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PATHOGENIE DE L'ARTARITE TRAUMATIQUE
Fondée sur des connaissances anatomiques erronées, l’opinion des anciens devait fatalement aboutir à des hypothèses fausses et invraisemblables ; d’ailleurs, si les expériences physiologiques ne suffisaient point à les réfuter, comment pourrait-on, avec une pareille théorie, expliquer l’innocuité habituelle des déchirures ligamenteuses dans les luxations?
Accuser la distension de la capsule articulaire de produire à elle seule tous les accidents, ne cadre pas mieux avec les faits; car les plus redoutables, parmi les inflanmations des jointures, devraient être celles de cause interne où l’appareil fibreux, demeuré intact, ost bien mieux disposé pour la compression et l’étranglement.
Nous rejetterons, avec Nélaton, l’hypothèse de liquides épanchés et putréfiés au sein des jointures.
« Le séjour du pus altéré, dit cet auteur, ne peut ètre invoqué, puisqu'il ne se forme qu’en raison même des accidents qui surviennent ; tout au plus, pourrait-on lui attribuer la persistance de ces accidents. Quant à la synovie et au sang, il est possible qu'ils s’altèrent, mais alors d’où dépend cette altération ? C’est là précisément la question ».
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Adopter cette hypothèse serait, on le voit, prendre l'effet pour la cause.
Il ne nous reste donc qu’une explication sérieuse et admissible, celle qui fait jouer le rôle important à l’air.
« L’air est le grand coupable », disent les auteurs du Compendium ; mais comment? Inspire-t-il, comme le veut Bell, aux membranes tapissant la cavité articulaire une sensibilité qu’elles ne possédaient point? N’agit-il que sur les synoviales déjà phlogosées ? Peut-on comparer son action à celle d’un corps étranger, irritant l’article par ses mouvements incessants ? Faut-il admettre enfin que tous ses effets nuisibles dépendent de sa tendance à déterminer la putréfaction des liquides avec lesquels il se trouve en contact? La diversité même de ces opinions démontre l’insuffisance des hypothèses ; on ne s'explique point pourquoi cet air n’a pas une action toujours identique à elle-même ; on ne comprend nullement la marche parfois si bizarre des plaies articulaires. Plusieurs auteurs déjà se montraient peu satisfaits: et tout en admettant l’influence mauvaise de l'air, déclaraient son mode d’action impossible à saisir. Une inconnue restait donc à résoudre : voyons si les théories modernes, avec leur conception des infiniment petits libres dans l’atmosphère et seuls dangereux, ont été assez heureuses pour atteindre ce but.
Cette idée des infiniment petits n’est du reste pas nouvelle ; et dès la plus haute antiquité on parle vaguement de génies, de miasmes pouvant exercer une influence fâcheuse et souvent nuisible sur la marche
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des plaies et l’organismé entier. Cependant, depuis Hippocrate, qui accuse l’air froid d’être « on ne peut plus préjudiciable aux plaies comme aux ulcéres », chacun répète ce qu'avait enseigné le maître sur les qualités physiques de l’air (froid, humidité, sécheresse) et recommande de panser les plaies auprès d’un réchaud, afin d'éviter le refroidissement. Avec A. Paré qui accuse formellement « l’air gâté des camps d'augmenter la putréfaction, de corrompre tellement le sang et les humeurs que les plaies en deviennent puantes et pourries, les miasmes reviennent en honneur. Et jusqu’à notre époque, l’on voit dans l'air des matières organiques mobiles à l’état de décomposition, « sorte de malaria », capables de développer dans notre organisme le même processus de destruction dont elles sont atteintes. Mais, bien que Linné déjà, au siècle dernier, eût avancé « que les maladies épidémiques sont dues à des germes, portés par l'air », 1l faut arriver aux remarquables expériences de Pasteur sur les fermentations et la décomposition des matières organiques, pour voir rendue évidente la présence dans l’air de ces germes, corpuscules organisés vivants, et comprendre leur rôle réel et important.
Ce n’est donc plus l'air, fluide, doué de qualités physiques et chimiques, mais Pair véhicule de microorganismes vivants et organisés, qu’il faut aujourd’hui accuser.
Et si les expériences scientifiques, si l'isolement, la culture et l’inoculation de ces infiniment petits ne suffisaient point à nous convaincre, les plus sceptiques devraient s’incliner devant les résultats
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remarquables obtenus avec les pansements de Guérin et de Lister, qui laissent filtrer l’air, mais non les cermes qu'il renferme. Nous admettrons donc que toute plaie exposée ou mal protégée par son pansementest menacée de la contamination des microorganismes qui tombent sur elle avec les poussières de l'atmosphère et par conséquent de suppuration.
Mais une grande question restait à résoudre, question d'autant plus importante qu’elle renversait toutes les théories acquises sur l’inflammation et la suppuration. On se demandait si ces organismes, ces microbes comme Sédillot les a nommés, sont absolument indispensables et président toujours à la formation du pus.
Pasteur, en 1878, n’hésitait pas à admettre qu’un corps étranger introduit au sein de nos tissus provoque de la suppuration: De même Uskoff et Councilman avançaient qu’une action chimique intense, aidée plus ou moins par une action mécanique, est capable de produire une suppuration prononcée sans aucune influence. d'organismes inférieurs. Mais Strauss publie dans la Société de Biologie de 1883, le résultat de ses nombreuses expériences, dont il tire la conclusion suivante : Les microorganismes sont la cause sine quà non de la production du pus ; les substances considérées comme irritantes, telles que l’essence de thérébentine, l'huile de croton, etc., peuvent déterminer une inflammation violente, mais pas de suppuration s’il n’y a pas intervention de microbes. Elles sont phlogogènes, mais non pyogènes. Ces expériences sont formellement confirmées par celles de Ruijs et de Klamperer; et d’après ce
dernier, les résultats contraires obtenus par d’autres
. Savanis ne peuvent s'expliquer que par quelques
fautes commises dans les précautions antiseptiques.
Il faut donc admettre aujourd’hui que l’inflammation n’est plus un phénomème tout passif, un simple processus physico-chimique, comme le pense Cohnheim, mais bien le résultat de l’activité cellulaire, d'une lutte entre les microorganismes et les leucocytes qui cherchent à défendre l'organisme en absor-bant et détruisant les envahisseurs. Et le pus, conséquence finale de cette lutte, n’est autre que les cadavres de ces leucocytes renfermant les cadavres de leurs ennemis.
Ces données générales appliquées à notre cas particulier, nous permettent donc de dire avec les auteurs modernes que toute arthrite suppurée a une origine infectieuse, microbienne. Elles nous permettent également de comprendre pourquoi les plaies larges, facilement accessibles aux germes atmosphériques, sont plus graves, pourquoi enfin la marche des plaies articulaires est parfois si bizarre, qu’elle déroutait toutes les théories anciennes. s
Quant aux plaies étroites, comment expliquer leur contamination ? Peut-on admettre encore l’action des germes atmosphériques ? Boyer se trouvait fort embarrassé. Pour les auteurs du Compendium, l’articulation fait l’office de ventouse, ou bien, la plaie cutanéé exposée à l’air suppure et l’inflammation gagne la synoviale. Ces explications ne sont pas toujours acceptables, et il est préférable de songer à une infection directe par les instruments. Les agents vulnérants sont en effet d’un usage domestique et par-
tant, soumis et exposés à toutes les contaminations. Quoi d’impossible à ce que des germes fixés sur ces agents traumatiques pénètrent avec eux dans la Jointure et y provoquent la suppuration ? Voilà pourquoi les piqûres articulaires d'ordinaire bénignes peuvent s’accompagner d'accidents graves dont l’étiolosie échappait aux anciens chirurgiens.
Comme le faisait remarquer M. le Professeur Heydenreich, dans une intéressante lecon clinique, la suppuration chez notre blessé a été déterminée, non point par la rouille qui enveloppait l’agent vulnérant, mais bien par des germes pyogènes contenus probablement dans les aspérités de l’instrument. L’analyse du pus faite avec soin par M. Legrain a en effet révélé la présence de ces germes : mais, remarque intéressante, on a rencontré le staphylococcus albus, seul, sans mélange d’aûtres organismes. Or on sait que ce staphylococcus albus existe rarement isolé ; le plus souvent il est associé au staphylococcus aureus qui, lui, préside à presque toutes les suppurations. L’on pouvait donc se demander si l’albus n’avait pas une virulence moindre, étant donnée la bénignité relative de notre arthrite suppurée, question d’autant plus pardonnable que l’action de ce microbe est peu connue et très controversée ; les inoculations pratiquées par M. Legrain sur des souris n’ont d’ailleurs donné aucun résultat. Il est done plus rationnel] d'admettre que l’action du staphylococcus albus comme celle des autres bactéries est influencée par le milieu et diverses conditions mal déterminées. Et dans notre cas particulier, nous ne serions pas éloigné de penser que l’action peu intense du microbe
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eût peut-être été nulle si le malade n'avait pas, par des mouvements répétés, créé des points de moindre résistance qui ont pu favoriser sa puissance pyogène.
Quoi qu’il en soit, nous devons tirer de tout ce qui précède cette conclusion, féconde en indications thérapeutiques : la nécessité d’une intervention de microorganismes dans la production des suppurations articulaires, et nous comprendrons toute la portée de ces paroles de Sédillot déclarant dans une séance de l'Académie de médecine « que les succès comme les revers en chirurgie, trouvent une explication rationnelle dans les principes sur iesquel repose la théorie des germes ».