CHAPITRE II
ÉTUDE SYMPTOMATOLOGIQUE
Les paralysies qui constituent un des rares accidents de l’alcoolisme chronique, quand on songe à la multiplicité des complications qui sont sous la dépendance de cette intoxication, présentent un ensemble de symptômes assez caractéristique pour qu’on puisse les reconnaîtie facilement. Cependant, il ne faudrait pas croire que toutes les observations soient entièrement semblables et qu’il suffise d’en connaître une pour connaître toutes les autres ; elles offrent dans leur ensemble une homogénéité beaucoup moins accusée que dans la paralysie saturnine, par exemple. Cette variété dans leur mode symptomatique nous semble tenir à deux causes principales : 1° l’évolution, généralisation ou localisation de la paralysie ; 2° l’apparition de symptômes accessoires, pouvant venir compliquer les accidents principaux. Aussi nous paraît-il difficile de tracer, dès le début, le tableau clinique de la paralysie alcoolique, et il nous semble préférable d’en étudier d’abord les divers symptômes isolément, puis de reconstituer ensuite les divers types cliniques qu’elle présente.
Pour mieux faire comprendre la diversité des formes de la paralysie alcoolique, nous rappellerons en quelques mots l’histoire d’une malade qui fait le sujet de notre observation I. C’est une femme âgée de 37 ans, qui, depuis plusieurs années, présente des troubles cérébraux, caracté •
risés par des cauchemars, des rêves, des hallucinations, etc., qui souffre de troubles digestifs divers, qui, en un mot, présente depuis longtemps tous les symptômes d’une intoxication alcoolique prononcée. Il y a deux ans qu’elle ressent de vives douleurs dans les membres inférieurs, qui sont devenus le siège d’une hyperesthésie très accusée ; enfin, il y a seize mois, les jambes se paralysent peu à peu ; elle ne peut plus marcher seule, les pieds s’étendent sur la jambe, les orteils se fléchissent sur la plante du pied, en même temps qn elle perd la force musculaire dans les membres supérieurs, particulièrement dans les extenseurs des doigts.
Depuis un an que nous la suivons, nous la voyons s améliorer progressivement, mais d’une façon très lente, insensible ; les mouvements reviennent dans les membres supérieurs d’abord, puis les membres inférieurs récupèrent une partie de la motilité qu’ils avaient presque entièrement perdue. Malgré cela son état général est excellent et, grâce au régime quelle suit depuis longtemps, les symptômes généraux de l’alcoolisme chronique s'amendent peu à peu ; elle dort sans être éveillée par des cauchemars ou des hallucinations ; elle a bon appétit.
Si nous lui comparons une autre malade (obs. IV ), nous voyons chez celle-ci des troubles sensitifs, caractérisés par des douleurs intenses, ouvrir la scène des accidents ; puis survient la paralysie. qui se généralise, devient complète dans les membres supérieurs et inférieurs; ceux-ci s’oedématient et sont entièrement impotents ; à l’hyperesthésie cutanée du début a fait place une anesthésie presque complète des parties atteintes, enfin il se forme une escharre étendue de la fesse ; la langue se sèche, une diarrhée incoercible épuise la malade, qui meurt dans l’adynamie et le corna.
Tous ces accidents ont évolué dans l’espace de trois mois environ.
Ges deux types sont loin d’être comparables, mais cepen-
dant nous verrons qu’en analysant les symptômes les uns après les autres, ils sont entièrement les mêmes, que leur succession, leur évolution seules diffèrent, que chez l’une ils sont plus accusés que chez l’autre, que chez la première, certaines particularités morbides font défaut, qui existent chez la seconde.
Etude des Symptômes.