CHAPITRE II
État des forces du côté sain
Chez les hémipléciques, les premières recherches à ce sujet ont été faites par Brown-Séquard qui communique à la Société de Biologie, le 21 janvier 1882, le résultat de : Recherches ayant pour objet d'établir que les lésions encéphaliques, si elles déterminent une hémiplégie complète ou considérable produisent aussi de la parésie dans les autres membres, surtout dans l’inférieur. La même année, Pitres, dans les Arcluves de neurologie, expose ses travaux sur l’état des forces chez les hémiplégiques et arrive à des résultats d’une précision remarquable, presque mathématique, mais propose une interprétation différente de celle qu'avait invoquée Brown-Sequard. Celui ci, en effet, était arrivé à conclure qué, outre la paralysie croisée, il y avait une paralysie directe, en somme une
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paralysie de trois membres. Pitres montra que ce membre supérieur perd en moyenne chez les hémipléoiques le 38 1/2 pour 100 de ses forces. Gette perte est d’autant plus marquée que l’hémiplégie est plus récente.
Pendant les premiers jours la force augmente progressivement, mais sans atteindre le chiffre antérieur à l’ictus. Le membre inférieur du côté opposé à l’hémiplégie perdrait 50 pour 100 de ses forces habituelles (car il ne s’agit toujours que de moyennes comparatives établies exactement et mathématiquement par Pitres sur un grand nombre de sujets sains et d’hémiplégiques). Les forces reviennent aussi progressivement au membre inférieur, du moins si ’hémiplégie doit guérir.
Friedlander (in Neurologisches Centralblatt), l'année suivante, confirmait absolument les faits avancés par Pitres.
Dignat, élève du professeur de Bordeaux en 1884, dans sa thèse, ajoute de nouvelles recherches dynamométriques à celles déjà faites par Pitres du côté paralysé comme du côté sain. Il donne des observations de retour graduel des forces, lorsque le malade survit et de leur diminution progressive dans lecas de mort rapide. Il étudie l’état des forces dans certains muscles du cou et du tronc à synergies bilatérales dont l’étude avait été négligée jusqu’à lui; enfin il observe les variations de l’état des forces chez les hémiplégiques sous l'influence de diverses circonstances accidentelles comme l’escarre fessière, un érysipèle de la face, etc.
Outre les conclusions de Pitres, Dignat, tire les suivantes, relatives aux points spéciaux de sa thèse. L'état des forces chez les hémiplégiques peut être soumis à des
variations accidentelles dont les causes sont diverses, connues et inconnues. Les troubles fonctionnels de certains membres ou de certains groupes musculaires ne sont nullement en rapport avecla perte des forces. L’impotence fonctionnelle peut en effet coexister avec un état de force presque normal. Enfin, cette impotence fonction nelle peut être généralisée à tout un membre ou un organe, ou au contraire limitée à certains mouvements. Elle peut être complète ou élective.
D'ailleurs, Friedlander avait observé un certain nombre de cas dans lesquels les extrémités paralysées et en par ticulier les jambes étaient capables d’un plus grand déploiement de force que les extrémités non paralysées. Pitres lui-même avait déja fait observer que certains malades, tout en présentant dans le membre inférieur opposé à l’hémiplégie, une force musculaire bien suffisante à la sustentation et tous les mouvements volontaires étant possibles dans ce membre quand ils sont couchés, ne peuvent pas marcher ni maintenir leur équilibre pendant la sta tion debout, À côté de cela, d’autres marchent parfaitement, mais en fauchant. Tout le monde a pu observer des cas analooues, et nous nous’rattacherons pour expliquer le phénomène vu par Friedlander et ces cas observés d’une façon quotidienne, à l'interprétation de Pitres, qui ne voit là qu’une mise jeu nendu pouvoir réflexe de l’axe gris et de la coordination médullaire devenus imparfaits et déréglés. Nous reviendrons d’ailleurs sur ces faits dans notre essai de physiologie pathologique.
Il était inutile de reprendre les recherches si parfaitement faites par Pitres, Friedlander et Dignat. Nous pouvions admettre comme sûres les moyennes qu’ils
oi donnent, et dans nos observations personnelles, l’état dynamométrique de la main du côté sain a été recherché pour tous nos malades ; nous avons vu constamment cette force diminuée du côté sain, et, plus tard, nous l'avons vue augmenter progressivement.