ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUES
Anatomie pathologique
L’étude des lésions qui constituent la paralysie alcooliqueest de date relativement récente. Si cliniquement, ces accidents avaient été déjà signalés, leurs lésions anatomiques étaient encore bien loin d’être définitivement établies et nettement déterminées.
L’alcool produit-il des lésions médullaires et méningées ou des lésions des nerfs périphériques ? Ces derniers peuvent-ils être atteints isolément, primitivement ? Telle était la question à résoudre.
M. Lancereaux, dans son article Alcoolisme , du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales paru en 1864, rapporte une autopsie de paralysie alcoolique, dans laquelle la moelle fut trouvée atteinte de sclérose, en même temps que les nerfs du sentiment et du mouvement présentaient une dégénérescence granulo-graisseuse très évidente. Dans le même article, M. Leudet, de Rouen, dans une note communiquée à M. Lancereaux, rapporte avoir trouvé dans un cas l'hypertrophie . du névrilème et l’altération du nerf cubital chez un individu alcoolisé, qui. atteint d’une paralysie de ce tronc nerveux, succomba tout à coup sous l’inlluence d’une maladie intercurrente. Dans un second cas, relaté dans la Gazette hebdomadaire de 1865. M. Lancereaux (1),
(1) Lancereaux, toc. cil.
dit avoir de nouveau trouvé les mêmes lésions, sclérose médullaire, portant sur les cordons latéraux, lésions des nerfs, caractérisée par une dégénérescence granulo-graisseuse de l’avant-bras et des nerfs cutanés. Mais l’opinion générale, c’est que la paralysie alcoolique est de nature centrale, médullaire ; M. Leudet, dans son article sur la forme hyperesthésique de l'alcoolismechronique(l), analysant les symptômes que présentent ses malades conclut à une lésion de l’axe spinal. Wilks(2), place les altérations dans les méninges qu'il a trouvées épaissies, comme le sont les méninges cérébrales; cette méningite chronique déterminerait consécutivement des lésions scléreuses de la moelle et une atrophie de cet organe. Handfield Jones dans le Practitionner (3) parle de ramollissement delà partie postérieure et des cordons latéraux de la moelle. Dans aucun de ces cas, il n’est fait mention que les nerfs aient été examinés et personne ne semble douter que l’alcool ne puisse produire de myélite. Il faut cependant citer une observation de Thompson dans laquelle, outre la lésion médullaire il avait trouvé le nerf radial et le nerf péronier atrophiés.
C’est à M. Lancereaux que revient l’honneur d’avoir le premier démontré que l’alcool, comme bien d’autres substances toxiques, détermine une variété spéciale de paralysie, caractérisée anatomiquement par des lésions nerveuses périphériques. Dans ses leçons publiées dans la Gazette hebdomadaire de 1881, il relate plusieurs cas, où la moelle examinée était entièrement saine dans toute son étendue, ainsi que les racines médullaires, tandis que les nerfs périphériques étaient le siège d’altérations avancées. Broadbent signale un cas de paralysie alcoolique aiguë à la Société
(1) Leudet, loc. cil.
&) Wilks, The Lancet, 1872. - British medical journ. 1870, 81 déc. Leçons sur l’alcoolisme.
(3) Ilandfield Jones, The Practitionner, 1872, p. 331.
royale de médecine de Londres, au mois de février 1884, mais la moelle seule a été examinée ; elle fut trouvée entièrement saine. Néanmoins, dans la discussion qui suivit la présentation de Broadbent, la plupart des médecins, Wilks, Buzzard, etc., regardent la paralysie alcoolique comme une mériingo-myélite. Enfin tout dernièrement, deux observations de la plus grande importance, car elles sont aussi concluantes cliniquement qu’anatomiquement par la précision de leurs détails, viennent confirmer ce qu’avait vu M. Lancereaux en 1881. L'une est due à Dreschfeld (1) en Angleterre, l'autre à Moeli (2) en Allemagne ; ce dernier auteur, après avoir admis, dans un cas suivi de guérison, qu’il s’agissait d'une lésion centrale, eut l’occasion de faire l’autopsie d'un individu [alcoolique ayant succombé avec des phénomènes de paralysie localisée aux deux masses musculaires que constituent les triceps cruraux. Tandis que la moelle était saine, ainsi que' les racines antérieures et postérieures, les deux nerfs cruraux étaient, dit-il, atrophiés, et ne contenaient, par places, plus de tubes nerveux. Dreschfeld dit avoir retrouvé les mêmes lésions dans les sciatiques et le crural d’une femme ayant présenté les symptômes d’une paralysie alcoolique, aussi nette et aussi concluante que possible. Dernièrement encore Hadden (3) signalait le même fait.
C’est en nous appuyant sur ces divers cas qui deviendront de plus en plus nombreux, lorsqu on cherchera les lésions périphériques des nerfs, c’est en nous fondant sur l’examen attentif que nous avons fait, du système nerveux, dans un cas de paralysie alcoolique, que nous nous croyons autorisé à regarder les lésions des nerfs périphériques, comme caractérisant cette dernière aflection.
(1) Dreschfeld, Brain, Jnly, 1884-, p. 200.
(“2) Moeli, charité Annalen, IX p. 041.
(3) Hadden, toc. cil.
Non seulement les nerfs, mais les muscles sont malades, comme il est aisé de le comprendre.