CHAPITRE III
EXPÉRIENCES D’iNOCULATION DU BACILLE-VIRGULE AUX ANIMAUX.
Dès que nous avons obtenu à volonté des cultures pures du bacille-virgule de Koch, nous avons essayé de l’inoculer par injection duodénale.
Nous avons fait notre première expérience sur un cobaye vers le 20 novembre 1884, avec M. le professeur Corail. Elle resta sans résultat.
MM. Corail et Babès n’avaient pas mieux réussi sur un lapin.
Nous pratiquâmes ensuite l’injection duodénale, en collaboration avec notre ami le Dr Chanlemesse, sur 14 cobayes et 6 chiens. 3 autres cobayes subirent la ligature préalable du canal cholédoque :
5 de ces cobayes et un chien succombèrent avec de l’algidité, des crampes, de l’hypothermie. Le chien présenta de la diarrhée et des vomissements. A l’autopsie, l’intestin présentait l’aspect de l’intestin d’un cholérique mort en algidité. Ces résultats restaient toutefois isolés et peu démonstratifs.
Ce n’est qu’après bien des essais infructueux et surtout, nous devons le dire, après la publication de la méthode de Koch (injection dans l’estomac de carbonate de soude, d’une culture de choléra, et injection péritonéale de teinture d’opium) que nous sommes arrivés à des résultats véritablement concluants. Toute notre dernière série d’expériences sur l’action comparative de l’opium et de l’alcool a été pratiquée avec l’aide de notre ami M. Achille Lefebvre, externe des hôpitaux. Nous avons varié bien des fois le mode d’administration du bacille-virgule.
Nous avons exposé sur notre tableau le nombre respectif des animaux mis en expérience et les résultats obtenus par 30 procédés divers d’inoculation, à chacun desquels nous
avons été conduit pas à pas par l’étude méthodique des succès et des insuccès obtenus.
Sans entrer dans des détails inutiles, nous ferons remarquer que l’injection duodénale de culture pure ne nous a donné que 4 morts sur 16 (1/4) chez le cobaye et une mort sur 6 chez le chien, pouvant être attribuées à l’inoculation. 3 cobayes sont morts de péritonite par suite d accidents causés par l’imperfection de la suture (2 cas d’étranglement intestinal; 1 cas de blessure de l’intestin pendant la réduction). Un de nos chiens a succombé à l’oubli d’un tampon d’ouate dans la cavité péritonéale.
L’injection duodénale après ligature du canal cholédoque nous a donné sur 3 cobayes une seule mort 1 sans trace de péritonite avec lésions se rapportant au choléra. Les 2 autres périrent plus tardivement de l’opération.
Nous avons eu au début de nos expériences 2 résultats isolés par l’injection dans l’estomac de plusieurs centimètres cubes de culture fourmillant de bacilles-virgule. Puis l’injection stomacale est restée sans effet sur 25 cobayes et 5 chiens, en la faisant précéder à un intervalle variable de l’ingestion : 1° d’huile de croton, puis de carbonate de soude ; 2° d’une solution contenant, pour 100 grammes d’eau, 25 grammes de sulfate de soude et 5 grammes de carbonate de soude, et administrée à la dose d’un centimètre cube par 100 grammes du poids de l’animal; 3° de laudanum, puis de carbonate de soude; 4° de morphine et de carbonate de soude; 5° de poudre de cantharide.
L’injection sous-cutanée soit de cultures jeunes, soit de cultures anciennes contenant les formes arrondies que nous avons décrites, est restée sans résultat sur 15 cobayes et 2 rats. Nous avions fait cette expérience dès le 4 décembre
L’injection dans le péritoine ou dans la veine fémorale de
1 On ne peut objecter à la faible proportion de nos résultats positifs par l’injection duodénale l’ancienneté de nos cultures, puisque ces expériences avaient lieu à la fin de 1884. Nos cultures, comme on le verra plus loin, ont conservé d’ailleurs jusqu’ici toute leur virulence.
Tableau de nos expériences d’inoculation du bacille-virgule.
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