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CHAPITRE II

CULTURE DU BACILLE-VIRGULE SUR LES MILIEUX SOLIDES ET LIQUIDES. — SES CARACTÈRES DISTINCTIFS. — SA VITALITÉ ET SA MORPHOLOGIE.

Dès notre première autopsie, nous avons fait, avec M . Babès, des cultures méthodiques et nous avons isolé les différentes bactéries du contenu intestinal. Peu de jours après, nous connaissions la forme caractéristique des colonies du bacille-virgule sur les plaques et dans les tubes de gélatine.

L’analyse par la méthode des plaques du contenu de l’intestin des cholériques démontre qu’à part le bacille-virgule, toutes les autres bactéries qu’on y rencontre sont des bactéries vulgaires.

Nous avons continué ces cultures jusqu’à ce jour, et nous avons pu nous assurer que les colonies du bacille de Koch présentent un aspect tout à fait spécial et pathognomonique.

Le contenu crémeux de l’intestin d’un cholérique mort en algidité donne toujours naissance sur la gélatine1 au développement d’une quantité énorme de virgules. Au bout de quelques jours, les autres bactéries prennent le dessus, et les bacilles-virgule semblent disparaitre; on ne les retrouve plus

* Nous avons employé la gélatine-peptone, préparée suivaut la méthode de Koch. La culture du bacille-virgule s’y fait avec une grande rapidité, et les dessins d’Ermengem prouvent qu’il a fait ses cultures sur une gélatine assez peu nutritive. Si l’on compare les figures de notre planche VI à celles d’Ermengem (Pl. IV, fig. I et Pl. VI, fig 1 et 2), on remarquera en effet que ses cultures dans les tubes, âgées de 6 jours, ne présentent pas plus de développement que les nôtres au bout de 30 heures. Le procédé qu’ont employé MM. Rietsch et Nicati pour fabriquer leur gélatine-peptone est très médiocre et ne donne qu’un milieu de culture d'une sensibilité minime. Rietsch et Nicati n’ont d’ailleurs pas indiqué l’âge des cultures qu’ils ont figurées, et nous avons lu, non sans étonnement, clans le détail de leurs expériences (Rev. méd.% 10 juin 1835), qu’ils n’ont inoculé à leurs animaux que le liquide intestinal impur et chargé de tant d’espèces de bactéries des cadavres de cholériques.

que très rares clans la pellicule superficielle qui recouvre la gélatine liquéfiée, et il faut employer la méthode des plaques pour rendre leur présence évidente.

Klebs et Ceci ont fait la remarque que, en conservant en chambre humide des selles de cholériques, le bacille-virgule y foisonne au bout de deux ou trois jours pour être remplacé peu après par les bactéries de la putréfaction.

Nous donnerons plus loin l’explication de ce fait, qu’ils ont attribué cà tort à une influence destructive des bactéries de la putréfaction sur le bacille-virgule, et qui tient uniquement à certaines particularités dans la morphologie de. ce dernier.

Caractères distinctifs des cultures pures du bacille-virgule.

Pour obtenir sur les plaques des colonies bien distinctes et bien isolées les unes des autres, nous avons l’habitude de diluer la parcelle du liquide à examiner en la mélangeant d’abord à un tube de gélatine liquéfiée h la température de 30° à 35°, d’ensemencer un nouveau tube avec ce dernier, de l’agiter cà son tour et d’ensemencer souvent un troisième tube avec le second. L’un de ces deux derniers tubes est versé sur la plaque de verre, où, après solidification de gélatine, les colonies se développent aisément à une température de 20° à 25°.

Dans ces conditions, on observe au bout de 24 heures l'apparition de petits points opaques; en regardant la plaque par transparence à un grossissement de 5 à 10 diamètres, on remarque que ceux de ces points qui sont voisins de la surface de la gélatine sont déjà plus étendus que les colonies situées dans la profondeur. L’influence de l’oxygène se manifeste là sur ces colonies toutes jeunes du bacille-virgule, qui est essentiellement aérobie.

Au bout de 30 heures, on observe que les colonies superficielles se composent d’un point central plus compact et d’une zone périphérique un peu plus claire limitée par un bord festonné assez opaque. Cette colonie sJétend et s’entoure peu à peu d’une zone claire liquéfiée, finement granuleuse, de sorte qu’au bout de 36 à 40 heures environ les colonies ont l’aspect d’une tache arrondie d’un blanc jaunâtre comprenant un point

E. DOYEN

central opaque et une petite zone claire en forme d’anneau, entourée d’un second anneau un peu moins opaque que le centre de la colonie. Toute cette tache occupe une légère dépression en cupule, d’un diamètre trois fois plus étendu (Pl. VI, âff. 9).

Quand ces colonies sont trop rapprochées, elles se confondent par suite de l’extension de la zone en voie de liquéfaction, et l’on voit alors deux de ces cupules réunies présentant la forme d’un 8, et au centre de chacune d’elles une colonie opaque avec les trois zones que nous avons décrites.

Si les colonies sont assez rapprochées, toute la plaque se trouve liquéfiée en moins de 48 heures, et l’on observe sur ce liquide qui exhale une odeur particulière, comparée par Van Ermengem à celle de l’urine de souris et qui nous paraît due à la présence des peptones, une pellicule jaunâtre présentant encore cà et là ces petites colonies arrondies à triple zone alternativement opaque et légèrement transparente, telles qu'on les observait 24 heures plus tôt. Nous avons, dans de nombreuses cultures sur plaques, étudié plus de 20 espèces différentes de bactéries, et nous nous sommes assuré que toutes, par l'aspect de leurs colonies, se différencient nettement du bacille-virgule.

Le développement du bacille-virgule de Koch est très rapide, et les colonies diverses qui ne liquéfient pas la gélatine et s’y développent sous forme de petites élevures arrondies de coloration variée, ne s’y montrent que plus tardivement. Celles qui liquéfient la gélatine n’offrent jamais les caractères si frappants des colonies du bacille de Koch.

Le bacille-virgule découvert dans le choléra nostras par Finkler et Prior est morphologiquement, comme nous le verrons plus loin, tout à fait identique à celui de Koch; et Finkler qui, lors de sa découverte, ne connaissait comme particularités inhérentes à ce dernier que la propriété de liquéfier la gélatine et de se cultiver en forme de clou, était parfaitement en droit d’affirmer à priori l’identité de ces deux microbes.

Le seul moyen de les différencier était de les cultiver parallèlement sur un même milieu solide. C’est ainsi que Koch a

découvert en peu de jours que le bacille de Finkler se développe deux ou trois fois plus vite que celui qu’il avait décrit (Pl. VI, fief. 7 et 8, 9 et 10).

Les colonies de Finkler ont déjà 2 à 3 millimètres de diamètre alors que les dernières se présentent encore comme de simples points.

Outre cette différence remarquable dans le diamètre des colonies du même âge, celles du bacille de Finkler ne présentent à aucune période de leur développement les différentes zones de celles du bacille de Koch. Elles offrent au contraire un aspect granuleux et une teinte grisâtre assez uniforme.

Si, touchant une de ces colonies avec l’extrémité d’une aiguille de platine stérilisée, on ensemence des tubes de gélatine, à l’effet d’y obtenir une culture pure, on observe les faits suivants :

Daps une gélatine très sensible, au bout de huit à dix heures déjà, à la température de 25°, le tube inoculé avec le bacille de Finkler nous montre le long de la piqûre un véritable clou de teinte grisâtre, uniforme, à extrémité mousse, et à la partie supérieure duquel existent un léger évasement et une sorte de bulle d’air. A ce moment la culture du bacille de Koch ne présente qu’une traînée opaque en forme de clou et une dépression superficielle. Au bout de vingt-quatre heures, la culture du bacille de Koch a pris, à peu de chose près, l’aspect que présentait, seize heures auparavant, l’autre tube ; mais on observe le long de la colonie en forme de clou deux parties bien distinctes : l’une plus claire, périphérique; l’autre centrale présentant l’aspect d’une petite spirale granuleuse de teinte plus foncée et tirant légèrement sur le brun. Cette spirale est constituée par un amas de bacilles-virgule qui sont tombés au fond de la gélatine liquéfiée. La culture du bacille de Finkler offre encore à ce moment une légère excavation superficielle, mais la colonie présente toujours sa teinte grisâtre, son aspect granuleux presque uniforme (Pl. VI, ûg. 1 et 4).

On n’observe que sur une gélatine trop chargée de sels les cristallisations décrites par Van Ermengcm au début de l’apparition des colonies du bacille-virgule. La fluorescence

Ë. ÎJOYeN.

bleu vert, qu’il indique dans les couches supérieures de ses cultures du bacille de Finkler, n’est due qu’à la présence éventuelle d’un microbe chromogène que nous avons isolé plusieurs fois, notamment dans un liquide de pleurésie et dans certaines suppurations, et qui est bien connu au laboratoire de Koch sous le nom de a microbe du pus vert ».

L’examen, à toutes les périodes de leur développement, de cultures comparatives des deux bacilles-virgule nous autorise à affirmer que ces deux microbes sont aussi distincts l’un de l’autre dans la gélatine par l’aspect de leurs colonies, qu’ils se montrent semblables sur les préparations colorées, soit fraîches, soit après dessication. Leurs cultures dans les tubes se comportent d’une façon absolument analogue pour la formation du clou et de la bulle superficielle, à part les différences que nous avons signalées dans la rapidité de leur développement et dans l’aspect de la colonne liquéfiée.

Le bacille de Finkler, au bout de deux à trois jours, détermine la liquéfaction complète du tube ensemencé, qui présente alors au fond une certaine épaisseur d’une couche grumeleuse et opaque, tandis qu’on observe à la superficie une pellicule grisâtre.

Le bacille de Koch produit le même résultat, seulement quelques jours plus tard, si on le laisse à une température voisine de 25°. Si on maintient au contraire le tube à une température de 15° ou 16° seulement, ou bien si la gélatine n’est pas très sensible, la liquéfaction s’arrête (Pl. VI, fig. 2). On y observe une pellicule superficielle recouvrant la partie liquéfiée dont la limite inférieure est constituée par le dépôt granuleux décrit plus haut. Ce dépôt inférieur remplit également la portion persistante du clou.

Koch a mis en lumière depuis longtemps que le bacillevirgule ne se développe bien qu’ au-dessus de 16°; la température la plus favorable à son développement est celle de 37° à 38°. Vers 40°, le développement devient presque nul pour cesser vers 45°. Une température de 50° à 55° le tue en une demi-heure à peine. La température de 46° stérilise presque à coup sûr en sept à huit jours au plus un tube récemment ensemencé.

A la température de 37°, on ne peut cultiver le bacille-virgule que sur l’Agar-Agar, sur le sérum ou dans le bouillon. Le meilleur milieu liquide est un ballon de gélatine à 10 0/0, qu’on liquéfie simplement, après l’avoir ensemencé, en le portant dans l’étuve à 37°. A celle température, les milieux liquides, bouillons alcalins, sérum stérilisé, se troublent en quelques heures. Sur l’Agar-Agar, il se développe en vingtquatre heures une couche blanchâtre assez épaisse constituée uniquement par des bacilles-virgule et de courtes spirilles.

Dans le sérum coagulé préparé suivant la méthode de Koch, le bacille-virgule se développe rapidement et se creuse une cupule qui se comble en partie par un liquide épais et gluant. Le développement s’y fait surtout en surface. Le bacille-virgule se développe également sur la pomme de terre, sous forme d’une couche d’un jaune brun ; sur certains fruits neutres, ou présentant une très faible acidité; sur le pain et les linges humides. On obtient aussi des cultures très rapides en ensemençant avec des bacilles-virgule la surface muqueuse d’un intestin d’animal fraîchement recueilli, que l’on conserve en chambre humide à la température de 37°.

Cette méthode n’a pas la rigueur des cultures sur milieux stérilisés et n’est basée que sur la grande rapidité du développement du bacille de Koch .

Le procédé de MM. Rietsch et Nicati, qui exposaient en chambre humide des fragments d’intestin recueillis dans les autopsies pour y rendre plus évidentes les virgules, est donc bien sujet à critique.

Le seul procédé de recherche vraiment scientifique est celui des cultures sur plaques de Koch. On peut ensemencer parallèlement un tube de gélatine, où se développent les divers microbes du liquide a examiner, et qui pourra devenir le point do départ d’une nouvelle analyse par les plaques.

Mouvements et morphologie du bacille-virgule.

Les mouvements et la morphologie du bacille-virgule s’étudient aisément en déposant sur une lame de verre une par-

Van Ermengeh.

Ë. DOYEtf.

celle de culture que l’on recouvre d’une lamelle après addition d’une goutte d’une solution aqueuse très diluée de violet 6 B.

Ces mouvements sont alors faciles à observer à l’aide d’un objectif à immersion homogène. Nous avons pu conserver pendant plus de trois semaines, en les lutant simplement au baume de Canada, des préparations démonstratives contenant des bacilles-virgule colorés et très mobiles.

Si l’on examine ainsi une culture âgée de deux à trois jours du bacille-virgule sur la gélatine, on y remarque les virgules de Koch, des formes en S, des spirilles de longueur variable, et aussi ces petits éléments incurvés décrits par Babès et qui sont des bacilles jeunes. Tous sont très mobiles et présentent des mouvements en spirale d’une grande rapidité. Rien ne nous autorise à émettre l’hypothèse de cils terminaux (Babès et Van Ermengem). Ces cils n’ont aucune raison d’être, et nous nous demandons comment ils pourraient exister aux extrémités d’une bactérie qui se développe si rapidement par accroissement longitudinal. Le cil terminal devrait se former après la séparation des deux articles incurvés et ne peut préexister au phénomène de la segmentation.

Les mouvements en spirale sont surtout bien manifestes sur les cultures dans le bouillon, âgées de moins de quarantehuit heures.

La morphologie du bacille-virgule est fort intéressante. Nous l’avons étudiée récemment par l’examen d’une série de cultures ensemencées depuis un temps qui variait de quatre mois à quelques heures.

Les meilleures préparations sont obtenues par le procédé que nous venons d’indiquer plus haut, avec cette particularité qu’il ne faut ajouter la goutte de solution colorante qu’au moment où le liquide déposé sur la lame de verre commence à se ternir par suite de la dessiccation. Certains microbes sont alors immobiles dans la préparation, tandis que la plupart présentent leurs mouvements caractéristiques.

Nous avons étudié le développement du bacille- virgule sur les colonies obtenues par la méthode des plaques, dans les premières heures de leur apparition : on no remarque à cette période (Pl. VI, üg. 11) que des virgules types et de petits

éléments incurvés souvent adhérents par un point rétréci à l’extrémité d’une virgule. Si l’on observe pendant quelques heures une de ces préparations dans une chambre humide à la température de 20° environ, on remarque bientôt que beaucoup de virgules s’allongent et se contournent légèrement en S. Ces filaments en S présentent déjà la trace d’un enroulement spiral. Il se produit alors, vers la partie moyenne, un étranglement qui s’accentue peu à peu. Les deux virgules ainsi formées ne semblent plus unies que par un point presque imperceptible de protoplasma. On les voit s’agiter quelque temps encore, l’une entraînant l’autre, et, sous l’influence de ces mouvements désordonnés, contrariés par le choc des éléments environnants, se séparer enfin pour jouir chacune d’une individualité distincte. Leur dimension commune est de 2 1/2 p à 3p de longueur sur 1/2 p à 1/3 p d’épaisseur. Les extrémités sont arrondies. Ces mêmes phénomènes s’observent dans les jeunes colonies en forme de clou, cultivées dans des tubes. Quand, au bout de quelques jours, le développement des virgules se ralentit, on les voit alors s’accroître en longueur et former des filaments en pas de vis. Ces derniers se segmentent et mettent en liberté les virgules qui les composent, si on les porte dans un nouveau milieu nutritif.

Au bout de soixante-douze heures environ sur les plaques de gélatine, au bout de quelques jours dans les tubes, de quelques heures seulement dans le bouillon, s’il est additionné de bile, on voit apparaître des formes nouvelles : sur les plaques, au bout de trois jours (Pl. VI, fiçj. 12), la pellicule jaunâtre qu’on observe sur la surface liquéfiée présente une grande quantité de virgules et de spirilles très mobiles. Mais certains de ces éléments sont gonflés, augmentés d’épaisseur et présentent des points clairs, des points plus colorés, puis, à leur extrémité et plus tard sur leur trajet, se montrent chargés de petites sphères parfaitement rondes et plus colorées que le reste du bacille. Ces petites boules deviennent plus nombreuses, se substituent en quelque sorte au bacille qui disparaît au milieu d’elles, et constituent de petits amas irréguliers ou bien deviennent libres pour offrir dans le liquide de la

Ë. DOYEN

préparation l’aspect d’éléments arrondis peu colorés (Pl. VI, fig. 14, c ) ou d’éléments ovales et d’aspect triangulaire à angles mousses plus colorés. Si nous examinons alors comparativement la pellicule superficielle, puis le dépôt inférieur d’un tube entièrement liquéfié, nous n’observons guère que dans la pellicule superficielle la persistance d’une proportion notable de virgules types au milieu des éléments hérissés de boules ou arrondis que nous venons de décrire (Pl. VI, fig. 13). Ces virgules sont presque toutes plus épaisses et comme légèrement tuméfiées.

On remarque parfois à l’une de leurs extrémités une sphère de 3 à 4 p. de diamètre, souvent elle-même hérissée de sphères plus petites. Si nous examinons alors le dépôt qui occupe les parties déclives, nous observons une prédominance très marquée des éléments arrondis, soit en amas, soit libres dans le liquide (Pl. VI, fig. 14). Les bacilles qu’on y rencontre sont déformés, décolorés, hérissés de boules de dimensions variables. On y observe des amas de boules assez volumineuses (Pl. VI, fig. 14, f) qui, sans doute, sont les corps muriformes de Ferran. Les cristaux s’observent surtout le long des parois du tube, et sont souvent visibles à l’œil nu.

Les cultures anciennes sur l’Agar-Agar offrent un aspect mixte (Pl. VI, fig. 15), et l’on y rencontre soit des virgules tuméfiées, soit des éléments arrondis.

Koch, Virchow et divers auteurs insistent sur l’absence de sporulation du bacille-virgule. Van Ermengem et quelques autres font remarquer à juste titre que, si l’ensemencement des cultures contenant ces espèces de spores donne le bacillevirgule à l’état de pureté, ces éléments sphériques diffèrent toutefois des spores endogènes des bactéries par ce fait quelles ne résistent pas plus que le bacille-virgule aux différents agents capables de le frapper de mort.

Nous avons recherché, par diverses méthodes, quelle était la nature de ces éléments et quel rôle leur appartenait dans le développement du bacille-virgule :

1° Quatre plaques de gélatine furent faites le même jour avec une parcelle sensiblement égale de quatre cultures âgées : l’une de vingt-quatre heures, sur l’agar-agar ; la deuxième, de

recherches SUR LE CHOLÉRA EPIDEMIQUE. 3l

plusieurs jours, dans le bouillon ; la troisième, de deux mois, et la quatrième, de quatre mois, dans la gélatine.

La première plaque donna un nombre tel de colonies qu’elle fut liquéfiée en moins de trente-six heures. La deuxième en offrit plus de cent. La troisième, six. La quatrième resta stérile.

L’examen de la culture de quatre mois ne décelait plus que la présence des éléments arrondis, tandis que celle de deux mois' présentait de rares virgules et quelques spirilles allongées. Les virgules et les spirilles prédominaient au contraire dans la seconde pour exister seules dans le tube d’agar-agar.

Cette expérience nous semble démonstrative, et donne la preuve que les descriptions fabuleuses de Ferran ne se rapportent qu’aux phénomènes d’involution du bacille-virgule. Nous avons d’ailleurs remarqué que l’action de la bile fraîche du cobaye, versée dans une culture jeune, détermine le gonflement des virgules et semble, sinon les détruire, tout au moins gêner leur développement, et provoquer l’apparition des formes involutives. D’ailleurs, de l’avis de tous ceux qui cultivent comparativement les bactéries dans les milieux solides et les milieux liquides, une culture dans le bouillon au bout de quelques heures est déjà plus ancienne au point de vue de l’évolution du microbe ensemencé qu’une même culture sur un milieu solide, âgée de plusieurs jours.

2° Nous avons voulu confirmer ces résultats en étudiant sur nos vieilles cultures l’action des matières colorantes. Nous avons vu que le procédé d’Erlich (violet 6 B), suivi de l’action de la solution iodo-iodurée pendant 8', ne colore que la plupart des bactéries communes, à l’exclusion du bacille-virgule de Koch. Ce dernier se colore ensuite très aisément par la fuchsine, et tranche par sa teinte rouge sur les bâtonnets et les microcoques colorés en violet.

L’examen des cultures contenant les formes arrondies par ce procédé de double coloration nous a fait reconnaître dans quelques tubes des microcoques qui se sont colorés en violet.

Dans tous les tubes restés purs et n’ayant pas encore été débouchés, nous n’avons pu découvrir aucun élément coloré de la sorte. Toutes les formes involuLives du bacille-virgule

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s’y reconnaissent, légèrement dénaturées par la dessiccation, eL toutes sont colorées en rouge.

La morphologie du bacille de Finkler est identique. Ce dernier se comporte en outre, vis-à-vis des réactifs colorants, tout à fait de la môme façon que le bacille de Koch ; et, s’il n’est pas prématuré de faire cette hypothèse, nous serions bien tenté de croire que le bacille de Finkler, que jamais nous n’avons rencontré en dehors des cultures que nous devons à l’obligeance du professeur Koch, pourrait bien être aussi particulier au choléra nostras que l’est au choléra morbus l’autre bacille-virgule.

Nous n’avons pas discuté, à dessein, les arguments invoqués par de nombreux histologistes contre la spécificité du bacille de Koch, tous ces auteurs s’étant contentés de l’examen de leurs bacilles incurvés par simple coloration. La forme ne signifie rien, et de nos jours l’identité des colonies sur des milieux solides analogues est la seule preuve valable de l’identité de deux bactéries.

La vitalité du bacille-virgule est bien inférieure à celle de tant d’autres, notamment de la bactéridie charbonneuse et du bacille tuberculeux. MM. Rietsch et NicalF ont ensemencé le bacille-virgule dans différents liquides préalablement stérilisés. Ce bacille est resté fertile pendant quelques jours dans l’eau potable et pendant vingt jours dans l’eau du vieux port de Marseille, qui est riche en chlorure de sodium.

Le bacille-virgule est aérobie, et ne se développe bien qu’au contact de l’oxygène.

C’est pourquoi les formes involutives se trouvent de préférence au fond des cultures anciennes, tandis que dans la pellicule superficielle on observe pendant huit à dix semaines et plus la persistance de bacilles encore capables de se reproduire.

Nous avons vu que les formes involutives apparaissent rapidement quand les conditions de développement ne sont pas parfaites (Lemp. inférieure à 16°, milieu peu nutritif). C’est ainsi que dans certaines cultures (Pl. VI, fnj. 2) on observe une liquéfaction incomplète de la gélatine; il se forme une pellicule superficielle où persistent assez longtemps les bacilles-virgule;

* Revue scientifique, 9 février 1884.

cette pellicule parait empêcher plus profondément la pénétration de l’oxygène, et la surface de la couche déclive non liquéfiée, ainsi que l’extrémité du clou, se remplissent d’une substance granuleuse. Cette substance granuleuse est constituée uniquement par les formes involutives qui restent stériles et protègent par leur contact la gélatine sous-jacente. Si alors on ensemence par piqûre les couches inférieures, encore claires et solides tout autour du clou, l’aiguille de platine y entraîne les éléments vivants de la pellicule superficielle et détermine l’apparition d’un nouveau clou dont le développement s’arrête bientôt pour les raisons que nous venons d’indiquer.

Koch, dès ses premières recherches, a remarqué que jamais le bacille-virgule ne résiste, à la dessiccation à la température ordinaire plus d’une demi-heure. La sécheresse seule le tue. Dans les milieux humides, le bacille-virgule est tué par la température de 50 à 55°.

Le meilleur microbicide pour le bacille-virgule est le sublimé en solution diluée, qui, à la dose de 1/100,000 dans un bouillon de culture, en empêche tout à fait le développement. Le sulfate de quinine s’oppose au développement du microbe du choléra à la dose de 1/5,000; le sulfate de cuivre, à la dose de 1/2,500; l’acide phénique, à celle de 1/400.

L’acidité légère du milieu de culture est tout à fait contraire au bacille-virgule. Son développement s’arrête par l’addition d’une goutte ou deux d’une solution à 1 0/0 d’acide chlorhydrique dans un tube de gélatine. Les acides organiques (acide malique, etc., etc.) sont au contraire presque sans action.

La disparition apparente du bacille-virgule dans les selles exposées en chambre humide, et que Klebs et Ceci ont attribuée à une action nocive déterminée par le développement des bactéries de la putréfaction, tient tout simplement, selon nous, à ce que dans ce milieu liquide peu nutritif les formes involutives succèdent en quelques jours aux virgules ; et ces auteurs n’ont pas su reconnaître que les cocci peu colorés qu’ils devaient trouver dans leurs préparations n’étaient autres que ceux qu’ils avaient décrits dans les cultures sur l’aa’ar-

agar, âgées d’une ou deux semaines.

B. DOYEN

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