OBSERVATION X
(ïlynn, Cases of alcoholic paraplegia. The Liverpool med-chir journal. July 1883 p. 374. — Transactions of the Liverpool medical-inslüution.
Une dame âgée de 40 ans, depuis la naissance de son premier et dernier enfant souffrait de dysménorrhée et s’était adonnée progressivement à 1 habitude de boire. Elle devint morose, dyspeptique, grosse, pâle, souffrait le matin de nausées; elle toussait fréquemment, souffrait de névralgies, etc. Le médecin seul suspectait la nature de la maladie; des séjours dans des établissements hydrothérapiques étaient invariablement suivis de bons résultats. Telle était la situation de la malade, lorsque apparemment à la suite de crises névralgiques, elle prit plus de stimulants que d’habitude, et absorba une quantité considérable d’eau-de-vie en peu de jours. Notre malade eut du délire, de l’insomnie ; ses idées devinrent incohérentes, elle fut prise de vomissements incoercibles, avec douleur dans la région du foie, qui avait
beaucoup augmenté de volume; en même temps elle présentait un ictère. Au bout d’une semaine, les troubles cérébraux s’étaient améliorés, mais l’émotivité était toujours grande, la mémoire presque entièrement perdue. A ce moment, elle commença à se plaindre de douleurs lancinantes et brûlantes dans les pieds et dans les jambes, accompagnées de sensations de picotements. Les souffrances s’accrurent; le moindre attouchement la taisait crier, et on dut lui placer des cerceaux [au-dessus des pieds, le poids des couvertures lui étant devenu insupportable. Les gros orteils et le dos des pieds se couvraient de rougeurs de temps a autre ; anesthésie et analgésie marquée jusqu’au niveau des genoux. Il existait en outre une grande faiblesse musculaire; les pieds ne pouvaient être relevés, quand les jambes étaient étendues, mais la flexion de la jambe était possible. Absence de réllexe rotulicn; fonctions de la vessie normales. Ces symptômes durèrent pendant un mois; les souffrances s’aggravaient tous les soirs à un tel point que les nuits étaient passées à crier, malgré l’administration de larges doses de morphine. Puis les souffrances graduellement diminuèrent, la puissance musculaire reparut en partie, mais ce ne fut qu’après deux mois qu’elle put marcher seule, sans aide; les jambes étaient, encore très lourdes et pouvaient à peine être détachées du sol. Pendant quelque temps l’anesthésie de la plante des pieds persista, et les douleurs revenaient chaque nuit, provoquées par la moindre fatigue. Le réflexe rotulien ne reparut pas pendant bien des mois.
OBSERVATION XI [Ibidem).
La nommée Élisabeth N..., âgée de 2!) ans, est admise dans mon service de l'infirmerie royale le 28 août 1882. Symptômes dyspeptiques et paraplégie partielle.
Elle nous raconte qu’elle était restée mariée pendant 6 ans, avait beaucoup souffert de douleurs dans le dos, d’irrégularités mentruelles et qu’elle avait depuis longtemps un caractère morose. C’est 3 ans avant l’état actuel que cette femme commença à prendre fie l’eau-de-vie, souvent jusqu’à une pinte par jour. Perte de l’appétit, vomissements fréquents le matin. Epistaxis; névralgies, puis douleurs dans les pieds avec sensations de picotements d’aiguille, enfin incapacité de marcher depuis une semaine, tels étaient les symptômes qu’elle présentait avant d’entrer à l’hôpital.
Teint légèrement ictérique ; pouls faible, 100; respiration normale, loux fréquente; haleine fétide, souffrances vives et vomissements après les repas. Abdomen très distendu, veines superficielles dilatées ; circonférence à l’ombilic 33 pouces 1/4; tympanite généralisée; le palper du foie était douloureux; il descendait jusqu’à 1 pouce de la crête iliaque, mesurant suivant une ligne perpendiculaire 9 pouces et suivant la ligne axillaire 8 pouces 1/2.
Les envies d’uriner étaient fréquentes; l’urine était épaisse, ictérique. Douleurs constantes dans les pieds et, sous la plante des pieds ; sensation de pied mort; anesthésie et analgésie très marquée ; tous les objets qui tou-
chaient les pieds semblaient ou très chauds ou très froids ; les jambes étaient paralysées et la malade pouvait à peine lever les talons au-dessus du plan du lit, avec un tremblement marqué. Elle souffrait de crampes, et restait habituellement les jambes repliées sur les genoux, attitude déterminée par le décubitus sur la région lombaire.
Absence de réflexe rotulien. Le 24 septembre, elle pouvait marcher autour de son lit.
Le 23 elle traversa la cour, mais en traînant les pieds sur le sol. Le 27, elle quitta l’hôpital, ayant toujours des douleurs dans les pieds et se plaignant de faiblesse dans les jambes.
A cette époqce, le foie avait repris ses dimensions normales.
OBSERVATION XII [Ibidem).
11 s’agissait d’une malade, d’une ladie, âgée de 35 ans, mariée, sans enfants. Habitudes secrètes de boire. Dysménorrhée, ménorrhagies, épistaxis, névralgie faciale, dyspepsie, insomnies, vomissements matinaux; lucidité d’esprit parfaite. Trois semaines auparavant, elle était tombée subitement la matin, les jambes ayant faibli sous elle, lorsqu’elle se levait; cette faiblesse persista, et elle commença à ressentir dans les jambes des douleurs lancinantes, et des sensations de brûlure sous la plante des pieds et sous les ongles des orteils. Les pieds lui semblaient comme engourdis; les douleurs s’aggravaient la nuit ; les orteils et le dos des pieds se couvraient souvent de vives rougeurs; elle souffrait aussi de vives douleurs sous les ongles des doigts. Teint ictérique. Puis les pieds devinrent si sensibles, qu’il fallut mettre un cerceau pour éviter le contact des couvertures. Réflexe rotulien absent; cependant il n’y avait pas d’anesthésie, et le pouvoir musculaire n’était pas perdu, lorsque la malade était au lit.
OBSERVATION XIII [Ibidem).
Le quatrième cas qui a été vu par Glynn est relatif à une femme ; son histoire est semblable à celle des précédentes malades. Cette dame buvaideux bouteilles de Brandy, avant d’étre malade. Quatre mois après le début de la maladie, je vis la malade, qui était alors entièrement paraplégiée ; les jambes étaient fléchies et les genoux repliés sur les cuisses; le moindre mouvement causait de vives douleurs. Le réflexe rotulien avait disparu, ce qui de suite faisait distinguer la raideur et l’attitude fléchie des jambes de celle de la sclérose latérale.
L’esprit de la malade était très faible, incapable de fournir aucun renseit gnement, mais ses amis disaient qu’elle souffrait de vives douleurs dans les pieds, qu’elle s’en plaignait surtout la nuit, et qu’elle ne pouvait dormir. L’abstinence complète de boissons alcooliques détermina une légère amélioration, mais le cas est bien plus grave que les précédents, et il est diflicilc d'espérer un rétablissement de la malade.