé que j’avais découvert l’espèce dite moustac, sterna hybrida (Gray, ex Palias), dans la région du Der et qu’elle devait y nicher. On ne me ménagea pas les
AKCHlTECTtME DES NIDS.
objections, parce que mon assertion n’était nullement en rapport avec ce que les naturalistes ont écrit à ce sujet. Je tins donc d’autant plus à vérifier et à confirmer ce fait.
Or, en J 867, 48 68, 4874, 1872, 4873 et 4874, j’ai visité plusieurs étangs de Giffaumont (Marne) et j’y ai vu chaque fois des nids de l’épouvantail et de la moustac.
En 1872, j’ai même été assez heureux, ainsi que je l’ai dit, pour trouver une magnifique ponte de sterne leucoptère. Le nid de cet oiseau ressemblait extrêmement à celui de la moustac.
En jetant un premier coup d’œil sur ces constructions, on se demande comment elles peuvent inspirer assez de confiance aux père et mère ; mais ceux-ci se font une juste idée de la force de résistance des matériaux et ils savent n’en employer que le moins possible, sans compromettre leurs œufs et leurs petits.
Ils commencent par s’assurer que tel amas de vieux joncs est bien amarré et assez solide et compacte pour servir de fondation. Quand des touffes de plantes aquatiques et vivaces leur offrent le même avantage, ils s’en emparent. Je n’ai pas encore vu un nid flottant qui fût sans attache. Il est vrai que, le plus souvent, elles ne sont pas apparentes, et que pour les sentir il faut enfoncer les bras bien avant dans l’eau.
Il est bon que cet emplacement ne soit pas éloigné d’un groupe de roseaux ou de joncs, afin de n être pas trop en évidence ; de même qu’il ne doit pas être d’un accès difficile, parce que ces oiseaux ont besoin d’espace pour prendre leur vol. Une épouvan-
ARCHITECTURE DES NIDS
tail que j’ai mesurée avait de taille 24 centimètres 5 millimètres, et d’envergure, 61 centimètres 3 millimètres ; en plein vol elle couvrait une surface de 383 centimètres carrés* Le mesurage d’une moustac m'a donné, au lieu de ces chiffres, les suivants : 28 centimètres 5 millimètres pour la taille, 71 centimètres 5 millimètres pour l’envergure, et 544 centimètres carrés pour la surface ; le premier de ces oiseaux pesait 67 grammes 25 centigrammes, et le second 87 grammes 25 centigrammes.
Les difficultés de l’emplacement étant résolues, les transports commencent. Ce n’est pas là une fatigue pour l’épouvantail ; car ses matériaux ne pèsent que 52 grammes quand elle les prend mouillés, et 9 grammes seulement quand ils sont séchés.
Un nid de ce genre, qui me semblait en caractériser beaucoup d’autres, était composé de 52 brins d’une plante aquatique nommée potamot (potamogeton crispus ).
Reliées entre elles par 12 vieilles feuilles filamenteuses de roseaux, les branches de potamot étaient elles-mêmes sinueuses, garnies de nombreux embranchements et de feuilles tuyautées ; tous ces matériaux, étant mouillés, croisés, enlacés et pressés, formaient avec les roseaux et les herbes de la fondation une unité très-compacte et élastique»
La cuvette avait en diamètre 7 centimètres, et en profondeur 2 centimètres* Les œufs n’étaient éloignés de l’eau que par un fond de 1 centimètre d’épaisseur. J’ai vu des cuvettes bien moins pro-
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fondes et d’autres, au contraire, dont le fond touchait l’eau : mais, à l’époque des pontes et de l’incubation, les eaux pluviales de cet étang sont relativement chaudes, et du reste, quand cela devient nécessaire, l'épouvantail fait des réparations à son nid et y ajoute de nouvelles herbes.
J’ai remarqué des nids composés entièrement de feuilles de roseaux. Les feuilles de l’année précédente avaient autant de consistance que de souplesse ; mouillées au moment de la mise en œuvre, elles avaient été aussi bien collées qu’enlacées.
La moustac cherche, pour ses fondations, 10, 15, 20 tiges de joncs ; elle les fixe à des herbages qui lui semblent bien ancrés et les recouvre de feuilles de joncs et de roseaux. Ces matériaux sont non-seulement superposés, mais encore croisés et enlacés de manière à supporter et à retenir au-dessus de l’eau les œufs, la mère et les petits. Les feuilles les plus souples et les moins larges sont réservées pour l’intérieur.
Si les sternes n’ont pas en architecture l’habileté du pinson et de la mésange à longue queue, elles ne sont pas moins dévouées à leurs petits; elles savent très-bien, par des moyens fort simples, mais appropriés aux circonstances particulières de leur vie, assurer leur reproduction annuelle.
Aussi, si elles ne sont pas empêchées par les canardiers, qui les détestent parce qu’à l’ouverture de la chasse elles donnent l’éveil aux canards et aux morelles , par le s troupeaux de vaches qui s’avancent très-loin dans l’étang, si, dis-je, des
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obstacles insurmontables ne s’opposent pas à leur installation , les sternes viennent chaque année, dans la région du Der, fournir un contingent nouveau de puissants éliminateurs.
A Giffaumont, aux Machelignots (Marne) et dans les villages voisins, il y a chaque année des fièvres paludéennes auxquelles n’échappent pas toujours les plus anciens habitants ; quant aux nouveaux arrivants, ils sont souvent obligés d’abandonner le pays. Les diptères y sont si nombreux qu’ils s’y voient sous forme de nuages. Pendant les chaleurs orageuses de l’été, on est obligé, dans les maisons les plus rapprochées des étangs, de brûler des herbages et des feuilles pour produire beaucoup de fumée et éloigner ainsi des milliers de mouches et de moucherons. Le bétail, les chevaux et les hommes sont sans cesse harcelés et ne peuvent souvent rester dans les champs. On comprend donc que les sternes soient venues prêter leur concours pour la destruction de ces ennemis aussi acharnés qu’innombrables et insaisissables.
Pour cette guerre, elles sont aux palmipèdes, aux échassiers et aux passereaux, tels que les rousserolles, les phragmites et les bergeronnettes, ce qu’est la cavalerie à l’infanterie. Elles croisent sans cesse et tombent à l’improviste sur les rassemblements. Par leurs cris perçants elles épouvantent et font lever les insectes qui cherchent à se cacher. Partout on assiste à des mêlées, à des poursuites et à des hécatombes. Ce qui nous a le plus étonnés, c’est une charge exécutée par un groupe de moustacs. Parties de la queue d’un étang, elles sont passées comme un ouragan au-dessus de nos têtes,
ont disparu dans la plaine et reparu quelques instants après, en exécutant toutes les évolutions imaginables, et toujours nous avions à admirer la rapidité, la variété et la grâce de leur vol.
Très-souvent donc les insectes, quoique ailés, n’ont pas le temps de se reconnaître , et leurs débâcles ne finissent qu’au départ des sternes, vers la fin d’août , quelques-uns restent jusqu’au 25 septembre.
Dans les estomacs de ces oiseaux, j’ai trouvé des diptères de beaucoup d'espèces, et en particulier des hannetons, des larves de ces coléoptères et des noctuelles.
Mais ce qu’on ne peut indiquer, c’est la quantité de ces insectes qui sont avalés en une saison par des colonies de 100, 200 et 300 hirondelles d’étang. L’épouvantail pesant 67 grammes et la moustac 87 grammes, chacun de ces oiseaux parcourait des centaines de kilomètres pendant le temps qu’il nous faut pour être exténués de fatigue et de faim, comprend-on combien il faut de mouches et de moucherons pour rassasier de pareils chasseurs?
Il n’est donc pas étonnant que j’aie pris plaisir à étudier la reproduction de ces oiseaux. Un de mes amis et collègues en ornithologie, M. le vicomte de Hédouville, s’est associé à mes recherches et nous sommes allés ensemble, six fois depuis huit ans, visiter les étangs sur lesquels ils nichent.
Rapporter tout ce que nous avons vu serait trop long; mais je veux, au moins pour les ornithologistes, ajouter quelques détails.
En 1867, les premières sternes sont arrivées à Giffaumont le 6 avril ; nous y étions le 7 mai. Sur
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un premier étang, nous n’avons rien trouvé. Il était quatre heures, quand, à la queue d’un second, nous vîmes un groupe de 8 nids d’épouvantails. Ils étaient à 100 mètres de la rive et n’étaient éloignés les uns des autres que de 3, 4, 5 et 6 mètres.
En naviguant j’aperçus, dans la direction de la chaussée, 5 nids de moustac également espacés de 3à6 mètres.
Nous avons compté environ 250 sternes qui planaient au-dessus de nous et qui essayaient sans doute par leurs cris déchirants ou plaintifs de nous effrayer ou de nous attendrir. Nous n’avions donc vu qu’un petit nombre de leurs nids.
Les pontes d’épouvantail dataient des 16, 24 et 30 avril, et celles de moustac du 24.
En 1868, les sternes arrivèrent le 27 avril et nos recherches eurent lieu le 28 mai. A la queue de l’étang où nous avions vu les nids en 1867, nous n’en trouvâmes pas un seul, tous étaient établis à 150 mètres de la chaussée près des massifs de joncs, de roseaux et d’herbages ; nous nous en doutâmes, quand, à notre approche, ces oiseaux se mirent à pousser leurs cris d’alarme.
Nous visitâmes 10 nids d’épouvantails ; les œufs de 3 d’entre eux touchaient à l’eau. Les pontes remontaient aux 27, 22, 18, 14 et 12 mai. Nous trouvâmes seulement 2 pontes de moustac datant des 20 et 22.
En 1869, les étangs de Giffaumont étant en culture, je me suis transporté, le 4 juim sur l’étang de Chantecoq , village voisin. J’ai vu 22 nids d épouvantails, dont les pontes remontaient aux 17, 24, 28, 31 mai et 1 er , 2 et 3 juin. Quelques sternes
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étaient arrivées le 13 avril ; mais les autres n'avaient pas paru avant les 27, 28 et 29 avril. Un nid se trouvait sur une botte de paille enchevêtrée dans les joncs, un autre était établi dans un ancien nid de morelle.
Il n’y avait pas une seule moustac.
Le 5 juin, je me suis rendu à l’étang de Lahore et je n’y ai aperçu que 8 épouvantails.
Le 3 mai 1871, M. le vicomte de Hédouville a trouvé sur un étang de Giffaumont trois groupes de nids de moustacs, le premier en contenait 9, le deuxième 8 et le troisième 30.
Le 30 mai 1872, sur le même étang, nous avons vu 16 nids de moustacs dont les pontes dataient des 3, 10 et 25 mai. 4 pontes d'épouvantails remontaient aux 18 , 25 et 30 mai. La ponte de leucoptère dont j’ai parlé avait dû commencer le 15 mai.
Le 13 juin 1873, il n’y avait sur le même étang que 6 nids d’épouvantails et 3 de moustacs.
Enfin, le 8 juin 1874, nous n’avons trouvé qu’une douzaine de nids d’épouvantails dans lesquels il y avait des œufs et 3 de moustacs qui étaient à peine achevés.
Je n’ai jamais vu plus de 3 œufs dans un nid d’épouvantail ; dans 2 seulement de la moustac, il s’en est trouvé 4.
L’étang de Chantecoq a 50 hectares, ceux de Giffaumont en ont chacun une centaine, celui de Lahore est à beaucoup près le plus grand de la région.
Six nids d’épouvantail et de moustac m’ont donné les moyennes suivantes :
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Epouvantail.
Moustac.
Diamètre de la cuvette
Profondeur de la cuvette.. .
Largeur du nid
Hauteur du nid
Hauteur au-dessus de l’eau
Hauteur dans l’eau
Cube
48 cent. cub. 80 cent. cub.
Les constructions en forme de coupe sont, dans nos contrées, les plus nombreuses : aussi j’aurais pu facilement multiplier les descriptions d’espèces et de variétés ; mais ceux des nids que je n’ai pas décrits ressemblent à tels ou tels des types dont je viens de parler ; de plus, dans le cours de cette étude, j’ai signalé ce que quelques-uns d’entre eux ont de plus caractéristique. On pourra donc déjà, je l’espère, apprécier les caractères et le mérite d’un nid que l’on trouvera et réunir les éléments d’un catalogue complet, qui est indispensable pour la distinction des espèces.
Par exemple, nous avons vu que les oiseaux de grande taille , qui nichent sur les arbres , sont obligés d’employer les plus solides des matériaux qu’ils peuvent porter , travailler et mettre en œuvre, c’est-à-dire de moyennes et de grosses baguettes. Leurs nids, qui ont 1 apparence d un fascinage, durent, il est vrai, plusieurs années. Eh bien ! aux types de la buse, de la bondrée et du coibeau, que nous avons donnés, se rapportent les nids d’éperviers, de faucons, de ducs, et au type du gros-bec, ceux de geais et de bouvreuils.
Beaucoup d’oiseaux se contentent d’herbages : les plus gros, parce qu’ils nichents à terre , les autre,
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parce qu'étant de petite taille ils n’ont pas besoin d’une construction de première solidité. Les nids de bergeronnette, de pipit, de bruant, de rougequeue tithys, ont de grandes analogies avec ceux de la pie-grièche et de la fauvette.
A ce genre appartiennent également les admirables hamacs du loriot et des rousserolles, la gracieuse coupe de l’hippolaïs, quoique, par les accessoires et le fini, elle ressemble à celle du chardonneret. Enfin, les gallinacés, les palmipèdes et les échassiers nichent comme la poule d’eau et la bécasse.
Les nids d’hirondelle et de merle sont des types auxquels on peut facilement rattacher tout travail en terre.
Si, comme nous, pour construire, les oiseaux emploient la terre, le bois et Je chaume, ils ont également recours à la mousse dont nous nous servons pour élever ou orner des reposoirs, fabriquer des pavillons rustiques.
Dans ce genre, ils font de charmants nids, auxquels se rapportent ceux du traquet tarier et de Taccenteur mouchet.
Les nids de rossignol, de bécasse et de lusciniole sont encore des types; ils font ressortir l’habileté des oiseaux qui fabriquent des cartonnages en feuilles plaquées.
Beaucoup de ces variétés de genre se retrouvent dans les nids de forme sphérique et meme en ceux qui sont creusés dans la terre ou dans le bois, et ainsi les types que j'ai produits faciliteront encore les recherches et les appréciations dans ces deux ordres.
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