OBSERVATION XI
Moeli, P arité- Annale, IX année, Berlin 1884, page o41.
Névralgies intenses des membres inférieurs après plusieurs accès de delirium tremens; Faiblesse des extenseurs de la jambe; Vive sensibilité des muscles à la pression; Paralysie progressive avec diminution de volume et modifications de l’excitabilité électrique; Hémorr agies multiples au niveau des extrémités inférieures ; Tuméfaction des gencives; Anémie considérable ; Mort au bout de 3 mois ; Lésions des deux nerfs crut aux; Modifications du triceps crural des 2 côtés.
A. H. . ., barbier, de 39 ans, a eu trois attaques de delirium alcoolique. La
dernière fois, fin novembre 1882, il eut à la suite une attaque épileptiforme.
Le malade présenta alors une anémie considérable, il se plaignait de vives douleurs dans les jambes, particulièrement au pied gauche et dans l’articulation du genou ; réflexe rotulien normal à cette époque.
Après sa sortie le 18 décembre 1882, il reprit ses occupations, mais but de nouveau de grandes quantités, en moyenne 50 Pf. par jour. ,
En été 1883, il eut pendant quelque temps des troubles de la vue et des brouillards devant les yeux. Ces troubles s’améliorèrent peu à peu. Au commencement d’octobre, il eut de nouveau 2 attaques convulsives. Bientôt à la suite, il se plaignit de douleurs très violentes dans les jambes, mais pouvait encore remplir ses occupations de barbier, quoiqu’il se fatiguât beaucoup, surtout en montant les escaliers.
Deux jours avant son admission, le 14 octobre 1883, il commença de nouveau à délirer, voyait dans ses rêves des grillons et des araignées. 11 présenta encore le deuxième jour après son entrée à la Charité un délire alcoolique très intense.
Le 18 octobre, il reprit connaissance. Tous les sens sont absolument intacts; les organes internes également. L’examen ophthalmoscopique montra une atrophie manifeste des deux moitiés temporales des papilles, sans diminution de l’acuité visuelle et sans scotome central. L’innervation du visage et des extrémités supérieures est normale. Les mouvements du tronc ne présentent pas de modifications.
Dans la situation du décubitus, le malade n’éprouve aucune douleur dans les jambes; il existe seulement une modification dans le volume. La pression sur les parties molles, particulièrement de la cuisse, est extrêmement douloureuse pour le malade ; la pression exercée sur les gros troncs nerveux eux-mêmes est peu douloureuse.
La sensibilité de la peau n’est pas modifiée d’une manière bien nette puisque de légers attouchements sont, constamment sentis et localisés ; la tête et l’aiguille d’un épingle sont aussi bien perçues que les différences de température ; il n’y a pas d’hyperalgésie. La sensation de lieu est normale. Le malade peut lever la jambe, et exécuter toutes espèces de mouvements, toutefois la force est bien diminuée, et particulièrement en étendue et en puissance dans l’extension du genou gauche.
Le malade est en état de marcher sans soutien, mais avec beaucoup de peine, et il sent que la jambe gauche est plus faible.
Absence complète des réflexes rotuliens.
Commencement de novembre. — Pendant que les mouvements de 1 articulation coxo-fémorale et du pied sont possibles, mais douloureux, la faiblesse des extenseurs de l’articulation du genou a beaucoup augmenté ; la marche sans appui est devenue impossible. Les muscles des jambes sont très douloureux à la pression, la sensibilité de la peau est conservée pour les excitations grossières, mais pas d’une façon constante pour celles qui sont légères.
L’exploration électrique montre une légère diminution pour le courant faradique du côté du triceps droit. La réaction galvanique directe montre, en dehors d’une diminution faible' de l’excitabilité, une contraction plus lente qu’à l’état normal. Par contre, à gauche, le triceps possède une contraction manifestement paresseuse, avec prédominance de A S Z ; la contractilité faradique est très notablement diminuée. Les autres muscles de la cuisse, le couturier, réagissent bien.
Milieu de novembre. — La musculature du triceps crural est particulièrement à gauche, notablement diminuée de volume. Les mouvements actifs et passifs des jambes sont très douloureux ; i! lève les jambes à peine à 1 pied au-dessus du lit. De temps à autre douleurs dans les mollets et les orteils. Léger gonflement de l’articulation du poignet gauche , de petites hémorrhagies se forment sur la malléole externe du côté gauche ; dans le courant du mois, au point d’acquérir en étendue les dimensions d’une pièce d’un thaler.
Les gencives, malgré une nourriture satisfaisante, et sans qu’on en puisse déterminer la cause, se tuméfient, prennent une coloration violacée. Pas d’odeur particulière de la bouche.
Décembre. — L’amaigrissement des extenseurs a augmenté ; les modifications de l’excitabilité se sont aussi accusées; les hémorrhagies cutanées se sont étendues sur toute, la cuisse gauche. Dans l’urine et dans les matières fécales ne se trouvent pas de globules sanguins, et l’examen du fond de l’œil ne présente que les particularités précédemment indiquées. Diminution considérable de l’appétit, sans que le malade maigrisse beaucoup, et perde de poids; la peau et les téguments prennent partout une coloration blafarde.
L’examen du sang d’après la méthode d’Ehrlich, ne présente rien de particulier.
Irrégularités de la température qui oscille jusqu’à 39°, le pouls est fréquent et bat jusqu’à 100 à la minute.
Deux épistaxis. Les extrémités supérieures, pas plus que la vessie, le gros intestin ne présentent rien d’anormal. Vers la fin du mois, le malade commence à délirer ; les hémorrhagies cutanées se limitent aux jambes ; au dessous des genoux, à la face interne des cuisses, on ne trouve que quelques petites taches. Pas de troubles gastriques. Les articulai ions des pieds sont mobiles, celles des genoux immobiles. La tuméfaction des gencives a un peu diminué.
Janvier. — Après augmentation de l’anémie et diminution des forces, sans qu’il se soit présenté d’autres modifications dans les organes internes ou qu’il se soit produit des altérations du sang, H..., meurt, 3 mois après le début bien manifeste des accidents paralytiques.
Autopsie. — Gastro-entérite catarrhale ; surcharge graisseuse très accusée ; pneumonie fibrineuse des deux lobes inférieurs ; hémorrhagies sous-cutanées et dans les muscles des deux cuisses.
Gingivite légèrement ulcéreuse.
Légère pachy-méningrte de la convexité avec dépôts fibrineux et héraor-
rhagies légères petites hémorrhagies punctiformes sur la face interne de la dure-mère. Pie-mère normale. Substance cérébrale normale. Ventricules modérément remplis d’une sérosité aqueuse, incolore.
Moelle et enveloppes saines.
Les muscles de la région antérieure des deux cuisses de coloration brun sale, considérablement diminués de volume. Sur la jambe, coloration violacée, jusqu’à mi-hauteur, et quelques taches allant jusqu’à la partie moyenne de la cuisse. Le périoste du tibia droit est soulevé par un épanchement sanguin dans une étendue de 6 cent, de long, 3 de large, 05 cent, de hauteur. Périoste et os infiltrés de sang; dans les articulations des genoux an peu de sang liquide. Pas de modifications dans l’intérieur des os ; la moelle graisgeuse, de coloration jaune clair, sans aspect rougeâtre.
Les muscles du dos et des extrémités supérieures sont d’aspect normal.
Moelle lombaire et racines antérieures sont absolument intactes, sur des coupes et examens microscopiques.
Le tronc des nerfs cruraux examinés sur des coupes, montrait une atrophie d’un grand nombre de tubes nerveux ; beaucoup de places, se colorant fortement, et contenant beaucoup de noyaux, se laissaient facilement distinguer sur des coupes transversales ; à ce niveau on ne trouvait plus trace de nerfs normaux ; ici et là dans le tissu conjonctif, on apercevait quelques petits contours arrondis qui ne contenaient que rarement un point foncé à leur centre et encore étaienPils très rares.
Dans les muscles augmentation de tissu graisseux interfasciculaire ; à côté de faisceaux musculaires normaux, beaucoup sont altérés, présentent encore une striation longitudinale ou transversale ; d’un aspect complètement granuleux. Il n’existait nulle part une augmentation manifeste du nombre des noyaux.
Les antres nerfs n’ont pas été examinés.