‹ Etude sur les paralysies alcooliquesChapitre 16 sur 54 · Séances d’électricité · texte numérisé non relu

Séances d’électricité

Les douleurs, l’hyperalgésie sont moins vives; la pression sur la masse sacro-lombaire n’est plus douloureuse.

10 mars. — La force est revenue dans les membres supérieurs; les mouvements ont plus de précision et plus d’amplitude.

22 mars. — Les mouvements de la jambe droite sont un peu plus accusés qu’il y a 2 mois ; l’hyperalgésie est bien moindre, l’état général est excellent; pas de rêves.

14 mai. — Amélioration persiste; mouvements plus libres, plus étendus. Depuis la veille, la malade a ses règles qui n’étaient pas apparu depuis près de 6 mois.

Étal actuel. — Février 85. — L’amélioration est surtout manifeste dans les membres supérieurs; ils ont récupéré toute leur force, ou peu s’en faut. Du côté des membres inférieurs, l’amélioration s’est surtout accusée dans la jambe droite; la malade peut exécuter volontairement quelques mouvements de flexion avec le pied, ce qu’elle ne pouvait faire jadis ; les orteils eux-mêmes présentent quelques légers mouvements.

Cette amélioration est bien moins accusée dans le membre inférieur gauche, où les mouvements volontaires du pied sont encore entièrement abolis.

Des deux côtés, les mouvements de la jambe sont possibles, mais ils sont peu étendus. Toutefois, la marche est encore absolument impossible.

Les douleurs subjectives sont beaucoup moins vives ; elles ne se manifestent que par des picotements et de vives démangeaisons dans les mollets, forçant la malade à se gratter continuellement.

L’hyperalgésie est moins accusée qu’au début; l’hyperesthésie plantaire persiste. Les sens du tact, de la température sont normaux, ou du moins très peu atténués.

Voir plus haut l’exploration par les courants galvaniques.

Courants faradiques :

Le courant maximum est vivement ressenti par la malade sous forme d’un picotement intense douloureux.

Le courant maximum détermine dans le droit antérieur du côté gauche et du côté droit quelques légères contractions fibrillaires.

Les triceps des deux côtés ne répondent pas du tout au courant même le plus intense.

Jambe droite. — Avec un courant de moyenne intensité, le jambicr antérieur se contracte assez énergiquement; l’extenseur propre et l’extenseur commun ne réagissent plus.

Jambe gauche. Réactions entièrement semblables à celles de la jambe droite.

Les masses des muscles de la légion postérieure de la jambe ne réagissent pas.

Les péroniers des deux côtés réagissent avec un courant de moyenne intensité.

La contractilité faradique est entièrement revenue dans les membres supérieurs.

OBSERVATION II (Personnelle).

Paralysie d'origine alcoolique à forme paraplégique ; Paralysie incomplète

et atrophie des muscles de la jambe; Paralysie partielle de la cuisse ;

Hyperesthésie généralisée persistant malgré les troubles paralytiques ;

Troubles trophiques et vaso-moteurs des membres inférieurs ; Etal stationnaire depuis trois ans.

La nommée D — Sophie, âgée de SI ans, ménagère, est entrée le 5 octobre 1882, dans la service de M. Lancereaux à l’hôpital de la Pitié, salle Lorain, n° 10.

Antécédents héréditaires. Mère très nerveuse, très impressionnable, morte à la suite de couches. Son père était sobre, dit la malade ; il est mort d’accident.

Réglée à l’âge de 16 ans, elle était déjà nerveuse à cette époque, s’impressionnait facilement, mais elle n’a jamais eu d’attaque hystérique. Elle n’a jamais fait aucune maladie.

Quant à ses habitudes alcooliques, elle répond par la négation la plus complète, dit qu’elle est une honnête femme etc. Voici toutefois ce qu’elle raconte : vers l’âge de 30 à 40 ans, elle a commencé à mal dormir, à avoir surtout des cauchemars habituels qui consistaient quelquefois dans l’apparition dans ses rêves de bêtes féroces, ours, serpents etc., plus souvent encore c’étaient des apparitions de saints, de sujets religieux etc., elle parle du reste fréquemment de la Providence, de la justice de Dieu et montre une grande ardeur aux pratiques religieuses; il est rare qu’elle n’ait pas auprès d’elle, quand on l’examine, un livre de prières, un chapelet. — Tous les renseignements qu’elle donne sont très incomplets, car elle a oublié un peu ce qui s’est, passé, à part quelques événements, tels que la mort de son mari’ à quoi elle attribue beaucoup de faits importants de sa vie; quand on lui pose une question, elle parle de toute autre chose qui l’intéresse, d’affaires de famille etc. Aussi son histoire, qui serait intéressante, à beaucoup d’égards, étant donné la durée de la maladie, nous est-elle presque entièrement inconnue surtout dans sa période de début. Voici ce que nous avons pu savoir : entre 30 et 40 ans, cauchemars dont nous avons parlé, si terrifiants qu’elle ne voulait et n'osait plus dormir seule.

Ces cauchemars ont persisté et à cette époque elle aurait, dit-elle, été soignée par M. Gombault; son état s’est amélioré à cette époque.

Quant au début des accidents paralytiques, ils ont apparu au milieu de l’année 1880; c’est un matin quelque temps après la mort de son mari, alors qu'elle marchait encore la veille, qu’elle a fait une chute en se levant de son lit; depuis elle a dû garder le lit; les mouvements des pieds, dit-elle, étaient entièrement abolis, la flexion de la jambe impossible et dans

les membres supérieurs les mouvements étaient également difficiles. Cet état aurait duré trois mois et à la suite de quelques séances d’électrisation, les mouvements se seraient peu à peu rétablis, mais toujours d’une façon incomplète. A cette époque, elle aurait, dit-elle, éprouvé des picotements, des douleurs dans les membres inférieurs et supérieurs mais elle ne rend pas bien compte de ses impressions.

Quoi qu’il en soit, nous ne l’avons examinée qu’au commencement de 1884, alors que certains symptômes s’étaient un peu amendés. Nous trouvons sur une note très incomplète qui lui est relative, qu'au moment de son entrée, le symptôme le plus pénible qu’elle accusait, était constitué par des picotements, des fourmillements dans les membres inférieurs, des douleurs parfois des plus intenses ; ces douleurs revenaient la nuit avec une telle violence, que la malade sortait ses pieds du lit, sentant dafts l’air frais de l’atmosphère un calmant pour ses souffrances. En outre plusieurs fois elle a présenté les t

vomissements glaireux du matin. — Ces symptômes se sont beaucoup amendés depuis, les rêves et les troubles subjectifs de la sensibilité ont bien diminué, grâce au traitement hydrothérapique, au chloral associé à l’opium qu’elle prend depuis son entrée à l’hôpital ; seuls les troubles paralytiques sont restés avec l’hyperesthésie les traits prédominants de son affection. —

M. Lancereaux il y a 18 mois avait porté le diagnostic « paralysie alcoolique » aussi net que possible; seuls, les aveux de la malade faisaient défaut.

En 1884, commencement de l’année:

Etat actuel. — C’est une femme forte, bien constituée; la face est assez ordinairement vultueuse, congestionnée, et lorsqu’elle parle ses yeux s’animent, deviennent brillants, les lèvres sont tremblantes, puis au bout d’un instant, après un examen quelque peu prolongé, sa face se couvre de sueurs.

La marche, au début de la paralysie, tout à fait impossible, peut s’exécuter mais avec de grandes difficultés; on est obligé de la soutenir sous les bras ; on voit alors les pieds rester étendus sur la jambe, et la progression ne se •aire que sur l’extrémité antérieure de la plante du pied, au niveau de la base des orteils, le talon restant élevé de 5 à 6 centimètres au-dessus du sol; i n’est pas possible de faire disparaître cette attitude du pied bot équin, même en déployant une certaine force. A plusieurs reprises différentes, la malade ayant voulu se lever seule de son lit, est tombée et s’est fait une entorse de

l’articulation tibio-tarsienne.

Dans le décubitus dorsal, l’élévation des membres inférieurs dans leur totalité, est encore exécutée avec une certaine force, mais l’extension de la jambe sur la cuisse, lorsque, après avoir plié les genoux, on s’oppose à leui extension, est très taible; la résistance qu’on oppose ne peut être vaincu \

Coordination absolue dans les mouvements. Le pied est étendu sur la jambe, les orteils a peine fléchis sur la plante du pied, et conservant à peu près leur attitude normale. Lorsqu’on cherche â fléchir le pied sur la jambe,

même en déployant une certaine force, on voit que ce mouvement est impossible à exécuter et qu’il provoque de vives douleurs; l’absence complète de contracture dans les muscles du mollet fait supposer qu’il s’agit là d’adhérences articulaires ou périarticulaires. Le tissu cellulaire et la peau des jambes, des cuisses est considérablement épaissi, et par la palpation on sent à peine quelques masses musculaires, pas plus celles du mollet que celles de la région antéro-externe de la jambe; la masse du membre est diminuée de volume, malgré l’épaississement considérable du pannicule adipeux souscutané; la masse du triceps crural est flasque, diminuée de volume.

Nulle part, il n’existe de contractures.

Les mains et les avant-bras qui avaient été pris au début, ne présentent rien d’anormal dans leur musculature; pas d’épaississement du derme à ce niveau. Les mains, dit la malade, •• sont redevenues adroites, mais pendant longtemps je n’ai pu travailler. »

Les sensations douloureuses si vives du début sont amoindries, mais elles se reproduisent parfois ; ainsi, après une exploration électrique, la malade nous a dit n’avoir pu dormir pendant plusieurs des nuits qui suivirent, à cause des douleurs réveillées par cet examen.

La sensationdu tact est conservée partout; elle se rend compte des diverses excitations avec une netteté très suffisante; sens de position est intact également; le tact cependant a perdu sa délicatesse; en effet, la malade sent mal le sol, lorsqu’elle essaye de marcher.

La sensibilité à la douleur est la plus modifiée; en effet, la moindre piqûre, au niveau des téguments réveille des douleurs extrêmement vives, la malade retire ses jambes avec crainte qu’on ne recommence l’exploration; cette hyperalgésie est exagérée surtout aux membres inférieurs, particulièrement à la face antérieure des jambes; mais elle existe également aux membres supérieurs, surtout à la face dorsale des mains; elle est moindre sur le tronc, à la racine des membres; hyperesthésie très notable de la plante du pied; le moindre chatouillement détermine de véritables douleurs; la malade s’agite, retire ses jambes, se courbe en deux et son visage se couvre de rougeurs et de sueurs.

Pression douloureuse le long de la colonne vertébral \

Retard dans la perception de la douleur, très sensible.

La sensibilité thermique est également exagérée; l’impression d’un corps même à une température analogue à celle d’un corps ligneux, est perçue comme s’il s’agissait d’un corps très froid.

Le réflexe rotulien a disparu; mais une percussion exécutée avec le dos de la main ou bien le plateau d’un sthétoscope, détermine des petits mouvements saccadés dans la jambe, qu’elle soit faite au niveau du tendon rotulien ou en un point quelconque des téguments de la jambe; ce phénomène tient certainement à l’hyperesthésie cutanée.

Les piqûres ou les pincements de la peau ou même la simple pression du doigt déterminent l'apparition de vives rougeurs, qui ne disparaissent que longtemps après, plusieurs heures.

Le chloral, chez elle, détermine aussi fréquemment des éruptions cutanées.

Elle est prise également souvent de sueurs localisées au dos du pi .*d après l’examen ou l’interrogatoire qu’on lui fait subir.

Pas de douleurs spontanées, mais elle éprouve des sensations de brûlures» sous la peau, qui surviennent surtout la nuit; elle éprouve, en outre, des contractions musculaires involontaires dans les membres inférieurs, surtout lorsqu’elle a eu une émotion dans la journée.

L’exploration électrique est très difficile à pratiquer, car elle détermine de vives douleurs; les courants faradiques ne déterminent aucune contraction des muscles de la région antérieure de la jambe; quelques mouvements librillaires dans les muscles du mollet; le triceps ne répond pas. — Dans les membres supérieurs les réactions sont normales. — Avec les couranls galvaniques, la réaction élait très peu nette, quoique nous l’ayons essayée à plusieurs reprises, car les douleurs étaient vives, et la fermeture ou l’ouverture du courant ne donnaient pas lieu à des contractions bien localisées, mais à une trémulation du membre; cependant avec un courant de 40 éléments et de 60 milliampères, les contractions, particulièrement celles du triceps, étaient plus nettes à la fermeture du courant, au pôle négatif, qu’à la fermeture du courant au pôle positif. K S Z restait plus accusé que An S Z. Il nous a semblé qu’à la jambe, surtout à la région antérieure K S Z = An S Z, — mais, nous le répétons, l’excessive douleur empêchait les résultats d'être bien nets, car elle déterminait quelques mouvements involontaires chez la malade.

Pendant toute l'année *1884, la malade est restée dans un état à peu près stationnaire; elle accusait des améliorations ou des aggravations temporaires dans ses douleurs, mais la paralysie n’a pas changé d’aucune façon.

Le traitement a consisté en chloral et opium, seuls médicaments qui calment ses sensations subjectives douloureuses de la nuit, et en douches troides journalières. L’état général pendant toute cette période jusqu’à aujourd’hui est resté excellent. Bon appétit; légère constipation.

OBSERVATION 111 (1) (Personnelle).

Alcoolisme chronique (absinthisme) ; Paralysie des extrémités inférieures et supérieures; Hyperesthésie avec diminution de la sensibilité tactile; Exagération, puis abolition du reflexe rotulien ; Amélioration progressive ; Début en 1880.

Le nommé C..., âgé de 49 ans, employé de commerce, est entré le S mai 1884, à l’hôpital de la Pitié, salle Piorry, n° 8, service de M. Lancereaux, Pour cl>'S accidents cjui l’avaient amené une première fois, en 1810, à l’hôpital, et qui depuis se sont améliorés mais n’ont pas entièrement disparu.

<» L,a Pre“llèr? partie de cette observation a déjà été publiée dans la these de M. Gautier, Absinthisme chronique, Paris, 1882.

Voici les renseignements que nous trouvons consignés à son sujet dans la thèse de M. Gautier :

Le malade a joui d’une santé parfaite jusqu’au début de l'affection actuelle. A l’âge de 5 mois il a eu par accident la main gauche profondément brûlée. Cette main est réduite à une sorte de moignon dont les doigts, sauf le pouce, semblent avoir disparu, recouverts qu’ils sont par une surface cutanée lisse et plane. Cet accident n’a pas empêché le développement normal du reste du membre, et le malade se servait de sa main comme d’une sorte de crochet pour porter des objets assez lourds.

Jusqu’à il y a dix ans le malade a exercé dans son pays la profession de clerc de notaire, il vint alors s’établir à Paris où il est négociateur de fonds de commerce et c’est surtout depuis ce moment qu’il s’est mis à boire.

Les affaires dont il s’occupe se traitant presque toujours chez le marchand de vins, il buvait en moyenne 5 à 7 verres d’absinthe ou de vermouth par jour (plus d’absinthe que de vermouth). Il n’a jamais pris d’eau-de-vie et ne boit guère qu’un litre de vin par jour.

Depuis longtemps le malade dort assez mal. Il parlait tout haut la nuit, rêvait qu’il tombait dans des trous, dans des précipices, voyait des animaux. Il avait même, de temps en temps, étant éveillé, des hallucinations, voyant « des objets et des personnages imaginaires ».

Jamais de perte de connaissance ni d’attaques convulsives.

Sensation habituelle de nausée au réveil, mais jamais de vomissements.

Jusqu’à il y a un mois, aucun trouble dans les mouvements. Le malade continuait à vaquer à ses affaires, marchant beaucoup. La coordination des mouvements de la main était parfaite, puisque l’une des principales occupations du malade consistait à écrire des actes, ce dont il s’acquittait très bien .

Un mois avant son entrée, le malade s’enrhuma. Il fut pris de coryza et de toux avec un peu de fièvre. Il cessa alors ses occupations et c’est au bout de quelques jours d’interruption de ses habitudes alcooliques, qu’il remarqua, un matin en se levant, que ses jambes, fortement affaiblies, pliaient sous lui et que, selon son expression, elles n’allaient pas comme il voulait.

A partir de ce jour, il éprouve dans les pieds et dans les mollets des douleurs vives, continues, mais s’exaspérant la nuit, qu’il compare à des sensations de picotement, de brûlure, de déchirure, comme si des animaux lui mordaient les jambes.

Quatre jours après, étant sorti et voulant traverser rapidement la rue, il sentit ses jambes se dérober sous lui et tomba. Depuis lors, la faiblesse et les douleurs n’ont fait qu’augmenter, et le malade se décide à entrer à l’hôpital.

Etat à l'entrée. — C’est un homme d’aspect assez vigoureux, d’un embonpoint assez marqué. Le teint est très coloré, avec de nombreuses varicosités cutanées des joues. L’expression de la figure est triste, l’œil un peu vague.

Dûs que l’on interroge le malade, sa physionomie s’anime et il répond avec volubilité sans aucune hésitation de la parole ; sa lèvre supérieure est constamment tremblante et son front couvert de sueur.

Le malade se plaint de douleurs spontanées très vives, occupant les membres inférieurs jusqu’aux genoux. Le caractère de ces douleurs parait variable, le malade les compare tantôt à des piqûres d’épingles, tantôt à une sensation de déchirure, de morsures d’animaux.

Ces douleurs sont pour ainsi dire constantes, mais cependant beaucoup plus fortes la nuit. Depuis quelques jours, les mains et surtout la main droite, sont également le siège d’une sensation d’engourdissement, de fourmillement.

Si l’on vient à explorer la sensibilité, on trouve qu’au niveau des pieds, aussi bien à la face dorsale qu’à la face plantaire, la sensibilité tactile est assez notablement diminuée ; il faut appuyer asssez fortement avec le doigt pour que le malade sente le contact. A la jambe et dans le reste du corps, la sensibilité tactile est normale.

Le chatouillement de la plante des pieds est douloureux et provoque des réflexes très étendus.

Le réflexe rotulien est notablement exagéré.

La sensibilité à la douleur est aussi considérablement accrue dans les pieds et dans les jambes jusqu’un peu au-dessus du genou. — Le pincement léger de la peau, une piqûre d’épingle arrachent des cris au malade; et quand on le pince légèrement plusieurs fois de suite, il entre dans une violente excitation et ne veut plus qu’on le touche. Les points pincés restent assez longtemps rouges.

Hyperalgésie analogue, mais moins intense des extrémités supérieures remontant jusqu’au milieu des avant-bras.

La sensibilité à la température est normale.

La pression sur les apophyses épineuses est douloureuse sur toute la longueur du ràchis. On produit aussi une vive douleur par la pression dans la région ovarienne. Cette douleur est plus intense à gauche.

Quand le malade est au lit, les mouvements des membres inférieurs paraissent normaux; cependant, quand on lui fait garder pendant quelque temps la jambe élevée au-dessus du lit, elle est bientôt prise de tremblement et finit par retomber. Le malade peut marcher quelque temps sans appui, mais au bout de quelques pas il se fatigue et ses jambes fléchissent sous lui.

11 parait sentir très imparfaitement le sol, bien qu’il n’ait aucune perversion de cette sensation (sensation de duvet, etc). Il marche les yeux fixés sur ses pieds et à chaque pas contracte violemment tous les muscles du membre, pour le porter en masse en avant. Il pose lourdement le pied à terre, mais ne jette pas sa jambe de côté.

Quand on le fait rester debout sans marcher, ses jambes fléchissent au bout de quelques instants, et il est obligé de chercher un appui. Ce plié-

nomène paraît plutôt dû à un véritable affaiblissement musculaire qu’à une perte d’équilibre, car il ne se produit pas plus vite quand on fait fermer les yeux du malade.

Le membre supérieur droit, le seul dont le malade, vu son infirmité, puisse se servir pour exécuter des mouvements délicats, est aussi le siège de phénomènes assez marqués d’incoordination : le malade a beaucoup de peine à saisir de petits objets; il est dans l’impossibilité d’écrire; quand on lui fait garder quelque temps son verre à la main, elle tremble bientôt violemment, Il est obligé pour manger de saisir sa fourchette à pleine main.

Les nuits sont très agitées. Les douleurs le privent presque complètement de sommeil et, dès qu’il s’assoupit, il est réveillé par un cauchemar ou par ses jambes qui sautent dans son lit.

Aucun trouble de la vue ni des autres sens spéciaux.

Les autres fonctions sont à peu près intactes.

L’appétit est conservé, la langue nette, les digestions sont bonnes. Rien â noter du côté des poumons, sauf quelques légers signes d’emphysème. Rien au cœur.

L’urine ne renferme ni albumine ni sucre.

Le malade reste quelques jours en observation dans le service sans suivre de traitement. Il reste dans le même état. Il a de très mauvaises nuits, parle et crie en dormant et continue à éprouver de vives douleurs dans les pieds et les mollets.

A partir du 3 juin, une douche froide par jour. [Ce jour-là le malade se plaint que les sensations de fourmillement, de picotement remontent audessus des genoux.

6 juin. — L’impotence des membres inférieurs augmente, le malade ne peut qu’à grand'peine monter une marche d’escalier en se tenant à la rampe. Il ne sent que très imparfaitement les objets qu’il a dans la main.

11 continue à ne presque pas dormir, chloral 4 gr.

Le 7, le malade n’a pas mieux dormi, chloral 4 gr.

Le 8, quelques heures de sommeil cette nuit.

Le 12, l’affaiblissement des jambes a augmenté au point que le malade ne peut plus du tout marcher sans s’appuyer sur quelqu’un. 11 a perdu hier sa pantoufle et a continué à marcher sans s’apercevoir de cet accident. Comme il ne peut plus se tenir debout pour la douche, on le tait porter aux bains sulfureux (trois par semaine).

Le 20, le malade est dans l’impossibilité absolue de se tenir sur ses jambes qui fléchissent aussitôt sous lui.

Le 24, la sensation d’engourdissement douloureuse, d’abord limitée à la main et au poignet, remonte depuis quelques jours jusqu’au tiers supérieur du bras.

Pendant le mois de juillet l’état du malade reste à peu près le même. Il continue à bien manger. Son expression est plus naturelle ; il s’excite moins en parlant. Les sensations douloureuses des membres persistent, mais sont

bien moins vives. La coordination des mouvements de la main devient aussi meilleure. Le malade se sert plus facilement de son verre, de sa cuiller. Il a essayé à plusieurs reprises d’écrire, mais il n’a pu y parvenir.

20 août. — L’examen du malade donne les résultats suivants :

11 se sert mieux de sa main ; il peut tenir quelque temps un objet entre ses deux doigts sans être pris de tremblement. Il peut aussi maintenir quelque temps ses jambes élevées au-dessus du plan du lit. Nous essayons alors de mettre le malade debout, mais aussitôt ses jambes ploient, inertes, pendant cette tentative, on remarque que, dès que les membres inférieurs ont été mis dans une position déclive, ils sont devenus le siège d’une rougeur très vive, en même temps que le malade y éprouvait une sensation de chaleur douloureuse. On peut produire le même phénomène, très passager d’ailleurs, en pinçant à plusieurs reprises la peau des jambes et des cuisses.

L’hyperalgésie au pincement et à la piqûre existe encore et remonte jusqu’au milieu des cuisses, mais elle est bien moins vive qu’à l’entrée. L'hyperesthésie au chatouillement plantaire a aussi beaucoup diminué. La pression sur les apophyses épineuses et dans les fosses iliaques ne détermine plus de douleur.

L’attitude des membres inférieurs du malade au lit, semble indiquer que les muscles de la région antérieure de la jambe sont plus atteints que les postérieurs, le pied est en effet légèrement équin, les orteils fléchis sur la plante, particulièrement les gros orteils ; il faut un léger effort, pour les redresser.

L’exploration électrique donne les résultats suivants : La contractilité faradique, fortement diminuée aux cuisses paraît absolument abolie des deux côtés, aux jambes et aux pieds. De plus, le malade encore si sensible au pincement et à la piqûre sent à peine passer le courant, môme quand on porte la machine à son maximum d’action.

Le malade clectrisé (courant interrompu) assez irrégulièrement ne s’améliore que très lentement, vers le milieu de décembre, il peut se tenir un peu sur ses jambes.

A ce moment non seulement l’hyperalgésie des extrémités a disparu, mais il existe un certain degré d’analgésie.

A partir de janvier 1881, électrisation régulière.

Les muscles de la jambe commencent à se contracter sous l'influence du courant. Le gros orteil seul reste fléchi et presque complètement ankylosé dans la flexion, ce qui gène beaucoup le malade qui commence à pouvoir un peu marcher.

Les progrès de ia motilité continuent en février.

Le lo avril, le malade demande à quitter le service, appelé par scs affaires. I! marche encore assez mal, se fatiguant vile. Les gros orteils sont toujours fléchis, les genoux un peu raides. Il persiste un certain degré d’analgesie des membres inférieurs. Le malade éprouve encore de temps en temps la nuit des crampes et des fourmillements dans les jambes.

L’état général est d’ailleurs excellent.

État actuel. — 8 mai 1884. — Depuis 4 ans, l’amélioration est survenue progressivement, et le malade a récupéré une partie de ses forces, mais cependant la station debout est difficile, car l’articulation du genou est faible et se fléchirait facilement sous lui, s’il n’avait une canne pour se soutenir; la force est revenue dans le membre supérieur droit, qui est le seul, dont il puisse se servir. Mais les symptômes qui sont le plus accusés, sont les troubles sensitifs; le malade, en effet, se plaint de fourmillements, de crampes dans les mollets et dans les pieds, qui souvent le réveillent au milieu de la nuit; il lui semble alors, dit-il, que ses pieds sont dans de l’eau bouillante; à ces picotements se joint une sensation d’engourdissement. Quand il se lève et marche, ils persistent et sont plus intenses encore; la marche dans une rue pavée lui est des plus douloureuses et pénibles; il n’y a pas d’incoordination motrice, mais le malade marche sur le talon, en frappant le sol; cela tient probablement à ce que les douleurs à la pression sont bien plus accusées à la région antérieure de la plante du pied, au niveau du talon antérieur, et il évite d’appuyer cette partie de la plante du pied sur le sol; quand il l’appuie involontairement sur le sol, il lui semble qu’on lui enfonce des épingles à la plante du pied.

Équilibre parfait, même avec les yeux fermés.

Dans le décubitus dorsal, les pieds restent légèrement étendus sur la jambe, les orteils fléchis sur la plante du pied; mais cette flexion est très exagérée pour le gros orteil, qui tombe inerte sur un plan inférieur à celui des autres; les quatre derniers orteils sont fléchis, mais ce sont surtout leurs dernières phalanges qui présentent cette attitude, la première reste étendue sur le métatarsien correspondant; cette flexion ne peut être corrigée volontairement par le malade.

Mouvements d’abduction et d’adduction du pied un peu faibles, mais possibles.

L’extension de la jambe, l’articulation du genou fléchie, présente une force assez notable.

La sensibilité du tact est conservée, quoique cependant le malade ressente un engourdissement du pied et de la main; veut-il prendre de l’argent cans son gilet, il ne peut saisir les pièces de monnaie, qu’il sent difficilement.

Sensation de doigt mort.

Hyperesthésie au moindre contact, dans les membres inférieurs; elle existe également, mais bien moindre au niveau des membres supérieurs; hyperalgésie très accusée dans les mêmes régions. Sensibilité thermique exagérée; les moindres objets semblent froids au malade. Hyperesthésie plantaire très exagérée : le chatouillement de la plante du pied est très douloureux.

Abolition complète du réflexe rotulien.

Pas d’atrophie bien marquée des masses musculaires.

A l’électricité faradique, le jainbier antérieur réagit avec un courant de

moyenne intensité; l’extenseur commun et l’extenseur propre du gros orteil ne réagissent presque plus; avec un courant intense, on peut à peine déterminer quelques légères contractions de la substance musculaire.

La réaction est la même des deux côtés.

Avec un courant continu, la contraction du jambier antérieur gauche, était bien plus visible à la fermeture du courant au pôle négatif, qu’au pôle positif; nous n’obtenions rien à l’ouverture du courant. — L’extenseur propre du gros orteil, des deux côtés, ne réagit plus; l’extenseur commun réagit d’une façon bien plus nette à la fermeture du courant au pôle positif, qu’au pôle négatif, c’est-à-dire que An S Z plus grand que K S Z.

L’état est resté stationnaire pendant toutes les semaines et même les mois suivants.

Malgré le chloral, l’opium administrés chaque soir, les troubles subjectifs de la sensibilité ont persisté avec autant de violence.

Traitement. — Électricité faradique; douches froides.

Janvier 1885. — L’état général est excellent; le malade en bon état. — Quant à la paralysie, elle persiste avec les mêmes phénomènes; cependant le malade marche, se promène une partie de la journée, s’appuyant sur une canne.

OBSERVATION IV (Inédite).

Tous les détails cliniques de cette observation nous ont été communiqués par notre ami et collègue Blanc, interne des hôpitaux.

Intoxication alcoolique; paralysie des membres inférieurs , puis des membres supérieurs ; fourmillem ents, douleurs, puis anesthésie des part ies malades. — Diarrhée; escharre sacrée. Mort. — Évolution en trois mois. — Autopsie : Lésions généralisées des nerfs périphériques , nerfs cutanés et musculaires, caractérisées par une névrite parenchymateuse. Intégrité des racines médullaires, de la moelle et des cetres nerveux.

D..., Opportune, âgée de 44 ans, marchande ambulante, entre le 20 octobre 1884, dans le service de M. Audhorsi, à l’hôpital de la Pitié, salle Cruvelhier, n" 12.

Antécédents négatifs au point de vue pathologique; cette femme n’a eu qu’une grossesse il y a 12 ans, qui s’est terminée par un avortement.

Cette femme, que sa profession force, dit-elle, à boire beaucoup, présente tous les symptômes d’une intoxication alcoolique très accusée; depuis longtemps, elle a des pituites matinales, des cauchemars, des rêves effrayants; elle n’a guère bu que du cognac et du vin, mais elle nie avoir fait des excès d’absinthe ou de vulnéraire, etc.

Elle a toujours eu une vie très active; constamment en plein air, vendant et achetant de vieux habits dans la banlieue. Ses habitudes alcooliques semblent très anciennes.

Il y a deux ans déjà, elle aurait eu de la parésie passagère des membres inférieurs; puis il y a un an survint de nouveau de la faiblesse des membres inférieurs, qui disparut au bout d’un mois. Enfin, il y a un mois, elle a éprouvé des douleurs assez vives, des fourmillements très accusés dans les membres inférieurs, qui devenaient faibles en môme temps. Ce sont ces raisons qui la décident à entrer à l’hôpital.

21 octobre. — État actuel. — Les habitudes alcooliques de la malade sont peintes sur son visage; le faciès est rouge, vultueux, enluminé, des varicosités sillonnent les joues; les yeux sont brillants et la malade très émotionnée s’anime en parlant; elle présente à ce moment un tremblement manifeste des lèvres. Le caractère est emporté, impressionnable.

Dès la première nuit de son séjour à l’hôpital, la malade en proie à l’insomnie et à des cauchemars s’agite dans son lit, et empêche les autres malades de la salle de dormir.

La paralysie, qui a débuté il y a un mois, dans les jambes, est à peu près complète aujourd’hui ; les deux membres inférieurs sont également paralysés ; cependant, il faut signaler une légère prédominance de la paralysie dans le côté gauch*.

Tous les muscles sont à peu près fiasques, inertes, mais le pied est en extension sur la jambe ; les orteils sont fortement fléchis sur la plante du pied.

La station debout est absolument impossible, mais dans le décubitus dorsal elle peut encore, quoique avec peine, changer la situation des membres inférieurs.

Du côté des membres supérieurs, la paralysie a débuté peu de jours après celle des membres inférieurs ; elle est presque complète maintenant, mais elle porte surtout sur les muscles de la main et de l’avant-bras ; ceux-ci sont inertes, et la malade ne peut s’en servir d’aucune façon ; on est obligé de lui donner à manger ; le côté gauche est ici encore un peu plus atteint que le côté droit.

Si la malade a eu des douleurs ou de l’hyperesthésie au début, il n’existe plus maintenant qu’une anesthésie assez prononcée aux membres inférieurs, remontant jusqu’à trois travers de doigt environ au-dessus du genou ; en ces mêmes points, analgésie incomplète, mais bien marquée ; retard dans la perception des sensations ; une piqûre faite sur le dos du pied ou sur le mollet, n’est perçue que 5 à G secondes après.

En outre, la malade se plaint de troubles subjectifs divers de la sensibilité, de picotements, de fourmillements, de sensations bizarres dans les mollets, qui reviennent surtout la nuit.

Le chatouillement de la plante du pied n’est presque plus perçu. — Persistance de la sensibilité thermique.

Du côté de la main et du bras, on constate également une notable diminution de la sensibilité du tact et de la sensibilité à la cfouleur; elle est surtout accusée aux mains et aux avant-bras.

Abolition du réflexe rotulien des deux côtés ; mais si l’on pince un peu fortement la peau sur la partie antérieure de la cuisse, on voit aussitôt le membre inférieur se porter vivement dans l’abduction ; c’est là un phénomène purement reflexe, car la douleur provoquée par le pincement, n’est perçue qu’après le mouvement ; d’ailleurs, il est impossible à la malade d’exécuter volontairement le même mouvement.

Les autres muscles du cou, de la poitrine, de l’abdomen, fonctionnent d’une façon normale. Intégrité des sphincters.

Transpirations abondantes de la plante des pieds.

Pas de rougeurs des téguments.

Rien de spécial à noter dans les divers organes ; intelligence conservée ; cœur normal ; perte absolue de l’appétit.

Rien dans les urines, ni albumine, ni sucre.

Traitement. — Electrisation avec des courants continus et des courants induits.

Teinture de noix vomique. — Extrait d’opium.

1er novembre. — La motilité reste à peu près entièrement perdue ; depuis quelques jours, œdème de la jambe gauche.

4 novembre. — La malade ne peut plus se retourner toute seule dans son lit ; ce matin, en explorant la sensibilité, nous lui avons fait d’assez nombreuses piqûres d’épingle, sur le pied et les jambes, sans que la malade les ressentît tout d’abord, mais quelques minutes après, la malade a commencé à les sentir si vivement et pendant si longtemps, qu’elle n’a pu dormir.

12 novembre. — L’œdème de la jambe gauche a de la tendance à augmenter et, depuis 8 jours, la malade a eu 2 ou 3 fois de l’incontinence d’urine.

20 novembre. — Paralysie presque totale, sauf dans le membre supérieur droit qui, électrisé régulièrement, semble conserver sa force. Sensibilité, môme état.

Début d’escharre sur la fesse du côté gauche.

5 décembre. — Depuis quelques jours, la malade a une diarrhée rebelle ; l’escharre fessière gauche s'agrandit ; faciès terreux. Paralysie complète ; depuis quelques jours également, à l’incontinence passagère de l’urine, s’est jointe l’incontinence des matières fécales.

Il décembre. — Diarrhée intense, rebelle à tout traitement. — L’escharre fessière s’agrandit; inappétence absolue. Intelligence intacte.

20 décembre. — Mort à 1 heure du matin.

Les derniers jours, la malade s’est de plus en plus affaissée, épuisée par la diarrhée, ne mangeant rien, souillée constamment par les matières fécales, mais elle a conservé presque toute son intelligence jusqu’au dernier moment.

Autopsie faite le 21 décembre, 33 heures après la mort (1). — Cadavre sur-

(I) Notre ami Diane a eu l’obligeance de nous confier l’examen du système nerveux ; nous profitons de cette occasion pour le remercier de son amabilité.

chargé de graisse ; tissu cellulo-adipeux sous-cutané très abondant ; œdèm des deux extrémités inférieures. — Escliarre sacrée. — Rigidité cadavérique nulle.

Poumons. — Rien de particulier à noter.

Cœur surchargé de graisse ; la fibre musculaire est graisseuse, un peu jaunâtre ; pas de lésions des valvules, pas de lésions de l’aorte.

Foie gras, augmenté de volume, do coloration jaunâtre ; aspect luisant à la coupe.

Les reins sont graisseux, entourés d’une atmosphère cellulo-adipeuse très développée.

Estomac, rien de particulier, si ce n’est de nombreuses arborisations vasculaires; intestin normal. Dans la dernière partie du gros intestin, on trouve un certain nombre d’ulcérations, dont les- bords sont un peu irréguliers, décollés, et dont le fond est constitué par la partie profonde de la muqueuse’ pas trace de granulations tuberculeuses à leur surface, ni sur le fond ni au pourtour de l’ulcération.

Système nerveux, Encéphale. — Boite crânienne normale, les os sont peutêtre un peu fragiles.

Rien de spécial à noter sur les enveloppes.

La substance cérébrale est blanchâtre, assez ferme ; pas d’athérome des artères cérébrales. De nombreuses coupes faites sur divers points de la substance du cerveau ont démontré une intégrité absolue du cerveau, du cervelet. Il en est de même du bulbe et de la protubérance.

Les enveloppes de la moelle sont saines, non épaissies, n’adhèrent entre elles et à la substance médullaire en aucun point.

La Moelle elle-même, sur des coupes fraîches, ne présent rien de particulier ; aspect normal de la substance blanche et des cornes grises.

Les nerfs cutanés ont été disséqués en plusieurs régions, particulièrement au niveau des jambes et des bras ; plusieurs ont été disséqués jusqu’à leurs terminaisons dans la peau, en particulier le brachial cutané interne le musculo-cutané du côté droit, etc.; macroscopiquement, ils sont moins nacrés qu’à l’état normal, un peu plus grisâtres. D’autres troncs nerveux ont été examinés, en particulier le tibial antérieur des deux côtés.

Examen histologique. — Nerfs: Le procédé que nous avons employé, est le procédé ordinaire, séjour d’un tronc ou filet nerveux, préalablement tendu sur une petite tige, dans une solution d’acide osmique à 1/200 pendant 24 heures, puis lavage dans l’eau, séjour de 24 heures dans le picrocarmin, dissociation, examen dans la glycérine. Les nerfs examinés et traités ainsi ont été les filets cutanés du musculo-cutané, le tibial antérieur, le brachial cutané interne

Après coloration, ces nerfs apparaissaient., une fois dissociés, sous l’aspect de filets roses, au lieu d’avoir la coloration noire spéciale, que leur donne l’acide osmique.

Au microscope, ces nerfs présentent des altérations considérables ; les

nerfs cutanés ne présentent sur 2o ou 30 filets contenus dans une préparation plus un seul filet normal ; la myéline a presque entièrement disparu, n’apparaît plus ici et là que sous forme de petites boules de volume variable, de coloration noirâtre ; le nerf est réduit uniquement à sa gaine entièrement vide; accolées les unes aux autres, ces gaines se dissocient difficilement; elles sont ondulées, comme des faisceaux de tissu conjonctif et présentent leurs noyaux, bien distincts, de distance en distance, colorés en rose, tandis que la gaine est jaunâtre.

Sur de nombreuses préparations et dissociations, les altérations ont toujours été les mêmes, plus ou moins généralisées, mais toujours d’une netteté parfaite (planche, fig. I).

Les troncs nerveux des tibiaux antérieurs présentaient également des altérations d’une netteté aussi complète que possible ; sur un grand nombre de dissociations que nous avons faites en divers points du nerf, nous avons toujours retrouvé les mêmes lésions ; elles sont moins intenses, moins profondes que dans les filets cutanés. Ici, la myéline est fragmentée en boules plus ou moins nombreuses; en certains endroits de la préparationsur des filets nerveux isolés, on aperçoit la gaine entièrement vide, se ren. liant de distance en distance aux endroits où il existe encore de la myéline, Celle-ci n’a plus son aspect noirâtre, elle contient des boules grisâtres, très granuleuse. Le noyau augmenté, de volume en certains endroits, est isolé entre deux masses de myéline, et remplit la gaine ; en d’autres points il est allongé, n’od’re plus aucun rapport avec la myéline, qui a entièrement disparu. Nous n’avons pu retrouver le cylindraxe en aucun point ; nulle part nous n’avons Irouvé les lésions décrites par M. Gombault sous le nom de névrite segmentaire périaxide. Dans une préparation de bO filets nerveux environ, un quart étaient réduits à leur gaine, les autres présentaient des altérations très avancées ; ici et là, un ou deux filets nerveux d’aspect normal. (Planche, fig, II.)

En résumé, altérations semblables à celles qu’on obtient par la section d un nerf, après plusieurs mois et plusieurs semaines ; névrite parenchimateuse.

Nulle part, il n’existait d’altérations appréciables du tissu connectif intertubulaire.

Racines médullaires prises entre le ganglion et la moelle préparées de la même façon. Le plus grand nombre des racines lombaires et sacrées, soit antérieures, soit postérieures, ont été dissociées ; même après coloration, ces iilets nerveux gardaient une coloration noire, très accusée, et il était tacile de les distinguer à l’œil nu des nerfs périphériques.

Anterieures et postérieures : dans la région lombaire ou sacrée, elles étaient entièrement normales (pl. fig. ni).

Nous avons répété ces dissociations un grand nombre de lois et la majorité des racines ont été vues de cette façon, toujours avec le même résultat.

Dans la région dorsale et la région cervicale, nous avons constaté également la môme intégrité des racines traitées à l’état frais par l’acide osinique.

Sur quelques unes d’entre elles, nous avons pu trouver par hazard un filet nerveux, sur 50 ou 00, normaux, qui présentait une segmentation delà myéline au début, avec augmentation du volume du noyau ou bien un état variqueux de la gaine myélinique.

D’autres racines, traitées par le bichromate de potasse montraient une intégrité parfaite du cylindraxe.

Les ganglions spinaux n’ont pas été examinées.

Moelle. — Placée 24 heures dans l’alcool ordinaire, elle a été laissée plusieurs semaines dans une solution de bichromate de potasse à 3 0/o contenant 4/2 0/o de sulfate de cuivre (Ehrlich), puis le titre en bichromate a été progressivement augmenté jusqu’à 5 0/o : coupées à la main, elles ont été colorées, au carmin ammoniacal, ou suivant le procédé de Weigeit, puis deshydratées, éclaircies et montées dans le baume du Canada. De nombreuses coupes, en diverses régions, répétées à peu de distance les unes des autres ne nous ont montré qu’une intégrité parfaite de la moelle et de ses enveloppes. Les cellules étaient normales, et plusieurs étaient remarquables par la beauté et la netteté de leurs prolongements.

Citons cependant un fait pour être complet : sur quelques coupes, nous avons trouvé, parmi les 30 à 40 cellules des cornes antérieures de la région lombaire, 2 à 3 cellules, au plus, qui présentaient, outre leur aspect et leurs prolongements habituels, une ou deux vacuoles de l’intérieur du protoplasma; sont-ce des lésions dues au mode de préparation, sont-ce des lésions pathologiques? nous ne saurions le dire, mais elles sont si minimes, que, étant donnée l’intégrité des racines antérieures et postérieures, elles nous semblent négligeables. Peut-être sont-ce quelques altérations consécutives aux lésion des nerfs périphériques.

Muscles. — Pâles, friables, très atrophiés. — Dissociés après coloration au picrocarmin, quelques uns après action de l’acide osmique, les faisceaux musculaires apparaisent diminués de volume ; leurs stries sont moins nettes; quelques-uns enfin présentent une dégénérescence granuleuse ; enfin les noyaux sont pour certains faisceaux très augmentés de nombre. L’altération prédominante est l’atrophie et le défaut de striation du faisceau musculaire.

Nous remercions M. Déjerine, médecin des hôpitaux, d’avoir bien voulu nous donner son avis si compétent, au sujet des préparations que nous l’avons prié d’examiner et qui est entièrement conforme à notre manière de voir.

OBSERVATION V (Résumé).

Fischer. — Einige eigenthümliche spinalerkrangungen bei Trinkern. (Arch.

/'. Psychiatrie u Nerven-Krangungen, 1882. XII 1 p. I.)

G...., fumiste, Agé cle 36 ans. — Mauvais écolier dans la jeunesse, plus tard paresseux, fréquentait les calés.

Examiné en consultation pour la première fois par Fischer le 4 sep tembre 1879. Débauché, buveur de bière, de vin, etc. Depuis 1 an, changement dans les facultés intellectuelles, hébétude, stupidité — abolition des fonctions sexuelles, douleurs vagues dans les extrémités et formications, particulièrement au niveau des jointures, œdème passager du dos des mains et des extrémités (pas d’albumine dans les urines'), diminution de l’appétit, catarrhe chronique de l’estomac ; pouls 100, 120 ; légère élévation de la température avec oscillations.

État actuel. — Aspect hébété, abruti ; répond seulement aux questions les plus indispensables; pupilles moyennement dilatées, réagissant peu. Station debout et marche incertaines, quand il ferme les yeux ; parésie et légère ataxie dans la marche. Abolition du réllexe rotulien. — Excitation mécanique du muscle triceps fémoral abolie. — La sensation du tact est considérablement exagérée au niveau des pieds. — Les réponses cependant sont peu nettes à cause de l’état intellectuel du malade. La pointe et la tête d’une aiguille sont en tous les points perçues d’une façon distincte. Retard delà sensibilité à la douleur; retard des réflexes : sensibilité à la douleur un peu augmentée; pas de troubles des sens de la pression et de la température. Réflexes cutanés de la cuisse et de l’abdomen normaux. — Lorsqu’on lui fait saisir un objet avec la main, ou exécuter un mouvement avec les mains et les pieds, il n’existe pas d’ataxie mais les mouvements sont seulement lents et sans force aucune.

22 Septembre. — Aux symptômes précédents s’est ajouté un amaigrissement progressif des avant-bras et une diminution considérable de leur force. La pression sur les muscles de l’éminence thénar est très sensible.

Les petits doigts sont éloignés des annulaires et ne peuvent en être rapprochés. Température de la main abaissée. — Exploration électrique impossible, à cause de la sensibilité du malade.

1er Octobre. — Fièvre diminue et disparait; état psychique meilleur. — La motilité des mains diminue de jour en jour.

20 Octobre. Soutenu par deux hommes, le patient marche comme un paraplégique, il traîne les pieds, qui peuvent à peine se détacher du sol; pas de changements dans la marche par l’occlusion des yeux, rien d’analogue avec 1 ataxie. La lorcc est plusdiminuée à droite qu’à gauche — particulicîement dans les muscles psoas et triceps; l’extension du pied doit être très taible, la flexion dorsale n’est plus possible, pas plus que l’abduction et l’adduction du pied. Les mouvements des orteils difficiles — Semblables

modifications à gauche, mais moins qu’à droite. — Les muscles du mollet sont bien développés et par leur volume contrastent avec leur inerte .

Membres supérieurs. - Triceps paralysé, biceps fonctionne peu. Supination de l’avant-bras très dillicile, plus lacile à droite; radiaux faibles, fléchisseurs agissent un peu mieux; la llexion des doigts est à peine possible. Peau blanche et sèche, doigts allongés; tissu adipeux a disparu en bonne partie.

Électricité faradique a disparu.

Galvanique, 20 él K S Z

26 él A S Z

30 él A D Te

A O Z manque.

La sensibilité tactile est considérablement exagérée aux membres supérieurs; la moindre pression est douloureuse, mais la sensation n’est perçue que 2 ou 3 secondes après l’excitation.

Pression douloureuse sur les muscles. Amélioration notable, progressive, paralysie diminue, l’hyperalgésie persiste.

24 mars 1880. — Nerfs du bras, réaction électrique normale : A O Z manque; fléch. commun des doigts à gauche :

Excitabilité électrique faradique = 6.8 R. A ; ASZ>KSZ. AOZ manque. Ensemble des muscles de l’éminence thénar, interosseux et lombricaux inexcitables. •

Extenseurs de l’avant-bras:

A S Z près de K S Z ; A O Z manque. Interosseux externes 1 V. Excitabilité farad, a disparu. Galvanique A SZ = KSZ; AOZ manque.

Légère contracture de la deuxième phalange étendue faiblement sur la première.

Peau brillante.

La contraction volontaire du pouce existe malgré le résultat fourni par l’électricité. Plus tard amélioration, retour du réflexe rotulien.

OBSERVATION VI (Fischer, ibicl.). (Résumée.)

Page 1