OBSERVATION VII
On a case of acutc ascending paralysie ; chronic alcoholism, par Myrtle, The
Brilish medical Journal , août 19, 1882. p. 312-314-. — Annual meeting of
tke Brilish medical association , in Worcester, august 1882.
A. IX.., en 1870 avait 13 ans, elle allait à l’école; elle se coucha un jour en bonne santé et vers 2 heures du matin elle ressentit une douleur dans l’épigastre, qui fut suivie d’une hématémèse; quand je la vis, vers 7 heures, elle était exsangue; les lèvres et les gencives étaient pâles, le pouls si rapide, qu’on ne pouvait le compter, la peau brûlante. En examinant l’abdomen, je trouvai que le foie était la source du malaise; il était sensible, considérablement augmenté de volume; cet obstacle dans la circulation porte avait produit la rupture des vaisseaux. En m’informant de l’histoire de la jeune fille, j’appris qu’elle avait toujours été délicate, et que, depuis son enfance, on lui avait donné de grandes quantités de vin.
A l’école, elle prenait journellement deux verres de bière forte et deux verres de bon Porto; ceci expliquait l’état de la malade.
A la suite d’un traitement approprié et de la suppression complète de tout stimulant, elle revint rapidement à la santé, et le foie perdit tout signe de congestion très promptement.
Elle continua à se bien porter tout le temps qu’elle resta à l’école, et je ne la vis qu’en 1878, un an après son mariage. Elle me consulta alors sur des troubles dyspeptiques, biliaires et utérins, et elle présentait tous les symptômes ordinaires d’un pareil état; j’appris qu’après avoir quitté l’école, elle s’était remise à prendre du vin, de la bière et même de l’eau-de-vie et qu’elle avait même l’habitude de prendre des deux boissons chaquejour. Depuis son mariage, elle avait plutôt augmenté que diminué sa ration et elle finissait généralement par un grog avant de se coucher; elle ne me cacha rien; elle n’était pas ivrogne ; on lui avait dit qu’elle avait besoin de stimulants, et elle les prenait non pas qu’elle les aimât, mais parce qu’elle sentait qu’elle ne pouvait s’en passer.
Je lui dis que ses organes étaient dans un tel état, que le traitement ne ferait presque rien, à moins que, dans une grande mesure, elle ne cessât de prendre la quantité de boissons ordinaires. Je lui persuadai de prendre du Ilock léger ou du Bordeaux et avec mon traitement, elle s’améliora bientôt.
En 1879 elle revint me trouver; elle était revenue à ses anciennes habitudes; elle était même plus indolente et ne se refusait plus aucun plaisir; comme elle n’avait pas d’enfant, elle n’avait rien pour l’intéresser et son mari lui laissait faire ce qu’elle voulait. Sa maladie la troublait beaucoup, et ommeses règles avaient cessé, elle s’imaginait être enceinte; ce n’était cependant pas le cas.
L’utérus était dur et avait les dimensions d’une balle de cricket; les ovaires étaient sensibles et l’abdomen considérablement distendu.
Elle avait des bizarreries du goût et demandait des cockles, etc. Le foie descendait au-dessous des côtes; la plus légère pression sur l’estomac provoquait des envies de vomir.
Elle ne pouvait prendre de nourriture avant une heure après midi; à son lever, elle prenait un verre de Schery, ensuite se sentant fatiguée par sa toilette, elle en prenait un autre vers midi; elle prenait aussi de la bière à son dîner, du vin après, et des spiritueux le soir. Je raisonnai avec elle, mais elle m’interrompit, en me disant :
« Eh bien, si cela doit me tuer cela me tuera ; la vie ne vaut pas grand chose! »
En 1881, tous les symptômes s’étaient considérablement aggravés, tous les matins, elle vomissait pendant une heure ou deux, rendant de très petites quantités de mucus teint de bile ; elle se plaignait d’une douleur térébranteà l’estomac, douleur dans le foie, mauvais goût dans la bouche, perte totale de l’appétit ; elle était très nerveuse. Je la renvoyais et, en chemin, elle eut une attaque épileptique grave. Elle revint me trouver; elle était alors irritable, ne pouvait dormir et avait des accès de vomissements beaucoup plus graves que jamais ; elle continua à souffrir plus ou moins de ces symptômes pendant l’année 1881. En janvier 1882, elle eut une autre attaque, puis deux autres moindres; elle recommença alors à se plaindre qu’elle ne pouvait marcher aussi bien que d’habitude; elle se sentait faible et voyait chaque jour qu’elle marchait de moins en moins facilement, cependant les vomissernenls cessèrent; elle put prendre son déjeuner avec plaisir, l’intestin fonctionnait régulièrement. La douleur et la sensation de plénitude du côté du foie diminuèrent; les menstrues reparurent, revinrent à l’époque ordinaire. La sensibilité des ovaires cessa; l’utérus revint mou et beaucoup plus petit. De son propre aveu, elle prenait moins de stimulants, et je commentai à penser que les choses pourraient tourner mieux que je ne pouvais l’espérer; cependant la faiblesse des genoux augmenta; elle se plaignait d’une sensation de froid dans les jambes et d’engourdissement dans les bras; les pieds lui paraissaient chauds et brûlants, et lorsqu’e'le sortait, même pour aller à une très petite distance, à moins d’avoir un mur, une rampe ou une personne près d’elle pour la soutenir, elle était obligée de s’arrêter et n’osait aller plus loin. L’engourdissement affecta alors les jambes, et lorsqu’elle montait sur le parquet, il lui semblait qu’il y avait entre les semelles de ses chaussures et le tapis un paillasson épais.
Les doigts commencèrent alors à lui causer du souci; elle ne pouvait plus contrôler sa plume, ni tenir un petit objet, à moins d’y faire bien attention ; elle ne pouvait plus saisir une épingle ou boutonner un vêtement lorsqu’elle faisait sa loilette et tout ce qu’elle touchait lui donnait une sensation bizarre. Vers la lin de février, elle fut éveillée brusquement vers 4 heures du matin par de cruelles douleurs fulgurantes dans les deux mollets, ces douleurs augmentèrent d’intensité et ne la quittèrent qu’après quelques heures; elles rc\inrent régulièrement pendant plusieurs semaines et quelquefois elles
furent si intenses qu’elles s’accompagnèrent de délire. L’examen physique à cette époque ne révéla rien, pas de troubles constitutionnels, pas de fièvre, pas d’endroits douloureux à la pression de la colonne vertébrale, pas de paralysie de groupes musculaires et pas d’hyperesthésie ou d’anesthésie localisées quelque part.
Les yeux fermés, elle pouvait marcherferme et droite à travers la chambre; vers la fin de la troisième semaine de mars, hémorrhagie abondante; la faiblesse augmenta rapidement et le 1 1 mars, j’allai chercher le I)r ClitTordt-Albret pour visiter la malade avec moi.
Il l’examina très soigneusement; les refiexes patellaires étaient manifestes; nous ne trouvâmes de modifications ni de la sensibilité ni de la motilité trèsmarquées, r.i atrophie musculaire. — En réalité, dans cette consultation, la malade se montra sous son meilleur aspect. — Quoique nous vîmes qu’il y avait de graves motifs de craindre l’approche imminente d’un changement organique sérieux dans les centres nerveux, cependant, en considérant la grande perte de sang qu’elle avait eue récemment, et son histoire hystéroépileptique, nous conclûmes que les symptômes actuels pouvaient être attribués à des causes fonctionnelles.
Nous portâmes un pronostic très prudent et ordonnâmes une grande modération dans l’usage des stimulants. Deux jours après la visite du Dr Albrett, elle me dit : « Je voudrais que vous ne me l’ayez jamais amené ; il m’a rendue beaucoup plus malade; toutes les choses qu’il m’a demandées, et que je lui ai répondu ne pas avoir, je les ai maintenant; il me semble qu’on m’arrache les ongles des orteils, la peau de quelques parties de mes jambes ; si on me touche, cela me cause des douleurs horribles.
« Quand une jambe se pose sur l’autre, je ne puis la retirer, la changer de situation. Maintenant, je ne puis me tenir debout seule, mais je trébuche, et quand je marche avec l’aide de quelqu’un, je traîne mes jambes après moi ; j’ai des douleurs fulgurantes depuis la moelle jusqu’aux extrémités des doigts. Les pieds me paraissent beaucoup plus gros qu’ils ne sont, et j’éprouve une sensation bizarre, comme si une grosse corde était liée autour de ma ceinture. »
A l’examen de la colonne vertébrale, je m’aperçus que la malade tressaillait à une légère pression sur les seconde, troisième, quatrième et cinquième vertèbres dorsales. Quand on appuyait fortement, elle criait. Des parties de la peau étaient extrêmement douloureuses, môme au plus léger contact. D’autres parties près de celles-ci, pouvaient être pincées ou piquées sans qu’elle ressentit rien; le courant galvanique produisait une douleur intense, mais pas de contractionsmuscuUircs. J’observai que son haleine était très fétide ; elle ne pouvait pas se retourner dans le lit. et avait les pieds et les chevilles enflés ; cette enllure disparaissait lorsqu’on élevait les membres pendant quelques secondes, preuve qu’elle avait son origine dans une paralysie des vasomoteurs.
Le (i avril, je fis appeler le Dr Broadbent qui l’examina ce jour-là et le tende-
main et se prononça pour une paralysie ascendante; à cette épocpie les muscles des pouces avaient beaucoup maigri ; les vaso-moteurs ne réagissaient plus du tout et lès symptômes énumérés déjà avaient augmenté considérablement.
Le Dr Broadbent oensa qu’il serait bon d’essayer l’opium à l'intérieur et le thermocautère le long de la colonne vertébrale ; il pensait que la dégénérescence de la moelle n’avait pas encore atteint les fonctions essentielles de la vie et pouvait être encore arrêtée.
11 me fallut attendre trois jours avant d’avoir le thermocautère ; le matin, du jour où je le reçus, je trouvai ma malade plus mal sous tous les rapports; elle battait la campagne, sa paupière droite était affaissée; elle avait un strabisme double et ne voyait que la moitié de ma figure. La respiration était lente et profonde; je résolus immédiatement de ne pas me servir du thermocautère. Le mal s’était étendu rapidement le long de la colonne vertébrale jusqu’à la base du cerveau probablement; il n’y avait rien à espérer d’aucun traitement. Elle tomba dans un état demi-inconscient, mais répondait cependant aux questions.
Le 15 la garde-malade appela mon attention sur un curieux phénomène des cuisses ; leur moitié postérieure était blanche, exsangue, et avait l’aspect cadavérique. 11 y avait une ligne de démarcation depuis les genoux jusqu’aux hanches; au-dessus de cette ligne, la peau avait ses caractères naturels. Audessous plus de signe de vitalité.
Deux jours après, le corps était également divisé en deux segments, un inférieur mort et un supérieur vivant, par une ligne aussi distincte que si elle était artificielle: elle continua à prendre do la nourriture. Tous les muscles du corps se paralysèrent, elle ne put plus mouvoir aucune partie de son corps, excepté les muscles de la figure. Elle mourut dans le coma le 30 avril.
Pas d'autopsie.