‹ Étude sur les oiseauxChapitre 29 sur 43 · II · texte numérisé non relu

II

5 jeunes âgés de 7 jours

Beau temps

août

De 7 h.

10 jeunes âgés

de 6 jours

Beau temps

mai

De 7 h.

De 8 h.

3 jeunes âgés de 10 jours

Beau temps

juin

De 8 h.

4 jeunes âgés de 13 jours

Temps pluvieux jusqu’à 8 h.

du matin; brumeux jusqu’à 10heures;plus beau le reste de la journée.

juin

ARCHITECTURE DES NIDS

J’ai constaté qu’en 312 voyages, les moineaux ont parcouru 34.320 mètres, que 158 de ces excursions ont été faites par la mère, et 154 par le père.

En 459 voyages, les mésanges bleues ont franchi 45.900 mètres , soit pour chacune d’elles 22.950 mètres.

Un voyage de gobe-mouches ne représentait en moyenne qu’un parcours de 55 mètres; à ce compte, les 329 excursions n’ont produit que 18.100 mètres; mais, malgré cette infériorité, et à en juger par quelques apparences, le gobe-mouches se donne encore plus de peine que le moineau et la mésange. Dans ses courses aériennes, que le moindre moucheron se montre à son horizon, il l’aperçoit comme nous découvrons une perdrix dans la plaine, il s’élance à sa poursuite et le saisit rapidement quels que soient les zigzags que, pour s'esquiver, il décrive à toutes les hauteurs et dans toutes les directions. Grâce à la souplesse de ses mouvements, cet oiseau se livre alors aux voltiges les plus incroyables.

Les 430 voyages des hirondelles m’ont fait faire des calculs plus curieux encore. Sans égaler le gobe-mouches, dans l’art de crocheter l’insecte ailé dans de petits espaces, cet oiseau, grâce à son vol très-puissant et très-soutenu, a pu en capturer des quantités prodigieuses.

On a vu que les deux journées des père et mère représentaient 30 heures 30 minutes; or, en notant exactement les minutes et les secondes que ces oiseaux ont passées à donner la becquée et à se reposer, j’ai trouvé que le temps des distributions, à raison d’une minute en moyenne, pour chacune d’elles, avait été de 7 heures 39 minutes, et que 82

ARCHITECTURE UES NIDS

minutes avaient été employées à faire 10 poses près du nid. J’admets, ce qui est extrêmement probable, que les hirondelles ne se sont pas reposées loin de leurs petits, d’autant plus que chaque voyage avait à peu près la même durée.

En déduisant des 30 heures 30 minutes, 7 heures 39 minutes, plus 1 heure 22 minutes, c’est-à-dire 9 heures 1 minute, j'ai donc trouvé que ces oiseaux avaient passé 21 heures 29 minutes à voler. Au lendemain de ces explorations, c’est-à-dire le 21 juin, jai voulu calculer la vitesse de l’hirondelle rustique quand elle se livre à la chasse des insectes ailés. La moyenne de 15 observations m’a donné 56 kilomètres pour chaque heure, ce qui fait en chiffres ronds 1.200 kilomètres pour les 21 heures 29 minutes, soit pour chaque journée d’hirondelles 600 kilomètres !

Notons encore que l’élevage de ces oiseaux dure dans le nid 19 ou 20 jours, et qu’il se prolonge encore au delà de la sortie.

Ces chiffres ne sont-ils pas de véritables révélations? Comment, en pensant aux actes si nombreux, si variés et si constants du dévouement qu’ils caractérisent, ne pas entrevoir toute la beauté et toute la puissance de l’amour maternel des oiseaux. On comprend alors que l’instinct de la nidification s’épanouisse au foyer de cet amour, que l’oiseau y trouve la dextérité d’un habile ouvrier et même le feu sacré de l’artiste. On s’explique que partout et toujours les nids soient en parfait rapport avec les besoins et les goûts de chaque espèce.

Ces stations, sous les nids, m’ont naturellement

ARCHITECTURE DES NIDS

permis de faire d’autres observations sur la nourriture et sur les mœurs des oiseaux, mais les questions qui se rattachent à cet ordre de choses sont trop importantes pour être traitées incidemment. Gomment, cependant, ne pas dire un mot d’une des harmonies de l’élimination qui m’est alors apparue.

Pendant que dans les espaces très-restréints qui se trouvent entre les murs, les arbres et leurs grosses branches, les gobe-mouches s’élançaient à la poursuite des insectes ailés, et qu’ils les happaient au moment où ceux-ci s’efforçaient de disparaître dans les massifs,, mon attention était souvent attirée par les hirondelles et les martinets qui sillonnaient les airs à toutes les hauteurs; de temps en temps aussi j’apercevais deux fauvettes à tête noire qui furetaient dans les buissons.

Ainsi, pendant des journées de 15 et de 16 heures, autour du jardin où j’étais, à tous les étages de l’espace, depuis le sol jusqu’aux plus hautes régions, d’incalculables travaux d’élimination étaient exécutés, grâce à l’incomparable spécialité de ces ouvriers.

Je me demandais alors par quoi les destructeurs acharnés de ces insectivores ont la prétention de les remplacer !

N’oublions pas que nous étions au 21 juin, qu’à cette époque les inseetes pullulent, que beaucoup d’entre eux sont à l’état parfait pour se reproduire, qu’ils volent non-seulement pour des déplacements journaliers, mais encore pour prendre des cantonnements nouveaux, et dont quelques-uns doivent durer des années.

Aussi, au moment où les gobe-mouches et les hirondelles allaient goûter le repos de la nuit, c’està-dire à 8 heures 15 minutes, les chauves-souris apparaissaient et se mettaient au travail.

Ainsi s’opèrent et se continuent quelques harmonies de l’élimination, au profit surtout de ceux qui s’inspirent du dévouement des oiseaux pour protéger leurs nids.

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