CHAPITRE HI
De la Réfraction stellaire.
11. Dissémination illimitée des particules des comètes. — Suivant John Herschel, on a peine à concevoir comment les parties d'une, comète qui s'écartent du noyau sous la forme de ces immenses appendices qu'on appelle leurs queues, peuvent rejoindre par la suite le noyau de la comète : la réponse à cette difficulté me parait assez naturelle. C'est que les queues ne rejoignent point du tout le noyau, et les particules pesantes qui s'en vont ainsi séparées continuent leurs mouvements divergents suivant leurs orbites respectives indépendantes les unes des autres. A cet égard il y a lieu de faire une distinction entre les particules des queues, suivant leur état gazeux ou solide, sous le rapport de la résistance du milieu.
Les parties d'une comète qui sont des pierres plus ou moins grosses, et qui s'écartent du noyau le long de la S n * stmi X. 2
queue jusqu'au bout de cet appendice, peuvent voyager longtemps dans le ciel et s'échapper du système solaire suivant les deuxièmes asymptotes de leurs orbites héliobariques indépendantes. Ces petits corps peuvent, dans la suite des temps, pénétrer dans les empires de diverses étoiles, soit par exemple dans l'empire d'Arcturus ou dans celui de Sirius ; dans ces cas, la deuxième asymptote de l'orbite héliobarique d'un astéroïde sorti de notre système devient la première asymptote d'une orbite arcturobarique ou siriobarique. Et de même les aérolithes sporadiques qui pénètrent au hasard dans notre atmosphère ont pu arriver dans l'empire du Soleil par une première asymptote d'une orbite héliobarique, coïncidant avec la deuxième asymptote de quelque orbite arcturobarique ou siriobarique.
12. Formation d'une grande atmosphère circumsolaire. — Mais, quoique l'étude des étoiles filantes ait prouvé que ces petits corps solides sont, en général, des débris disséminés de comètes, plusieurs astronomes pensent que quelques-uns de ces débris peuvent être à l'état de poussière impalpable, ou même à l'état de gaz ou de vapeur. Il suffit d'ailleurs que quelques comètes se fassent vaporiser au périhélie, pour qu'il y ait des vapeurs pesantes dans leurs queues. Or si les atomes pesants d'un* gaz décrivent, autour du Soleil comme foyer, des orbites indépendantes divergentes, la densité du gaz doit s'abaisser au-dessous de la limite où la pression est nulle, après quoi le volume dans lequel les atomes gazeux se disséminent continue de croître. Ce volume croîtrait sans limite si les atomes gazeux se mouvaient dans un espace vraiment vide et sans résistance. Car alors ces atomes conserveraient indéfiniment leur vitesse réglée par l'action de la pesanteur vers le soleil toute seule, et se dissémineraient indéfiniment
dans la profondeur du ciel, suivant les deuxièmes asymptotes dès orbites hyperboliques.
Mais la réalité du milieu éthéré est depuis longtemps hors de doute. Il est vrai que quelques physiciens en sont encore à distinguer la matière et l'éther, comme si cet éther était quelque chose d'immatériel ; mais il me semble qu'il y a là une contradiction manifeste. Car d'une part l'éther, dont les ondulations propagent la chaleur rayonnante, ne s'ébranle, sous l'action des corps chauds qu'en entrant avec eux en partagé de leur force vive moléculaire, puisque ces corps chauds se refroidissent de toute la chaleur qu'ils rayonnent autour d'eux ; or le partage de mouvement constitue précisément la résistance des milieux. D'autre part, quand une série d'ondes caloriques rencontre sur son passage un groupe d'atomes pesants formant un corps imparfaitement transparent, ces atomes pesants entrent en partage d'agitation avec l'éther, et conservent, après le passage des ondes caloriques, une certaine quantité d'agitation moléculaire ou de chaleur statique ; et alors la quantité de chaleur rayonnante contenue dans la série d'ondes caloriques qui viennent de passer se trouve diminuée de tout réchauffement conservé par le corps pesant. L'éther est donc bien une matière, c'est-àdire qu'il ne peut s'ébranler en cédant à l'agitation communiquée par des corps quelconques qu'à la condition de calmer lés corps agitateurs de toute la force vive qu'il en reçoit; et lui-même, en agissant sur les corps pesants, perd toute la force vive qu'il leur transmet. C'est une matière très-peu dense et très-élastique ; mais sa densité n'est pas nulle, elle est aussi réelle que celle de l'or ou du plomb.
Peu importe que la résistance du milieu éthéré n'ait produit encore aucun effet sensible pour nos mesures grossières sur les mouvements des planètes, depuis le
petit nombre de siècles dont on possède des observations ; cette résistance peut être imperceptible dans le mouvement des planètes, au moins pendant un certain nombre de siècles, et devenir sensible dans le mouvement de corps pesants beaucoup plus volumineux que les planètes, et d'une densité beaucoup moindre. Et en effet on sait que les orbites elliptiques de quelques comètes éprouvent des altérations difficiles à expliquer sans la résistance sensible d'un milieu. Et en outre cette résistance peut être faible pour le noyau d'une comète, et devenir relativement considérable pour les vapeurs pesantes, indéfiniment plus dilatées que le noyau, qui composent l'extrémité de la queue. Cette conclusion est forcée, dès qu'on reconnaît, par la théorie de la lumière et de la chaleur, que l'éther oppose une résistance réelle, quelque faible qu'elle soit, au passage des atomes pesants.
La résistance de l'éther doit donc opérer un triage entre les matériaux pesants qui composent les queues des comètes. Elle retarde très-peu les plus gros bolides, un peu plus les petits aérolithes, encore plus les sables et les poussières impalpables, et enfin les vapeurs les plus dilatées doivent rester tout à fait en arrière. Tant que leurs atomes conservent des vitesses notables le long de leurs orbites héliobariques, la divergence de ces orbites fait que ces atomes s'écartent de plus en plus les uns des autres, et doivent, pour continuer leur mouvement, ébranler à leur passage des masses croissantes d'éther. L'attraction solaire doit donc enfin devenir prédominante, et les atomes gazeux cesser de s'éloigner du Soleil quand ils sont assez disséminés. Car il suffit pour cela que la vitesse d'un atome pesant devienne moindre que la vitesse parabolique sur l'orbite héliobarique correspondante à la distance actuele de cet atome au Soleil, pour que lorbite, en devenant elliptique, acquière un aphélie. Aussitôt après leurs
passages par leurs aphélies, ces mêmes atomes pesants commencent à retomber lentement vers le Soleil.
Or, selon Kepler, les comètes sont aussi nombreuses dans le Ciel que les poissons dans l'Océan. Donc, depuis le temps inconnu que le Soleil dissémine les comètes qui viennent s'échauffer à leur périhélie, les débris gazeux de leurs queues, retenus par la résistance de Téther, mêlés uniformément avec lui par le mécanisme des tourbillons, ont dû former une grande atmosphère circumsolaire, qui s'étend plus loin que les queues des comètes, peut-être au-delà des plus grandes orbites planétaires (et même au-delà des aphélies les plus éloignés des extrémités des queues des comètes périodiques).
13. Explication des parallaxes négatives de quelques étoiles. — On doit admettre que la grande atmosphère circumsolaire dont on vient de voir l'origine possède une densité surpassant très-peu celle de Téther relativement plus pur de l'espace interstellaire. Par conséquent ce mélange d'éther avec une proportion minime de matière pesante doit propager la lumière un peu moins vite que l'éther interstellaire. Dans cette hypothèse, qui me semble tout à fait admissible, la lumière qui nous vient des étoiles doit éprouver une réfraction très-faible, lorsquelle pénètre dans la grande atmosphère circumsolaire. Un calcul trèssimple, identique à celui des foyers des lentilles sphériques, montre que l'effet de cette réfraction consiste à diminuer d'une quantité constante les parallaxes annuelles que diverses étoiles devraient avoir, en raison inverse de leur distance, si la vitesse de la lumière était absolument invariable dans tout cet espace, depuis les étoiles jusqu'au voisinage du Soleil où navigue la Terre. Je nomme cette diminution apparente de parallaxe annuelle réfraction