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E. DOYEN
cultures pures à la dose de 1 centimètre cube n’a pas déterminé d’accidents dignes d’être notés.
N’étant pas satisfait de ces résultats, encore plus négatifs que ceux de l’injection duodénale, nous avons répété cette dernière expérience sur 4 cobayes et 2 chiens en injectant dans l’intestin, immédiatement avant le bacille-virgule, 1/2 à 1 goutte d’huile de croton mélangée avec 1 centimètre cube d’huile d’amande douce. 2 cobayes succombèrent en moins de 12 heures, présentant à l’autopsie l’absence de péritonite et une distension de l’intestin par un liquide séreux chargé de bacilles- virgule. 2 autres cobayes succombèrent au bout de 48 heures avec des lésions récentes de péritonite : leur intestin présentait de petites plaques gangreneuses grisâtres.
C’est alors qu’ayant connaissance de l’expérience de Koch, nous l’avons répétée sur 14 cobayes à plusieurs reprises. 10 cobayes ont succombé dans la nuit, 3 avant la fin des premières 24 heures et 1 au bout de 36 heures. Ce dernier a présenté pendant 12 heures une diarrhée jaunâtre.
Nous avons d’abord recherché si les facteurs indiqués : carbonate de soude, culture de choléra, teinture d’opium, devaient être associés pour provoquer la mort.
Nous avons donc répété l’expérience de Koch sur 2 cobayes par le procédé classique, sur 1 autre en faisant bouillir la culture, sur un troisième en supprimant l’injection péritonéale de teinture d’opium. Seuls les deux premiers cobayes moururent (ils sont comptés au nombre des 14 cités plus haut).
Il nous semblait bien naturel d’alcaliniser le contenu de l’estomac, puisque la moindre proportion d’acide chlorhydrique dans les cultures empêche le développement du bacille-virgule; mais pourquoi cette nécessité d’injecter dans le péritoine de la teinture d’opium?
Koch attribuait une grande importance, dans la pathogénie du choléra expérimental chez le cobaye, à l’état de torpeur où il plonge ses animaux par l’injection péritonéale. Voulant éviter l’injection de plusieurs centimètres cubes de liquide (1 centimètre cube pour 200 grammes), nous avons préparé
une teinture d’extrait d’opium contenant, pour la même dose d’alcool à 56°, une proportion double de la substance que nous croyons active.
9 cobayes ont subi l’expérience de Koch avec l’injection péritonéale de 1 centimètre cube de cette teinture par 400 grammes de leur poids. Ils avaient donc la même dose d’extrait d’opium et moitié seulement de la dose d’alcool de la première expérience. Ces cobayes survécurent tous, et après l’injection, aucun ne tomba dans celte torpeur protonde qui frappe si vite les cobayes après injection de 1 centimètre cube de teinture d’opium par 200 grammes de leur poids.
Nous avons essayé de répéter l’expérience de Koch en remplaçant l’injection péritonéale de teinture d’opium par une injection sous-cutanée de la même teinture; puis par une injection péritonéale d’une solution aqueuse d extrait d’opium, et par une injection péritonéale ou sous-culanée de chlorhydrate de morphine.
Tous les cobayes ainsi traités survécurent. Aucun n’était tombé dans la torpeur après l’opération.
C’est alors qu’instituant une série d’expériences comparatives, nous nous sommes assuré que l’injection, soit dans l’estomac, soit sous la peau, soit dans le péritoine du cobaye, d’une dose considérable d’opium ou de ses alcaloïdes (30 à 35 centigrammes d’extrait d’opium ou 4 à 8 centigrammes de chlorhydrate de morphine) ne détermine chez l’animal en expérience aucune action soporifique notable.
Bien au contraire, l’injection dans le péritoine d’une certaine dose d'alcool le plonge en quelques instants dans une torpeur voisine du coma. L’alcool à 90° est trop irritant; il est préférable d’employer l’alcool de 56 à 60° à la dose de 1 centimètre cube par 200 grammes du poids de l’animal. C’est la dose indiquée par Koch pour la teinture d’opium.
Restait à nous assurer que les cobayes traités ainsi après l’ingestion de carbonate de soude et de bacilles-virgule succomberaient aussi bien qu’en employant la méthode de Koch.
11 cobayes sur 11 succombèrent : 5 pendant la nuit qui suivit l’inoculation, 3 dans les 24 heures, 2 en 36 heures, le
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dernier au bout de 60 heures. Tous, immédiatement après l'injection d’alcool, avaient été plongés dans une torpeur interrompue par certains moments d’excitation passagère, pour n’en sortir qu’au bout de 1 à 2 heures environ.
Sur 9 autres cobayes qui subirent l’injection d’alcool, soit dans le péritoine, en dose insuffisante pour provoquer le sommeil alcoolique, soit sous la peau, aucun ne succomba à l’action du bacille-virgule. Un seul mourut ultérieurement à la suite de désordres graves déterminés par l’injection dans chaque cuisse de plus de 1 centimètre cube d’alcool à 90°. Nous étions dès lors convaincu que, dans l’expérience de Koch, l’opium ne sert à rien, et l’alcool agit seul. Gomme on peut obtenir l’ivresse du cobaye aussi facilement par l’injection de l’alcool dans l’estomac que par l’injection péritonéale, nous avons essayé de donner le choléra à ces animaux sans toucher le péritoine. A cet effet nous avons d’abord, par des expériences comparatives, fixé à 40 centésimaux le degré de l’alcool qui peut être injecté sans produire d’action corrosive dans l’estomac des cobayes. La dose doit être de lcc,6 à lcc,8 par 100 grammes du poids de l’animal.
Les femelles pleines doivent recevoir une dose un peu plus faible, car il faut tenir compte chez elles du poids des fœtus, qui n’ont rien à voir avec l’ivresse de la mère.
Une série de cobayes ont ainsi reçu dans l’estomac soit de l’alcool à 40° pur, soit le même alcool contenant en dissolution 5 0/0 de carbonate de soude. La culture de bacilles-virgule leur a été injectée dans l’estomac, soit une demi-heure à une heure, soit 24 heures après l’ingestion de l’alcool simple ou carbonaté. D’autres cobayes ont reçu une première injection d’alcool, soit 1 heure, soit 4 jours avant l’injection du carbonate de soude et des bacillesvirgule. Enfin plusieurs autres cobayes reçurent l’injection stomacale d’alcool à 40°, soit une fois, soit deux lois a 24 heures d’intervalle et, de trois quarts d heure a 1 h. 20 ni. après la dernière injection d’alcool, celle du bacille-virgule. (Voir le tableau de nos expériences.)
Sur 33 cobayes traités par ces diverses méthodes, 13 moururent du choléra : 5 pendant la nuit, 2 en 24 heures, 6 avant
la fin du quatrième jour. Les 3 cobayes de la dernière expérience succombèrent tous. Ces résultats étaient très satisfaisants.
Pour nous assurer de l’action favorable de 1 alcool, nous avons de nouveau inoculé dans le duodénum avec 1 à
4 gouttes de bouillon contenant des bacilles-virgule à un certain degré de dilution 3 cobayes plongés depuis une heure dans le sommeil alcoolique par injection stomacale. 2 de ces cobayes moururent dans la nuit sans trace de péritonite.
Nous n’avions d’ailleurs fait qu’une boutonnière péritonéale de 6 millimètres environ au voisinage du duodénum, et l’injection avait été pratiquée dans une anse voisine avec toutes les précautions de l’antisepsie. Le troisième survécut.
Celles de nos expériences qui présentent le plus d’intérêt sont celles qui nous sont personnelles, c’est-à-dire nos expériences avec l’alcool. Nous les analyserons plus loin après avoir donné les raisons qui nous font considérer les 50 animaux morts de nos expériences comme étant bien morts du choléra, par suite de l’inoculation du bacille-virgule.
Symptômes du choléra expérimental chez le cobaye.
L’injection d’alcool dans le péritoine ou dans l’estomac plonge l’animal dans une torpeur alcoolique sur laquelle nous n’insisterons pas; il se réveille en général au bout de 1 à 2 heures. S’il doit succomber en quelques heures, on remarque dès ce moment un affaiblissement notable du train de derrière; l’animal reste affaissé; on sent au travers des parois du ventre l’intestin grêle rouler sous le doigt. Si on le place sur une table, ses pattes ne lui obéissent plus, et s’y appuient convulsivement et par saccades, sans le faire progresser. Le poil est sec et hérissé. Quand on tient l’animal dans la main, les quatre membres, surtout les postérieurs, se raidissent et semblent être le siège de crampes. Il tombe alors dans l’abattement et succombe parfois au bout de 4 ou
5 heures seulement. La température s’abaisse considérable-
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ment et, de son degré normal (89°, 5 à 40° dans le rectum), tombe aux approches de la mort à 34° et même 32° 1 .
Beaucoup des animaux en expérience meurent avant la lin des 2i premières heures qui suivent l’inoculation. Ceux-ci se remettent de leur torpeur alcoolique avant de présenter les symptômes que nous avons indiqués ; le ventre se gonfle et paraît très sensible à la pression ; ils boivent avec avidité de grandes quantités de lait et même d’eau pure. La mort arrive dans l’algidité et dans le coma.
Certains cobayes succombent moins vite; ils paraissent malades au bout de 12 à 24 heures ; leur ventre se gonfle et devient sensible ; ils ont des crampes, restent affaissés sur leur train de derrière et sont pris d’une diarrhée jaunâtre qui peut atteindre un degré d’abondance extrême. La diarrhée, qui est d’abord constituée par la quantité énorme des matières du cæcum, devient de plus en plus séreuse pour offrir l’aspect d’un mucus incolore, visqueux, contenant en suspension de petits grumeaux blanchâtres. Si le cobaye survit jusqu’au quatrième jour environ, la diarrhée se supprime, le ventre s’aplatit ; il s’écoule toujours de temps en temps, par l’anus, une petite quantité de mucus visqueux ; l’affaiblissement devient extrême; la maigreur, squelettique. Un de nos cobayes, qui pesait au moment de l’inoculation 740 grammes, a diminué ainsi en 2 jours 1/2 de 90 grammes; un autre dans les mêmes conditions est tombé en 4 jours du poids de 650 grammes à celui de 530 grammes. Ce dernier, peu de temps avant la mort, présentait une maigreur telle que sa peau ne glissait plus sur les parties sous-jacentes. Sa cornée était sèche, et les paupières amincies restaient distantes de 1 millimètre au moins de la conjonctive bulbaire.
Les cobayes qui présentent de la diarrhée et qui succombent en plusieurs jours nous ont paru présenter une certaine variation delà température, qui tombe d’abord à 36° environ, pour s’élever à 38°, 5 ou même au degré normal, puis s’abaisser de nouveau aux approches de la mort.
4 Nous insisterons sur la nécessité de prendre, chez le cobaye, la température rectale à une profondeur de 4 à 5 centimètres. Le thermomètre marque là, en effet, un degré de plus environ qu’à l’entrée du rectum.
Sur nos 49 cobayes morts de l’inoculation du bacille-virgule, 4 sont morts de 3 à 5 heures après l’opération ; — 24 sont morts en moins de 16 heures, — 9 dans les 24 heures, — 5 en 36 heures, — 1 en 48 heures, — 3 en 2 jours 1/2, — 1 en 3 jours 1/2, — 1 en 4 jours, — et 1 en 4 jours 1/2.
Le seul chien qui a succombé dans les mêmes conditions est mort 26 heures après avoir reçu une injection de bacillesvirgule dans le duodénum.
Anatomie pathologique.
Chez les cobayes morts en moins de 24 heures, nous trouvons : un état gluantdu péritoine; l’intestin légèrement injecté à sa surface et parfois comme rétracté sur lui-même, surtout au niveau du jéjunum et du duodénum 1 ; le cæcum présente son volume normal. Si nous incisons le tube intestinal, nous remarquons que l’estomac contient un mucus clair, mêlé de débris alimentaires, et parfois une petite quantité du bouillon injecté. Le duodénum, le jéjunum et la portion supérieure de l’iléon contiennent un enduit crémeux adhérent qui voile l’injection fine de la muqueuse sous-jacente.
L’iléon contient parfois des matières pâteuses, et le plus souvent une certaine quantité d’un liquide incolore, offrant en suspension de petits grumeaux blanchâtres. Nous avons trouvé, 5 heures seulement après l’inoculation, la partie terminale de l’intestin grêle déjà remplie de ce liquide séreux et le cæcum occupé par une diarrhée jaunâtre. Si on lave la muqueuse intestinale par l’action d’un filet d’eau, on remarque qu’il persiste toujours à sa surface une mince couche crémeuse souvent un peu grisâtre et très adhérente; cette couche ne peut être enlevée que par le raclage.
L’examen de la couche sous-jacente de la muqueuse y montre un piqueté congestif souvent assez marqué dans le duodénum, mais présentant son maximun d’intensité àmesure
1 Pour la commodité de nos descriptions, nous donnons le nom de duodénum à la portion de l’intestin grêle située entre le pylore et la tête du pancréas, et celui de jéjunum et de l’iléon réciproquement aux deux moitiés du segment inférieur.
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qu’on s’approche du cæcum. Les plaques de Peyer sont saillantes, entourées d’une collerette rouge, et l’on observe entre les follicules lymphatiques, d’un blanc rosé, un réseau vasculaire finement injecté.
L estomac présente parfois des plaques congestives ou de fines arborisations. Le plus souvent, même dans les cas d’ingestion répétée d’alcool à 40°, la muqueuse n’offre aucune altération macroscopique.
Quand la mort arrive entre 24 et 30 heures, l’iléon et une partie du jéjunum contiennent en général un liquide séreux assez abondant. Toujours la partie supérieure de l’intestin grêle renferme un mucus crémeux, d’ailleurs à peu près normal chez le cobaye dans le duodénum, au-dessus de l’ampoule de Vater. Le cæcum est rempli de diarrhée jaune très fluide, formée par le mélange de la bouillie pâteuse qui s’y trouvait antérieurement avec la sécrétion séreuse de l’intestin grêle.
C’est en général de 24 à 36 heures après l’inoculation que celte diarrhée commence à chasser devant elle les matières dures et moulées du gros intestin.
Chez les cobayes qui succombent en pleine période diarrhéique, le jéjunum dans sa partie inférieure, l’iléon et tout le gros intestin sont distendus par des matières liquides. La surface en est d’un gris terne, et si on examine l’aspect de la muqueuse sous un filet d’eau (Pl. VIII), on remarque que l’enduit crémeux adhérent a disparu dans l’iléon, tandis qu’on en retrouve des traces vers le duodénum. La muqueuse offre un aspect terne sans arborisations vasculaires. Les plaques de Peyer sont peu visibles (Pl. VIII).
Quand la diarrhée a duré 24 à 48 heures et qu’elle est devenue tout à fait séreuse, elle diminue, puis se supprime. Ces cobayes arrivent à un état de maigreur extrême. A l’ouverture de l’abdomen, on trouve tout le tube digestif d’une teinte gris rosé, diminué de calibre et comme au large dans la cavité péritonéale. Le contenu est constitué par un mucus visqueux.
L’injection de la muqueuse est à peine marquée, de même que celle des plaques de Peyer (Pl. VIII).
Ori peut observer le sphacèle de l’intestin :
Dans deux cas d’injection duodénale du bacille-virgule, précédée de celle d’huile de crolon, et suivis de mort au bout de 24 à 30 heures, et dans un cas d’inoculation par la méthode de Koch, suivi de mort au bout de 36 heures, tous trois avec diarrhée, sans péritonite, nous avons observé dans l’iléon et le cæcum de petites plaques jaunâtres de gangrène de quelques millimètres de diamètre. Un autre cobaye, mort au bout de 40 heures sans avoir présenté de diarrhée, offrit à l’autopsie une péritonite toute récente, sans fausses membranes, sans adhérences intestinales, et caractérisée par une simple injection du péritoine qui contenait une certaine quantité de matières diarrhéiques. Un autre cobaye succomba avec une péritonite un peu moins récente. Les faits que nous venons de signaler nous font supposer, si nous examinons avec soin l’histoire de ces deux cobayes, qu’ils ont succombé à une péritonite secondaire du choléra : L’intestin présentait le liquide et les lésions caractéristiques. La minceur extrême de l’intestin du cobaye explique bien la possibilité de ces eschares, dans une maladie où l’entéromycose est si accentuée.
La gangrène de l’intestin a d’ailleurs été observée chez l’homme1, mais très rarement. Et d’après Griesinger les valvules conniventes de l’iléon sont souvent le siège d’une mortification superficielle, au voisinage de la valvule iléo-cæcale. Hamernyk a observé la perforation de l’intestin. Plus fréquemment on trouve de petites plaques gangreneuses dans le cæcum. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que le cobaye puisse présenter exceptionnellement ces lésions.
Le péritoine paraît offrir une desquamation épithéliale. Nous nous sommes assuré dans presque toutes nos autopsies qu’il ne contenait pas de bactéries, en ensemençant sur la gélatine et l’agar-agar le liquide visqueux de la surface de l’intestin, et les quelques grumeaux de fibrine coagulée qu’on y observe quand on a fait une injection péritonéale d’alcool. Nous exceptons naturellement les cas de gangrène de l’intestin suivis de péritonite.
1 Dictionnaire Decbambre, p. 847, art. Choléra.
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L’examen méthodique du liquide des différents points du tube digestif nous a fait reconnaître que l’estomac contient souvent dans son mucus des bacilles-virgule; que ces bacilles, dans les cas foudroyants, sont surtout abondants dans le liquide crémeux du jéjunum, mais qu’on les retrouve déjà en grande quantité au bout de 3 à 4 heures, dans les cas foudroyants, à la lin de l’iléon (Pl. VII, fig. 5, 6, 7).
Dans les cas prolongés, le bacille-virgule existe surtout dans l’iléon et dans le cæcum.
Nous l’avons trouvé pendant la vie, par la méthode des plaques, dans la diarrhée de plusieurs cobayes.
La présence du bacille-virgule dans l’estomac, dans les cas prolongés, paraît due au reflux du contenu de l’intestin grêle. Jamais le cobaye ne présente de vomissements.
La réaction du tube intestinal est toujours neutre et même parfois d’une acidité très légère dans l’intestin grêle du cobaye sain, très acide dans l’estomac, et franchement acide dans le cæcum. Ce dernier contient toujours une pâte assez épaisse, et le gros intestin, des matières dures et moulées. La diarrhée s’obtient difficilement chez le cobaye, même par l’action de purgatifs énergiques, et nous les avons vus succomber à l’ingestion d’huile de croton, avant que la diarrhée n’ait paru au dehors.
Au contraire, chez tous les cobayes qui sont morts du choléra, la réaction de l’estomac s’est trouvée très rarement neutre, presque toujours franchement alcaline. Le contenu do l’intestin grêle est très alcalin, et l’acidité du cæcum disparaît à mesure que son contenu devient diarrhéique.
Au point de vue histologique, nous ajouterons que le mucus crémeux du jéjunum contient une grande quantité d’épithéliums à peine altérés, et des bacilles-virgule presque à l’état de pureté. Les cellules épithéliales ne se retrouvent dans l’iléon qu’à l’état de débris, et les bacilles-virgule s’y montrent surtout très apparents ainsi que dans le cæcum, quand le flux diarrhéique en a chassé les bactéries préexistantes.
Le foie présente souvent une teinte congestive; la vésicule est souvent distendue; elle contient des flocons blanchâtres et une bile d’un jaune clair. Jamais nous n’avons observé de
coloration biliaire du mucus crémeux avoisinant 1 orifice du canal cholédoque.
Le rein est fréquemment congestionné. Dans un cas où la mort n’eut lieu qu’au bout de 4 jours, il présentait une teinte rougeâtre semée de points ternes, et la vessie contenait 3 centimètres cubes d’une urine très albumineuse et franchement acide (Pl. VI, ûg. 6).
La rate présente son aspect normal.
Histologiquement : les lésions de l’intestin, desquamation épithéliale, destruction des parties superficielles de la muqueuse, entéromycose, sont absolument les mêmes que chez l’homme.
Pour le foie, nous avons observé, sur nos coupes au violet 6 B, quelques plaques transparentes, n’offrant que des cellules décolorées à noyaux tuméfiés et granuleux.
Le rein cité plus haut, que nous avons examiné après l’action de l’acide osmique, est le siège d’une néphrite infectieuse très remarquable :
Les capillaires présentent une congestion intense; certains glomérules sont séparés par un exsudât hyalin de la capsule desquamée ; les épithéliums sont granuleux, se désagrègent, et ne se colorent plus par le violet, soit dans les tubes contournés, soit dans les tubes droits, où l’on observe la chute du revêtement cylindrique avec formation de cylindres hyalins (Pl. VII, ûg. 8, 9, 10).
Dans toutes nos autopsies qui ont eu lieu très peu de temps après la mort, nous avons ensemencé avec des parcelles du loie et du rein des tubes de gélatine ; nous avons laissé de côté les autres viscères comme étant moins propices à la recherche des microbes.
Sur 27 autopsies, nous avons obtenu 22 fois des résultats positifs (Pl. VI, ûg. 3); sur 2 cas seulement, les colonies ne liquéfiaient pas la gélatine.
Dans les 20 autres cas, il s’est développé de nombreux bacilles-virgule, conjointement à quelques autres espèces de bactéries.
Ces résultats confirment ceux que nous avons obtenus chez l’homme. Les 5 cas négatifs ne nous étonnent pas ; car sou-
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vent deux ou trois tubes seulement, sur cinq ensemencés avec les mêmes viscères, ont présenté des cultures, et l’aiguille de platine peut éventuellement rencontrer un point qui ne présente pas de microbes. Nous avons obtenu des cultures du foie et du rein chez plusieurs cobayes ayant succombé de 4 à 8 heures seulement après l’inoculation.
Nous croyons avoir suffisamment démontré par cette longue description du choléra du cobaye, que les symptômes et les lésions observés ressemblent absolument aux symptômes et aux lésions du choléra chez l’homme. Ces lésions du choléra sont caractéristiques, si l’on fait suivre l’examen macroscopique de l’examen microscopique et de la recherche des bactéries, et différencient nettement le choléra des autres affections auxquelles on a voulu l’assimiler, au point de vue de l’anatomie pathologique,
Paihogénie du choléra chez le cobaye.
Nous avons vu combien certains modes d’inoculation se sont montrés supérieurs à d’autres méthodes en apparence peu différentes.
Si l’on consulte les résultats que nous avons acquis, on reconnaîtra sans peine l’alcool comme étant la substance la meilleure pour faciliter chez le cobaye l’apparition du choléra.
Quelle est donc l’action de l’alcool?
Nous l’avons étudiée par une série d’expériences comparatives :
L’alcool, aux degrés et aux doses que nous avons précisés pour l’estomac et le péritoine, ne détermine pas d’irritation appréciable. Par l’une ou l’autre de ces voies, il nous paraît provoquer une hypersécrétion du liquide intestinal qui est alors légèrement alcalin. L’estomac reste acide dans le cas d’injection péritonéale; mais quand on fait ingérer, soit une fois, soit mieux deux ou trois fois, à 24 heures d intervalle, une certaine dose d’alcool à 40°, la réaction de la muqueuse stomacale perd son acidité, pour devenir neutre ou très légèrement alcaline .
Le bacille-virgule devait donc, dans ces conditions, fran-
chir aisément l’estomac, et pénétrer à l’état d’activité clans le duodénum.
C’est ainsi qu’expérimentalement nous avons été amené à la suppression du carbonate de soude.
Nous pensons que l’alcool agit d’une façon complexe : l°cn neutralisant la réaction de l’estomac; 2° en abaissant de 1 à 2 degrés pendant la période d’ivresse la température du cobaye, qui varie de 39°, 5 à 40° dans le rectum; 3° en déterminant un certain degré d’irritation gastro-intestinale.
Ces trois conclusions sont basées sur l’étude attentive de toutes nos expériences, et ressortent assez bien de ce fait que l'alcalinité seule de l’estomac ne suffit pas pour donner le choléra aux cobayes par suite de l’ingestion du bacille-virgule. (Voir notre tableau, exp. 2, 3, 4 et 5.)
La pénétration du bacille-virgule dans le duodénum ne suffit pas non plus, puisque, sur 16 cobayes, 9 ont survécu. Si, au contraire, nous faisons précéder l’injection duodénnle de l’ingestion d’alcool, nous avons 2 morts rapides sur 3 cobayes.
L’irritation do la muqueuse intestinale par l’huile de croton a donné de bons résultats par l’injection duodénale sans l’emploi de l’alcool. Mais l’action drastique de l’huile de crolon est de nature à causer un affaiblissement notable de l’animal en expérience, et à diminuer de beaucoup sa résistance contre l’action pathogène des bactéries contenues dans l’intestin.
L’huile de croton agit bien moins sur le cobaye quand elle est simplement injectée à l’état dilué dans l’estomac.
D’ailleurs, les animaux opérés avec injection duodénale d’huile de croton ont reçu un centimètre cube chacun d’une culture d’une richesse extrême en bacilles-virgule. Et ces bacilles en si grand nombre ont certainement bien des chances de résister contre les causes de destruction.
Nous rappellerons que le développement du bacille-virgule, qui se fait avec rapidité à la température de 37° devient presque nul vers 40°.
L’étude comparative de nos expériences nous permet donc d’émettre cette hypothèse, que l'hypothermie, déterminée par
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l’accès d’ivresse, peut faciliter chez le cobaye l’invasion du choléra, de même que chez les oiseaux le refroidissement artificiel facilite l’apparition des accidents charbonneux.
Notre seul chien qui soit mort dli choléra était maigre et mal nourri, et par conséquent ne présentait pas une grande résistance vitale.
Un dernier détail, non sans importance, complétera cette étude : l’estomac du cobaye, nourri de substances végétales, est toujours rempli d’un pâte verdâtre très acide, qui s’imbibe des matières ingérées. Pour obtenir de bons résultats par la méthode de l’alcool en injection stomacale, il est indispensable de nourrir les cobayes exclusivement au pain, au son et au lait, afin que leur estomac ne contienne plus qu’une substance presque liquide.
L’alcool exerce ainsi uniformément son action sur la muqueuse gastrique, et le bouillon de culture passe en peu d’instants dans le duodénum.
L’inoculation du bacille de Finkler à l’état de culture pure détermine, comme l’a dit Koch à sa seconde conférence de l’Office sanitaire, une action pathogène assez analogue de celle produite par le bacille du choléra morbus. Toutefois, le contenu de l’intestin, sur 4 cobayes inoculés par la méthode de Koch modifiée par nous (injection péritonéale d’alcool à 56°), s’est montré constitué par une sorte de bouillie rougeâtre, dans deux cas de mort en moins de 12 heures. L’un de ces deux cobayes présentait déjà de la diarrhée dans le cæcum. La muqueuse est revêtue d’une couche de mucus visqueux, adhérent, de coloration rougeâtre. Les plaques de Peyer sont uniformément congestionnées, de teinte violacée. Les phénomènes congestifs nous semblent plus intenses. (Nous ne voulons pas généraliser ces cas particuliers, nos expériences étant en trop petit nombre.) Les deux derniers cobayes sont morts en notre présence le lendemain de l’inoculation : l’un à 9 heures du matin, l’autre à 1 heure du soir.- Les symptômes ont été à peu près ceux du choléra déterminé par l’inoculation du bacille-virgule de Koch. L’autopsie fut pratiquée sur-le-champ, et nous avons pu constater sur la surface péritonéale de l’intestin grêle un aspect marbré correspon-
clant aux plaques jaunes ou rougeâtres de la muqueuse, ainsi que l’injection très nette cl’un beau réseau lymphatique, rempli d’un contenu laiteux. L’estomac et le cæcum étaient acides sur un des premiers cobayes. Tout le tube digestif chez les trois autres était plus franchement alcalin encore que dans le choléra. Nous y avons retrouvé le bacille-virgule de Finkler en abondance extrême. Les coupes de l’intestin nous l’ont montré soit en couche compacte là où le revêtement épithélial était encore en place (partie supérieure de l’intestin grêle), soit pénétrant dans l’orifice des glandes en tubes, soit envahissant avec les autres bactéries la muqueuse et la sous-muqueuse, dont les couches superficielles, comme dans le choléra morbus, sont complètement détruites (Pl. VII. fi<j. 1 1, 12, 13).
L’inoculation de fragments du foie et du rein dans plusieurs tubes de gélatine nous a donné, pour les deux cobayes autopsiés au moment de la mort, le même résultat que l’ensemencement des viscères des cholériques (Pl. VII, ûcj. 5). Nous avons laissé de côté les viscères des deux premiers animaux, morts plusieurs heures avant l’autopsie. La vessie était vide dans tous les cas.
Le rein nous parait présenter un certain degré de néphrite. Nous nous gardons bien de conclure ici du cobaye à l’homme; mais en présence de l’analogie si grande des deux bacilles-virgule, soit dans leur morphologie, soit dans leurs colonies sur la gélatine, soit encore dans leur action pathogène sur le cobaye, il serait bien intéressant de pratiquer sur l’homme une série d’autopsies du choléra nostras, et de suivre à cet effet la méthode anatomique et expérimentale qui nous a servi pour le choléra morbus.